C’est peut-être un peu cruel de vous rappeler que nous sommes déjà à mi-chemin de 2026. Selon le genre d’année que vous vivez, cette idée peut être angoissante ou réconfortante. Une chose est sûre : vous avez écouté de la musique pour vous aider traverser tout ce bon et ce moins bon.
Les créatrices et créateurs, artistes et groupes canadiens qui ont lancé de la musique au cours du premier semestre nous ont montré leur côté vulnérable, cru, délicat ou profond en plus d’aborder certaines grandes idées et enjeux urgents qui sont au cœur de la vie dans ce monde incroyablement difficile et déséquilibré.
Les rédactrices de Words + Music/Parole et Musique, Sarah MacDonald et Catherine Genest, ont chacune sélectionné cinq coups de cœur parmi les meilleurs albums de l’année jusqu’à maintenant.
Les choix de Sarah
1. Deux places au cimetière— Grand Eugène
L’album Deux places au cimetière de Grand Eugène est une proposition lo-fi délicate sans être maniérée qui explore l’amour sous tous les angles habituels. Tout au long de ce projet porté par des voix presque chuchotées, on perçoit une élégance nonchalante et veloutée. À mon sens, il faut écouter cet opus sous une boule disco qui illumine un plancher de danse en parquet tout en rêvant à l’amour qui nous a échappé.
2. When a Flower Doesn’t Grow — Softcult
Le Kitchener, en Ontario, où j’ai grandi n’avait pas l’air aussi cool que le premier album de Softcult, When a Flower Doesn’t Grow, mais je suis extrêmement heureuse que ce disque existe pour illustrer le domaine du possible dans cette banlieue. When a Flower Doesn’t Grow brasse la cage et les méninges. Ce disque autoproduit et autoenregistré a quelque chose de libérateur, pour peu qu’un mur de bruit et de guitares déferlantes ait un effet cathartique pour vous. Et même si la voix de la chanteuse Mercedes Arn-Horn est très douce sur la chanson-titre, elle frappe comme une tonne de briques. S’il fallait résumer l’époque actuelle par une chanson ou un son, « Tired » serait une candidate très convaincante.
3. VIVICA — VIVICA
Les alter ego ont ce pouvoir de bousculer la pop de façon particulièrement excitante. Ils permettent aussi de dire ce qu’on n’ose pas toujours formuler soi-même. Parfois, la vérité frappe plus fort lorsqu’elle passe par un personnage. Sur VIVICA, un personnage imaginé par l’artiste multidisciplinaire Vivek Shraya qui donne son nom à ce projet, l’irrévérence mène le bal, tout comme la liberté, la sensualité et la puissance brute. Le disque raconte avec force l’histoire d’un corps qui assume son désir, sur fond de party vicieux et déchaîné porté par des beats imposants, des refrains répétitifs à en être hypnotiques et de synthés vaporeux.
4. Laughter in Summer — Beverly Glenn-Copeland
À mes oreilles, Laughter in Summer de Beverly Glenn-Copeland est un album où se côtoient, à parts égales, une douceur luxuriante pleine d’espoir et une mélancolie un tant soit peu inconfortable. Le plus — et peut-être le dernier — album de cette figure culte de la côte Est a quelque chose d’un arc-en-ciel au cœur d’un orage. Réalisé avec sa femme Elizabeth, Laughter in Summer est nostalgique, tendre et bouleversant de simplicité.
5. Vol. II — Angine de Poitrine
Franchement? Au-delà du phénomène viral, cet album déménage. C’est tout ce que vous avez besoin de savoir!
Les choix de Catherine
1. t.o.m.ou la trajectoire des perséides — Alphonse Bisaillon
Alphonse Bisaillon se présente comme un personnage hors du temps qui crée des ponts entre les styles et les générations, entre la chanson et le dubstep, entre la parlure québ et le franglais. Au-delà de la qualité de sa proposition musicale, il se distingue par ses textes forts (voire revendicateurs) qui écorchent la droite idéologique et économique. Tout ce qu’il crée semble teinté par sa conscience sociale exacerbée.
2. Alouette! — Les Louanges
Le Lévisien Vincent Roberge (alias Les Louanges) n’échappe pas au renouveau identitaire québécois, un sujet qu’il aborde avec panache, avec l’esthétique sonore vaguement jazzée et R&B qui lui est propre. Qui reste, après trois albums, difficile à capturer et résumer avec des mots. Les Louanges, en somme, ça sonne comme Les Louanges; c’est presque un genre musical à part entière.
3. Portrait de l’invisible — Lysandre
Comme choriste et pianiste, Lysandre accompagne Klô Pelgaget Ping Pong Go parmi tant d’autres. La preuve de sa virtuosité, comme interprète, comme instrumentiste, n’est plus à faire. D’ailleurs, comme autrice-compositrice, l’étendue de son talent est aussi grande. Elle met ses tripes sur la table, et le fait avec beaucoup d’adresse.
4. My World is the Sun— Dominique Fils-Aimé
Cette offrande musicale comporte quelque chose de céleste, de presque spirituel. Au fil de cet album, la voix de Dominique Fils-Aimé résonne comme des incantations; elle semble porter tout le poids du monde. À ce supplément d’âme se greffe une appartenance au soul et au jazz, sciences complexes qui, chez elle, semblent couler de source.
5. Les fleurspréférées de ma mère — Mantisse
Il a été révélé sous l’égide de son ancien groupe, LaF, qui était excellent et qui vient de se donner en concert pour une toute dernière fois, pendant Les Francos. Heureusement, Mantisse a plus d’une corde à son arc. L’avenir, pour lui, s’annonce radieux. En solo, Thomas Thivierge-Gauthier (de son vrai nom) se risque au folk, sous le signe de la poésie—d’autres couleurs qui lui vont très bien.