Michelle Osis avait trois ans quand sa mère l’a installée au piano familial. « Ma mère avait une très bonne oreille, mais elle ne savait pas lire la musique », raconte Osis. « Elle voulait voir si j’avais une forme d’aptitude naturelle. J’ai commencé à entendre des chansons à la radio et à les jouer d’oreille. »
Établie en Ontario, Osis s’intéresse depuis longtemps aux approches expérimentales et corporelles de la création musicale, en complément de sa formation classique. Si elle a étudié le piano classique pendant 20 ans, obtenant ses diplômes d’associée au Sydney Conservatorium of Music dans son Australie natale, elle a également étudié à l’Australian Institute of Music et à l’Australian Film Television and Radio School (AFTRS).
Après ses études, Osis souhaitait acquérir de l’expérience en composition pour le cinéma. « J’ai travaillé sur beaucoup de courts métrages et, surtout, sur des projets non rémunérés, simplement pour étoffer mon portfolio. Je cherchais surtout à décrocher des courts métrages et des contrats publicitaires. »
Au fil de sa carrière, elle s’est intéressée de plus en plus aux projets pour le cinéma et la télévision. « Quand l’occasion s’est présentée de déménager au Canada, j’ai décidé de faire le saut. Mon ex-mari est Canadien et travaille en télévision et il avait accepté un poste à Toronto. »
Elle a participé au programme Slaight Music Residency du Canadian Film Centre, où elle a amorcé une importante relation professionnelle avec le réputé compositeur de musique de film Mark Korven, qui allait devenir son mentor.

Michelle Osis. Photo par Matt Azzarello.
Osis a été attirée par l’esthétique d’une tension inquiétante de Korven. « Nous créons tous les deux des sonorités sombres et atmosphériques et je voulais approfondir cette approche, alors je suis restée en contact avec lui », dit-elle. « Avec le temps, notre relation a évolué naturellement vers une collaboration. » Les deux ont continué de travailler ensemble alors qu’Osis commençait à contribuer de la musique additionnelle et des éléments de conception sonore. « La confiance créative s’est installée progressivement », dit-elle.
Le fait de travailler avec Korven – également connu pour avoir créé l’instrument Apprehension Engine avec Tony Duggan-Smith – a amené Osis vers des univers sonores plus sombres et plus texturés.
« En 2023, on a travaillé sur la saison 2 de Billy the Kid où il m’avait invitée à collaborer comme compositrice additionnelle. » Après ce western à suspense, elle et Korven ont composé la musique du thriller Netflix Don’t Move (2024), qui s’est hissé dans le Top 10 de la plateforme après sa sortie, marquant une importante percée internationale.
Puis est arrivée la troisième et dernière saison de Billy the Kid. « Cette fois-ci », dit Osis, « on m’a invitée comme cocompositrice. »
Michelle Osis est passionnée par la synthèse modulaire, où le son se construit à partir de modules interconnectés plutôt qu’à partir d’un instrument fixe. « La synthèse, c’est quelque chose de très tactile », dit-elle. « On peut créer des sons, ce qui est très différent de s’asseoir devant un clavier et de choisir des préréglages dans une banque de sons. »
Pour Osis, la composition pour l’horreur repose sur l’exploration et les textures, tandis que le travail plus tonal se rapproche davantage du documentaire et des dramatiques. « Le processus de composition pour un film d’horreur est beaucoup plus lié à l’exploration d’une palette sonore qu’à l’écriture thématique au sens tonal du terme », dit-elle. « Il s’agit davantage d’expérimenter et de trouver des éléments inhabituels qui peuvent parfois définir une scène, plutôt que de créer une scène véritablement tonale. Même si j’adore travailler dans l’horreur, j’aime aussi beaucoup la tonalité. »
Cette dualité est encore présente dans son travail. Elle a composé la musique de documentaires comme Murder on the Inca Trail, pour lequel elle a remporté un Prix Écrans canadiens en 2024, et le documentaire IMAX T.Rex, paru en 2024. Son travail dans l’horreur a pris de l’ampleur en parallèle, notamment avec le long métrage Hulu/Disney+ Carved, sorti en 2024, et le long métrage Night of the Reaper, sorti en sur 2025 Shudder.
“Comme compositrice et artiste, j’ai deux univers sonores très distincts, mais ils finissent par se rejoindre. Une grande partie de ce que je fais en documentaire est davantage porté par les synthés. Dans l’horreur, il y a aussi cette dimension expérimentale.”
Tout comme, lorsqu’on accompagne une voix il faut laisser de l’espace au texte, elle veille à ce que les textures sonores ne prennent pas le dessus sur les dialogues dans ses musiques de documentaires.
Osis trouve aussi du temps pour sa propre musique, mais la composition à l’image lui vient plus facilement, en grande partie à cause des contraintes propres à chaque projet. Ces limites lui donnent une certaine impression de liberté et elle tente de trouver un équilibre entre sa carrière et sa vie personnelle.
« Comme l’industrie a ralenti à bien des égards, j’ai l’impression qu’on a tendance à dire oui à toutes les occasions qui se présentent », dit-elle. « Je comprends pourquoi les gens font ça, mais en même temps, j’ai appris que travailler constamment à ce rythme peut mener à l’épuisement. »
Osis cherche à bâtir une vie créative durable. « Quand je travaille, j’essaie généralement de miser sur des collaborations avec de bonnes personnes et de m’assurer de pouvoir donner le meilleur de moi-même sur le plan créatif sans me pousser jusqu’à l’épuisement. »