Le moins qu’on puisse dire, c’est que Lysandre a vécu des Francos de rêve. Elle a débuté le festival en beauté sur la scène du MTELUS, assurant la première partie du concert triomphal de son amie Lou-Adriane Cassidy, qui a profité de l’occasion pour lui tendre le Prix Félix-Leclerc de la chanson remis par la SOCAN, qu’elle avait elle-même reçu en 2024. Une semaine plus tard, elle célébrait son anniversaire en jouant les choristes aux côtés de Klô Pelgag ; et entre les deux, on a pu la voir accompagnant Catherine Leduc et le groupe Choses Sauvages, au sein duquel joue son conjoint Thierry Malépart.
« On décrit souvent le milieu de la musique comme une famille, mais je ne l’ai jamais senti aussi intensément que cette semaine », confirme l’autrice-compositrice-interprète. « Le prix est évidemment une formidable tape dans le dos, mais la vraie richesse, je la trouve dans les rencontres, les échanges avec mes ami·e·s artistes. Lorsque je faisais de la musique classique, je vivais de grands moments de stress solitaire et je trouve ça très réconfortant de pouvoir partager ce genre d’émotions avec des gens qui sont déjà passé·e·s par là. C’est plus que jamais important de se soutenir, car j’ai l’impression que faire de la création en ce moment, c’est presque un acte de résistance. Dans ce contexte, je suis heureuse de pouvoir compter sur le soutien de mes collègues, sans le moindre esprit de compétition : on s’élève tous ensemble et c’est formidable. »
Ce n’est pas d’hier que Lysandre, qu’on a d’abord remarqué au sein du groupe The Loodies, cherche la compagnie de ses pairs. Après ses années de Conservatoire, durant lesquelles elle a perfectionné la technique classique, elle a mis le cap vers l’Angleterre, où elle s’est inscrite à un programme intitulé « Collaborative Piano », avant d’accompagner en tournée le groupe britannique Girl Ray. De retour au Québec, elle accepte un job de choriste aux côtés de Klô Pelgag et approfondit son écriture personnelle, notamment à travers un recueil de poèmes et un travail musical en solo.
« La scène m’a révélée à moi-même et m’a permis de réaliser à quel point j’adore jouer avec les autres », poursuit-elle. Sans tourner le dos à sa formation classique, Lysandre a trouvé dans la musique pop un état dont elle a toujours rêvé : la liberté. « À mes débuts, si je faisais une erreur, je m’en voulais à mort, car j’avais encore des réflexes de musicienne classique. C’est étrange, car comme spectatrice, j’ai toujours aimé les imperfections, les petits moments où l’artiste se trompe et révèle son humanité. Ce que tu retiens d’un show, c’est le feeling, la synergie entre les musiciens et musiciennes, pas les accords manqués! J’ai finalement accepté que si c’était bon pour les autres, c’était bon pour moi aussi et j’ai appris à être plus indulgente envers moi-même! »
Sur son plus récent album, Portrait de l’invisible, Lysandre joue avec cette fragilité, puisant dans ses réflexions les plus intimes pour créer des chansons à la fois sensibles et réconfortantes portées par des mélodies aériennes, où l’instrumentation électronique tient une place de choix. « Après une période difficile j’ai voulu prendre un pas de recul en m’isolant à la campagne. Je me suis nourrie de poésie et de films, dont ceux de Mike Leigh, qui est probablement mon cinéaste préféré, et Les Ailes du désir de Wim Wenders, car j’avais besoin d’insuffler un peu de réalisme magique à mes chansons. »
Si elle aborde des thèmes parfois durs, comme la perte d’un ami cher (notamment sur Un ange qui fume dans son lit), Lysandre confronte et sublime ses zones d’ombre, avant de conclure l’album avec JVTPM (Je veux ta paix maintenant), point culminant dans lequel elle s’élève vers la lumière. « Cette chanson est une sorte de dialogue avec moi-même », confirme l’artiste. « Mais comme je pensais aussi à des gens de mon entourage, j’ai décidé de l’écrire au “tu” pour que tout le monde puisse se l’approprier. Je l’ai écrite en écoutant en écoutant en boucle Quatuor pour la fin du temps d’Olivier Messiaen, qui est pour moi une pièce complètement hors du temps, et j’ai voulu recréer ce côté intemporel. Évidemment, la phrase du titre m’est destinée, mais je voulais l’offrir à tout le monde, pour que ça devienne une petite phrase que les gens se disent à eux-mêmes. »
En tournée, sur le circuit des festivals :
19 juillet au Festival d’été de Québec
23 juillet au Festif! de Baie-Saint-Paul