Fondé en 1976, le plus connu des groupes trad au Québec écrit un autre chapitre.

La moisson a été bonne, les racines de la musique traditionnelle québécoise ont donné leurs fruits. Et voilà le demi-siècle qui se pointe. Pas mal pour un groupe de Lanaudière—région natale du musicien Hugo Mudie, qui l’a rebaptisée Yesterday’s Ring/L’anneau d’hier.

Sandy Silva en 2015. (Photo: Pete Grubb, Flickr)

Si les premiers albums de La Bottine Souriante (Y’a ben du changement, Les Épousailles, Chic & Swell) sont prisés des collectionneur·euse·s, sa recette au fil de cinq décennies, sa marque de commerce, elle, a évolué.

«La Bottine, c’est rendu plus important que ses membres, nous explique Jean-François Gagnon-Branchaud qui fait partie du groupe depuis 16 ans à titre de multi-instrumentiste, chanteur et arrangeur. Ceux qui sont arrivés ont tous apporté quelque chose pour que La Bottine continue d’évoluer, on ne voulait pas devenir un groupe de covers des meilleures chansons du groupe. »

Donc, a priori, la musique du terroir leur sert de matière première avec ses multiples déclinaisons ; podorythmie, claquement des mains, chanson à répondre et ses infinies possibilités. Pas de doute, la palette de couleurs des bardes lanaudois est vaste. Depuis 1991, La Bottine Souriante a procédé à l’ajout de cuivres, sans oublier l’omniprésence en spectacle de Sandy Silva, danseuse à claquettes enjouée qui multiplie les steppettes, sourire à l’avenant. Elle n’est toutefois pas la première femme à joindre l’illustre collectif : Lisa Ornstein fit un bref passage en 1978-79.

 

Des racines et des ailes

Le groupe a su imposer sa griffe sur une œuvre référentielle et témoigner du chemin parcouru en 50 ans de carrière avec Domino!, son 14ᵉ effort paru en 2023 et récompensé l’année suivante au Gala de l’ADISQ pour le Félix du meilleur album traditionnel.

«Au Québec, confie Gagnon-Branchaud, on reçoit parfois les commentaires nostalgiques des adeptes de La Bottine sans cuivres… et avec Yves (Lambert). Mais ailleurs, le public perçoit le groupe tel qu’il est aujourd’hui. C’est avec ce public-là qu’on peut prendre le pouls du show parce qu’il ne connaît pas tous les changements d’effectif au fil des ans.»

The 11 tracks on Domino! were released on the LABE label and recorded at Studio B-12 in Valcourt, in the Eastern Townships—a place that, over the years, has become fertile ground for creative residencies (Sept jours en mai, the country project Grande Ourse, Alphonse Bisaillon, Klô Pelgag, Les Louanges, etc.).

Avec un peu de recul, on réalise en écoutant leur plus récent recueil que les chansons choisies sont une jubilation de hasards, de détours parfois obligés sur les routes secondaires de Lanaudière, berceau de l’évolution de la musique traditionnelle au Québec depuis la nuit des temps.

Regroupés dans un seul jardin, Domino! et ses onze titres sont publiés sous l’étiquette LABE et furent enregistrés au Studio B-12 à Valcourt, en Estrie, devenu au fil des ans un lieu propice à des résidences de création (Sept jours en mai, le projet country Grande Ourse, Alphonse Bisaillon, Klô Pelgag, Les Louanges, etc.)

Pas d’esbroufe ni de solos interminables dans l’aventure Domino!, tout est calibré et coule de source. Quelques titres alléchants comme Les Jolies Québécoises (où l’on rend hommage au passage « aux filles de ville d’Anjou »), La wagine et Tralala donnent le goût de giguer, à tout le moins de remuer le gros orteil! On reconnaît tout de suite notre belle et bienveillante Bottine. Et on est dans la continuité d’une œuvre déjà marquante.

Aussi, les morceaux sont construits sur des échafaudages simples, mais tenus à bout de bras par le jeu des instrumentistes, même dans les formes les plus primitives du genre. L’intérêt pour La Bottine ne semble jamais s’étioler.

Au bout du compte, La Bottine Souriante a choisi de remonter aux sources pour mieux comprendre l’universalité et ses liens avec la musique d’aujourd’hui. À l’instar de leurs contemporains, elle a su déterrer avec précaution et respect les nombreuses racines de ces entrelacs musicaux que constitue la musique traditionnelle tout en y imprimant sa personnalité. Cela relève de l’admiration.

 

Troisième génération

Plusieurs vétérans dans l’aventure de La Bottine nous ont quittés. Mario Forest, décédé l’année dernière, était non seulement l’un des fondateurs en 1976, mais aussi l’instigateur du Festival Mémoire et Racines en 1995. On pense aussi aux multi-instrumentistes Gilles Cantin et Denis Fréchette, de même qu’au trompettiste Laflèche Doré, qui ont passé l’arme à gauche.

Yves Lambert, bien vivant quant à lui, a été la figure centrale du groupe à une certaine époque, de la formation qu’il a cofondée, sauf qu’il l’a quittée en 2003. À ce sujet, Gagnon-Branchaud avait ceci à dire en guise d’explication : « Yves est parti dans une chicane ou une mésentente forte avec le band qui n’a jamais été réglée donc c’est pour ça qu’il n’est pas dans notre show».

Comme on le sait, Lambert a réalisé quelques projets en solo, comme l’album Les vacances de monsieur Lambert et Le Bébert Orchestra. Et cette année, il promène en tournée son spectacle à lui intitulé 50 ans, de La Bottine à aujourd’hui.

Arrivé dans un train en marche il y a 16 ans, Jean-François Gagnon-Branchaud, qui vient de Saint-Côme et qui a étudié le jazz et la basse, fut biberonné lui aussi aux airs de la musique traditionnelle de La Bottine. Dans le même esprit, son autre groupe, Hommage aux aînés, revisite le folklore musical de son village. « Ils sont un peu comme les Rolling Stones du trad », lance-t-il en guise de métaphore.

Et comment est-il devenu un membre de la Bottine Souriante?

« Je remplaçais le guitariste Éric Beaudry. Pendant trois ans, j’étais dans le groupe de façon intermittente. Puis, en 2010, le jour de ma fête, alors qu’on était en tournée en France, le moment que j’attendais est venu : on m’a demandé d’être un membre à plein temps de La Bottine. Depuis toujours, on dirait qu’on attendait qu’un membre parte pour le remplacer ». À ce moment-là, l’effectif est donc passé à 11 musiciens.

Jean-François Gagnon-Branchaud amène avec lui son bagage de musicien traditionnel de répertoire. Notre homme est polyvalent : guitare, accordéon, violon, chant et tutti quanti.

 

Un legs musical colossal

La Bottine Souriante, avec hardiesse et conviction, a accompli beaucoup : sa culture, sa langue, sa grande connaissance de la généalogie musicale émanant du berceau de la musique trad, la voie était tracée et d’autres ont emboîté le pas tels La Volée d’Castors, Le Vent du Nord et Les Charbonniers de l’enfer.

Même le phénomène de l’heure n’y échappe pas.

Angine de Poitrine, qui fait des ravages partout dans le monde, a récemment fait un clin d’œil au répertoire trad lors d’un d’un concert à Rovereto, en Italie. Quand le duo mantra-rock dada-cubiste de l’heure est arrivé sur scène, il a pris le temps de s’installer ; Khn vérifiait son intrigant pedal board tandis que Klek faisait des étirements, tout ça, au son d’une chanson à répondre typiquement québécoise, Les jours de la semaine des Charbonniers de l’enfer, endisquée en 1996 chez Mille-Pattes, le label de la Bottine, à l’époque : Le mercredi on boit de la chopinette (x2), le jeudi on a mal à la tête (x2)… Un gros deux minutes de notre patrimoine musical sous forme de rigodon devant un public italien médusé.

 

La Bottine pour les 7 à 77 ans

La tournée des 50 ans passera en revue toutes les phases de La Bottine Souriante et Gagnon-Branchaud ne cache pas son enthousiasme : « nous avons pour l’occasion concocté un pot-pourri a cappella qui couvre 90 % des différentes époques du groupe », nous annonce-t-il.

Lors du grand spectacle prévu aux Francos de Montréal, Lisa Leblanc fera une apparition remarquée, à n’en point douter. Et en prime, deux piliers de la Bottine, André Marchand et Michel Bordeleau qui ne sont désormais plus dans le collectif y seront aussi pour le jubilaire. Sans oublier l’extraordinaire Jean Fréchette au saxophone.

«Bien sûr, on ne boude pas notre plaisir et on aime jouer nos vieux classiques. Comme La tourtière, La poule à Colin, La Ziguezon, Le réveillon du jour de l’An, sortis en format 45 tours en 1987, et qu’on incorpore aux plus récentes chansons. La musique traditionnelle, c’est toujours en évolution, on est dans cette mouvance-là».

La Bottine a ouvert au début des années 90 le chemin sur le circuit international avec l’addition des cuivres. « Ç’a été l’élément déclencheur des spectacles à grand déploiement et de grande envergure devant des publics considérables. »

La Bottine Souriante fait office de défricheuse avec son œuvre colossale : 14 albums, trois compilations et des concerts partout dans le monde, surtout en Royaume-Uni et en Espagne— « nos plus gros marchés certes, mais La Bottine, c’est immense partout sur la planète ».

C’est maintenant au tour d’un nouveau public de les apprécier, surtout les plus jeunes, les fans de rap ou de musique électro, de chanson ou de rock indé. À leur tour d’apprécier l’enthousiasme qui émane de cette musique contagieuse, avec un esprit frondeur, de saisir l’origine et de comprendre les liens entre La Bottine Souriante et la musique qu’ils écoutent.

«Taper du pied dans un kit de son, c’est épouvantable comment ça marche!», constate le musicien à propos de l’effet global et contagieux de la podorythmie sur des échafaudages de musique folklorique et celtique.

Les musicien·ne·s sont des passeur·euse·s. C’est ainsi que les connexions s’opèrent et que l’histoire se crée.

 

Grand concert pour les 50 ans de La Bottine Souriante :
17 juin à Montréal (Les Francos)

En tournée ailleurs au Canada :
14 août à Edmundston (Jardin botanique du Nouveau-Brunswick)
10 octobre à Rivière-du-Loup (Centre culturel Berger)
4 décembre à Thetford Mines (Salle Dussault)
5 décembre à Brownsburg-Chatham (PØLNOR)
18 décembre à Québec (Impérial Bell)
19 décembre à Saint-Jérôme (Théâtre Gilles Vigneault)
20 décembre à Sainte-Agathe-des-Monts (Théâtre Le Patriote)
27 décembre à Gatineau (Théâtre du Casino du Lac-Leamy)
28 décembre à Magog (Le Vieux Clocher)
29 décembre à L’Assomption (Théâtre Hector-Charland)