En complément à notre tour d’horizon annuel des recrues rap locales à surveiller, on vous présente cinq jeunes as du beatmaking qui se révéleront à plus grande échelle sur les scènes hip-hop et électronique québécoises en 2022.

Gene Tellem

Gene TellemÉlevée aux sons du trip-hop britannique des années 1990 et des explorations downtempo de Daniel Bélanger sur Rêver Mieux, Gene Tellem s’est intéressée au piano dès l’enfance, avant de ‘’swticher à la guitare’’ une fois rendue au cégep.

« J’ai étudié en guitare jazz [au cégep de Saint-Laurent], et c’est à cette période que j’ai commencé à sortir, à découvrir les afterhours. Mon introduction à la musique électronique a commencé là », explique la beatmaker montréalaise de 30 ans. « J’ai commencé à taponner [sur des machines], à m’acheter des disques, à mixer. Et parallèlement, je me suis intéressée à produire de la musique. J’ai acheté le logiciel Ableton et, pendant ma vingtaine, j’ai testé pas mal de trucs. Mais ça m’a pris du temps avant que je fasse une toune qui a de l’allure. »

C’est en 2017 que Gene Tellem se dévoile avec une première sortie physique, le mini-album Who Says No, sur le label dance montréalais Sounds of Beaubien Ouest, sous-branche de l’iconique Arbutus Records (qui a révélé Braids, Grimes, Blue Hawaii et plusieurs autres artistes locaux de premier plan). Inspirée par la scène house de New York, qu’elle fréquente assidûment depuis cinq ans, la fondatrice du label Bienvenue Recordings a lancé sept autres projets depuis – certains en format vinyle et d’autres en format numérique, pour la plupart disponibles sur les plateformes d’écoute.

Principalement destinée aux planchers de danse, la musique de Gene Tellem a pris une toute nouvelle tournure l’an dernier sur Speed of Life, deuxième EP de la chanteuse Laroie, une amie de longue date de la productrice. Dans un alliage vaporeux de trip-hop, de R&B et d’électro-pop, ce mini-album a sorti Tellem de sa zone de confort. « J’étais intimidée », admet-elle. « La pop, c’est ma bête noire en termes de composition. Mais je l’ai pris comme un défi. Et maintenant, je tripe vraiment beaucoup à m’attaquer [à ce genre de musique]. »

Pour 2022, la musicienne remet ça avec son amie pour deux nouvelles parutions : un nouvel opus de Laroie et un projet avec Secret Witness, formation house des deux comparses avec le batteur Pascal Deaudelin et le producteur Gabriel Rei. Tellem prépare également un projet en duo avec Rei (Game Plan) ainsi qu’un EP solo à venir conjointement avec le label new-yorkais Second Hand Records et, possiblement, un premier album complet sous sa propre étiquette. « Je suis en pleine période de composition en ce moment. Je m’en vais davantage vers le songwriting et l’expérience d’écoute que les beats typiques de club. »

Melowithdaheat

MelowithdaheatLa première incarnation de Melowithdaheat sur la scène hip-hop montréalaise, c’était sous le pseudonyme de Melomayne. Avec le recul, cette réappropriation du mot mélomane est devenue un symbole fort pour le producteur maintenant âgé de 33 ans : c’est son amour indéfectible pour la musique qui l’a poussé à ne jamais abandonner sa passion, même s’il aurait eu raison, à plusieurs reprises, de tout lâcher.

Originaire du quartier de la Petite-Bourgogne dans le sud-ouest de Montréal, l’artiste québéco-congolais a commencé à faire ses premiers beats au milieu des années 2000, motivé par son cousin (le producteur Vader) qui venait tout juste de se procurer le programme de création hip-hop FL Studio. « J’ai fait mon premier beat en un ou deux jours, je le trouvais incroyable. Je l’ai envoyé à mes cousins et ils se sont foutus de ma gueule. Évidemment le beat était pourri ! Mais je m’en foutais. J’étais rendu obsédé. »

Avec Vader, le jeune producteur crée le groupe NOGAMZ et va rapidement tout mettre en œuvre pour réussir sur le marché de plus en plus démocratisé (et compétitif) du beatmaking. En 2012, les premiers placements majeurs arrivent, notamment avec Booba et Sefyu, et les deux cousins obtiennent un premier contrat en France. « C’était magique cette année-là », se souvient-il, nostalgique, évoquant de nombreux voyages payés et des commandites de vêtements. « Mais malheureusement, pour des raisons inconnues [le rappeur avec qui on était lié] a arrêté de faire de la musique. On a réussi à se sortir du contrat, et c’est comme si on devait recommencer à zéro. »

Les deux producteurs sont loin d’être au bout de leur peine. Dans les années qui suivent, ils font face à plusieurs mésaventures, dont la rencontre d’un gérant-escroc et la signature d’un contrat américain qui finit en cul-de-sac. « L’industrie de la musique m’a un peu dégouté. J’ai arrêté de faire des placements, mais ma passion, elle, n’a jamais arrêté. »

Dernièrement, c’est l’annonce de la maladie de sa mère qui lui a donné envie de se lancer à nouveau dans la musique de façon professionnelle. « Ça m’a fait beaucoup réfléchir », dit-il. « En 2020, au tout début de la pandémie, j’ai décidé d’y aller all in. J’ai quitté ma job, j’ai commencé à investir dans le stock market avec mon 4% et, en trois mois, j’ai appris à enregistrer des gens. Au bout de six mois, j’ai ouvert mon premier studio. »

Fort de quelques placements avec des artistes clés de la scène québécoise (Rosalvo, OneNessa, SB et LK tha Goon) ainsi qu’avec le renommé rappeur français Kalash, Melowithdaheat entame 2022 avec une détermination à toute épreuve. En plus de préparer la sortie de deux nouveaux espoirs rap montréalais (Bagfull et Kyilah), il travaille sur plusieurs collaborations secrètes qu’il ne peut pas encore annoncer.

 Nkusi

NkusiD’origine rwandaise, le Trifluvien Nkusi a été plongé tête première dans la musique grâce à sa mère, qui l’a inscrit à la chorale de l’église durant son enfance. Quelques années plus tard, il troquait les louanges au christ contre l’art d’expression le plus populaire chez les jeunes de sa ville d’adoption : le rap.

Défrichée par Ale Dee et Sir Pathétik, la scène hip-hop trifluvienne est bien vivante depuis un peu plus d’une décennie, et c’est grâce à sa vitalité et son dynamisme que Nkusi a fait ses premiers contacts avec le beatmaking il y a un peu plus de cinq ans. « Même si [Sir Path et Ale Dee] ne sont pas toujours pris au sérieux, ils ont mis Trois-Rivières sur la mappe dans la conscience de bien des gens. Y’a quelque chose qui se passe dans la ville. »

Mais détrompez-vous tout de suite : le producteur de 28 ans n’a rien en commun avec les ritournelles pop onctueuses et les envolées piano-violon datées des deux vétérans. Bien au contraire, son style s’inscrit dans un sillon hip-hop minimaliste aux vapeurs soul et electronica, hérité de son amour pour Flying Lotus, Flume, Kaytranada et Knxwledge.

C’est Jimmy Young, personnage central de la scène trifluvienne, qui l’a initié au beatmaking. Puis, c’est son escapade à Québec pour des études en joaillerie qui l’ont convaincu de se lancer avec un premier projet, Gutaginza, en 2019. « C’est là-bas que j’ai compris comment concrétiser mes idées artistiques, comment monétiser mon art. Au même moment, j’avais un emploi au Bureau de poste [populaire bar du centre-ville de Québec]. Je travaillais en cuisine, mais à un moment donné, on m’a donné la chance d’être DJ. Quand j’ai eu mon premier chèque pour ça, j’ai réalisé la chance que j’avais. Ça a été la première petite étincelle. »

L’étincelle se change en flamme à son arrivée à Montréal, au début de 2020. Son alliance avec le producteur Funkywhat (une autre révélation probante du beatmaking montréalais) sur le mini-album Fwnk ainsi que sa participation considérable au premier EP de la chanteuse indie pop Thaïs, dorénavant signée sous Bravo Musique, lui ont permis de diversifier sa gamme de sons. « Les producers que j’admire, ils ne se classent pas dans une seule catégorie. Et c’est un peu ce à quoi j’ai toujours aspiré. J’aime la musique par-dessus tout. J’ai vraiment aucune intention de me limiter’’, explique celui qui se spécialise également dans l’habillage musical de podcasts et dans le développement de projets artistiques d’entrepreneuriat social.

2022 marquera la sortie d’un deuxième projet solo pour Nkusi ainsi que la concrétisation de plusieurs collaborations avec des artistes talentueux de l’underground rap et R&B montréalais.

Beau Geste

Beau GesteC’est en marge de ses études au cégep de Jonquière que Beau Geste a commencé à composer des beats. « J’ai rencontré deux gars qui venaient faire le programme d’immersion française durant l’été, deux gars qui rappaient. C’est vraiment grâce à eux que je me suis mis à faire de la musique », dit-il, à propos de JML et Ugly Tomorrow, respectivement de Vancouver et de Toronto.

S’abreuvant aux tendances hip-hop américaines, le beatmaker natif d’Acton Vale ouvre tranquillement ses horizons aux musiques électroniques quelque part au milieu des années 2010. « J’ai commencé à m’intéresser au dubstep, à la culture rave. Ce sont des gens de mon cégep, originaires de Montréal, qui m’ont initié à tout ça. Je me suis mis à produire du lo-fi house. »

La curiosité et l’ouverture musicale caractérisent le travail de Beau Geste. Après son incursion électronique, c’est la mouvance emo-rap qui l’interpelle. Inspiré par Lil Peep, XXXTentaction et autres rappeurs majoritairement décédés qui ont (ironiquement) donné vie à ce style mélangeant les codes du trap, du emo et du pop-punk des années 2000, le beatmaker basé à Montréal dévoile ses premières chansons en 2018 sur les plateformes d’écoute. « J’aimais le côté très mélancolique [du emo-rap]. Je me suis mis à faire plein de beats avec des gros 808 et des loops de guit. »

Aux côtés du rappeur K0ne, membre du mégacollectif Les Fourmis, Beau Geste lance le mini-album Redbird, sa première parution d’envergure, au début de 2020. Cette expérience prépare le terrain pour sa collaboration la plus importante à ce jour : sa rencontre avec la rappeuse et chanteuse Emma Beko, qui s’est cristallisée sur Blue, un EP aux influences électro et pop.

Paru à l’hiver 2021, ce premier projet en duo a généré des centaines de milliers d’écoutes sur Spotify, en plus de se hisser à la première place des albums anglophones de l’année sur les ondes de CISM. « On était tellement contents que ça fonctionne », se félicite-t-il, insistant sur le côté artisanal de la création du EP. « On a fait ça vraiment tous les deux ensemble, dans une petite pièce transformée en studio. On n’avait pas vraiment d’équipement – juste un ordi et une carte de son. C’était vraiment simple. »

Les deux artistes préparent deux autres EPs pour cette année. « On s’en va vers quelque chose qui se rapproche plus des racines hip-hop d’Emma. On est à fond là-dedans en ce moment. »

Chanteur et guitariste, Beau Geste prépare également la sortie du premier album de son nouveau groupe post-punk – qui, ‘’pour l’instant’’, s’appelle Distraction 4Ever. « De jouer dans un projet avec des vrais instruments, ça m’inspire beaucoup. Ça va sûrement se sentir sur les prochaines sorties, notamment celle avec Emma. Mais en même temps, je suis encore en amour avec la création digitale. Je tripe beaucoup sur l’hyperpop et les sonorités de synth weird dernièrement. »

RKT BEAT

RKT BEATC’est un conte de fée que vit actuellement RKT BEAT, jeune homme d’à peine 15 ans en voie de devenir l’un des plus prometteurs beatmakers hip-hop de la province grâce à ses collaborations avec Shreez, JPs et Tizzo.

Connu pour sa signature musicale assez fracassante, menée par des basses lourdes et des teintes drill puissantes, l’adolescent tient toutefois à rectifier le tir : il a une palette beaucoup plus large d’influences. D’abord, ses parents l’ont élevé aux rythmes de la rumba, de la musique camerounaise et de la musique haïtienne, ce qui a rapidement alimenté sa passion pour la danse.

Puis, comme c’est le cas pour la plupart des jeunes qui entrent dans l’adolescence, il s’est détaché des influences familiales au profit d’une musique de son époque : le trap. C’est le son de Metro Boomin, l’un des plus talentueux et ingénieux producteurs de sa génération sur la scène hip-hop américaine, qui l’a le plus interpellé à ses tout débuts. « J’écoutais beaucoup sa musique et je me suis mis à suivre ses tutoriels sur YouTube. J’ai vu tout ce qu’il utilisait. Je voulais pratiquement être comme lui en fait ! » admet-il. « Ensuite, mon père m’a acheté un PC pour ma fête et j’ai téléchargé FL Studio. Je suis parti from scratch, je savais pas jouer de piano. »

Motivé par le succès que ses premières compositions génèrent à son école et auprès de ses amis, RKT BEAT tente le tout pour le tout en 2019, en écrivant des messages privés à différents rappeurs de la province. « Je pensais que j’étais prêt [à passer à la prochaine étape]. J’ai fait un long texte pour me présenter et j’ai envoyé des beats à plein de monde, dont Shreez. Le soir même, il m’a envoyé un petit snippet de ce qu’il allait faire sur mon beat [la chanson Loud]. C’était vraiment random ! »

À la sortie de la chanson de Shreez, quelques pages Instagram et médias québécois spécialisés en hip-hop remarquent le talent précoce de l’adolescent. Mais même si cet engouement rapide lui donne la confiance nécessaire pour entrevoir une potentielle carrière dans le milieu, RKT BEAT s’assure de rester terre-à-terre. « La musique, c’est pas nécessairement une carrière que tu peux garder toute ta vie. J’ai envie de focus sur mes études et d’avancer vers l’université », dit-il. « Pour l’instant, j’ai des bonnes notes et mon passe-temps, c’est faire des beats. »

Plusieurs placements sont à venir en 2022 avec des artistes bien en vue de la scène hip-hop locale. Le jeune homme planche aussi sur un projet de mixtape avec différents rappeurs et beatmakers d’ici.

 



Les LouangesLa nuit est une panthère, le premier album des Louanges paru en 2018 après sa présence en grande finale des Francouvertes a placé des pions sur un échiquier beaucoup plus grand que celui de sa propre carrière. Derrière Les Louanges, Vincent Roberge s’est engagé dans un parcours musical où il souhaite mener le troupeau, définissant son style une pièce à la fois et laissant son influence porter les autres. Avec Crash, il dessine sur un immense tableau, l’ensemble des premières fois d’adultes : les plus douces qui nous élèvent et les plus tristes qui nous changent au passage.

Si son premier album laissait place à l’imagination et encourageait l’auditeur à prendre le temps de décortiquer, Crash s’enracine dans une vérité parfois dure, mais dont on peut difficilement douter. « Ce crash c’est la vraie vie qui m’est rentrée dedans, lance d’abord Vincent Roberge. La pandémie m’a forcé à prendre un pas de recul et j’ai fait la digestion que je n’avais pas faite avant. »

Ce qu’il y avait à digérer, ce sont certainement les premières années d’une carrière lancée à vitesse grand V, mais également les expériences de la jeune vingtaine qui laissent leurs marques. « J’ai vécu beaucoup de choses pas ordinaires, entre l’exceptionnel et le très stressant, mais j’ai aussi appris à être un adulte à travers tout ça et je l’ai fait en brûlant la chandelle par les deux bouts. Chaque chanson est un évènement très important qui a eu un impact positif ou négatif, mais qui m’a frappé quand même, comme un crash », explique l’auteur-compositeur-interprète.

N’importe quelle chanson peut naître au cœur du chaos, mais le timing de Vincent pour mettre son deuxième album en branle était un déséquilibre entier. Après avoir fait la courte liste du Polaris et une tournée fructueuse au Québec, il a dû rentrer d’Europe alors que les choses décollaient bien là-bas. « Les bases de la chanson Facile, c’est quand on est revenus de Marseille à cause du début de la pandémie, se souvient-il. On était dans un Airbnb gris sur Iberville à Montréal. On pouvait aller nulle part et criss que je me sentais tout seul cette journée-là. J’étais couché dans mon lit et je jouais des pads sur mon clavier d’ordi. J’ai fait des accords majeurs niaiseux et je les ai trouvés tellement tristes. » Désireux de faire connaître à son public une vérité plus « facile à saisir », Vincent avait envie de garder ce brin de désespoir – d’ailleurs nommée « Fuck It » sur son cellulaire – pour en faire quelque chose de touchant ensuite.

Tout ça s’inscrit directement dans la quête de vérité de Vincent qui s’entend sur l’album en entier. Selon lui, si sa musique est devenue plus pop avec ce nouvel album, c’est par un effort de concision. « Je ne voulais plus me cacher derrière 2000 métaphores et je voulais montrer que je suis capable de faire des arrangements complexes pour soutenir adéquatement un texte plus clair. Je ne veux plus que les gens aient à réfléchir pour vivre une émotion en m’écoutant, mais si tu as envie de chercher tous les sens, tu peux aussi. »

En plein centre de l’album, Les Louanges offre ainsi les mots de Gaston Miron en guise d’intermède. Les paroles du poète s’esquissent parmi les zones de lumières de l’album qui est néanmoins très sombre. « Je voulais faire quelque chose d’équilibré en termes de tristesses et de lumière. Ce que Miron dit, c’est que c’est important d’être capable de s’émerveiller. C’est bon pour ta vie et bon pour ton art. On peut s’émerveiller devant la douleur. Si quelque chose te touche, il y a une raison. Je trouve que c’est comme s’il te préparait à ce que tu t’apprêtes à entendre. »

C’est après avoir plaisanté pendant des années avec son complice et réalisateur Félix Petit au sujet d’une collaboration avec Corneille que Vincent a commencé à envisager sérieusement une pièce avec lui. « J’ai toujours du mal à expliquer mon style de musique et un jour, Félix a dit en joke que je faisais du RnB conscient. J’ai vraiment l’impression que le king de genre, c’est Corneille. Un matin, je suis au Green Room, à côté des Planet Studios. Je sors de mon char, il est 9 h le matin et j’entends : bro, c’est tu Les Louanges? Un gars sort de son auto aux vitres teintées et c’est Corneille. Je sais que j’avais plus de chances de le croiser là que dans le parking du Canadian Tire, mais j’en revenais pas. Je lui ai proposé tout de suite la collabo pour la chanson Crash. Même l’univers était tanné d’attendre que ça se passe. »

Depuis ses premières collaborations avec son réalisateur Félix Petit, ce dernier a connu un succès ferme auprès d’autres artistes qui ont voulu travailler avec lui, mais Vincent ne craint pas que le son des Louanges se répercute ailleurs avec Félix. « Quand on travaille sur mes tounes, il porte ma vision. Félix est un élément non négligeable dans mon équation. C’est le frère que j’ai jamais eu, c’est la seule personne qui sait ce qui se passe dans ma tête, admet-il.  Il est toujours exactement là où personne ne pense à être. Même au Roi du Smoked Meat, à trois heures du matin il va choisir la côte de veau quand on mange des hot dog et on finit tous par se dire qu’on aurait dû faire comme lui. »

Comme les autres, Vincent rêvasse et espère la scène qui reviendra et il y a pensé durant son processus créatif, imaginant des accalmies au milieu des rythmes dansants pour que la foule puisse se réchauffer et attendre la suite. « Quand j’étais en studio, j’avais des idées et des flashs de scène, se rappelle-t-il. Mais t’as beau vouloir tout contrôler… La création, c’est sauvage. Il faut que tu sois le gars du National Geographic qui prend le pélican en photo. Il faut que tu gères ton iso, que t’aies le bon matériel, que t’attendes ton moment, il faut parfois que tu te calisses dans la jungle et c’est rien qu’à ce moment-là que tu vas l’avoir, la bonne shot. »

 



Alors que nous nous préparons à accueillir 2022, Words & Music et Paroles & Musique ont pris un moment pour faire un retour sur 2021 des Tops 10 des chansons des membres de la SOCAN ainsi que des moments préférés ou des moments forts de certains de nos membres. Joyeuses fêtes!

 

LES MOMENTS MARQUANTS DE NOS MEMBRES EN 2021

 

Haviah MightyHaviah Mighty, auteure-compositrice-interprète hip-hop et R&B, entrepeneure, et philanthrope
« Le lancement de Stock Exchange a été un des grands moments de cette année pour moi! Avec des restrictions en vigueur pendant la moitié de l’année, j’ai dû me tourner vers l’intérieur pour trouver l’inspiration et j’ai navigué dans mes émotions sur l’amour, la validation et l’identité. Ce que j’ai trouvé le plus difficile dans ce projet, c’est la conceptualisation d’idées avec très peu de “nouvelles”  expériences et l’absence d’accès au studio pour collaborer ; ce fut donc l’occasion de devenir productrice déléguée. La partie la plus passionnante du processus a été de travailler avec tant d’artistes incroyables et de puiser dans des sons et des genres différents. Ce projet m’a vraiment permis de continuer à explorer après 13th Floor et je continue à développer mon son et ma vision. »

 

Roxane BruneauRoxane Bruneau, auteure-compositrice-interprète
« C’est certain que remporter 4 Félix ça en fait partie, donc je te dirais ça. Et tout le contenu web que j’ai créé durant la pandémie pour les gens, ça, ça me rend pas mal fière. J’ai le sentiment du devoir accompli. Pendant la pandémie, moi je ne pouvais pas sauver de vie, je ne suis pas médecin, je ne servais à “rien”, donc moi je me suis dit, mon job c’est de faire oublier que la vie c’est l’enfer en ce moment. Ç’a été l’enfer pour certaines personnes, il y en a qui perdent leurs emplois, qui perdent des gens qu’ils aiment. Donc quand les gens se connectaient sur leurs téléphones et qu’ils avaient accès à mon contenu gratos, mon album était gratos, je voulais que ce soit accessible pour les gens qui n’ont plus les moyens. Si ces gens-là pouvaient décrocher 10 minutes avec moi, mon job était fait. »

 

Amin BhatiaAmin Bhatia, compositeur à l’image
« C’est un dilemme tellement étrange et merveilleux, car je dois choisir parmi beaucoup de points forts cette année. Je suppose que la double victoire aux Canadian Screen Awards avec Ari Posner est un des faits saillants, mais il y a eu de nombreux anniversaires notables aussi : 40 ans depuis que j’ai gagné le concours de synthétiseurs Roland, 50 ans depuis que je suis arrivé au Canada et 60 ans que je suis né. J’ai tant de gens à remercier pour tout ça. Mais si je devais me limiter à l’événement le plus important de l’année 2021, je dirais que c’est quand j’ai reçu ma dose de vaccin! Merci à tous les travailleurs de première ligne, et à tous ceux qui ont rendu les vaccins possibles, sinon aucun d’entre nous ne serait ici pour parler des meilleurs moments de cette année! »

 

CRiCRi, musique électronique
« En 2021, ç’a été la plus belle année de ma vie, tout simplement. Pour deux raisons, évidemment la sortie de mon album Juvenile. C’est un accomplissement incroyable. Mon album est sorti à la fin 2020, mais toute la campagne de promotion était en 2021. L’année 2021 a vraiment été pleine d’opportunités. Et la deuxième, c’est l’achat de ma maison dans les Laurentides. J’adore cette nouvelle vie, de vivre en forêt c’est incroyable, un peu reclus j’adore ! »

 

Snotty Nose Rez KidsSnotty Nose Rez Kids, rappeurs de la nation Haisla
Quinton « Yung Trybz » Nyce : « À part le lancement de notre album qui a été un événement marquant pour nous, le fait saillant a définitivement été de partir en tournée américaine après deux ans. Ça fait trois ou quatre ans qu’on travaille là-dessus et on a enfin pu présenter notre travail. On s’est sentis accomplis et bien dans notre peau. »
Darren « Young D »  Metz: « Je mentirai pas, le soir du lancement de notre album, j’ai pleuré. C’était comme remporter un championnat. Quand tu travailles aussi fort et aussi longtemps sur un projet et que t’atteints la ligne d’arrivée, l toutes les émotions que tu as vécues pendant le périple reviennent à la surface. »

 

Damien RobitailleDamien Robitaille, auteur-compositeur-interprète
« Mon highlight professionnel de 2021, je pourrais dire que c’est tout le succès que j’ai eu avec mes covers de chansons, par exemple, Pump Up The Jam ou We Are The World… toutes les tounes que j’ai faites. Un highlight personnel, c’est d’avoir été capable de visiter mes filles en Espagne, j’ai passé tout l’été là-bas, deux mois complets, et ça faisait huit mois que je ne les avais pas vues. »

 

Kim TempleKim Temple, éditrice, High Priestess Publishing
« Le fait saillant de 2021 pour High Priestess a été notre tout premier camp de création à Toronto! Des artistes, des producteurs et des auteurs-compositeurs se sont réunis au Taurus Studios pendant trois jours et ont juste “ trippé”  d’être ensemble : fini le confinement, les molécules s’amalgament, les visages s’illuminent. “ Veni, vidi, vici” , qui veut dire, en langage de camp de création, on a ri, on a pleuré et on a mangé de la queue de bœuf.”  (On a coulé nos cours de latin, mais on t’aime @kateringco. inc.) La parité des genres de nos producteurs (une rareté) a mis la table et on a été enchantés par nos invités spéciaux. Les collaborations notoires : James Baley x Tynomi Banks, Witch Prophet x Junia-T, Jesse Northey x Nyssa, Zaki Ibrahim x SATE, Lana Winterhalt x Thomas D’Arcy, SUN SUN x Cadence Weapon, Melody McKiver x T Thomason. C’était comme un match de boxe, mais au lieu d’échanger des coups, les créateurs échangeaient amour et créativité et le résultat est un paquet de bonnes chansons qui sortiront en 2022. »

 

Alex BurgerAlex Burger, auteur-compositeur-interprète solo et membre de Bon Enfant, entre autres
« Le fait que Patrick Normand me remette mon Félix pour album country de l’année, je n’aurais pas pu rêver mieux.  C’était vraiment un beau moment. C’est juste dommage que nous n’ayons pas pu nous serrer dans les bras, ça, c’est probablement le pire moment de mon année, de ne pas avoir pu lui faire un câlin, parce qu’il ne veut plus vraiment faire de scène. Donc Patrick Normand qui me remet un prix, je vais le prendre. »

 

TOBiTOBi, auteur-compositeur-interprète R&B/hip-hop/pop
« Avec du recul, quand je réfléchis à ce qu’on pourrait appeler la deuxième partie de la pandémie, je trouve qu’il y a eu de nombreux points positifs. Partir en tournée cet automne a définitivement été 4le point fort de mon année. Partir sur les routes des États-Unis avec mon équipe, entrer et sortir des chambres d’hôtel et des restaurants ; c’était juste la bonne dose de chaos dont j’avais besoin après être resté enfermé pendant toute une année. Visiter plein de villes et partager le cadeau qu’est la musique avec plein de nouveaux visages. Remonter sur scène après deux ans c’était comme rentrer chez moi et on nous a accueillis à bras ouverts. Je me suis senti renaître. Merci à mon équipe de gestion, à Brasstracks qui a été la meilleure famille de la tournée, aux équipes des différentes villes qui ont rendu cette expérience si enrichissante. La tournée s’est déroulée sans anicroche et j’en suis vraiment reconnaissant. Je repartirais demain matin! Oh! Et ne négligez jamais de prendre des assurances auto! »

 

AnachnidAnachnid, auteure-compositrice-interprète de la nation oji-crie
« Un de mes moments les plus illuminant de mon année 2021, c’est ma tournée au Québec. Un des moments les plus magiques, c’était vraiment de connecter durant la journée avec beaucoup de familles sur le bout de la montagne en regardant l’océan de la Gaspésie. De voir les gens danser et être contents, c’était juste vraiment magique. Je me sentais comme dans un nid d’aigle, vu que c’est l’oiseau qui peut voler le plus haut. Je me sentais vraiment connecté à mon grand-père dont son esprit animal est l’aigle. Et de partager cette expérience-là avec des familles et des enfants et une belle équipe là-bas, c’était vraiment formidable. »

 

TOP 10 DES CHANSONS DES MEMBRES DE LA SOCAN POUR 2021 SELON NOS CONTRIBUTEURS

Chaka V GrierChaka V. Grier
Chaka V. Grier, collaboratrice régulière de Words & Music, réalise des entrevues et écrit pour NOW Toronto et Bandcamp Daily. Ses textes sont repris par la National Public Radio (NPR) aux États-Unis, O Magazine, Flare, et Elle Canada.

 

  1. Mustafa – Separate
  2. Allison Russel –  Montreal
  3. Charlotte Day Wilson –  I Can Only Whisper
  4. Cadence Weapon –  Skyline 
  5. DijahSB –  Way Too Many Ways
  6. TOBi –  Off the Drugs  
  7. Silla + Rise –  Ijiraq (Hide and Seek) 
  8. Charlotte Day Wilson – Changes 
  9. Naya Ali –  Air Ali
  10. Dominique Fils-Aimé –  The Healing Song

 

Élise JettéÉlise Jetté
Collaboratrice de Paroles & Musique, Élise Jetté est animatrice et intervieweuse à CISM depuis plus de dix ans, rédactrice en chef du magazine musical numérique Feu à volonté et écrit au sujet de la musique pour d’autres publications, dont le magazine Clin d’œil.

 

  1. Ada Lea – partner
  2. Les Louanges – Pigeons
  3. Safia Nolin – PLS – (Sunset Version)
  4. Salomé Leclerc – Chaque printemps
  5. Robert Robert – La nuit se plaindre ft. Hubert Lenoir
  6. Laurence-Anne – Indigo
  7. Vanille – Si je pleure
  8. Émilie Proulx – La nuit les échos
  9. zouz – Auréole
  10. Nicolet – Le retour des animaux

 

Errol NazarethErrol Nazareth
Errol Nazareth, collaborateur régulier de Words & Music, est l’hôte de Frequencies, une émission musicale diffusée tous les mardis à 18 heures sur CBC Music.
(aucun ordre particulier)

 

  • Mustafa – Ali
  • Haviah Mighty – Avocado
  • John Orpheus – IG
  • Dominique Fils-Aimé – Grow Mama Grow
  • Donné Roberts – Aleo Miarka Sy Mifanaraka
  • Marito Marques – Manjerico
  • Cartel Madras –  Drift 
  • TEKE::TEKE –  Kala Kala
  • Amaka Queenette – Want You More
  • Mas Aya (with Lido Pimienta) –  Tiempo Ahora

 

Eric ParazelliEric Parazelli
Eric Parazelli est le rédacteur en chef du magazine en ligne de la SOCAN Paroles & Musique et gestionnaire des communications francophones pour la SOCAN.

 

  1. Hubert Lenoir – Dimanche soir
  2. Charlotte Cardin – Meaningless
  3. Lou-Adriane Cassidy – J’espère encore que quelque part l’attente s’arrête
  4. Robert Robert- L’été je m’ennuie
  5. Bon Enfant – Ciel bleu
  6. Chiiild – Sleepwalking
  7. Lydia Képinski – Arbol
  8. Emma Beko – MHS
  9. Hippie Hourrah – Fantôme
  10. MIELS – Pour l’amour du ciel

 

 Beatriz BaleeiroBeatriz Baleeiro
Beatriz Baleeiro, collaboratrice de Words & Music, est une jeune journaliste musicale qui a récemment terminé un stage au magazine Complex.

 

  1. Charlotte Cardin – Passive Aggressive
  2. Chiiild – Sleepwalking
  3. Drake featuring Lil Baby –  Girls Want Girls
  4. Belly, The Weeknd featuring Nas –  Die For It
  5. Selah Sue featuring TOBi –  Hurray 
  6. Allan Rayman –  Books  
  7. LOONY –  Raw  
  8. Lennon Stella –  Bubble
  9. Olivia Lunny – Sad to See You Happy
  10. Jade LeMac – Constellations

 

Catherine GenestCatherine Genest
Collaboratrice de Paroles & Musique, Catherine Genest est journaliste indépendante tant dans la presse écrite qu’à la radio. Aussi autrice, elle sortira son premier livre, un roman biographique racontant l’histoire de la chanteuse Guylaine Guy, aux éditions du Boréal au printemps 2022.

 

  1. Robert Robert – Les gens
  2. Valence – Rosier
  3. Hubert Lenoir (avec Bonnie Banane) – Octembre
  4. Louis-Jean Cormier – L’ironie du sort
  5. Sarahmée (avec Nissa Seychs) – Elle est partie
  6. Julyan – Run Around
  7. De Flore – L’été ne reste pas
  8. Bon Enfant – Porcelaine
  9. Salomé Leclerc – Où on s’est trouvé
  10. Ponteix – Les années

 

Howard DruckmanHoward Druckman
Howard Druckman est le rédacteur en chef anglophone du magazine en ligne de la SOCAN Words & Music.

 

  1. Snotty Nose Rez Kids –  Grave Digger
  2. Haviah Mighty featuring Yizzy –  Protest
  3. Donovan Woods – She Waits for Me to Come Back Down / Whatever Keeps You Going
  4. Mustafa – Stay AliveAli  
  5. TOBi –  Made Me Everything
  6. Leonard Sumner –  Mourningstar  
  7. LU KALA –  No Smoke
  8. DijahSB with RAY HMND –  Moving With the Tides
  9. grandson –  In Over My Head
  10. Charlotte Cardin –  Passive Aggressive

 

Olivier Boisvert MagnenOlivier Boisvert-Magnen
Collaborateur de Paroles & Musique, Olivier Boisvert-Magnen est journaliste, recherchiste, chroniqueur, animateur, curateur de listes musicales et metteur en ondes pour ICI Musique/Première, QUB Musique, Stingray, et CISM.

 

  1. Thierry Larose – Cantalou
  2. P’tit Belliveau – J’aimerais d’avoir un John Deere
  3. Lary Kidd – 3 saisons (avec Loud et 20some)
  4. Connaisseur Ticaso – STL Vice
  5. Bon Enfant – Ciel bleu
  6. Les Fourmis – Intuition
  7. Alex Burger – Sweet Montérégie
  8. gabWan – On s’en calisse-tu pas
  9. Lou-Adriane Cassidy – Oui le serpent nous guette
  10. Vincent Vallières – Homme de rien

 

Del CowieDel Cowie
Del Cowie, collaborateur de Words & Music, a œuvré en tant qu’auteur, producteur et chercheur pour la série documentaire Netflix Hip Hop Evolution, récompensée par un prix Peabody et un International Emmy Award. Il a également été producteur pour CBC Music et a été rédacteur hip-hop pour Exclaim! magazine pendant plus d’une décennie.

 

  1. Planet Giza – When The Moving Stops
  2. Rochelle Jordan – All Along
  3. Mustafa – The Hearse
  4. allie – Violet Nights
  5. Chiild –  Awake
  6. Liza –  Rolla
  7. TOBi –  Don’t Touch
  8. Shantel May featuring Westside Gunn –  Until I Say So
  9. Drake –  Lemon Pepper Freestyle
  10. Haviah Mighty –  Obeah 

 

Dominic TardifDominic Tardif
Collaborateur de Paroles & Musique, Dominic Tardif est depuis peu journaliste à La Presse. Il est aussi chroniqueur à On dira ce qu’on voudra et animateur du balado Deviens-tu c’que t’as voulu?

 

  1. Lou-Adriane Cassidy – J’espère encore que quelque part l’attente s’arrête
  2. Thierry Larose – Cantalou
  3. Jesuslesfilles – Troisième semaine
  4. Alex Burger – Dormir sur ton couch
  5. Myriam Gendron – Poor Girl Blues
  6. LUMIÈRE – BELLE.JOURNÉE 1971
  7. Apophis – On prendra de l’avance plus tard
  8. Les Shirley – Fuck It I’m In Love
  9. Lary Kidd – De mon âme
  10. Meggie Lennon – Night Shift