Selah Weekes, alias « selah you did that? » est un producteur de musique de Toronto âgé de 20 ans. Ayant grandi dans une famille de musiciens, la musique a toujours été présente dans sa vie. Ajour’hui fort de sept années d’expérience en production musicale, Selah a peaufiné son art grâce à des programmes comme le Remix Project 16.0 et le programme de musique professionnelle de la Toronto Metropolitan University qui l’a aidé à plonger au cœur de la production musicale et de l’industrie en général. Également actif comme éducateur, ses tutoriels en ligne cumulent plus de 100 000 visionnements grâce à leurs contenus inspirants et captivants pour les apprentis producteurs. Bien qu’il en soit encore malgré tout au début de son parcours, la musique de Selah cumule à ce jour plus de 30 millions de « streams » toutes plateformes confondues et son amour de la musique imprègne tout ce qu’il touche. En 2023, durant un stage estival à la Fondation SOCAN, Selah a dirigé une série d’ateliers de groupe et individuels où il offrait des formations en production musicale, en « beat-making », en mixage et en conception sonore aux membres de la SOCAN. Voici quelques-uns des trucs et astuces qu’il a partagés durant ces ateliers.

La compression
C’est probablement l’effet le plus important même s’il est très difficile à entendre. C’est la colle qui unit tous les sons. Elle équilibre la dynamique d’un enregistrement et confère un aspect plus naturel aux voix. C’est l’outil numéro un pour obtenir un mixage de qualité professionnelle. Il existe différents styles et différentes couches de compression qui peuvent équilibrer votre mixage, l’améliorer, le faire tenir comme un tout ou même le réparer. Si vous souhaitez en savoir plus sur la compression et sur la manière de l’entendre, il existe un cours gratuit de 10 heures sur YouTube (en anglais seulement) sur la manière de l’utiliser.

Dans le processus de compression, le seuil définit le point de départ de la réduction du gain. Un seuil bas compresse une plus grande partie du signal, tandis qu’un seuil élevé compresse une plus petite partie du signal. Le ratio détermine à quel point votre signal est compressé une fois que le seuil est dépassé. Par exemple, un ratio de 4 pour 1 signifie que pour chaque décibel (dB) du signal qui passe le seuil, cette partie est réduite de 4 décibels. Un ratio infini empêche le signal de franchir le seuil – c’est ce qu’on appelle aussi un limiteur. L’attaque et l’extinction (« release ») sont utilisées pour façonner la compression et lui donner du caractère. L’attaque définit la vitesse à laquelle le compresseur atteint sa pleine réduction de gain après avoir dépassé le seuil. Par exemple, si vous utilisez une attaque lente, ce sera comme une pente douce qui va de 1 pour 1 à votre ratio de 4 pour 1. L’extinction définit la vitesse à laquelle la réduction du gain s’arrête après que le compresseur soit passé en dessous du seuil. Vous pouvez compresser la pièce en entier ou utiliser des compresseurs multibandes pour affecter chaque courbe d’égalisation individuelle.

Un dé-esseur élimine les sons « S » aigus, autour de 4500 Hz, mais vous devez l’utiliser après le compresseur, car la compression peut faire ressortir davantage ces fréquences aiguës.

Reverb
La réverbération est probablement l’un des effets les plus surutilisés et les plus mal utilisés. C’est un effet agréable, mais trop souvent, il rend le mixage trouble. Les modules de reverb modernes ont un bouton qui les empêche d’affecter les basses fréquences. Utilisez la réverbération pour ajouter de l’espace à un mixage vide, mais attention de ne pas trop l’encombrer. Essayez de vous en tenir à un seul type de réverbération dans votre mixage. Les types de réverbération sont notamment « Hall », qui reproduit le son d’une salle de concert, idéal pour les cordes, mais embrouille le mixage ; « Chamber », qui est semblable à « Hall », mais avec plus de clarté, idéal pour les voix et les guitares ; « Room », qui émule la réverbération d’une pièce beaucoup plus petite, idéal pour la plupart des éléments, n’embrouille pas beaucoup le mixage ; « Plate », qui n’émule pas un espace et a un son artificiel et très chaud ; et « Spring », qui émule la réverbération « mécanique » à ressort plutôt qu’à plaque, apporte un son propre et brillant – c’est le genre de réverbération que l’on trouve dans la plupart des amplificateurs de guitare.

Délai
Le délai répète le signal audio auquel vous l’appliquez. Le temps de délai est le temps nécessaire pour que le délai prenne effet. Le paramètre « Feedback » définit le nombre de fois que le délai se répètera. Les deux extrémités de ce spectre sont « wet » où 100 % du signal est affecté par le délai et « dry » où 100 % du signal n’est pas affecté par le délai ; il ne vous reste qu’à trouver l’équilibre qui vous convient. Certains modules de délai ont un bouton « ping-pong » qui fait que le signal affecté par le délai rebondit d’une oreille à l’autre. Vous pouvez également définir le « timing » du délai, généralement par la subdivision des temps – demi-temps, quart de temps, huitième de temps. Les types de retard sont les suivants : Slap (répétition simple et courte); Doubling Echo (n’ajoute pas de délai, mais épaissit les voix, ce qui donne l’impression qu’il y a deux pistes de voix – c’est toujours préférable d’enregistrer deux pistes); Looping (retarde suffisamment un son pour créer une boucle) ; et Modulated (les effets tels que le chorus, le flanger et les déphaseurs sont techniquement des délais).

Les bus
Les bus, ou pistes « SEND », sont des pistes vers lesquelles vous envoyez d’autres sons. Les bus ont souvent du reverb et du délai. Vous pouvez acheminer l’audio de plusieurs pistes vers une piste de bus. Par exemple, vous pouvez avoir un bus « pré-master » pour essayer des choses avant de les ajouter à la bande maîtresse finale. Les bus sont utilisés pour ajouter des effets à un groupe de pistes comme un bus de batterie, par exemple. Ils permettent de mixer les signaux « dry » et « wet » avec plus de clarté. Ils libèrent le CPU (Central Processing Unit) de votre système en utilisant moins de « plug-ins » gourmands en CPU, en particulier les réverbérations, sur chaque piste individuelle. Les bus permettent aussi une plus grande complexité lorsque vous voulez utiliser de nombreuses couches d’effets.

L’ordre des modules
L’ordre des modules « plug-ins », c’est-à-dire l’ordre dans lequel vous appliquez vos effets, est vraiment important. Différents modules interagissent de manière différente. C’est donc une vraiment bonne idée d’apprendre ce que chaque module fait afin de déterminer le meilleur ordre pour vous et pourquoi. Un bon exemple est de comprendre pourquoi il faut utiliser le dé-esseur après le compresseur. Il n’y a pas de règles coulées dans le béton, à vous de déterminer l’ordre de vos modules. Fiez-vous à vos oreilles et utilisez votre jugement ; amusez-vous et trouvez ce qui vous convient le mieux.

Pour moi, lorsqu’il est question de voix, l’ordre de mes modules est – bien que ce soit subjectif et dépende du mix : Melodyne, Autotune (ou un autre correcteur de tonalité), EQ soustractif, Compression, De-Esser, EQ, Compression multibande (pour des fréquences spécifiques), Saturation (qui rend les voix plus chaudes), puis Réverbération et Délai (sur les bus).