Au festival-congrès Departure, le rendez-vous annuel consacré à la musique et à la culture au centre-ville de Toronto, la SOCAN a présenté une série de conférences sous forme de panels et de classes de maître réunissant auteurs-compositeurs, autrices-compositrices, artistes et interprètes cumulant plusieurs décennies d’expérience. Issus d’horizons musicaux variés, ils ont exposé leur vision d’une carrière durable et créative dans un paysage musical en constante évolution.
Les échanges se sont ouverts le 6 mai avec Jenna Andrews, autrice-compositrice nommée aux prix Grammy reconnue pour ses collaborations avec Drake, Sabrina Carpenter, Nelly Furtado et Lily Allen. Parmi ses succès figurent notamment « Butter » de BTS et « Free » de K-Pop Demon Hunters.
En conversation avec Houtan Hodania, responsable principal des relations créatives chez SOCAN, Andrews — qui a d’abord fait ses armes en tant qu’artiste et interprète — a présenté l’écriture de chansons comme une autre manière de s’épanouir pleinement sur le plan créatif. Elle a expliqué comment elle sait qu’une chanson est terminée, évoqué les défis liés à la collaboration et souligné l’importance de suivre son instinct tout en s’affranchissant des tendances pour assurer la longévité de sa carrière. Pour elle, un engagement sincère envers le métier d’auteur-compositeur demeure la clé essentielle du succès.

Paige Rutledge, Dave Thomson, Parker Graye, Tebey.
La série s’est poursuivie avec Nashville North et sa première conférence sous forme de cercle d’écriture. Sous la conduite de Tracey Lynn, présentatrice de Hot Country, la session réunissait Tebey, Dave Thomson, Parker Graye et Paige Rutledge. Entre deux interprétations de leurs propres compositions, les artistes ont exploré leur approche de l’écriture country, la manière de puiser dans d’autres genres pour les réinventer à leur manière, ainsi que le processus d’écriture pour soi ou pour des artistes déjà établis. Ils ont également insisté sur l’importance de savoir dire non aux collaborations ou aux influences extérieures afin de préserver leur vision artistique et leur authenticité.
Les conférences de la SOCAN du 7 mai ont mis en lumière des producteurs sud-asiatiques ainsi que des auteurs-compositeurs noirs. Les talents sud-asiatiques — qu’ils créent, produisent ou interprètent — connaissent actuellement un rayonnement mondial, une dynamique soutenue en grande partie par les artistes venant du Canada. Deep Jandu, rappeur et producteur pendjabi cumulant des centaines de millions d’écoutes et une carrière de plus de vingt ans, a lancé les échanges aux côtés de Karan Chahal, en abordant également les défis liés à la recherche d’inclusion et de respect dans une industrie où il faut affirmer sa singularité artistique tout en valorisant la diversité.

Deep Jandu and Karan Chahal
Jandu est revenu sur ses débuts à Vancouver, puis sur son parcours au Royaume-Uni, où il a perfectionné son écriture au sein d’un écosystème déjà bien établi pour les artistes de l’industrie musicale sud-asiatique. Il a également évoqué son goût pour le mélange des genres, intégrant des influences musicales occidentales et non occidentales dans sa démarche créative, tant pour ses propres projets que pour d’autres artistes. Il travaille actuellement sur un nouvel album solo, dont la sortie est prévue en novembre.
Une autre conférence réunissant Yanchan Produced, GK et Signature by GB a ensuite abordé leur entrée dans l’industrie, la constance et la curiosité comme moteurs de longévité, ainsi que le rôle des médias sociaux et de la vidéo pour abolir les frontières et élargir l’accès à la musique. Les panélistes ont aussi insisté sur la nécessité de bâtir des structures qui permettent aux créatrices et créateurs indépendants d’obtenir davantage de visibilité et de reconnaissance.

SOCAN’s Lord Quest, Adria Kain, Kyle Wildfern, Lu Kala, Jev
La conférence consacrée aux autrices-compositrices et auteurs-compositeurs noirs, animée par Lord Quest, responsable des relations créatives à la SOCAN, réunissait Adria Kain, Jev, Kyle Wildfern et Lu Kala. Tous ces artistes évoluent dans des univers musicaux distincts et ont rappelé que la musique noire dépasse largement les catégories du hip-hop et du R&B. Le panel a d’ailleurs souligné que la tendance à enfermer les artistes noirs dans des genres précis peut limiter leur visibilité et freiner la curiosité créative. Les échanges ont également porté sur les sources d’inspiration, l’importance de prendre du recul pour renouveler l’élan créatif, et la manière d’utiliser les médias sociaux pour établir un lien humain avec le public, au-delà du statut d’artiste.
La dernière journée des présentations de la SOCAN sur l’écriture de chansons proposait une immersion dans la trame sonore intime de Heated Rivalry, composée par Peter Peter, ainsi qu’un cercle d’écriture consacré à la musique pop. En conversation avec Mike Rocha, directeur cinéma et la télévision à la SOCAN, Peter Peter est revenu sur sa première expérience en composition à l’image, qui a finalement accompagné la romance télévisuelle la plus remarquée de 2025. Pour cet artiste et interprète de tournée, ce détour créatif représentait une rupture stimulante avec son parcours habituel.
Peter Peter a expliqué avoir commencé à écrire la musique avant même de voir les images, afin de développer un langage et un vocabulaire sonore propres au projet. Une fois confrontée aux scènes et à l’univers de la série, notamment à son intimité et à sa sensibilité, la trame sonore a pris forme autour de textures éthérées, pulsées ou minimalistes.
La dernière conférence a exploré la puissance de la musique pop par le biais d’un échange entre artistes, autrices-compositrices et auteurs-compositeurs. Le panel réunissait Liam Benayon, Alicia Creti, Rêve et Sophie Simmons. Simmons et Benayon, qui écrivent et composent régulièrement pour des interprètes, ont insisté sur l’importance de créer un lien authentique avec les artistes, d’accueillir la vulnérabilité et de transformer des émotions vécues en chansons sincères.

Sophie Simmons, Rêve, Alicia Creti, Liam Benayon
Une question est revenue dans presque toutes les conférences : le temps nécessaire pour qu’une chanson prenne vie. Pour Rêve, l’accroche de « Past Life » est restée en attente pendant deux ans avant de se concrétiser en moins de 90 minutes. Alicia Creti, dont le travail s’inspire de la soul, du R&B et de la pop, a rappelé que les moments les plus chaotiques du processus d’écriture peuvent mener à des résultats inattendus et marquants — à condition de rester ouvert à ce que la chanson peut devenir.