Adria Kain a lancé When Flowers Bloom en février 2022. Les fans de l’artiste établie à Toronto attendaient impatiemment son premier album depuis la parution de sa chanson « Ocean »… en 2015! Inspirée par des pairs tels que D’Angelo, Maxwell, Frank Ocean, André 3000 et Brandy, elle crée un amalgame bien à elle de R&B, de jazz et de soul. Dans la foulée d’« Ocean », Kain a lancé plusieurs autres chansons prometteuses comme « Reverse Psychology » (2016), « DE{com}pressed » (2017) ainsi que les simples « Alone In Kenzo », « Classic » (feat. Leila Dey) et « Ocean (Reprise) ».

Elle a été encensée par The Fader, Complex, HYPEBAE, et d’autres, elle a assuré la première partie de Miguel et Questlove et elle a chanté sur divers projets comme le deuxième album de PARTYNEXTDOOR et l’album ROADHOUSE 01 d’Allan Rayman.

Invitée à poser un regard extérieur sur sa propre musique, Kain explique que la remise en question d’elle-même et de son art est au cœur de son approche et de son son unique. « J’apprends à jouer de la guitare en ce moment », dit-elle. « Ç’a été un long périple avec des hauts et des bas qui en valait tout de même la peine. Même si j’ai l’impression que les accords ou les mélodies n’ont aucun sens, je finis par trouver des idées intéressantes que j’ai envie d’explorer. » Ce désir d’apprendre et de grandir va au-delà de la musique et déborde dans la sphère de la création de contenus. « La production, l’art visuel et la photographie sont des domaines qui m’ont toujours passionné, mais je ne me suis jamais permis d’y plonger corps et âme, alors je me suis donné comme but d’en faire un objectif plus sérieux. »

Kain a permis à son premier album de s’épanouir naturellement au fil de six années afin que les bonnes chansons trouvent leur chemin ensemble. « Quand j’ai commencé à conceptualiser et à travailler sur cet album, j’avais une idée complètement différente du produit fini et de l’histoire qu’il allait raconter », dit-elle. « Je pensais que ça ne parlerait que d’expériences amoureuses. »

« Écrire des chansons ressemble souvent à une rêverie dont je suis consciente »

« Mais en fin de compte, à cause d’où j’en étais dans la vie, c’est devenu une histoire de responsabilisation et de confrontation à certains aspects des relations interpersonnelles que je n’étais pas prête à admettre, surtout pas à voix haute. J’ai presque été forcée d’entrer dans cet espace, je n’avais pas le choix si je voulais puiser dans certaines émotions pour créer chaque chanson. Des pièces comme “Only With Time”, “To the Ones I’ve Loved Before” et “Lost One” en sont de parfaits exemples. »

Adria Kain écrit seule et elle décrit le processus comme « une sorte de rêverie dont je suis consciente… Il m’arrive parfois, totalement par hasard, de me promener et une mélodie ou une idée de texte prend vie à partir de quelque chose que je vois ou entends en temps réel. Mon processus de création n’est jamais identique d’une fois à l’autre. Tout dépend de mon état émotionnel, de ce qui se passe dans ma vie et de la manière dont tout ça m’inspire. Je peux passer un moment avec quelqu’un, que ce soit un artiste ou un partenaire, et une idée va jaillir de nulle part et j’ai soudainement cette urgence d’écrire ou d’enregistrer une note vocale. »

« Parfois, je suis en séance de création, seule ou avec d’autres artistes et producteurs, et des idées me viennent à cause de ce que j’entends dans la production ou l’instrumentation. Certaines chansons me sont venues en quelques minutes et d’autres m’ont pris des mois ou des années à terminer. J’ai commencé à écrire ma chanson “Only With Time” en 2017! “Alone in Kenzo” était simplement une boucle de guitare et j’ai visualisé la chanson au complet environ un ana avant de l’écrire ou de l’enregistrer, et après j’ai mis une autre année à la finaliser. »

Cette confiance aveugle envers sa propre créativité – et son rythme bien à elle – a donné naissance à un album que Kain est incroyablement fière et heureuse de partager avec le public. « C’est qu’une fois l’album sorti que j’ai réalisé à quel point chacune de mes chansons était exactement où elle devait être du point de vue de la sonorité », avoue-t-elle. « C’est un sentiment incroyablement satisfaisant de savoir que tu as créé tout ça avec ton esprit et ton âme. »



DJ Shub ne fait pas que créer de la musique Powwow Step, il a carrément créé le genre musical.

Nous avons demandé au « Parrain du Powwow Step », comme on l’appelle parfois, s’il réalise qu’il a contribué à l’invention d’un style qui est un amalgame monumental de chants de pow-wow, de percussion, de musique électronique et de dubstep. « Ça me frappe surtout quand quelqu’un me pose cette question en entrevue ou qu’on me présente ainsi avant un spectacle », explique Shub, né Dan General.

« C’est là que je réalise que ce que je fais comporte son lot de responsabilité, musicalement et culturellement », ajoute-t-il. « J’adore la musique autochtone! Elle est véhiculée par notre culture et nous donne l’occasion de briller et de dire : “Hé, regardez comme notre culture est belle!” Ce qui est vraiment excitant, c’est qu’elle devient de plus en plus populaire et qu’il y a plein de sous-genres qui en émergent. »

Non seulement le son que Shub a créé lorsqu’il était avec A Tribe Called Red (désormais connu sous le nom de Halluci Nation) a rempli les pistes de danse du monde entier, leur deuxième album Nation II Nation a remporté un prix JUNO pour le groupe de l’année – faisant de Tribe le premier artiste autochtone à gagner dans une catégorie non autochtone.

Cette année, Shub, un Mohawk des Six Nations de la rivière Grand en Ontario, a été mis en nomination pour le titre d’artiste autochtone contemporain de l’année pour son album de 19 chansons, War Club. « Un gourdin de guerre est une arme que nos peuples utilisent en temps de guerre », explique l’artiste. « Dans mon cas, c’est ma musique que j’utilise comme un gourdin de guerre, et ma voix, tout ça dans le but de vous faire danser. Les MC dans le film, ce sont des auteurs, et leur plume est leur gourdin de guerre. »

Le film en question, qui est en réalité une émission de télévision, est également intitulé War Club et il s’agit d’une magnifique « aventure cinématographique » de 40 minutes qui a été tournée sur la Longwoods Road Conservation Area près de London, Ontario. On peut la visionner en diffusion continue sur CBC Gem et elle met en vedette Snotty Nose Rez Kids, Fawn Wood, Phoenix Pagliaacci et Boogat en plus de six danseurs autochtones vêtus de leurs tenues traditionnelles.

Shub dit que l’album et le film – « une célébration de la chanson et de la danse avec un message de pouvoir et de protestation » – sont pour nous « une porte d’entrée sur notre culture, et une façon pour moi d’en apprendre encore plus sur ma culture. Je n’ai pas grandi sur une réserve et je savais que cette culture existait, mais je n’avais jamais songé à l’incorporer à la musique. Maintenant que c’est fait, j’ai l’impression que j’étais destiné à la faire. »

Shub est d’excellente humeur durant notre entrevue. Il bavarde et plaisante et son enthousiasme à l’idée de partir en tournée avec War Club est contagieux. Vous ne devineriez jamais qu’il broyait beaucoup de noir il y a quelques années s’il n’était pas si ouvert à propos de ses anciens abus de drogues et d’alcool. Il est parfaitement conscient d’être un survivant et il attribue sa guérison aux gens qui l’entourent. « C’est ma famille qui s’est réunie au moment où j’ai atteint le fond du baril et qui s’est mobilisée pour que je reçoive de l’aide le plus rapidement possible », confie Shub. « Je remercie le Créateur chaque jour pour leur présence. Je ne serais honnêtement plus ici si ce n’était pas d’eux. »

Il va sans dire que le fait de voir les fans perdre la tête lors de ses spectacles fait que tout cela vaut la peine pour Shub. Mais, demandons-nous, y a-t-il eu des moments où il s’est rendu compte de l’impact culturel qu’il a? « Ma tante m’a écrit pour me remercier d’avoir créé cet album! Elle m’a dit : “ma nièce et moi on s’éloignait et je lui ai donné ton album pour son anniversaire. On a recommencé à se parler depuis”. »

« J’avais les larmes aux yeux », dit Shub. « C’est cette magie que les gens ne voient pas. Ça touche droit au cœur. »



Chaque fois que la chanteuse R&B, originaire de Toronto, et qui a grandi à Edmonton, Tanika Charles écrit et enregistre une nouvelle chanson, elle se tourne vers son critique le plus fiable, son père Lennard.

« Mon père est génial », dit Charles, dont le deuxième album The Gumption  (2019) a donné un élan considérable à l’auteure-compositrice-interprète désormais basée à Toronto. « Il m’a tellement appris. Et, vous savez, je n’oublierai jamais que lorsque j’ai commencé à chanter, il m’a dit : “Je ne te demande qu’une chose : articule… assure-toi que les gens comprennent ce que tu dis, et assure-toi que ton histoire soit vraie et pure.” Et c’est ce que je fais depuis ce jour. »

Lennard s’est avéré très utile quand est venu le temps de fournir ses commentaires sur certains des mixes du nouvel album de sa fille , Papillon de Nuit: The Night Butterfly.

« Il y a une chanson qui s’appelle Frustrated et elle porte bien son titre, parce qu’on a dû en faire 4 ou 5 versions, je pense », raconte la chanteuse. « J’envoyais un mix à mon papa et il disait “nope, ce n’est pas tout à fait ça. Nope. C’est pas encore tout à fait ça. Désolé, Tanika. Non et non.” En fin de compte, j’ai décidé qu’on allait placer la basse par-là, faire ceci et faire cela. On l’a mixée, envoyée à mon père et il a finalement répondu “c’est en plein ça!”  Ç’a pris cinq versions avant d’avoir son aval, et chaque fois, j’apportais ces changements avec les larmes aux yeux parce que ça ne frappait pas aussi fort que je le souhaitais. »

Tanika admet volontiers être sa pire critique et si on ajoute ça aux malheurs apportés par la pandémie et la dépression, on comprend qu’il s’agit de son « album le plus difficile à créer ».

« Non seulement on l’a créé à distance, mais l’inspiration et la motivation n’y étaient pas », admet-elle. « C’était une période très sombre. Après n’avoir rien fait à part manger – aucun spectacle, aucune occasion de chanter – ç’a été incroyablement difficile de créer cet album. J’en arrachais avec ma voix. Je ne me sentais pas en confiance. Je n’arrivais pas à trouver le son que je voulais. Pendant le confinement, j’écoutais Yebba, qui est mon artiste préféré bien sûr, et Moses Sumney, bref des chanteurs incroyablement puissants. Je ne me sentais pas à la hauteur. J’ai vraiment eu de la difficulté avec cet album. »

« L’inspiration et la motivation n’y étaient pas »

« Je voulais que mon troisième album soit rempli de passion et d’honnêteté, mais je n’arrivais pas à me trouver moi-même. Finalement, quand l’album a été terminé, je suis sortie de cette noirceur et je me suis sentie plus forte et plus lumineuse et vibrante, principalement parce que j’ai accompli quelque chose pendant une période aussi difficile. J’essaie constamment de m’améliorer vocalement et spirituellement. En tant qu’artistes, on se doit de reconnaître qu’on fournit un travail considérable et qu’on doit être fiers des étapes que nous avons franchies. »

Tanika Charles a de quoi être fière de Papillon de Nuit : The Night Butterfly: on y retrouve 11 pièces de R&B classique et contemporain regorgeant de soul, dont notamment la « groovy » « Different Morning » mettant en vedette le rappeur en pleine ascension DijahSB, un duo funky avec la chanteuse soul/gospel Khari McClelland et une coterie de producteurs et de partenaires d’écriture comprenant Scott McCannell, Ben MacDonald et Chino de Villa à la production, et Robert Bolton et Tafari Anthony à l’écriture.

Surfer sur les synchronisations

Les téléspectateurs se souviendront sans doute de Tanika Charles pour son rôle récurrent dans la série Bomb Girls de Global, mais elle a également vu plusieurs de ses chansons dans d’autres émissions au petit écran : Less Than Kind (HBO), Rookie Blue (ABC), Seed (The CW), Saving Hope (CTV) et les « sitcoms » de la CBC Kim’s Convenience et Workin’ Moms, en plus d’une publicité nationale de PFK. Comment fait-elle? Elle attribue le mérite à son label et éditeur Record Kicks, basé à Milan. « J’ai pu partir en tournée parce qu’ils ont diffusé ma musique dans toute l’Europe, et l’ont mise en contact avec des stations, des émissions de télévision et des endroits auxquels je n’aurais jamais eu accès en tant qu’artiste canadienne », explique l’artiste. Elle remercie également le regretté superviseur musical Dave Hayman pour tous ces placements : « Dave a joué un rôle crucial dans ma carrière et il m’a soutenue depuis le premier jour en me mettant en contact avec toutes ces opportunités. »

« Je préfère collaborer avec d’autres créateurs », affirme-t-elle. « Quand il est question d’écriture de chansons, il y a des gens qui sont bien plus prolifiques que moi. C’est leur métier. Moi, je dois réellement vivre une expérience pour écrire une bonne chanson sur ce sujet. Et lorsque j’écris avec d’autres personnes – avec Robert Bolton et Tafari Anthony – ils comprennent d’où je viens. On recevait de la musique et j’exprimais ce que cette chanson en particulier me fait ressentir. Je gribouillais quelques mots et on élaborait à partir de ça. »

L’un d’entre eux se démarque particulièrement : « Paintbrush and A Palette », une pièce funky à saveur 70 s avec un texte léger. « C’est la première chanson qu’on a écrite pour cet album », confie-t-elle. « Je l’adore parce qu’elle est lumineuse et amusante et il y a quelque chose d’unique dans sa structure. J’ai l’habitude d’écrire des chansons tristes sur des relations qui s’effondrent, mais celle-ci nous a donné l’occasion de faire quelque chose d’amusant. Celle-là, je l’ai écrite avec Robert Bolton et Todd “HiFiLo” Pentney. On voulait écrire un truc dans le genre de D’Angelo. »

Bien qu’on ne sache pas encore comment Papillon De Nuit : The Night Butterfly performera dans les yeux et les oreilles du public, Tanika Charles a connu un franc succès avec ses deux premiers albums – Soul Run et The Gumption – qui ont été sur la longue liste des finalistes du Prix de musique Polaris et elle dit avoir surmonté sa timidité en matière d’autopromotion.

« J’apprends maintenant à accepter de dire, “Hé, c’est moi qui chante ça”, ou “Vous pouvez écouter cette chanson ici”, ou “Écoutez cet album”. Je peux honnêtement dire que je suis assez fière de celui-ci. »