Adapté librement à partir d’un dossier de presse particulièrement bien écrit : La musique de Baby Nova existe dans un univers hybride de folk liminaire et hypnotique et de pop électronique. Son univers sonore déploie des textures riches, porté par une émotion à fleur de peau et une profondeur enveloppante. Elle se réapproprie son autonomie à travers des récits où se marient une audace impitoyable et un charme envoûtant. Une perspective légèrement décalée infuse sa musique et laisse transparaître une vérité crue à la fois troublée et troublante. Elton John l’a mentionné dans son émission Rocket Hour sur Apple Music et elle a été invitée à assurer la première partie des spectacles de Charlotte Cardin, sans parler de ses statistiques impressionnantes : près de 265 000 auditeurs mensuels sur Spotify et un total de plus de 17 millions d’écoutes, plus de 480 000 visionnements au total sur YouTube et plus de 157 000 « J’aime » sur TikTok.

Baby Nova, Too Pretty For Buffalo

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Transparence totale : pour moi, la musique de Baby Nova n’a jamais été meilleure que sa chanson Too Pretty for Buffalo, ma chanson préférée en 2025. Je l’ai vu sur scène lors d’un événement de l’industrie de la musique. Elle jouait de la guitare et chantait avec comme seul accompagnement un autre guitariste. J’ai été immédiatement renversé par sa voix puissante et l’« irrésistibilité » de la chanson qu’elle a coécrite avec Lowell, une autrice-compositrice non-interprète professionnelle, et le producteur Gus Van Go, également membres de la SOCAN. Quand j’ai entendu la version studio avec un « band » complet, je l’ai trouvée encore meilleure et d’une beauté aussi touchante à la 10e, à la 20e ou à la 100e écoute qu’à la première.

À propos de la chanson : Chantée du point de vue de sa meilleure amie, Too Pretty for Buffalo raconte l’histoire intemporelle de Katie, une fille indomptable marquée par la pauvreté de sa petite ville natale qui « parle comme un « trucker », mais a le sourire d’une reine de beauté, qui fume le « pot » qu’elle a volé à son frère et qui s’attire des ennuis avec la mafia locale. La narratrice la suit dans son inévitable fuite vers quelque chose de mieux, loin des jugements des gens confondent sa liberté avec de la délinquance et la font douter d’elle-même. Too Pretty for Buffalo évite les clichés et se concentre sur la part de vérité qu’elle nous dévoile. Les couplets, calmes et presque parlés sont tendus sur le plan musical, tandis que le refrain s’envole dans un élan de liberté alors que Katie part en envoyant « un baiser d’adieu à ces “bitches” dans le rétroviseur ». Le pont et le prérefrain où elle chante « let ’em try » sont simplement sublimes et le refrain m’est resté en tête pendant des semaines. Ce n’est pas seulement la meilleure chanson que j’ai entendue en 2025, mais l’une des meilleures de tous les temps.

Voici les meilleurs extraits de notre conversation.

Parlons un peu de l’origine de la chanson. Pour situer les choses, je sais que tu traversais une situation à Toronto où des rumeurs circulaient à ton sujet, et ça te compliquait vraiment la vie.

Pendant quatre ou cinq mois avant que quelqu’un m’en parle clairement, j’avais vraiment l’impression que les gens agissaient bizarrement avec moi. J’étais comme : « Pourquoi tout le monde est “weird” avec moi? » Et on me répondait : « Non, c’est dans ta tête. » Ça a déclenché une spirale d’anxiété. Je sentais qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond, mais personne ne me disait quoi. Tout le monde pensait ou entendait dire que je montrais des signes de schizophrénie. J’en suis venue à me demander si je n’avais pas vraiment un problème. Quand plein de monde dit que tu hallucines, tu finis par douter de ta propre réalité… et ça, c’est vraiment destructeur.

Mes parents, en Nouvelle-Écosse, se sont fait dire que j’étais schizophrène ou bipolaire. J’ai déjà eu des enjeux de santé mentale, alors leur faire revivre ça, c’était vraiment cruel. Ils étaient super inquiets, alors ils m’ont réservé un billet d’avion pour que je rentre en prétendant, genre : « Ton père a vraiment besoin de te voir », sans rien me dire. Ma mère m’a observée pendant deux semaines, puis elle a réalisé : « Tu vas parfaitement bien, il n’y a rien qui ne va pas », et de fil en aiguille, j’ai découvert qui répandait ces rumeurs.

Je suis rentrée à Toronto et il me restait quelques centaines de dollars dans mon compte. Il n’était pas question que ma carrière se termine comme ça! Je fais de la musique depuis que j’ai 17 ans et j’ai tout sacrifié. J’ai quitté l’université, j’ai investi tout mon argent, sacrifié toute ma stabilité… J’étais comme : « Je vais me battre jusqu’à mon dernier souffle. » Je suis donc partie à L.A. où un ami m’a hébergée et, par miracle, le deuxième jour, j’ai reçu un appel d’une maison de disques! Ça faisait juste dix ans que j’essayais de décrocher un contrat. Le lendemain matin, ils m’ont dit : « Peux-tu venir à une rencontre? » Et j’ai marché de Hollywood à Beverly Hills : ça prend quelques heures à pied pour traverser L.A. Bref, ils m’ont offert un contrat et ça m’a sauvé la vie, carrément. Il ne me restait plus rien.

Que s’est-il passé entre ce moment-là et l’enregistrement de Too Pretty for Buffalo?
J’ai commencé à travailler sur l’album Shhugar et Lowell est arrivée dans le portrait, parce qu’elle aime aider les gens qui ne l’ont pas facile. Elle avait entendu parler de toute l’histoire et elle était pas mal au courant de ce qui se passait. La première session sur laquelle j’ai travaillé avec elle, c’était Too Pretty for Buffalo. C’était la première fois que je m’installais pour écrire l’album, et la chanson est comme sortie toute seule. C’était notre première session avec Gus aussi. Je n’avais pas encore écrit un seul mot à propos de cette histoire.

« Après, je regarde ce que j’ai écrit et je me demande : “OK, mais comment te sens-tu vraiment?” »

Comment l’écriture s’est-elle déroulée? Quelles ont été les contributions de Lowell et de Gus?
C’était vraiment un travail d’équipe. C’était vraiment génial d’avoir Lowell à mes côtés vu que je venais juste de rencontrer Gus, et c’est lui qui a créé le son de l’album. Je lui avais donné quelques points de référence, et on a connecté tout de suite, parce qu’on adore tous les deux l’album Dusty in Memphis de Dusty Springfield. C’est ça qui nous a guidés dans le choix de la palette d’instruments. Lowell a été super précieuse parce que Gus ne connaissait pas toute l’histoire et elle était 100 % au courant. On est restés assis à en parler pendant quelques heures, puis on s’est mis à écrire et on a plongé tête première.

Beaucoup de gens me demandent si je viens de Buffalo à cause de la chanson, mais je m’appelle Kaylee et tout s’est passé à Toronto. Vu le contexte, on ne voulait pas utiliser mon nom ou mentionner Toronto. De toute façon, « You’re Too Pretty for Toronto, Kaylee », ça ne sonne pas super bien! C’était un peu comme une lettre d’amour à moi-même. Mon meilleur ami, Nate, m’avait dit à un moment donné : « You’re just too pretty for them, babe ». C’est de là que l’idée est venue. Il sait toujours comment me remonter le moral!

Je me souviens qu’on s’est demandé comment on écrirait ça si on parlait d’une amie, vu que c’est plus difficile d’être gentille avec soi-même, et c’est pour ça qu’on l’a écrite de cet angle-là. Lowell s’est assise au piano et a commencé à chanter « you’re too pretty for Buffalo ». Je ne pense pas que les paroles avaient pris forme encore à ce moment-là, mais la mélodie, oui. On a écrit les couplets ensemble. C’est toujours vraiment spécial quand tu te retrouves avec des gens avec que ça clique instantanément comme ça. Je participe à beaucoup plus de sessions où ça ne marche pas aussi bien. Ça n’a rien à voir avec le fait que les gens soient bons ou mauvais en coécriture, c’est vraiment une question de dynamiques interpersonnelles. C’est très rare de tomber sur un groupe aussi spécial que celui-là.

Je dirais même qu’au-delà des compétences comme telles, ce qui compte c’est la capacité de quelqu’un à te mettre en confiance comme narratrice. Je me suis sentie tellement à l’aise par rapport à ce que je ressentais et j’ai l’impression que c’est une qualité dont on ne parle pas assez : des artistes capables de permettre immédiatement à une autre artiste, souvent sur la défensive, de se détendre et d’être vraie. Je peux me tromper, dire la mauvaise chose, sans avoir à me surveiller constamment et Lowell et Gus sont incroyables pour ça. C’est pour ça qu’ils ont autant de succès. Lowell en particulier, si tu considères tous les artistes qu’elle accompagne. C’est fou comme elle est capable de te désarmer, surtout les femmes ; elle te comprend vraiment.

J’ai l’impression qu’en coécriture, plus tu te montres vulnérable, plus ça sert la créativité. La vulnérabilité, c’est la clé.
Quand j’écoute une chanson, la première question que je me pose, c’est : « Est-ce que je le sens? Est-ce que j’y crois? » Si toi, comme artiste, tu ne le ressens pas vraiment, personne d’autre ne va le ressentir. Alors si tu écris une chanson qui n’est pas ancrée dans ta réalité personnelle, ça ne passera pas quand tu la chantes. Mes chansons préférées, celles qui m’ont le plus marquée, ce sont toujours celles où quelqu’un dit tout haut quelque chose que j’ai toujours pensé, mais que j’avais peur de dire. « Mon Dieu, quelqu’un l’a dit! » Je trouve ces moments-là extrêmement puissants!

J’ai développé un truc avec le temps : j’écris quelque chose et ensuite je me demande : « Comment tu te sens par rapport à ça? Je vais écrire ce que je ressens. » Après, je regarde ce que j’ai écrit et je me demande : « OK, mais comment te sens-tu vraiment? » On a tous tendance, même dans notre dialogue intérieur, à se censurer en fonction de ce qu’on pense qu’on devrait ressentir, ou de la façon dont on est censé réagir à une situation. Mais ce n’est jamais tout à fait exact. C’est quoi, la pensée un peu folle qui te traverse réellement l’esprit? Mets-la dans la chanson, parce que c’est probablement comme ça que tout le monde se sent, au fond.