Howard Druckman, Chad Kroeger, Nickelback

Avec Chad Kroeger, de Nickelback

Au cours des 25 années qui se sont écoulées depuis qu’Howard Druckman a commencé à travailler à la SOCAN, l’industrie de la musique a profondément évolué — des technologies aux plateformes et aux genres, en passant par les modes de diffusion, d’écoute et de rémunération. À titre de rédacteur en chef à la SOCAN, Druckman a été l’une des rares constantes, et son départ à la fin avril marque la fin d’une époque. Cela dit, plusieurs raisons expliquent la longévité de son parcours, notamment le fait qu’il soit lui-même musicien, conscient des défis auxquels font face les artistes, ainsi que la qualité de sa plume et de son travail éditorial, sans oublier sa passion de toujours pour la musique.

« J’ai été incroyablement chanceux d’avoir un emploi pratiquement parfait pour moi », dit-il. « Ce qui me motive, c,est de faire connaître la musique que j’aime et c’est pratiquement du jamais vu d’avoir pu le faire pendant toutes ces années ; je suis extrêmement privilégié. Ça m’a aussi permis de rester en phase avec tout l’éventail des musiques créées chez nous au Canada et de toujours savoir que je travaillais pour une organisation qui soutient celles et ceux qui créent ces musiques. »

Druckman a guidé Words & Music à travers d’importantes transformations, notamment le passage du format imprimé au numérique en 2015. « Cela nous a libérés des contraintes d’espace et de calendrier », explique-t-il. « Plus besoin d’arrimer les articles sur une publication trimestrielle, fini les limites de quantité ou de longueur des textes, et on pouvait enfin rejoindre le monde entier plutôt que seulement les membres de la SOCAN. C’était majeur comme changement. »

Howard Druckman, Sarah McLachlan

Avec Sarah McLachlan

Puis, bien entendu, il y a l’importance de la croissance fulgurante des médias sociaux.

« C’est là où tout le monde se dirige, maintenant, alors le contenu s’y est déplacé lui aussi », dit-il. « Avant, on publiait des articles de 1200 mots dans le magazine. Aujourd’hui, nous produisons des vidéos de 45 secondes, et le contenu porte moins sur la motivation des créatrices et créateurs de musique que sur des éléments qui les aident à réussir, parce que c’est la mission première de la SOCAN : soutenir nos membres en plus de percevoir leurs redevances. »

Cela signifie qu’en plus d’un comité éditorial chargé d’équilibrer la couverture entre les genres, les régions, les médias, les types de membres et les niveaux de notoriété, il existe une équipe des relations créatives au sein de la division des services aux membres qui met les membres en lien avec des initiatives comme les camps d’écriture de la SOCAN, les Maisons SOCAN à Nashville et à Los Angeles, ainsi que l’Académie SOCAN, notre plateforme éducative.

« Nous publions du contenu éducatif chaque semaine, généralement une vidéo dans laquelle un membre explique un aspect de l’industrie ou donne des conseils en écriture de chansons », explique Howard. « C’est une question d’équilibre et nous essayons de tout couvrir. »

Howard Druckman, David Foster

Avec David Foster

Quels sont les plus grands défis auxquels font face la SOCAN et ses membres? Il répond sans hésiter : « L’IA va révolutionner tout ce qu’on fait, tant sur le plan créatif que corporatif. Il y a du bon et du moins bon là-dedans, et ça va être intéressant de voir où tout cela nous mène et comment on va réagir. À l’heure actuelle, la SOCAN se bat pour que toute musique utilisée pour entraîner des plateformes d’IA fasse l’objet de licences, et il faut trois éléments pour y arriver : l’autorisation des créateurs et créatrices, leur rémunération, et la transparence, qui permet de savoir clairement quelles œuvres ont été utilisées. C’est là que se joue la bataille en ce moment. »

« Les choses ont énormément changé. Quand j’ai commencé à la SOCAN, le CD était le support principal, et les artistes en début de carrière faisaient le tour des scènes ouvertes pour se faire connaître peu à peu et bâtir leur public avant de signer un contrat, sortir un album et partir en tournée à l’échelle nationale, voire internationale. Aujourd’hui, il suffit de publier quelque chose sur TikTok et, si ça rejoint un public assez large, ton premier spectacle peut se faire devant 5000 personnes. Ce n’est ni mieux ni pire qu’avant, c’est simplement différent — extrêmement différent. »

Et c’est clairement moins lucratif. « C’est très difficile de gagner sa vie avec la musique de nos jours », dit-il. « Les deux seules sources de revenus qui semblent vraiment solides en ce moment sont la synchro — placer une chanson dans un film, une émission de télévision ou un jeu vidéo — et le “merch” quand on est en tournée. Sauf que les tournées représentent un défi au Canada parce que les grands marchés sont très éloignés les uns des autres.

Howard Druckman, Jessie Reyez

Avec Jessie Reyez

« Je suis heureux d’avoir travaillé pour une organisation qui met de l’argent entre les mains des créateurs et créatrices et, en tant que rédacteur, je suis heureux d’avoir contribué à rémunérer des journalistes pigistes, parce qu’il n’existe plus beaucoup de plateformes pour eux aujourd’hui. »

Outre le fait d’avoir pu soutenir ses collègues musiciens et musiciennes, Druckman mentionne quelques réalisations dont il est fier au cours de son passage à la SOCAN. Parmi celles-ci figurent des entrevues de fond avec des talents majeurs et ses artistes préférés, notamment Donovan Woods, Jessie Reyez, Snotty Nose Rez Kids, TOBi, et DijahSB. De plus, Howard se réjouit d’avoir permis aux membres de la SOCAN de rester en contact et informés pendant la pandémie grâce à des publications hebdomadaires résumant l’actualité liée à la COVID-19, ainsi qu’à des entretiens enregistrés par vidéoconférence.

Il s’est également réjoui d’avoir pu participer aux activités entourant le centenaire de la SOCAN en 2025. « Chaque semaine, on publiait une page importante de notre histoire, et j’étais fier d’y avoir contribué », explique-t-il.

« Je me sens très chanceux. On dit que lorsqu’on aime son travail, la vie est un plaisir, et ç’a été totalement vrai, dans mon cas. C’est très gratifiant! »