C’est le moment de vous présenter cinq beatmakers québécois qui ont le vent dans les voiles et qui auront certainement une année 2026 bien chargée.
KÈTHE MAGANÉ
L’histoire de Charles Lerhe alias Kèthe Magané est essentiellement basée sur les rencontres et l’humain. Natif de Québec, le producteur et multi-instrumentiste commence la production musicale de manière très décontractée à la fin des années 2000, en enregistrant ses amis rappers durant les partys. Ces réunions de fin de soirée lui donnent instantanément l’envie de perfectionner ses compétences sur Garage Band.
Arrivé à Montréal en 2012, l’étudiant en sciences politiques profite du temps libre que lui offre la grève générale pour se familiariser avec son premier séquenceur. Grand fan de punk à l’adolescence, il connecte avec le rap grâce à la musique de Tyler, the Creator et d’Alaclair Ensemble, en particulier KNLO et ses projets instrumentaux Craqnuques. « Il y avait une liberté dans sa musique que je n’avais jamais entendue ailleurs. Il n’avait aucune limite dans son univers. Et il mettait de l’avant une forme de démocratisation de l’échantillonnage (et de la production). »
C’est lorsqu’une certaine Calamine (l’une de nos cinq recrues rap queb de 2021) devient sa coloc, en 2018, que tout devient plus sérieux. La signature hip-hop chaleureuse aux allants soul, jazz et funk de Kèthe contribue à faire de Calamine l’une des révélations les plus importantes des dernières années.
Fondateur de la maison de disques Charivari Records, il fera paraître cette année un album house-rap avec le rappeur montréalais Rico Rambo ainsi qu’un premier album solo en tant qu’auteur-compositeur-interprète.
MAZE
Pour Marion St-Germain alias Maze, la pomme n’est pas tombée bien loin de l’arbre. Ses deux parents, qui se sont rencontrés à la réputée école d’ingénierie du son Musitechnic, l’ont rapidement initiée à toutes sortes de musique, en particulier le rock alternatif de Karkwa et Radiohead. Mais c’est d’abord dans la danse hip-hop que la productrice et chanteuse montréalaise fait le saut. « Je participais à plein de compétitions de danse, je suis même allée à l’école en danse. C’était ça, ma passion. Mais à un moment donné, j’ai développé de la douleur chronique dans le dos. Ça a été très difficile à prendre comme décision, mais j’ai dû tout arrêter… »
En 2017, alors qu’elle sort tout juste de l’adolescence, Maze s’initie à la production musicale par son copain de l’époque. « Je ne savais même pas qu’on pouvait créer des chansons complètes uniquement à partir d’un ordi. J’étais sûr que ça prenait des instruments. Ça a été une révélation. »
Voyant cette nouvelle passion se développer chez sa fille, son père, qui travaille dans le milieu de la postproduction sonore, lui donne accès à une licence du logiciel de création musicale Ableton. « Il m’a beaucoup aidé dans mon développement, j’ai été chanceuse. Depuis, je suis on a roll. Je n’ai jamais arrêté de produire en neuf ans. »
La prolifique artiste électro-pop a cinq minialbums et un tas de singles à son actif. Elle bénéficie également de plusieurs placements dans différentes séries et documentaires d’ici et d’ailleurs (Home in a Way, FEM, Love Is Blind, YG Treasures).
2026 marquera la sortie d’un premier album complet, dans lequel elle donnera la parole à plusieurs jeunes chanteuses de notre scène musicale, de Gabriella Olivo à La Monarque en passant par Georgette et Meghan Oak.
Démarrer la chanson I Went Too Far
LB66
L’année que vient de passer Leonardo Monteiro-Beauchamp, alias lb66, en est une d’exception. Aux côtés de son frère cadet, le rappeur Kinji00, il est passé de secret bien gardé de notre scène hip-hop à l’un des artistes les plus en vue de toute l’industrie musicale québécoise. Si une bonne partie de ce succès fracassant est lié à la posture nationaliste des textes de son frère, qui s’est taillé une place comme porte-parole d’un nouveau mouvement souverainiste chez les jeunes, l’autre morceau de la recette hyper efficace des deux frangins passe par l’efficacité redoutable de ses productions.
Ce sont toutefois les textes de chansons qui ont d’abord intéressé le producteur gatinois d’origine portugaise. « J’imprimais les lyrics de chansons d’albums que j’aimais et j’essayais d’apprendre à les rapper », dit celui qui est entré dans le hip-hop grâce à la vaste et foisonnante vague Soundcloud rap des années 2010 (entre autres incarnée par Lil Uzi Vert et Lil Pump). Après s’être initié au logiciel de création musicale FL Studio au milieu de l’adolescence, lb66 se fait un nom en ligne en collaborant avec novagang, collectif très influent dans l’avènement du digicore (un style musical mélangeant trap et hyperpop). Parmi ses bons coups de l’époque, on note sa collaboration avec le populaire rappeur américain Midwxst (V20).
Après une parenthèse aux allants UK garage et house avec une autre formation (Isotope) durant la pandémie, lb66 se met à travailler plus sérieusement avec son frère, en 2024. « Dès la sortie de notre première chanson, on a été surpris de l’accueil. On avait 5000 streams, c’était insane. Toutes les choses ont déboulé l’une après l’autre après la sortie du projet À la prochaine fois (juin 2025) : on a eu plein de shows, on a collaboré avec Hubert Lenoir, Kinji00 est allé à Tout le monde en parle… On a même été invités à jouer à Paris ! » dit le producteur, qui a participé avec son frère à quatre spectacles dans la capitale française le mois dernier.
2026 marquera le début de la réalisation d’une prod tape (compilation de producteur) pour lb66, qui veut profiter de l’occasion pour ouvrir ses horizons à plein d’autres rappeurs d’ici et d’ailleurs.
Démarrer la chanson À la prochaine fois
ASTRO PSYKEMAN
Quand Astro Psykeman a découvert le logiciel FL Studio durant les années 2010, c’est toute sa vie sociale qui a pris le bord. « C’est devenu une obsession. Je dormais de trois à cinq heures par nuit. Je faisais même de la prod dans l’autobus, durant mes longs trajets pour aller au cégep. Je skippais même les cours pour faire de la musique », raconte le producteur qui a d’abord fait sa marque au sein du collectif PLAYDAYS, entre autres aux côtés de ses amis Malko et Halo (sacrés révélation rap queb à surveiller par la SOCAN, respectivement en 2024 et 2025).
Né au Congo, Astro Psykeman a grandi dans un environnement familial propice à la découverte musicale. « Music was always around », comme il le résume, faisant notamment référence à ses parents qui chantaient dans une chorale et à ses oncles qui jouaient de la guitare. Après s’être initié à l’enregistrement audio avec ses amis à l’école primaire, celui qui a également habité au Tchad et en Afrique du Sud débarque en 2012 dans l’ouest de Montréal, là où sa passion (son obsession ?) pour la production prend vie.
Inspiré par le producteur étoile Lex Luger, notamment reconnu pour son travail avec Rick Ross, Waka Flocka Flame et Snoop Dogg, mais aussi par Michael Jackson et Charles Aznavour, l’artiste montréalais propose un hip-hop aux allants pop, trap et R&B. « J’aime mélanger le côté plus formaté de la pop au rawness du hip-hop. Ce qui est le plus important pour moi, ce sont les textures et les sons. Je crée d’abord un paysage sonore avec un grain spécifique, avant même de penser aux accords ou aux mélodies. Je veux créer quelque chose de progressif. Je déteste quand un loop est trop répétitif. »
En plus de travailler de près avec Malko pour la création de plusieurs titres, Astro Psykeman passera entre autres 2026 à travailler avec le rappeur Jah Maaz (de LaF) pour la sortie d’un nouveau minialbum.
Démarrer une liste de chansons realisé par Astro Psykeman
HOUSEFLY
La musique a toujours été au centre de la vie de Cédric Saint-Rome alias Housefly. « Ma mère est dans un groupe rock (Sound Emotion), dans lequel je joue également. Et mon père, même s’il n’est pas musicien, est une vraie encyclopédie de la musique. Il sait qui a joué de la basse sur telle chanson de tel album… et en quelle année ! », explique le producteur reconnu à l’international pour ses collaborations avec Demi Lovato, Kim Petras et Chris Brown.
C’est à l’âge de cinq ans que Housefly commence à jouer du piano. « Ma mère a réalisé très rapidement que j’avais l’oreille absolue. Un an de leçon au piano plus tard, mon professeur a proposé à ma mère de m’envoyer dans un camp musical pour enfants. Après un seul jour là-bas, l’instructeur a dit à ma maman : ‘’Saviez-vous que votre enfant jouait aussi de la batterie ?’’», raconte le jeune prodige né en 1999 qui, avant l’âge de huit ans, savait déjà jouer du piano, de la batterie et de la guitare.
C’est d’ailleurs pour s’enregistrer jouer de ses trois instruments que Housefly commence à s’intéresser au logiciel Mixcraft, avec lequel il travaille depuis maintenant plus de 15 ans. Inspirée par sa sœur aînée, qui l’initie à l’EDM et à toute la musique des compilations du fameux MC Mario, l’artiste né à Baie-d’Urfé, dans l’ouest de Montréal, se met rapidement à la production musicale, en parallèle de ses études en piano jazz au cégep et à l’université. C’est d’ailleurs ce parcours scolaire en jazz qui l’aidera à échafauder sa signature pop et R&B caractéristique, à la fois organique et chaleureuse, durant les années 2020.
Housefly finalise actuellement le mixage du nouvel album du rappeur Montréalais Waahli, qu’il a entièrement produit. Il prévoit également sortir un album solo, au croisement du métal progressif et du jazz fusion, dans les prochains mois.
Démarrer une liste de chansons realisé par Housefly