Pour une septième année consécutive, on vous présente une sélection d’artistes rap québécois.e.s de la relève qui ont le potentiel de se révéler à un plus grand public dans les prochains mois.

Malko

Malko, God Complex, video

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« Je vis pour la musique. C’est ça qui m’allume », lance instantanément Malko, quand on lui fait part de la richesse des influences musicales de Maelström.

Avec ses touches de baile funk, de trap et d’afrobeats, ce mini album, lancé en décembre, est l’une des parutions les plus marquantes de la dernière année au Québec. À 23 ans, l’artiste montréalais y dévoile tout son flair artistique et toute sa grande curiosité pour les tendances musicales les plus pertinentes de la planète.

Abreuvé dès l’enfance par le zouk et le kompa du côté de sa mère, et par le blues, le jazz et le R&B du côté de son père, l’auteur-compositeur-interprète aux origines haïtiennes a eu son premier coup de cœur pour le hip-hop à l’adolescence – d’abord pour le rap américain de Lil Wayne, Young Thug et tout le mouvement d’Atlanta, et ensuite pour le rap d’expression francophone de Damso, Josman et Hamza. « Tout de suite, j’ai constaté que les textes en français étaient plus réfléchis. On utilise plus de métaphores, on utilise un langage beaucoup plus imagé. C’est ça qui a capté mon attention. »

Après avoir écrit ses premiers textes à l’âge de 16 ans, Malko forme, au tournant des années 2020, le collectif PLAYDAYS avec, entre autres, ses amis Apollo et Astro, qui l’épaulent toujours à l’heure actuelle. Un premier mini album de PLAYDAYS, Vie américaine, parait en 2021, soit la même année où Malko publie ses premières chansons en solo sur les plateformes d’écoute.

Soutenu par Cult Nation, l’étiquette montréalaise derrière le succès de Charlotte Cardin, Malko se confie avec une belle sensibilité sur Maelström, en particulier sur la touchante Lettre à maman. « J’essaie de m’exprimer, de me livrer de la manière la plus sincère possible. Dans la vie, je ne suis pas quelqu’un qui parle beaucoup. Ce que j’ai de la difficulté à formuler en mots, j’arrive à le chanter. »

En 2024, Malko compte davantage se présenter au public québécois, en multipliant les apparitions sur scène. Et à défaut de livrer tout de suite un nouveau projet musical, il proposera plusieurs nouvelles chansons.

Érika Zarya

Erika Zarra, Brasse-Ville, video

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Érika Zarya a commencé à chanter avant de parler. « Je me levais pis je chantais ! Ensuite, j’ai commencé à lire et à écrire vraiment jeune. À sept ans, j’écrivais mes premières chansons. »

À l’adolescence, l’artiste de Québec aux origines belges a été initiée au rap par sa tante de 10 ans de plus qu’elle, qui lui gravait des CDs avec plein de chansons aux styles très variés. « Ce que j’aimais le plus, c’était les chansons rap. J’aimais comment les paroles étaient écrites. J’ai commencé à m’essayer très tôt (à rapper), mais j’avais pas le flow. »

Érika Zarya s’est donc réfugiée dans le R&B pour canaliser sa passion pour la création musicale. Ses deux premiers mini albums Petite et L’amour du risque, parus en 2021 et 2022, contenaient toutefois des influences et des teintes hip-hop, autant dans le son que dans le texte. Ne restait à Erika qu’à s’assumer davantage. « J’ai participé à un podcast animé par Justice Rutikara (Limoilou Hood produit par OhDio, 2022), dans lequel il me décrivait comme une rappeuse. Ça a été un point tournant pour moi. »

La rappeuse s’est tournée vers des artistes de la scène rap de la capitale, comme Vincent Biliwald, Pro.Douceur et Sairom, avec qui elle a développé des affinités humaines et artistiques. En 2023, sa chanson Brasse-Ville venait marquer ce changement de style. Le titre est une référence à la basse-ville de Québec, historiquement plus démunie que la partie haute de la ville fortifiée. « Mon désir avec la chanson, c’était de raconter mon histoire et celle d’une femme, d’une amie qui m’a été très chère, qui a grandi dans la pauvreté héréditaire. Je voulais lui dire que son histoire est importante. »

L’artiste de 24 ans, qui puise essentiellement ses influences en Europe (Chilla, Lolo Zouaï, Josman, Swing), s’apprête à compléter son virage musical avec la sortie de deux albums : Érika et Zarya. « C’est un projet dans lequel j’explore mon identité. Le concept, c’est la dualité qu’il y a en moi, autant le rapport entre l’influence de la culture américaine et de la culture européenne que le rapport entre mon amour du rap et du chant. »

King Fali

King Fali, JPC, video

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Rien ne pouvait préparer King Fali au raz-de-marée qui l’attendait en 2020, quand il a sorti sa toute première chanson, Champion. Le clip, visionné à ce jour plus de 130 000 fois, nous faisait découvrir un jeune rappeur de 13 ans avec un flow surexcité et une attitude gonflée à bloc.

« J’ai toujours été un sportif, un hyperactif. Pour le moi, le rap, c’est comme du sport. Faut toujours que je me surpasse », dit le Congolais d’adoption sherbrookoise, maintenant âgé de 17 ans.

La confiance qu’il laisse transparaitre dans le clip de cette toute première chanson, qu’il a mis un an à écrire, a toutefois été mise à rude épreuve. L’adolescence étant une période rude à traverser, imaginez un instant la traverser quand vous êtes l’une des sensations de l’heure sur la scène rap québécoise. « À la sortie de Champion, j’ai perdu des amis très proches à moi. Ça a bouleversé ma vie (…) J’étais moins concentré à l’école. Tout me perturbait. »

King Fali a gardé la tête froide, mais ça n’a pas été de tout repos. Son entourage l’a grandement aidé à ne pas tout laisser tomber. « Ma famille, ce sont eux qui m’ont sauvé. Ils m’ont donné des conseils et m’ont dit ne pas me laisser faire. J’ai ignoré les autres et j’ai continué à faire ce que j’aime. »

Depuis, King Fali a multiplié les entrevues dans les médias et les spectacles, notamment aux côtés de FouKi et de Souldia. Il a perfectionné son rap, en plus de calmer les ardeurs de son flow. « J’ai évolué. Avant je faisais juste crier au micro, là je suis capable d’y aller plus mélodiquement. Je suis capable de chanter et de rapper. Ma voix a beaucoup changé. »
Son premier microalbum paraitra en 2024. « Je suis rendu en secondaire 5, je me sens prêt pour la prochaine étape », lance-t-il. « Les temps ont changé. La prochaine génération arrive à grands pas. »

S’tano

Stano, Cest Le S, video

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La route est longue pour S’tano. Longue, mais enrichissante et pleine de rebondissements.

Né à Alger dans les années 1980, l’artiste a immigré au Canada au début de l’adolescence, où il a commencé à écrire des petits textes de rap, sans trop ébruiter la nouvelle. « Puis un jour, j’étais avec un pote à moi à attendre l’autobus. Je lui ai dit que j’écrivais des trucs (…) et je lui ai fait live un petit freestyle. Il m’a dit que c’était franchement bien. Ça m’a donné envie d’écrire plus. J’ai fait un talent show à mon école, mais après, j’ai arrêté. J’avais pas accès à des studios. »

Sept ans après son arrivée à Montréal, S’tano débarque à Paris, où il vit toujours d’ailleurs. Là-bas, il rencontre davantage de gens « posés dans le rap », mais pour plein de raisons en dehors de son contrôle, ses projets musicaux n’arrivent pas à terme. Pendant une bonne dizaine d’années, il se contente de prêter sa voix aux chansons des autres, sans entamer une vraie carrière solo.

Puis arrive 2019, année où ses deux premières chansons paraissent enfin sur les plateformes d’écoute : Mon époque et Black Helmet. « J’ai toujours voulu faire du rap (…) mais je m’éparpille beaucoup. Là, j’arrive à me canaliser. »

Et à mieux s’entourer aussi. Épaulé par certains des producteurs les plus talentueux de notre écosystème québécois (Benny Adam, Neo Maestro, Gary Wide), S’tano a fait paraitre ses premiers mini albums en 2021 (les deux volets de Flashé) et a rappliqué l’an dernier avec Ghorba, accumulant depuis les centaines de milliers d’écoutes sur les plateformes.

Malgré sa longue feuille de route, il se considère encore comme une révélation. « C’est vrai que je suis un nouveau. Tu peux rapper depuis que t’es tout jeune, mais si t’as rien sorti de sérieux, ça compte pas. J’en connais plein de gens dans mon quartier qui rappent pour rigoler, sans avoir sorti de projet officiel… C’est vraiment là que ça commence. Avant ça, tu apprends à te construire et tu te professionnalises. »

Multipliant les allers-retours au Québec, où la grande majorité de sa famille et de son équipe habite, et en Algérie, où il vient tout juste de faire une tournée promotionnelle des radios et des plateaux de télévision, le rappeur d’adoption parisienne, que tout le monde surnomme « Canadien » dans son quartier, s’apprête à sortir deux autres mini albums ainsi qu’un premier album complet cette année. « J’ai ramené les tonalités algériennes. C’est pas du raï, ça reste du rap, mais on entend mes racines dans la musique. »

GreenWoodz

GreenWoodz, Friday Night, video

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GreenWoodz a été l’une des belles surprises de 2023. Son premier album TPL, paru en septembre dernier, est devenu le nouvel ancrage du emo rap local, une sorte de réappropriation du genre américain incarné par XXXTentacion, Lil Peep, $uicideboy$ et autres artistes aux textes sombres et aux influences rock. « Quand j’ai découvert toute cette scène-là, vers 2016-2017, c’est là que je suis vraiment tombé en amour avec le rap », explique celui qui, quelques années plus tôt, avait découvert la culture hip-hop grâce à Tupac, Biggie, Muzion et Sans Pression. « Je me suis mis à écrire pour exprimer mes démons, exprimer les trucs que j’avais sur cœur. »

Interpellé par le côté très sincère et à fleur de peau du emo rap, le rappeur de 24 ans basé à Saint-Gabriel-de-Brandon (dans la région de Lanaudière) a commencé à rapper à l’adolescence, histoire de tromper l’ennui avec autre chose que la consommation. « En région, le temps est long. Y’a pas beaucoup d’activités pour les jeunes, surtout si, tout comme moi, t’es pas très sportif. Je me suis rapidement retrouvé à m’identifier aux gens qui faisaient le party », confie-t-il. « J’ai commencé à consommer quand même jeune (…) je me suis mis à écrire pour me sortir de tout ça. Ça venait secréter une dopamine que, normalement, j’allais chercher dans les mauvaises habitudes de consommation. Ça me permettait aussi d’avoir un recul sur cet aspect-là de ma vie. »

En 2020, c’est une peine d’amour qui le motive à écrire les chansons de son premier minialbum Are You Ok?, qui récolteront un engouement avant même leur sortie. « Je me promenais dans des partys et je airdroppais les chansons. Je disais aux gens : ‘’Tu peux jouer les tounes, mais pas le droit de les envoyer’’ Le bouche-à-oreille m’a beaucoup aidé. »

Aux côtés de son producteur Cook Da Beatz, il privilégie une autre technique efficace de bouche à oreille pour la promotion de sa mixtape Late Night & Heartbreaks, en 2021. Cette fois, il utilise la plateforme Omegle, défunt site internet qui permettait à deux inconnus de se rencontrer au hasard, de manière totalement anonyme. « On faisait refresh sur la page pour avoir de nouvelles personnes constamment. On leur parlait de notre projet et on leur faisait jouer des chansons, pendant que je rappais en studio. Ça incitait les gens à me suivre sur les réseaux sociaux. »

Dorénavant soutenu par Disques 7ième Ciel, GreenWoodz multiplie les centaines de milliers d’écoutes sur les plateformes numériques. Et son succès n’est pas que virtuel : il poursuivra sa tournée panquébécoise en 2024 aux côtés d’Aswell (l’une de nos révélations de la cuvée 2021). Il travaille actuellement sur du nouveau matériel, dont quelques chansons verront le jour dans les prochains mois. « Je suis content que ma musique touche autant de gens. Au fil des années, j’ai vieilli, j’ai grandi. Mon système de valeur change en tant qu’être humain, donc probablement que les propos des prochains albums vont être différents. »