Deric Ruttan écoute rarement ses propres conseils. Son plus récent album en solo, le cinquième, est intitulé Take The Week Off (prends congé pour la semaine) mais l’auteur-compositeur établi à Nashville ne chôme pas depuis qu’il s’est établi dans la « ville de la musique », il y a vingt ans.

Ruttan est la preuve éloquente que s’établir ailleurs et peaufiner son art peuvent payer de riches dividendes. Il a été promu désormais sur la liste A des auteurs-compositeurs de country, avec plusieurs numéros un au palmarès et prix importants pour le prouver. En janvier dernier, l’artiste de Bracebridge, Ontario, a décroché sa première nomination aux prix Grammy comme coauteur de « Mine Would Be You », un énorme succès au palmarès pour la super vedette américaine Blake Shelton (et que Ruttan a aussi enregistré sur Take The Week Off).

Ruttan a certainement payé son tribut, comme il l’explique. « J’étais à Nashville depuis 18 mois avant d’obtenir mon premier contrat d’édition, dit-il. Je grattais les fonds de tiroir pour réussir à mettre un peu d’essence dans mon camion pour pouvoir me rendre en ville et écrire. Sans blague! J’ai réussi à signer par la suite avec Sony/Tree Publishing, mais il a fallu neuf ans avant que je puisse entendre ma première chanson à la radio. »

Cette chanson, « What Was I Thinking », est devenue numéro un aux États-Unis en 2003 pour Dierks Bentley, qui a également enregistré un top cinq en 2005 avec une autre chanson coécrite avec Ruttan, « Lot of Leavin’ Left To Do ». Sa carrière tant comme auteur-compositeur qu’artiste en solo a alors pris son envol.

Ruttan insiste sur le fait que sa première motivation est demeurée constante. « Dès le début, mon désir n’était pas de devenir riche ou célèbre. Si j’arrive à gagner ma vie à faire ce que j’aime, écrire et chanter des chansons, c’est ainsi que je mesure mon succès. Jusqu’à maintenant, j’y suis parvenu. »

« Je grattais les fonds de tiroir pour réussir à mettre un peu d’essence dans mon camion pour pouvoir me rendre en ville et écrire. Sans blague! »

Il n’est pas question de s’assoir sur ses lauriers pour Ruttan. « J’ai été accusé par des amis et des collègues de ne pas prendre le temps de fêter mes réussites, admet-il. J’ai tendance à rester concentré sur mon travail et à bûcher dur. J’ai un petit bureau sur Music Row et je prends les choses comme s’il s’agissait d’un emploi. J’y travaille au moins six heures par jour, quatre ou cinq jours par semaine. Ça garde la machine à composer et à écrire bien huilée. Je trouve que c’est ce que j’ai besoin de faire pour ne pas perdre la main et demeurer productif. »

Entre les succès qu’il écrit pour les autres, Ruttan fait paraître ses propres albums en solo, qui ont reçu l’assentiment des radios canadiennes et du public de chez nous. « Je n’ai jamais été aussi heureux qu’avec cet autre volet de ma carrière, dit-il. Je n’ai jamais fait autant de tournées que maintenant. Jason Blaine, Chad Brownlee et moi avons donné 25 spectacles à travers le Canada et dans la tournée Your Town Throwdown, j’ai joué dans les festivals au cours de l’été. Ça me permet de me défouler sur scène et de m’améliorer comme interprète, puis je passe le reste du temps à Nashville à écrire. Compte tenu que je n’y vis plus depuis 20 ans, ça me fait chaud au cœur d’être apprécié au Canada. »

Rusty Gaston, directeur de la maison d’édition de Ruttan, THiS Music Publishing, considère cette carrière parallèle comme un réel avantage. « Je pense que le succès d’un auteur-compositeur repose en partie sur sa capacité de se mettre dans l’état d’esprit d’un artiste, » dit M. Gaston.

Ruttan coécrit régulièrement pour et avec des artistes canadiens. « Il y a toujours des gens qui viennent pour écrire, dit-il. Chad et moi écrivons le lundi, puis nous allons tirer sur des boîtes de conserve posées sur des bûches sur mon terrain! » Ruttan et Blaine ont coécrit en 2012 le titre de l’année décerné par l’Association canadienne de musique country (CCMA) « They Don’t Make ‘Em Like That Anymore » et un autre grand succès, « Cool » (toutes deux enregistrées par Blaine).

Il y a eu d’autres collaborations, notamment avec Jimmy Rankin (coécriture de « First Time In A Long Time » et de « Up All Night » qui ont remporté des prix SOCAN de musique country en 2009 et en 2011, respectivement), Aaron Pritchett (« Hold My Beer », une chanson de Ruttan/Pritchett/Mitch Merrett qui a remporté le prix SOCAN de l’auteur-compositeur de l’année lors du gala de la CCMA en 2007), Michelle Wright, Terri Clark, Jason McCoy, Doc Walker et Paul Brandt.

Parmi les étoiles américaines du country qui ont enregistré des chansons coécrites avec Ruttan, on trouve Shelton, Bentley, Eric Church (« Hell on the Heart », un top dix en 2010) et Gary Allan, mais rares seront les semaines où Deric Ruttan prendra congé.

« Si j’enregistre un nouveau disque ou une chanson numéro un, dit Ruttan, je retourne le lendemain dans mon bureau et j’essaie d’en réussir un autre. »

Faits saillants
Éditeur : THiS Music Publishing, Doc’s Cabin Songs
Discographie 
: Deric Ruttan (2003), First Time in a Long Time (2008), Sunshine (2010), Up All Night – Deric Ruttan Live (2011), Take the Week Off (2013)
Membre de la SOCAN depuis 1989
Visitez www.dericruttan.net


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L’artiste de hip-hop Shad aime les différentes énergies que procure une collaboration. Deux fois en nomination au prix Polaris et gagnant d’un prix JUNO, Shad en est à son quatrième album, Flying Colours, qui comprend plusieurs artistes invités tels que Lights, k-os, Saukrates, Eternia et de nombreuses coécritures avec des producteurs et auteurs-compositeurs, dont Max Zipursky, Ian Koiter, Michael Tompkins, Ric Notes et le DJ Skratch Bastid.

L’artiste né au Kenya, venu au Canada avec ses parents d’origine Rwandaise alors qu’il était enfant, s’occupe lui-même de toutes les paroles, abordant des sujets d’actualité et d’autres plus personnels tels que dans la chanson « Fam Jam (Fe Sum Immigrins) » qui parle de sa propre expérience d’immigrant, « He Say She Say » qui parle d’une relation et « Long Jawn », qui est plutôt de style libre. Mais quand vient le temps d’enregistrer, il aime les collaborations.

« Dans cet album, j’ai voulu me surpasser, être plus inventif, plus imaginatif, » dit Shad, âgé de 31 ans, dont le nom complet est Shadrach Kabango. « C’est très difficile d’essayer de communiquer des idées, parce que je n’ai jamais su ce que j’essayais de faire, mais avec ces artistes et cet album en particulier j’ai au moins été capable de faire passer quelque chose, d’exprimer une atmosphère et ce qui m’a inspiré. Nous avons simplement essayé pour voir ce que ça allait donner. »

« C’est à la fois amusant et génial d’être simplement dans le studio avec ces musiciens. »

Shad décrit son coauteur de longue date, Koiter, un musicien d’expérience qui propose rapidement des morceaux, comme ayant une « approche mathématique » alors que Skratch Bastid « déborde d’une énergie contagieuse » en termes d’ondes positives. Shad le surnomme « l’historien de la musique » avec « une bibliothèque de rythmes de batterie et de références. »

Max Zipursky est un « magicien du piano » qui peut transformer une simple suite d’accords « en une musique colorée et magnifique », alors que Michael Tompkins, ami d’enfance de Shad, a « une écriture soignée » parce qu’il bat le rythme de toutes ses mélodies et boucle habilement ses morceaux. Quant à Ric Notes, il « jongle avec les sons » et lui envoie des pistes par courriel qui sont « débordantes d’énergie ».

« Il y a plusieurs choses que j’aime dans la collaboration, » explique Shad, qui joue de la guitare et un peu du piano. « Il y a des choses dans lesquelles je ne suis pas vraiment bon et où les autres peuvent m’aider, que ce soit de jouer d’un instrument ou d’écrire de la musique.

« C’est à la fois amusant et génial d’être simplement dans le studio avec ces musiciens si doués et de pouvoir observer tout ça, » ajoute-t-il. « L’énergie, également, est parfois pour moi aussi importante que les contributions à l’écriture et à l’interprétation. Cette énergie est très musicale. »

Quelques faits
Éditeur :
s/o
Discographie : When This Is Over (2005), La Cassette Mixée (2007), The Old Prince (2007), Besides (mixage, 2011), Songs (EP avec Dallas Green, 2011), TSOL (2011), Melancholy and the Infinite Shadness (mixage, 2012), The Spring Up (EP avec Skratch Bastid, 2012), Flying Colours (2013)
Visitez www.shadk.com
Membre de la SOCAN depuis 2006

Parcours

  • Obtient son diplôme de maîtrise en Arts libéraux à l’Université Simon Fraser
  • Joue beaucoup au basketball (« C’est le seul exercice physique que j’aime. »)
  • Anime un documentaire sur l’histoire du hip hop

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« Je me parfume au napalm pour brûler comme une bombe / Un show de boucane ben allumé devant tout le monde… Donnez-moi du gaz » Dans la bouche de n’importe quel rockeur, ces mots paraîtraient ringards et exagérés, des accessoires de scène conçus pour se bâtir une réputation de dur à cuire et que l’on range à côté du perfecto et des leggings léopard. Pourtant, Éric Lapointe les chantent sans honte, sans gêne et sans filtre. À l’écoute de son dernier album, Jour de nuit, on ne sourcille même pas devant « Donnez-moi du gaz » parce qu’on connait suffisamment la vie tumultueuse du rockeur québécois pour y croire.

Avec tous les potins glanés dans les médias, et grâce aux nombreuses chansons autobiographiques des albums Obsession, Invitez les vautours, Coupable ou Le Ciel de mes combats, nous avons tous une idée du mode de vie de Lapointe.

« Il y a eu certains moments où je me disais que ce manque de pudeur ne me servait pas, mais à long terme, c’est une bonne chose » confie Lapointe en entrevue. « Les gens connaissent mes côtés noirs. J’ai jamais rien caché. Ça fait que si demain matin je me retrouve en première page des journaux pour autre chose que ma musique, ben personne ne va faire le saut. Je suis comme je suis, sans faux-semblant. »

Faudrait-il s’inquiéter de l’avenir d’Éric Lapointe? Peut-être, mais nous ne sommes pas sa mère. Évitons plutôt de prendre le rockeur pour acquis comme c’est souvent le cas lorsqu’un artiste nourrit son art d’excès pendant une période qui s’étire sur plusieurs décennies. Avec les années, nous avons tendance à voir ces artistes comme des personnages décalés vivant dans leur bulle, mais ils sont justement trop rares et authentiques pour être négligés. À ce sujet, Lapointe joue dans les mêmes ligues que Leloup. Derrière le mythe vit l’irremplaçable.

« Il y a une caricature qui s’est dessinée dans la tête des gens, particulièrement autour de mon alcoolisme. »

« C’est certain qu’à un moment donné, il y a une caricature qui s’est dessinée dans la tête des gens, particulièrement autour de mon alcoolisme. Parfois, le mythe est plus grand que nature. À d’autres moments, la réalité est bien pire. Mais j’ai contribué à cette image en parlant de mes problèmes dans mes chansons. Il n’y a rien que je chante que je n’ai pas vécu. C’est aussi pourquoi je me retrouve dans l’écriture de Roger Tabra avec qui je compose une grande partie de mes textes. On a le même mode de vie. Je ne pourrais jamais chanter un texte loin de ma réalité. »

Dans quelques semaines à peine, en mai 2014, Éric Lapointe célèbrera les 20 ans de la parution de son premier album Obsession. Vingt ans à travailler avec les mêmes collaborateurs : le Français Roger Tabra à l’écriture et le guitariste Stéphane Dufour à la composition. « Tu ne changes pas une équipe gagnante, » conseille Lapointe avant de se rappeler sa première collaboration avec Tabra. « J’avais écrit tous les textes d’Obsession, mais il me manquait une ballade. Je venais de me séparer de la Marie-Pierre de “Marie Stone”, et j’étais tout à l’envers. J’y arrivais pas. Tabra est venu souper à la maison. On mangeait un bon spaghetti au ketchup, puis il m’a dit: “Allez, on va l’écrire ta putain de chanson. Qu’est-ce que tu veux lui dire à cette fille?” J’ai répondu: “Je sais pas. N’importe quoi.” Du tac au tac, Tabra m’a regardé dans les yeux en me disant qu’on venait de trouver le titre. Le reste de la chanson s’est écrite en quelques heures. »

De soliste invité par Aldo Nova à la toute fin des séances studio d’Obsession à réalisateur officiel des derniers disques d’Éric Lapointe, Stéphane Dufour est aussi indissociable de la signature rock du musicien. « C’est lui qui réalise et arrange toutes les tounes. On n’a même plus besoin de se parler tellement on a fait de chansons ensemble. Juste dans le regard, on se comprend. On se devine. C’est une relation cosmique, » explique le rockeur qui ne croit pas à l’inspiration, mais bien au travail. « Parce que si l’inspiration existe, il faut que tu sois au travail quand elle passe. »

Et pour Lapointe, elle passe souvent la nuit, d’où le titre de son dernier disque. « Je ne sais pas trop pourquoi mon esprit travaille mieux la nuit. Peut-être parce que je m’y retrouve parfois seul et que j’ai une peur terrible de la solitude. Mais je ne me sens jamais seul lorsque j’ai une guitare ou un piano avec moi. De toute façon, mon studio est au sous-sol où il fait noir comme dans le cul d’un ours à n’importe quelle heure du jour. Pendant l’enregistrement de Jour de nuit, je finissais par savoir quelle heure il était quand j’entendais les enfants marcher au rez-de-chaussée. »

Ainsi, même lorsqu’il devient père, le vrai rockeur ne change guère.


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