On pourrait croire que l’ère numérique est le moment idéal pour bâtir une carrière musicale étant donné l’abondance de ressources créatives et d’outils pour créer de l’engouement auprès du public. Néanmoins, quand ça devient votre unique chance de réussir – a fortiori avec l’isolement pandémique –, ça peut devenir très lourd sur votre bien-être.

L’auteure-compositrice-interprète canadienne noelle a écrit une des chansons les plus écoutées sur Spotify et elle n’a pas eu peur de s’ouvrir pour y arriver. Comptant plus de 290 000 clics, « Therapy » aborde l’importance de la sensibilisation à la santé mentale. « Je veux que les gens sachent qu’ils ne sont pas seuls », explique la musicienne. « C’est vraiment important d’avoir un exutoire. C’est pour ça que j’ai écrit “Therapy”. »

La jeune femme de 20 ans a grandi sur le territoire mohawk de Tyendinaga, en Ontario, et elle cumule à ce jour près de 95 000 abonnés sur YouTube. Elle amalgame ses racines autochtones avec un goût acquis pour le jazz et tout ce qui se trouve entre les deux. Percussions de pow-wow, Nat King Cole, pop et R&B ; la musique de noelle est un collage des genres qu’elle a explorés jusqu’à maintenant.

« Mon père a un studio d’enregistrement dans notre sous-sol », confie-t-elle. « Il a un groupe et il fabrique des flutes de bois autochtones et des instruments de percussion dans son atelier. Je pense que ça m’a beaucoup aidé à avoir des horizons musicaux très larges. Ç’a certainement eu un impact sur la musique que j’écris et crée aujourd’hui. »

Empruntant un chemin très différent de celui de ses camarades de classe, l’auteure-compositrice-interprète a signé son premier contrat d’enregistrement avec Wax Records – la maison de disques de bülow, Virginia to Vegas et Alyssa Reid – juste après avoir obtenu son diplôme du secondaire. « Wax m’a permis de rencontrer plein de créateurs et de producteurs incroyables avec qui j’ai tissé des liens d’amitié et avec qui je travaille régulièrement », se réjouit noelle. « Ils m’ont tous aidé à grandir en tant qu’artiste et les producteurs m’ont aussi aidée à m’améliorer en tant que chanteuse. Je suis tellement reconnaissante d’avoir rencontré ces gens. »

Elle est sur le point de lancer son premier EP intitulé 30K, un projet qui illustre le voyage de noelle vers l’âge adulte avec un don profond et émotionnel pour raconter des histoires qui, elle l’espère, toucheront les gens et leur rappelleront leur premier amour.

« Je vivais une peine d’amour au moment d’écrire la chanson “30K” », confie-t-elle. « Quand je suis arrivée en studio, je voulais écrire à propos de ces émotions, mais dans le cadre d’une chanson super amusante et entraînante. C’est là qu’on s’est posé la question : comment passes-tu à un autre appel quand t’es super riche? La réponse était simple : on part pour L.A. et on dépense plein d’argent dans les magasins et les boîtes de nuit. »

Au cours des trois dernières années, noelle a passé la majeure partie de ses journées en studio et elle a complété une centaine de démos. Tout commence habituellement par une séance au piano jusqu’à ce qu’une mélodie se manifeste. Viennent ensuite les textes qui tentent toujours de raconter une expérience mémorable – généralement à propos des hauts et des bas des histoires d’amour.

« Je puise mon inspiration dans plein de choses différentes », avoue la jeune artiste. « Même quand je regarde un film et que je trouve le scénario très intéressant, ça pourrait m’inspirer une chanson. Même chose si j’entends une chanson que j’aime vraiment écrite par un autre artiste. Ça peut même être juste un mot que je trouve cool ou quelque chose que quelqu’un dit et qui sonne comme un bon titre de chanson. »

La jeune artiste a commencé à écrire sa propre musique, chanson par chanson, comme une forme thérapeutique d’expression de soi, et elle rêve de se produire aux Grammy Awards. « Tout ce que je veux, c’est que mes chansons touchent les gens afin qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls à vivre les situations dont mes chansons parlent », conclut-elle.



Depuis que Jade Eagleson, 27 ans, de Milford, en Ontario, a décidé de mettre son tracteur de côté pour écrire des chansons, il y a un peu moins de cinq ans, le monde de la musique country l’a accueilli à bras ouverts.

Tout ce qu’Eagleson a accompli durant cette relativement brève période est plutôt impressionnant. Il a lancé deux albums, son plus récent étant Honkytonk Revival en novembre 2021. Il compte six simples dans le Top 10 country au Canada, incluant trois No 1 : « Lucky », « All Night To Figure It Out » et « More Drinkin’ Than Fishin’ », un duo avec Dean Brody. Il a reçu une certification Platine (80 000 exemplaires vendus) pour « Got Your Name On It » (2018) et deux disques d’or (40 000 exemplaires vendus) pour « Count The Ways » et « Close ». En 2019, il a reçu le Rising Star Award de la Canadian Country Music Association et il a été finaliste aux JUNOs à deux reprises jusqu’à maintenant. Il cumula à ce jour plus de 200 millions d’écoutes sur les services de diffusions en continu et plus de 78 millions de visionnements sur YouTube. Anecdote touchante, c’est sur le plateau de tournage du clip de cette chanson qu’il a rencontré Maria Paquin qui est devenue son épouse moins d’un an plus tard.

Tout a commencé en 2017 quand Eagleson a donné un spectacle qui allait changer sa vie dans le cadre du Emerging Artist Showcase du festival Boots and Hearts (un parcours emprunté auparavant par e tout aussi rural groupe ontarien James Barker Band).

« Boots and Hearts a été une expérience que je ne pourrais comparer à aucune autre », se souvient l’homme désormais installé à Nashville. « C’était assez impressionnant de monter sur scène et chanter les chansons que j’ai écrites et d’entendre les gens réagir aussi forte pour la première fois. J’ai souvent joué à Millford et dans notre honky tonk local, qui est quand même assez gros, mais ça reste seulement une ou deux centaines de personnes. Mais à Boots and Hearts, on parle de milliers de personnes et t’es comme “Ho-ly!” La crainte de Dieu a été mise en moi la première fois que je suis monté sur scène. C’était une sorte de poussée d’adrénaline qui m’a confirmé que c’était ce que je voulais faire pour le reste de ma vie. »

Grâce à son baryton tout ce qu’il y a de plus country, Eagleson a d’abord fait sa marque avec un EP éponyme en 2018, puis avec son album éponyme en 2020 sur lequel il a reçu l’aide d’un noyau de collaborateurs membres de la SOCAN – Travis Wood, de Beaverton, en Ontario, ainsi que Gavin Slate et Todd Clark, de Toronto (qui ont tous trois eu beaucoup de succès en collaborant avec James Barker) – qui lui ont fourni six des dix chansons de l’album.

Eagleson a une anecdote amusante à propos de l’écriture de « A Little Less Lonely » lors de sa première rencontre avec Slate et Wood à Toronto.

« J’ai fait la connaissance de Gavin et Travis quand je commençais à peine à faire partie du monde country », se souvient Eagleson. « Je n’avais aucune idée comment étaient structurées ces séances d’écriture. On se remue les méninges pendant quelques jours et après on va prendre une couple de bières? Je n’avais aucune idée. Je travaillais encore sur la ferme à cette époque, alors on a commencé à écrire, mais au bout de quatre heures, c’était tout le temps que j’avais. Je leur ai simplement dit : “vous savez quoi, les gars? Il faut que je rentre pour nourrir les cochons”. »

Sauf que Wood et Slate n’ont pas compris qu’il était sérieux et ils ont présumé que ce qu’il venait de dire était un « Eaglesonisme » pour dire qu’il allait prendre un café ou fumer une cigarette. Deux heures après être arrivé chez lui à Milford, il a reçu un coup de fil de son ami qui l’avait présenté au duo d’auteurs. « Il m’a dit “pourquoi t,es parti?”, se souvient Eagleson. “Encore aujourd’hui, on me taquine à ce sujet et quand on prend une pause pendant une séance de travail, les gens me disent ‘ne va surtout pas nourrir les cochons!’”

Eagleson a coécrit deux des huit chansons de son plus récent album, Honkytonk Revival – “Whiskey Thinks I Am” en compagnie de Daryl Scott et “I Don’t Think” avec Scott et Kyle Renton – et il explique cela par la pandémie.

“C’était difficile d’organiser des séances d’écriture”, avoue Eagleson. “Bien sûr, il y a des technologies pour pallier à ça, mais je trouve qu’on perd une part d’authenticité quand on travaille via Zoom. Il m’est arrivé d’avoir des idées géniales en utilisant cette méthode, mais il est difficile d’écrire quand on ne lit pas ou qu’on ne ressent pas les émotions de la pièce. J’ai beaucoup écrit durant la pandémie, mais rien qui m’a donné l’impression que c’était ce que les fans ont vraiment envie d’entendre. On a donc commencé à demander aux créateurs de nous proposer des chansons et quand il y en avait une qui était meilleure que ce que moi j’avais écrit, c’est celle-là qu’on gardait.”

L’expertise Eagleson : trois conseils pour les auteurs-compositeurs en herbe

  1. « Une chanson ne s’écrit pas en une journée. »
  2. « Peaufinez vos idées. »
  3. « Amusez-vous. »

Eagleson affirme que son outil de choix pour consigner toutes ses idées est son iPhone. “Souvent, mes idées viennent quand je suis en train de faire quelque chose d’autre et je n’ai pas le temps de tout laisser tomber pour prendre ma guitare et écrire”, explique l’artiste. “Souvent, c’est quand je vais au lit – heureusement ma femme ne s’est pas encore plainte de ça – et je vais attraper mon iPhone pour enregistrer un mémo vocal en fredonnant une chanson. C’est ma façon de faire pour le moment. J’enregistre une idée de mélodie et j’y reviens plus tard pour la peaufiner.

‘Après, je la présente aux autres pour savoir ce qu’il en pensent avec un squelette de mélodie à la guitare pour qu’ils comprennent où je m’en vais. Des fois ça se passe super bien et on a d’excellentes idées. D’autres fois, disons que c’était pas ma meilleure idée. Mais on ne perd rien à essayer.’

Si Eagleson prend le temps d’écrire seul, il aime aussi l’art de la collaboration, et aimerait un jour écrire avec Shania Twain. “C’est toujours bon d’avoir l’opinion de quelqu’un d’autre. Je connais plein de monde qui pense que les collaborations ne sont pas aussi créatives, mais je suis vraiment en désaccord avec ce point de vue. Plus on est d’auteurs, plus on a de perspectives différentes sur la vie. T’as cette situation couchée sur papier et tu travailles avec deux ou trois autres gars qui vivent la même chose, mais de façon légèrement différente, et tout d’un coup, ton public sera d’autant plus large.”

“Tu ne te rends pas compte de toutes les possibilités d’amélioration tant que tu n’écris pas avec quelqu’un d’autre qui fait ça depuis plus longtemps”, admet-il. “T’écris avec cette personne et tu réalises ‘Man! J’aurais jamais pensé à le dire de cette façon!’ Tu n’aurais pas pensé à utiliser telle structure d’accords ou telle tournure de phrase. Ça fait vraiment passer ton écriture à un autre niveau.”

 



Medium Plaisir, le premier album de l’auteure-compositrice et guitariste de Québec, arrive finalement à nos oreilles après un long parcours formateur dans différents concours : Petite-Vallée, Cabaret Festif! de la Relève, Festival international en chanson de Granby, finaliste (3e position) aux 24e Francouvertes remportées en 2020 par Valence, entre autres.

Ariane Roy« C’est une opportunité, les concours, mais c’est insidieux des fois, ça joue avec ton égo et ta confiance, par exemple aux Francouvertes où il y a des juges devant toi qui prennent des notes. C’est dur et c’est un test d’humilité ».

À l’écoute des douze nouvelles chansons de la musicienne de 24 ans, ce disque singulier est une énorme bouffée d’oxygène, une incarnation de la pureté pop face à laquelle on ne peut que s’incliner. Révélation Radio-Canada chanson 2021-2022, sélectionné dans La bande des six 2021 de la SOCAN et finaliste au prix Chanson de la SOCAN (Ta Main) l’année dernière, gagnante du Prix Slaight Music 2021 soulignant la relève des auteurs-compositeurs canadiens remis par le Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens pour sa chanson Ta main, on peut affirmer que le décollage de la fusée Ariane est bien amorcé. La Maison Fauve l’a prise sous son aile et s’occupe de sa gérance.

« En m’impliquant dans la coréalisation (avec le guitariste Dominique Plante), j’ai beaucoup appris et cheminé dans mon parcours. Et humainement, d’être confronté à mes limites et à lâcher prise sur certains aspects, c’est encore un travail ‘’in progress’’.  Se concentrer sur la bonne affaire, ne pas se poser continuellement des questions, des fois on a des œillères, on devient obnubilé par ce qu’on est en train de faire, un moment donné ça devient un peu aliénant et ça nous éloigne du but créatif ».

Alexandre Martel (Anatole, Mauves), qui a coréalisé Darlène d’Hubert Lenoir, est venu prodiguer ses conseils en fin de processus. « Il a mis le doigt sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Est-ce que la chanson est encore bonne, est-ce que c’est moi qui ne suis plus capable de l’entendre ? Ces chansons posent un regard extrême sur moi. J’ai commencé à les écrire au début de la pandémie et parce qu’il ne se passait tellement pas grand-chose autour de moi, j’ai été contrainte à puiser au fond de ma personne afin d’exprimer des choses urgentes. Mais il y a des passages qui ont été inventés de toute pièce et baignent dans la fiction. Les choses sont ainsi magnifiées parce qu’un moment donné ma vie n’est pas si intéressante pour que ce soit forcément un reflet de mon journal intime ».

« Ça peut être confrontant faire un album. On a enregistré pendant tout l’été dernier au studio Le Nid à St-Adrien et on a peaufiné tout l’automne les maquettes de chansons chez Dominique. On s’est tellement posé de questions. On a voulu virer les chansons de bord, en abandonner quelques-unes pour en composer d’autres, c’était assez intense durant cinq jours. Mais j’ai aimé ça ! »

Ariane Roy propose une palette musicale étonnante. Medium Plaisir est un album dont la profondeur ne s’étiole pas au fil des écoutes. C’est concocté avec méticulosité. Avec cette suite à son EP Avalanche, le modus operandi est souvent le même : cela commence en douceur, l’orchestration se fait sentir à mi-parcours et ça se conclue avec beaucoup d’amplitude sonore, de choeurs satinés avec des mélodies qui co-existent avec les cascades affolées des guitares. « On s’est vraiment amusé, assure-t-elle. C’est mon dada de lancer quelque chose de petit et d’ajouter des sonorités, de construire. »

Leur péché mignon, c’est les harmonies vocales, les chœurs, et le tandem ne se prive pas de le faire savoir. « Ça occupe une grande place dans mon projet musical. J’ai toujours été attirée par ça. Ça explique la présence de Lou-Adriane Cassidy et Odile Marmet-Rochefort ».

Ariane Roy a le culot de sa jeunesse, outillée pour élaborer des pièces au pouvoir hypnotisant ou des balades évanescentes en lâchant quelques notes fragiles comme en témoignent Automne, Miracle et Ce n’est pas de la chance, par l’argumentation chatoyante de ses riffs, des voix qui grimpent haut vers le ciel, pendant que derrière, on lui sert des accompagnements sur un plateau.

Apprendre encore, la meilleure chanson de Medium Plaisir à notre avis, vous accroche tout de suite avec ses notes de piano et pourrait trouver son chemin jusqu’au grand écran : « On a passé trois jours à la peaufiner. En retournant chez moi le soir, je me suis bu une coupe de vin en me disant qu’est-ce que je vais écrire sur cette musique ? Pour moi c’est une chanson de colère dans l’affirmation. Il y a comme une autodérision et une humilité : voici ce que je suis. Ça parle de cheminement et d’apprentissage et ça trahit mon âge ».