Pour Tommy Genesis, être une artiste ne se limite pas au fait d’être une rappeuse. Née à Vancouver, cette étoile montante est également artiste visuelle, mannequin et elle a étudié le cinéma et la sculpture à l’Emily Carr University of Art and Design. Comme elle le clame sur son défiant simple « Execute », elle est porteuse d’une vision qu’elle souhaite réaliser, et elle le fera à sa manière et peu importe le médium.

Genesis poursuit son ascension de plus belle depuis qu’elle a attiré l’attention du fondateur de Awful Records et rappeur Father. En 2016, elle lançait un premier album, World Vision, où elle présentait des pièces crues et intenses de ce qu’elle appelle du « rap fétiche ». Sa musique est résolument hip-hop, mais elle contient beaucoup d’éléments de production électronique qui ouvrent grand la porte aux comparaisons avec une de ses influences : Grimes. Genesis est frondeuse et sûre d’elle, elle n’a pas peur d’écrire des rimes hyper sexualisées qui célèbrent la féminité tout en rejetant les normes traditionnelles qui la définissent.

Puis, en 2016, elle a été sélectionnée parmi les 29 acteurs, musiciens, athlètes et mannequins qui figuraient dans la campagne publicitaire d’automne de Calvin Klein, en compagnie de Young Thug, Zoe Kravitz et Frank Ocean. Le monde de la mode l’a également rapprochée d’une autre musicienne importante : M.I.A.. Elles étaient toutes deux en vedette dans un film mode de Mercedes-Benz plus tôt cette année, ce qui lui a valu d’être invitée à donner une prestation au Meltdown Festival de Londres. D’aucuns ont commencé à l’appeler la protégée de M.I.A., mais elle avait déjà accompli une bonne partie du travail pour bâtir sa propre réputation.

Désormais sous contrat chez Downtown Records/Interscope, Genesistravaille actuellement sur un nouvel album dont elle réalisera par ailleurs le vidéoclip du premier simple. Une corde de plus à son arc !



Quand la pianiste ottavienne Christina Petrowska-Quilico n’avait que 10 ans, elle a interprété le concerto en ré majeur de Joseph Haydn avec l’orchestre du conservatoire de Toronto — et complètement renversé l’auditoire. À peine adolescente, le New York Times qualifiait sont talent de prométhéen, phénoménal, et décrivait son « étourdissante virtuosité » et son « exécution parfaite ».

Quilico est ensuite devenue l’adulte incroyablement talentueuse que l’on imagine lorsqu’on écoute un enfant prodige. Depuis bientôt six décennies de carrière, les éloges et les récompenses — notamment quatre nominations aux JUNOs — ont continué d’affluer pour son interprétation d’un riche répertoire de musique solo, orchestrale et de chambre sur quatre continents.

La musique de Quilico voyage dans l’espace
En 2006, son immense talent a dépassé toutes les frontières. L’un de sa cinquantaine d’albums, un enregistrement d’un concerto pour piano composé spécifiquement pour elle par David Mott a connu une première spatiale lorsque l’astronaute Steve MacLean l’a emmené avec lui sur la navette spatiale Atlantis. C’était ainsi le premier CD à transporter de la musique humaine aux cieux. Lorsque Quilico, qui est également professeure de piano et de musicologie à la York University, est entrée dans sa salle de classe ce matin-là, « tous les étudiants se sont mis à applaudir », se souvient-elle. « Je leur ai demandé ce que j’avais fait, et ils m’ont répondu “vous n’avez pas vu les journaux ?”  Je ne savais même pas. C’était très excitant. »

Aujourd’hui, ce qui est excitant, c’est l’anticipation de son interprétation d’un concerto de Claude Champagne en tant que soliste avec l’orchestre symphonique de Toronto et le maestro Victor Feldbrill, les 21 et 22 octobre prochains au Roy Thomson Hall. Feldbrill, qui est le curateur du programme de la soirée intitulée With Glowing Hearts, explore la riche histoire des compositeurs canadiens de musique classique.

« Le concerto que j’interprète a été composé en 1948 et il est simplement merveilleux », se réjouit Quilico, qui a interprété plus de 35 concertos. « J’ai l’occasion de jouer des passages impressionnants, d’autres plus romantiques ; c’est bien de pouvoir jouer de la musique qui est un reflet de la musique canadienne de cette époque. J’aime toutes les musiques, mais j’aime vraiment jouer des concertos. Je suis vraiment transportée lorsque je joue avec un orchestre. »

Ces concerts sont également l’occasion de la réunion de deux des plus respectés porte-étendards des compositeurs canadiens contemporains : Feldbrill et Quilico. Cette dernière a présenté en première plus de 150 œuvres contemporaines, notamment des œuvres de membres SOCAN renommés comme Violet Archer et John Weinzweig. Son dévouement lui a valu le Prix Amis de la musique canadienne présenté par le Centre de musique canadienne (CMC) et la Ligue canadienne des compositeurs (LCC). Puis, en 2010, elle était désignée co-lauréate du tout premier Harry Freedman Recording Award en compagnie de la compositrice Constantine Caravassilis. « Je veux soutenir la musique canadienne parce que nous avons tant de compositeurs magnifiques qui sombrent dans l’oubli », explique celle qui est saluée pour sa capacité à interpréter avec virtuosité les compositions contemporaines parfois difficiles.

« Je veux soutenir la musique canadienne parce que nous avons tant de compositeurs magnifiques. »

À leur tour, les compositeurs canadiens sont si reconaissants qu’elle interprète et fasse connaître leurs œuvres que plusieurs d’entre eux, comme les membres SOCAN David Mott, Larysa Kuzmenko, Steven Gellman et Heather Schmidt, entre autres, écrivent des pièces spécialement pour Quilico. La regrettée Ann Southam, reconnue pour son style minimaliste, avait une profonde confiance en Quilico pour faire justice à ses œuvres. « Il fallait vraiment que je me batte pour jouer sa musique, car dans le domaine de la musique, il y a bel et bien un phénomène de “saveur du mois”, et dans les années 80, cette saveur n’était pas minimaliste », raconte la pianiste. Elles ont collaboré une première fois en 1982 lorsque Southam a demandé à Petrowska Quilico d’enregistrer un démo de sa pièce Rivers. « Je trouvais sa pièce particulièrement lente », se souvient Quilico. « Je devais être enceinte de 7 ou 8 mois à ce moment, et je me suis dit qu’elle ne crierait pas sur une femme enceinte. Je lui ai téléphoné et je lui ai dit “tu sais, j’ai changé pas mal de trucs.” Elle m’a dit “Eh ! bien, fais-moi entendre ça.” Elle a adoré, et elle m’a dit “tu peux faire ce que bon te semble avec ma musique”. »

C’était le début d’une amitié et d’une collaboration professionnelle qui durerait 30 ans. Quilico lancera d’ailleurs un album des premières œuvres de Southam en 2018. On retrouvera quelques belles surprises sur cet album qui est un bel exemple de son immense créativité », confie Quilico dont l’horaire — partagé entre l’enseignement, les prestations et les enregistrements — est de toute évidence surchargé.

En septembre 2017, Quilico avait déjà donné une demi-douzaine de concerts durant l’année, notamment un récital mettant en vedette les œuvres pour piano solo de son regretté mari, Michel-Georges Brégent, dans le cadre des célébrations du 50e anniversaire de la Société de musique contemporaine du Québec, à Montréal. Elle a également lancé Worlds Apart, un album double célébrant les compositeurs canadiens. Plus tard cette année, le 28 novembre 2017, elle donnera un concert intitulé Global Sirens mettant en vedette des œuvres solo de compositrices dans le cadre de la série Groundswell, à Winnipeg. Elle collabore également avec David Jaeger afin de mettre en musique une sélection de poèmes qu’elle a écrits dans sa jeunesse.

Comme si être une jeune prodige du piano n’était pas assez, elle était également poétesse, et certains de ses écrits ont été publiés dans le New York Times. « J’ai parlé avec l’un des éditeurs et il m’a dit “Tu dois te décider ; j ’aime ta plume, mais si tu choisis d’écrire, tu ne peux pas être une pianiste de concert aussi” », se souvient-elle.

Heureusement pour les compositeurs canadiens et la musique classique, Quilico a choisi le métier de pianiste de concert. « Jouer était tellement facile pour moi, alors je me suis laissée porter par ça », dit-elle. La musique, c’est des sons et des émotions et elle n’a aucune limite. Elle change constamment. C’est ce que j’aime. C’est comme une aventure. »



hard logo« L’explosion des nouveaux médias partout dans le monde — pensez à Netflix — a entraîné un changement profond et une croissance importante de l’industrie de la musique de production au cours des cinq dernières années. »

C’est ce qu’affirme Ross Hardy, un compositeur, ex-employé de la SOCAN et éditeur de musique qui a fondé, en juin 2013, et dirige le catalogue et label de musique de production hard.

« Il y a 10 ou 15 ans, vous auriez sans doute eu à éplucher 5000 ‘tracks’ avant d’en trouver une avec une voix », explique Hardy. « De nos jours, les entreprises et labels de musique de production comme la nôtre représentent des opportunités très concrètes et intéressantes pour les compositeurs et les auteurs. Il existe de nouveaux modèles dans le monde de la musique de production qui sont au services des artistes pratiquement comme une équipe de gérance ou d’A&R. La musique de production est en train de devenir le nouveau modèle de maison de disque. »

« Dans les faits, une compagnie de musique de production est à la fois une maison de disque et un éditeur, et c’est ce qui la rend si efficace. Cela permet d’optimiser le processus d’octroi de licence pour le cinéma, la télévision et les autres médias en plus de nous permettre de garder le contrôle sur les bandes maîtresses et les droits d’auteur. Les compilations par thèmes que nous produisons ne sont en rien différentes de n’importe quel autre album. La principale différence est que les médias sont notre principal canal de distribution, et non pas l’industrie de la musique comme telle. »

CraigMcConnell

CraigMcConnell of/de hard

Voilà une bonne nouvelle pour les # CompositeursÀL’affiche de la SOCAN ainsi que tous les autres créateurs qui cherchent à diversifier leurs sources de revenus et leurs avenues créatives.

D’une certaine manière, l’actuelle vitalité de l’industrie de la musique de production est le côté positif de la crise qu’ont traversée bon nombre de compositeurs à l’écran. « Il y a 5 ou 6 ans, alors que je faisais beaucoup de travail pour des émissions de téléréalité et de divertissement, j’ai commencé à remarquer que je voyais de plus en plus de « cues » provenant de catalogues de musique de production, et j’ai commencé à recevoir de moins en moins d’appels de mes clients », explique le partenaire et président de hard, Craig McConnell, un vétéran de la composition à l’écran, producteur de disques et auteur-compositeur membre du conseil d’administration de la Guilde des compositeurs canadiens de musique à l’image (SCGC). « J’avais donc une nouvelle source de concurrence en tant que compositeur : j’ai décidé de mettre sur pied mon propre catalogue de musique de production. C’était très naïf, car je n’avais aucune idée de ce que ça impliquait. »

Tout s’est mis en place lorsqu’un ami commun lui a présenté Hardy, qui travaillait chez l’éditeur ole à la mise sur pied d’un premier catalogue de musique de production, MusicBox. Lorsque Hardy a quitté ole — ou comme il le dit lui-même, l’« université ole » en raison de tout ce qu’il a appris sur l’industrie de l’édition musicale —, il a décidé de fonder un label. Il a été compositeur pour tant de labels au fil des ans qu’il avait accumulé un immense catalogue de musique, en plus d’apprendre une vaste quantité de choses d’une valeur inestimable sur l’industrie. L’un des premiers appels qu’il a faits fut à McConnell. En une seule année, hard a publié 12 compilations de musique de production et était distribué dans quatre territoires majeurs.

Le nouveau accord entre hard et APM
« Lorsque nous avons commencé à parler aux gens [de l’écurie 100 % canadienne de hard], ç’a suscité beaucoup d’intérêt. C’est là qu’APM Music est entré en scène a dit ‘Nous contrôlons les parts de marché au Canada et nous n’avons pas beaucoup de musique canadienne ! »  explique Hardy au sujet d’APM — une entreprise mondiale de musique de production et de musique sur commande établie à Hollywood — et de l’entente qu’il a récemment signée afin d’inclure le répertoire de hard au catalogue d’APM. « Le fait que nous proposons des contenus 100 pour cent Canadiens plaît au marché mondial’, poursuit-il. ‘Par ailleurs, ça nous a toujours agacés, Craig et moi, que la majorité des pièces contenues dans les catalogues de musique de production utilisés au Canada, même aux plus hauts niveaux, viennent majoritairement de compositeurs hors du Canada. »

« Trois ans plus tard, nous en serons bientôt à près de 50 albums et une écurie de près de 50 artistes et compositeurs, tous Canadiens », dit fièrement Hardy.

Et même si la majorité de ses artistes sont bien établis — on y compte pas moins de six lauréats d’un prix JUNO —, la porte de hard est toute grande ouverte aux talents émergents. « Nous sommes de plus en plus un label fondé sur ses artistes et qui soutient les talents émergents », affirme Hardy. « Nous sommes à la fois une maison de disque et un éditeur de musique. Nous sommes fiers du fait que nous offrons aux artistes une visibilité dans le marché qu’ils n’auraient pas eu autrement. Leurs produits peuvent profiter d’une distribution dans plus de 80 pays à travers le monde et de placements média auxquels ils ne pouvaient que rêver, auparavant. Nous disons à tous nos artistes : ‘nous n’allons pas te catégoriser. Fais ce que tu fais le mieux ! Tu as carte blanche. »

Il y a tout de même quelques paramètres plus techniques qui doivent être respectés. Pour travailler avec hard en tant qu’artiste, vous devez avoir la capacité de produire, d’enregistrer et de mixer vous-même vos créations. « C’était presque impensable il a à peine 20 ans, mais plus maintenant », explique McConnell. « Prenez un mec comme Skrillex. Il enregistre ses albums sur un ordinateur portable assis dans son bus de tournée. Il y a plein de gens comme lui maintenant, et pas juste dans le domaine de la musique électronique, des gens qui possèdent l’expertise technique, à l’aide de leur seul ordinateur, pour produire des enregistrements de classe mondiale. Ce sont ces gens avec qui nous voulons travailler. »