Pour une troisième année consécutive, voici nos cinq étoiles montantes R&B et soul québécoises à surveiller dans les prochains mois.

 

Gäelle

Gäelle avait six ans quand elle a su qu’elle allait faire de la musique dans sa vie. «Je regardais High School Musical ans le salon avec mon frère… et j’ai su tout de suite que c’était ça, ma vie.»

Née à Ottawa, la chanteuse gatino-montréalaise aux origines libanaises a été exposée dans sa jeunesse à la musique arabe traditionnelle, mais aussi au rock classique des années 70, un genre musical qu’aimait tout particulièrement sa mère. «Mes premières inspirations, c’est The Who, Led Zep, les Stones… Puis, à un moment donné, je me suis mise à creuser les inspirations de ces groupes-là. C’est là que j’ai découvert le blues, le jazz et toute la musique des années 50-60.»

C’est durant ses études en musique au cégep qu’elle découvre le R&B actuel. «Ma prof de chant me faisait faire de l’exploration et je me rappelle parfaitement le moment précis où elle m’a fait entendre Dangerous Woman d’Ariana Grande. Et y’a une note qu’elle atteint à la toute fin de la chanson qui est vraiment aiguë. J’ai essayé de la faire et j’y arrivais pas… Faut savoir que j’ai, depuis que je suis petite, l’envie d’exceller, d’être la meilleure que je peux être, donc d’entendre cette note-là, ça m’a poussée à évoluer comme chanteuse», raconte la chanteuse née en 2000, qui voue également une grande admiration à des chanteuses pop comme Mariah Carey et Whitney Houston, mais aussi à de grandes dames de la soul et du jazz comme Aretha Franklin et Etta James.

Après une expérience en demi-teinte à Star Académie en 2022, l’artiste lance ses premières chansons l’année suivante ainsi qu’un premier minialbum, All The Things I Can’t Say, en 2025. Un deuxième projet paraîtra cet automne. «C’est un EP dans lequel je veux montrer qu’on peut être à la fois une femme extrêmement forte et extrêmement sensible. Je veux montrer qu’une femme peut être de multiples choses, qu’elle peut être aussi épanouie dans sa sexualité et à d’autres moments plus pudique. Tout peut coexister.»

 

Irdens Exantus

Irdens Exantus a grandi avec un frère qui rappe, une mère choriste et un père qui dirige des chorales. Avant même d’envisager une carrière de comédien–carrière qui va d’ailleurs plutôt bien ces temps-ci, entre autres grâce à son rôle dans Antigang–, l’artiste montréalais originaire de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville jouait du piano et du saxophone. «Le gospel a été ma base musicale, mais ce qui m’a fait vibrer à l’adolescence, c’est le rap français, en particulier le rap conscient», explique le chanteur né en 1994, citant entre autres Youssoupha.

«Le chant est arrivé bien plus tard. J’avais suivi des cours à l’église plus jeune, mais je pense que je n’étais pas capable d’assumer ma voix. C’est ma sœur qui a fini par me dire: ‘’Chante pour vrai!’’. C’est là que j’ai pris confiance, vers 2017-2018», raconte celui qui cite comme modèles Drake et Bryson Tiller.

C’est en 2021 qu’Irdens Exantus prend son envol comme acteur. Diplômé de l’École nationale de théâtre, il profite des offres de jeu qu’il reçoit (Larry, Fragments, Les armes), mais garde toujours la musique en tête. «En ce moment, j’essaie vraiment de faire les deux. Et les deux métiers se nourrissent. L’acting, par exemple, influence beaucoup l’interprétation sur scène. C’est d’ailleurs Sébastien Ricard (NDLR : comédien, mais également rappeur au sein de Loco Locass) qui m’a fait comprendre que je n’avais pas à faire de choix entre les deux. C’est ce qui m’a ensuite amené à faire les Francouvertes.»

Finaliste pour la 30e édition du concours-vitrine par excellence de la scène québécoise, Irdens a terminé le concours en deuxième position. D’ici la fin 2026, il compte faire paraître plusieurs chansons sur les plateformes, en plus de continuer à plancher sur un premier album.

 

Naïma Frank

C’est grâce à sa sœur aînée (Shah Frank, gagnante du plus récent Félix dans la catégorie Album de l’année R&B/soul au gala de l’ADISQ que Naïma Frank a commencé à s’intéresser au R&B. Petites, les deux sœurs vivaient leurs années MusiquePlus en découvrant la musique de Destiny’s Child, Missy Elliott, Aaliyah et Christina Aguilera. «Leurs chansons, ce sont les premières que j’ai apprises par cœur.»

Mais l’artiste née en 1994 a mis du temps avant de donner une vraie chance à sa voix. La bachelière en communication a en fait attendu jusqu’au milieu de sa vingtaine, juste avant le début de la pandémie. «J’avais aucun background, aucune notion théorique en musique. Mais je savais que je voulais faire ça. J’ai donc commencé à travailler derrière la caméra en me disant que ça allait être l’endroit parfait pour rencontrer des artistes. Mais je dois le dire: j’étais gênée de m’assumer. J’avais peur qu’on me juge!»

L’artiste montréalaise originaire du quartier Côte-des-Neiges part donc habiter en France pour donner une première impulsion à sa carrière de rêve. C’est là qu’elle se fait les dents, en accumulant les présences à des soirées micro ouvert. Elle rencontre alors quelques artistes de la scène, entre autres le Parisien Damys, qui a depuis fait sa marque au populaire télé-crochet Nouvelle école. «Et à force de rencontrer des rappeurs français, j’ai choisi de délaisser l’anglais et de me concentrer à écrire uniquement en français. D’un seul coup, j’étais beaucoup plus fière de ce que j’écrivais.’’

Trois ans après une première collection de chansons (Petite fille devient grande), Naïma Frank dévoilait plus tôt cette année un premier album complet, 18 ans et +. «C’est l’album de mes 30 ans, donc je voulais que ce soit une photo de ma vingtaine. Un peu comme l’a fait Adele avec ses albums 19, 21 et 25. Dans ta vingtaine, tu testes tes limites, tu vas dans l’excès. Et je trouve que l’album représente bien l’énergie de cette période’’, explique l’artiste qui sera aux Francos de Montréal le 17 juin prochain.

St-Prince

St-Prince avait 11 ans quand son oncle l’a initié au logiciel de production musicale FL Studio. «La première fois que je l’ai vu manipuler le logiciel, j’me suis dit: ‘’Mais comment les gens font pour toujours avoir de l’inspiration pour créer de la nouvelle musique?’’ Dans ma tête, tout avait déjà été fait. Ça m’a pris du temps à comprendre que la création, c’était illimité.»

Après s’être fait la main sur FL Studio en créant des rythmiques électro élémentaires, l’artiste originaire de Neufchâtel, à Québec, se fait emporter par la vague SoundCloud rap de la deuxième moitié des années 2010–vague reconnue pour son approche très brute de l’enregistrement et du mixage ainsi que pour ses mélanges entre trap, emo et rock. «C’est là que je me suis dit : ‘’OK, c’est faisable… je peux faire ce genre de chansons-là.’’ J’ai commencé à mixer sur YouTube, j’ai pris mon micro tout dégueulasse et j’ai enregistré une chanson qui a fait le tour de mon école et de mes cercles d’amis. J’étais devenu comme ‘’l’artiste de l’école’’», raconte-t-il, le sourire dans la voix.

Désirant collaborer avec d’autres artistes de Québec, il forme le groupe anglophone SOS LUV à la fin de l’adolescence. Le trio donne quelques spectacles à l’époque et assure notamment la première partie de Dead Obies. La pandémie de COVID-19 vient toutefois briser l’élan du groupe, qui se dissout peu après. «J’ai commencé ma carrière solo à partir de là. J’avais beaucoup de temps, donc j’ai retravaillé ma sauce, et j’ai commencé un projet en français. Mes textes sont plus personnels, plus adultes», explique le chanteur et comédien vietnamo-québécois, qui se dit principalement inspiré par Drake et Hamza.

Il fera paraître, ce 15 mai , un premier minialbum, rien de saint, sous l’étiquette hip-hop réputée Disques 7ième Ciel (Koriass, FouKi, Souldia).

Jules

Jules a vécu un «wake-up call» au cégep, alors qu’il étudiait en psychologie. «Je me suis dit: ‘’Si t’essaies pas, tu le sauras jamais. Tu vas être pris avec tes regrets à 50 ans…’’»

En amour avec la scène depuis son passage à Secondaire en spectacle quelques années auparavant, le chanteur montréalais originaire du quartier Pointe-aux-Trembles amorce des études en musique. S’ensuit une période d’apprentissage faste, où il découvre entre autres toute la richesse des musiques noires américaines. Un groupe en particulier l’interpelle: Hiatus Kaiyote, groupe néo-soul australien qui connaît un beau succès depuis les années 2010. «La première fois que j’ai entendu ça, je croyais que mon cerveau allait exploser. Ça m’a tellement fait trippé! Y’avait du génie musical, mais aussi du groove, de la musicalité. Ils m’ont inspiré énormément à mes débuts. Une vraie épiphanie!»

Jules développe ses aptitudes au clavier, et se produit sur scène à toutes les occasions possibles, notamment en courant les concours et les festivals. En 2018 et 2022, il entre dans les grandes ligues en participant à La Voix et Star Académie. «Je t’avouerais que le meilleur tremplin que j’ai eu en faisant ces émissions-là, c’est d’être en contact avec des gens de l’industrie. J’ai tellement rencontré de belles personnes que je recroise maintenant partout, que ce soit des producteurs, des metteurs en scène, des techniciens… C’est la plus belle richesse.»

Après avoir dévoilé un premier minialbum, Pour tout vous dire, qui a été nommé au Gala de l’ADISQ en 2024, l’artiste de 27 ans signé avec Maison Kanda (étiquette cofondée par Corneille) proposera le 14 mai prochain un projet plus intime, intitulé Oublier hier. «Mon défi pour cet album-là, ça a été un défi de pudeur, de transparence. Je voulais me permettre de vivre plus mes émotions, sans toutes vouloir les garder pour moi. Je crois avoir relevé mon défi.»