De temps en temps, chaque nouvelle génération contribue à créer, consommer et informer la culture populaire. Mais quand il est question des médias sociaux, il n’y a aucun doute que la génération Z est dominante. À 17 ans, l’auteure-compositrice-interprète Jade LeMac est l’une des voix les plus rafraîchissantes de TikTok et elle utilise cette plateforme pour mettre sa musique en valeur et normaliser les conversations sur la sexualité.

L’artiste vancouvéroise a capté l’attention d’un million d’abonnés sur cette plateforme grâce au lancement de « Constellations » au début du mois d’août 2021. Sa chanson est également devenue virale sur Spotify où elle a accumulé plus d’un million d’écoutes en moins d’un mois. Ce n’était toutefois pas une première pour elle puisqu’elle a déjà collaboré avec le producteur EDM hollandais Dion Timmer pour la chanson « The Right Type » en 2018.

Et bien que son succès sur les réseaux sociaux ait lancé sa carrière musicale, rien de tout ça n’était planifié. Comme la plupart des gens sur TikTok, elle ne faisait que s’amuser et communiquer avec d’autres gens durant la pandémie.

« Croyez-le ou non, j’ai commencé ça à la blague », explique-t-elle. « Mais c’était vraiment cool et j’ai commencé à avoir de plus en plus d’abonnés dès le départ. Ce n’était pas pour la musique au début, mais j’ai vite réalisé que TikTok est un excellent moyen de se bâtir un auditoire de fans que tu peux convertir en carrière musicale. »

Comme elle l’explique, tout a commencé avec une pièce basée sur « Stay », une ballade piano-voix de Rihanna. « J’ai écrit un nouveau texte, en fait, et c’est là que j’ai réalisé que je pouvais vraiment écrire des chansons au piano », dit-elle. Elle cite également Shawn Mendes parmi ses influences, lui dont la carrière a pris son envol sur Vine, une plateforme sociale qui n’existe déjà plus.

Comme bien des jeunes adultes, LeMac est en pleine période de découverte d’elle-même, comme en témoignent certaines de ses publications sur TikTok où elle blague au sujet de sa sexualité. « je me souviens quand j’étais plus jeune et que je cherchais quelqu’un qui pourrait m’aider à me comprendre moi-même », dit-elle.

Jade LeMac essaie de ne pas se soucier des commentaires négatifs, mais c’est plutôt difficile de les ignorer tous. « J’ai reçu des commentaires homophobes et c’est très désagréable », confie-t-elle. Mais à l’inverse, cela lui a également permis d’encourager ses fans à être plus ouverts. « Plein de gens m’ont écrit pour me dire que je les ai beaucoup aidés à faire leur “coming out” à leurs parents. C’est vraiment un beau feeling », dit-elle.

Sans perdre un seul instant, LeMac est déjà en train de travailler sur son prochain projet, un EP en collaboration avec le producteur finaliste au JUNOs Jason Van Poederooyen, alias JVP. LeMac est pleine d’espoir pour l’avenir et un de ses projets est le placement de ses chansons dans une série télévisée de fiction médicale. À suivre…



Comme deux ados, Jonathan Dauphinais et Steve Dumas peuvent passer des heures à discuter de la musique des années 1990 et à s’imaginer – exemple parmi tant d’autres – ce que Weezer serait devenu si la bassiste Matt Sharp n’avait pas quitté le groupe en février 1998.

Jonathan sourit, puis s’adresse à son ami: « Tu te souviens-tu, quand on est allé parler à Matt Sharp après le show des Rentals ? » C’était en mai 2015, au Théâtre Fairmount, à Montréal. « Tu lui avais dit, en parlant de moi, quelque chose comme : « This guy, he’s one of the best bass player in North America. » J’étais tellement gêné. »

À l’évidence, malgré la prospérité de leur carrière respective, Steve Dumas (généralement connu sous son seul patronyme) et Jonathan Dauphinais (qui a collaboré avec Beast, Ariane Moffatt, Milk & Bone, et qui crée de la musique électro sous le pseudo Hoodies at Night) sont d’abord et avant tout des mélomanes.

AXLAUSTADEC’est dans cet esprit qu’ils devaient se rendre pour les quarante ans de Jo enregistrer au Electric Studio de Chicago, le quartier général de Steve Albini (notamment réalisateur d’In Utero de Nirvana), parmi les plus influents architectes du son des quatre-vingt-dix. Cette authentique légende vivante préconise une vision du travail en studio plutôt radicale, aux antipodes d’un monde où toutes les retouches sont désormais permises, et serait aussi très ouvert à recevoir à peu près qui que ce soit chez lui.

« Si on se partait un band avec un tuba, un trombone et un gars qui danse la claquette, et qu’on était game d’aller recorder là-bas, sur tape, il nous recevrait », explique Jonathan au sujet d’Albini. « Un courriel et tu bookes la session, ce n’est pas dispendieux. Il met sa chienne, il place les micros et il appuie sur record. Il veut juste que les gens fassent le plus de bruit possible et repartent avec la bobine. »

Pendant plusieurs mois, Dumas, Dauphinais et le batteur Francis Mineau (Malajube) préparent donc leur visite en Illinois dans leur local de répétition, où ils improvisent longtemps, pour ensuite ponctionner à ces jams ce qu’ils ont de meilleur, matière première à partir de laquelle ils élaborent le répertoire instrumental qu’ils devaient immortaliser en quelques jours chez Albini, à partir du 19 mars 2020. Une visite qui n’aura jamais lieu, pour les raisons virales que vous savez.

En entendant un enregistrement maison de ces pièces, le cinéaste Louis-Philippe Eno (proche collaborateur de Dumas) convainc le trio d’en faire un album malgré tout, même sans Albini. C’est d’ailleurs une photo signée Eno, prise il y a plus de vingt ans, dans un party à Victoriaville, qui orne la pochette ; celle d’un jeune homme en suspension dans les airs, semblant effectué une drôle de culbute. « Encore à ce jour, on a aucune idée comment il s’est ramassé dans cette position-là », rigole Dumas.

Bien qu’entièrement instrumental, le premier album du supergroupe – « On déteste le terme supergroupe » – répond à une trame narrative précise, l’histoire d’un musicien au sortir de l’adolescence, qui assistera à l’émeute du 8 août 1992 au Stade Olympique, provoquée par la désertion d’Axl Rose. Un événement qui sera en quelque sorte le dernier clou dans le cercueil du hard rock hirsute, qui avait déjà mis un genou au tapis à la suite de l’uppercut de Nervermind de Nirvana.

« Ça raconte un peu notre histoire: un jeune homme qui grandit en région et qui a des passions comme jouer au Nintendo et faire du vélo, jusqu’à ce que la musique entre dans sa vie », explique Francis Mineau, qui signe une série de poèmes allusifs inclus dans la pochette, sorte de version trouée de l’histoire de leur héros grunge.

Bien que le batteur et auteur soit originaire de Saint-Hugues, pas loin de Sorel, ce sont plutôt les Bois-Francs et le Centre-du-Québec qui composent le décor des aventures de leur alter ego (Dauphinais vient de Drummondville et Dumas de Victo). Steve renoue d’ailleurs avec le rôle de simple guitariste au sein d’AXLAUSTADE, poste qu’il occupait au sein de son premier groupe skate punk, The Slug.

« Quand t’es ado et que tu te pars un band, que tu viennes de Saint-Hugues, Victo ou Drummond, tu te dis que l’idéal est ailleurs. Il est à Seattle, Londres, Halifax. Il est partout, sauf là où t’es né », observe Dumas. Leur personnage comprendra peu à peu, comme eux, qu’il n’y a rien de plus puissant que de célébrer là d’où l’on vient. Les poèmes accompagnant AXLAUSTADE sont ainsi bourrés de références à des villages comme Tingwick et Wickham, côtoyant des clins d’œil à des figures marquantes de la décennie d’avant le millénaire. La pièce oui non no? Il s’agit, bien sûr, d’un hommage à Winona Ryder, égérie du film Reality Bites (1994).

Imaginé en partie afin d’offrir une alternative à qui souhaite écouter de la musique instrumentale, mais en se faisant davantage secouer que par un simple piano, AXLAUSTADE est aussi la preuve qu’il est possible de traverser la trentaine sans laisser derrière ni la ferveur de la curiosité musicale qui nous animait à l’adolescence, ni son désir de créer pour créer, pour la beauté du geste et de la camaraderie. AXLAUSTADE est en ce sens tout sauf un projet nostalgique.

« Je pense que c’est un choix qu’il faut que tu fasses. À un moment donné, on a décidé de mettre ces heures-là, même si on a tous des familles », dit Dumas, lui père d’un garçon, alors que ses collègues sont tous les deux pères de trois enfants. « Il faut mettre des heures pour ne pas oublier cette passion-là et pour ne pas oublier ce kid-là qui se trouve en chacun de nous et qui nous drive. »



Il y a un moment durant « Keep the Light On », le nouveau simple de James Baley, où on dirait que les portes du paradis vont s’ouvrir devant nos yeux. Il faut dire que c’est une ballade gospel/R&B, après tout, sauf que Baley n’a pas besoin d’un immense crescendo orchestral pour nous faire sentir ce qu’il ressent. Non. Il a simplement besoin de cinq petites minutes pendant lesquelles nous sommes bercés par sa voix remplie de subtilité, d’émotion et de grâce. C’est un magnifique exemple de ce qui peut arriver quand on laisse une chanson être ce qu’elle est vraiment.

On a eu la chance d’entendre la voix de James Baley sur une grande variété de chanson au cours des dernières années. Il a notamment touché au rock avec July Talk et U.S. Girls, à la musique électronique avec Azari & III et au jazz et R&B plus expérimental avec Badge Époque Ensemble et Zaki Ibrahim. Le temps est maintenant venu de se mettre lui-même à l’avant-plan.

Cet automne, donc, Baley lancera son premier album solo, A Story. C’est une histoire que plusieurs d’entre-nous connaissons, mais que peu de gens ont racontée avec autant d’audace : le désir d’appartenance et de fierté dans la découverte de qui nous sommes vraiment.

Ayant grandi dans une famille qui encourageait le chant, il a découvert très tôt la puissance de sa voix. « Dès que j’ai découvert la musique et que je pouvais créer des sons avec mon corps, j’étais accro », confie Baley. « Mes deux frères et moi sommes chanteurs et ma mère nous a appris à chanter en harmonie. C’était un de ses trucs pour qu’on ne s’épivarde pas trop, surtout à l’église quand elle dirigeait la louange et le culte. Au final, je voyais ça comme un défi très amusant. »

Parmi ses influences, il cite la musique de Motown, le hip-hop et le R&B des années 90 ainsi que des chanteuses comme Tori Amos et Björk. Mais plus que tout, le fil d’Ariane de sa vie musicale est le gospel. Le hic, c’est qu’en tant qu’homme noir et queer, ça n’a pas toujours été facile de faire partie de cette communauté musicale.

« Disons simplement que pendant longtemps, je ne voulais pas être étiqueté gospel », explique-t-il. « Je savais que j’étais gai et je ne voulais pas être « l’artiste gospel gai ». Il y a quelque chose qui cloche dans cette description. Je ne voulais pas me sentir mal dans ma peau à cause des étiquettes qu’on m’imposait. Aujourd’hui, je ne me sens plus comme ça parce que je sais au plus profond de moi tout le bonheur que la musique m’apporte. »

« Le house est comme la musique d’église des pistes de danse »

Cette complexité est magnifiquement illustrée sur « Banishment », un autre extrait de A Story. Cette énergique pièce dance où gospel et house se fusionnent voit Baley s’imaginer être Ève, bannie du jardin d’Eden. Baley explique que la chanson a connu de nombreuses transfigurations au fil des ans, allant d’une ambiance disco « I Feel Love » à une autre plus inspirée par la scène « ballroom » contemporaine.

« J’aime vraiment beaucoup la musique ballroom », avoue-t-il. « Elle prend racine dans le house et le house est comme la musique d’église des pistes de danse et du nightlife », ajoute-t-il. C’est comme ces chansons gospel qu’on entend quand les gens reçoivent l’Esprit saint à l’église. Ils sont pris de convulsions et crient « Alleluia! » Je ressens la même chose quand j’entends du house. »

« Banishment » met en vedette le chanteur invité Twysted Miyake-Mugler, le confondateur du Toronto Kiki Ballroom Alliance où Baley se produit régulièrement. Il avoue que la scène est l’endroit où il donne le meilleur de lui-même et que la communauté « ballroom » a été pour lui un espace de guérison. Comme bien d’autres chansons sur A Story, c’est un hommage aux racines ecclésiastiques de Baley tout en laissant derrière les parties de ce monde dont il n’a plus besoin.

« Ça revient à dire qu’on ne retournera jamais à cet état honteux et craintif dans lequel on se sentait quand on faisait partie de cette communauté qui ont déjà été très bonnes à notre égard, mais qui ont aussi été dangereuses quand on a réalisé qu’on était gais », dit-il. Mon message est tout simple : tu es magnifique, tu es important, tu es beau et tu es bourré de talent. N’ait pas honte de qui tu es. »

Baley et l’Incubateur TD de la Fondation SOCAN

James Baley a été l’un des premiers participants de l’incubateur de créativité entrepreneuriale TD organisé par la Fondation SOCAN. Le programme lancé en 2018 donne un élan aux jeunes créateurs de musique grâce à des bourses, du mentorat et à des webinaires sur la littératie financière, les médias numériques, la gestion, l’édition, et bien d’autres sujets.

« Quand j’ai soumis ma candidature, j’avais vraiment besoin de ça pour aider ma carrière », dit-il. « Une des choses les plus importantes que j’ai retenues de ces webinaires, c’est de ne pas avoir peur de poursuivre notre rêve. Il ne faut pas avoir peur de demander les choses dont on a besoin, parce que si on ne le fait pas, personne ne va le faire pour nous. »

Dans le cadre de ce programme, Baley a été sélectionné pour participer à une résidence co-présentée par le Panthéon des auteurs-compositeurs canadiens où il a eu l’occasion d’écrire avec des auteurs-compositeurs de tout le pays et avec lesquels il est resté en contact. Il n’a que de bons mots pour le programme qui ne se contente pas de « cocher les bonnes cases » et qui offre un cadre naturel et authentique d’apprentissage.

« Je crois que l’Incubateur permet aux artistes qui souhaitent vraiment faire passer leur carrière à un niveau supérieur de le faire pour vrai », dit-il. « Ç’a vraiment été une expérience fantastique. Ils veulent vraiment que les participants réussissent. »

Le 22 octobre, James Baley prendra possession du Great Hall au centre-ville de Toronto avec une exploration multimédia de sa multitude de communautés et de mondes créatifs, et une expérience live conceptuelle avec deux performances, produit par somewherelse.