Il est connu comme le rappeur québécois que toute la France écoute, mais Loud est de toute évidence respecté chez lui également. Cela est devenu encore plus évident cette semaine lorsque sa chanson « 56k » — écrite par Simon Cliche Trudeau (Loud), Jeff Martinez (RealMind) et Marc Vincent (Ruffsound) — a remporté le vote populaire dans le cadre de la 13e édition du Prix de la chanson SOCAN.

La variété était à l’honneur dans le cadre de l’édition 2018 du concours où s’affrontaient de nombreux styles musicaux allant du hip-hop au rock en passant par la pop. Les amateurs de musique ont fait entendre leurs voix en votant pour leur chanson préférée parmi la liste des 10 finalistes, et c’est Loud et ses coauteurs qui ont été sacrés grands gagnants, remportant ainsi une bourse de 10 000 $, un clavier Yamaha PSR-S970 et un chèque cadeau de 500 $ de Long & McQuade.

« C’est un immense plaisir de recevoir le Prix de la chanson SOCAN cette année », a déclaré Loud. « D’autant plus pour cette chanson qui représente un tournant important dans ma carrière et qui a su donner le ton à notre dernière année (record). »

Le Prix de la chanson SOCAN est l’un des rares concours canadiens à récompenser l’excellence en création musicale. Dix chansons exceptionnelles créées par des auteurs-compositeurs en émergence au cours de l’année précédente sont sélectionnées par un panel de 15 experts respectés de l’industrie. Le grand public est ensuite invité à voter quotidiennement pour choisir le gagnant parmi ces finalistes La SOCAN ne joue aucun rôle dans la sélection des finalistes et du gagnant, outre le fait de s’assurer que tous les finalistes sont membres de l’organisation. Un volet anglophone du concours, le SOCAN Songwriting Prize, a également lieu en parallèle.

« 56k est une chanson linguistiquement brillante et incroyablement accrocheuse et nous souhaitons à Simon, Jeff et Marc encore beaucoup de succès dans leur carrière d’auteurs-compositeurs qui promet d’être longue et fructueuse », a déclaré Geneviève Côté, chef des affaires du Québec à la SOCAN. « Bien qu’il ne peut y avoir qu’une seule chanson gagnante, nous sommes ravis de pouvoir faire briller de tous leurs feux et de célébrer certains des meilleurs créateurs de musique au Québec grâce à ce prix »

Les dix chansons finalistes du volet francophone étaient :

  • « La fin du monde » — écrite par Philippe Bouchard et Gabriel Desjardins, interprétée par Philippe Brach et éditée par Éditions Équispec.
  • « Ça va ça va » — écrite par Philémon Cimon et interprétée par Lou-Adriane Cassidy.
  • « Fou » — écrite par Andréanne A. Malette et Manuel Gasse, interprétée par Andréanne A. Malette et éditée par Productions Nia inc. et David Murphy et cie.
  • « Gallaway Road » — écrite et interprétée par Maude Audet et éditée par Éditions Dare to Care.
  • « Au-delà des mots » — écrite par Amélie Beyries et Maxime Côté, interprétée par Beyries et éditée par Beyries Mu Inc. et White Turtle Pubg (David Murphy et cie).
  • « Primitif » — écrite par Émerik St-Cyr Labbé, arrangements par Étienne Dupré, Eliott Bundock Durocher, David Marchand et Mandela Dalgeish Coupal, interprétée par Mon Doux Saigneur et éditée par Éditions Dare to Care.
  • « Petite valise » — écrite et interprétée par Émile Proulx-Cloutier et éditée par Éditions de La Tribu.
  • « Tout ce vacarme » — écrite par Simon BeaudoinChristian DavidAntoine Dumoulin DroletJean-Sébastien HouleDavid Lagacé et Christian Renaud, interprétée par La Famille Ouellette et éditée par 9338-4642 Québec inc. (Disques St-Laurent).
  • « Je cours » — écrite par Félix Dyotte, interprétée par Félix Dyotte et Évelyne Brochu, et éditée par Coyote Records.

Les gagnants du SOCAN Songwriting Prize sont Partner pour leur chanson « Play The Field ».

Les gagnants des précédentes éditions du volet francophone du Prix de la chanson SOCAN : Klô Pelgag et Karl Gagnon — « Les ferrofluides-fleurs » (2017), Laurence Nerbonne — « Rêves d’été » (2016), Antoine Corriveau — « Le Nouveau vocabulaire » (2015), Patrice Michaud — « Mécaniques générales » (2014), Keith Kouna – « Batiscan » (2013), Koriass – « St-Eustache » (2012), Galaxie — « Piste 1 » (2011), Vulgaires Machines — « Parasites » (2010), Bernard Adamus – « La question à 100 piasses » (2009), Karkwa – « Oublie pas » (2008), Tricot Machine — « L’Ours » (2007), Ève Cournoyer — « Tout arrive » (2006).


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ChancesChances c’est Geneviève Toupin (Willows), Chloé Lacasse (gagnante des Francouvertes en 2011) et Vincent Carré (Antoine Gratton, Alex Nevsky, Mountain Daisies, Monsieur Mono). Deux chanteuses-claviéristes et un batteur. Révélés tous les trois sur le disque Lunes de Lacasse, l’aventure a pris une nouvelle tournure avec la création du trio à parts égales: tout le monde s’éclate, explore, fonctionne essentiellement à l’instinct, des mondes sont inventés.

« Le futur, c’est le mélange des cultures, raconte la Manitobaine Toupin depuis Baie-Comeau où Chances joue en première partie d’Alex Nevsky pour les trois dernières dates de sa tournée. Chanter en Ojibwé (sur la chanson Shine), une langue algonquienne que je ne maitrise pas du tout même si je suis métis, c’est dans mon arbre généalogique. D’où je viens, la présence autochtone on la ressent très fortement. À Winnipeg, il y a même des réserves dans la ville. Ce sont mes racines ».

Ce besoin de s’abreuver, cette volonté d’aller de l’avant. Sur les dix titres déployés dans Traveler, la musique est rayonnante, puissante, addictive même.  Comme une bouffée musicale au pouvoir cathartique. Grâce aux harmonies vocales arrangées avec beaucoup de cohérence sur des déferlantes de claviers, l’évasion est métaphysique.

« Chloé et moi on a suivi des cours de chant indiens (chant carnatique), on s’en est inspiré beaucoup »,  raconte Toupin, tandis que Lacasse affirme: « on s’est aperçu que nos voix blendaient rare, c’est un projet de liberté, chanter à plusieurs c’est vraiment l’une des grandes joies de la vie. Mais ça nous prenait d’abord les beats de Vincent pour nous guider. Le cœur de notre musique, c’est le rythme et les harmonies vocales, explique-t-elle. On voulait mélanger le côté très moderne à la Milk and Bone à quelque chose de plus grand que nous ».

Lacasse mesure la portée du sacrifice: « le travail des maquettes en studio m’a beaucoup demandé, des fois tu peux passer des heures à gosser sur des sons. On a mis douze mois pour réaliser le disque et avancer dans le processus de création une chanson à la fois. On a longtemps discuté du projet avant même de s’embarquer dans l’écriture. Pendant deux mois, nos 5 à 7 ont été riches en échanges d’idées.

Composer à trois, ça s’est fait plus naturellement que je ne l’aurais cru. C’est plus long que d’habitude, mais c’est une musique qui demande à être arrangée en studio pour pouvoir savoir ce qu’on va faire après sur scène », poursuit-elle.

Traveler regorge aussi de textes au fort pouvoir d’évocation: « On veut que notre musique donne de la force aux gens malgré le contexte politique actuel qui sévit aux États-Unis, clame Geneviève Toupin. Ça a éveillé notre colère. On vit dans un monde d’images, d’apparence, de popularité… »

Le dispositif de scène est efficace: deux claviers aux extrémités de la scène et le batteur et pourvoyeur de rythmes, Vincent Carré, au milieu. « J’ai personne en avant de moi, explique Vincent Carré qui a joué sur les premiers disques de Chloé Lacasse. Ma batterie est placée là où le chanteur devrait être. Mais je suis très expressif quand je joue et le public aime ça. Je fais des mimiques sans m’en apercevoir… Une chose que j’ai découverte avec Chances, c’est de baisser le volume de mon instrument. On a joué hier à Baie-Comeau (avec Nevsky) dans une salle de 900 places, mais on peut jouer le lendemain dans un café de 30 places à Trois-Pistoles, faut s’adapter ».

« Oui il y a de l’électro et on s’en vient s’amuser.  J’ai fabriqué des beats avec des logiciels qui ont donné le ton à l’exploration. C’est un autre terrain de jeu. Les filles voulaient que ça sonne autrement. Je viens d’une famille de femmes, l’égalité des femmes c’est très important chez nous, je me sens super bien dans l’univers des filles. On a été aspiré par le projet, cette bulle-là, on la vit à fond ».

En spectacle les 30 juin et 1 juillet au M2 du MTelus
dans le cadre du Festival international de Jazz de Montréal


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La dépression fait mal. Elle se tapit. Elle attend. Souvent, elle s’immisce subrepticement et se manifeste dans toute sa noirceur lorsqu’on s’y attend le moins. C’est précisément ce qui s’est produit pour le populaire auteur-compositeur-interprète country canadien Tebey (alias Tebey Ottoh). Bien qu’il ait lutté contre la dépression et l’anxiété d’aussi loin qu’il se souvienne, un de ces épisodes inattendus l’a submergé il y a quelques années et ne voulait plus lâcher prise.

« L’industrie de la musique était en train d’avoir le meilleur de moi », confie Tebey. « C’est une industrie dure et qui use. La quantité de “bullshit” que je devais gérer quotidiennement était phénoménale. Puis, en vieillissant, j’ai parfois moins de tolérance envers la BS. J’ai frappé un mur. Je ne me sentais pas créatif et je n’avais plus envie de créer de la musique. »

Tebey s’est ouvert publiquement au sujet de sa maladie mentale et il a écrit une lettre pour Bell dans le cadre de sa campagne Cause pour la cause. « Je veux être honnête avec les gens », dit-il.

Parfois, la création musicale aide les artistes dans leur guérison. Pas cette fois-ci. Pas pour Tebey, du moins pas initialement. Le soutien de sa femme et une sabbatique avec sa famille durant laquelle ils ont visité l’Asie (Corée du Sud, Thaïlande et Tokyo) ont permis à l’auteur-compositeur le repos nécessaire pour retrouver l’état d’esprit qui allait permettre à sa muse de revenir. Il admet néanmoins qu’il a été privilégié de pouvoir décrocher sans avoir à s’inquiéter de ses finances après le succès de « Somebody Else Will », qu’il a coécrite avec l’artiste country américain Justin Moore et qui a atteint le commet du Billboard en 2017, devenant ainsi son premier numéro en tant qu’auteur-compositeur aux États-Unis.

Nous avons rejoint Tebey à Toronto le jour du lancement de son nouveau EP de six chansons intitulé Love a Girl coréalisé en compagnie de Danick Dupelle (Emerson Drive), son « cocapitaine » qui l’a aidé à sortir des sentiers battus et à orienter ses chansons dans une nouvelle direction. C’est le quatrième enregistrement de Tebey dans la foulée d’une longue période de production d’albums pour d’autres artistes, d’écriture et de coécriture de succès pour une palette d’artistes très diversifiée, de la pop au country, dont notamment One Direction, Cher, Fifth Harmony et Big & Rich.

Le premier extrait de Love a Girl, « Denim on Denim », coécrit en compagnie de la membre SOCAN Kelly Archer et l’auteur-compositeur américain Nathan Spicer, est une pièce aux accents country qui, au moment de notre entrevue, commençait déjà son ascension dans les palmarès. Les cinq autres pièces sont autant d’exemples du talent de Tebey à fusionner pop et country. « Nous avons pris des risques sur ce disque », affirme l’artiste. « Je crois qu’on a réussi. »

« Prenez la pièce titre, “Love a Girl”. Les paroles sont country à 100 %, mais au niveau de la production, on est ailleurs complètement. Je pense que cette pièce est le plus loin dans le royaume de la pop que nous ayons jamais été », affirme Tebey. « Les frontières sont de plus en plus floues particulièrement avec les “fans” de country. Ils écoutent Chris Stapleton et passent sans la moindre hésitation au dernier de Drake ! Je me promène sur les terrains de camping lors de festivals comme Boots and Hearts et j’écoute leurs “playlists”. »

« Who’s Gonna Love You », que Tebey a écrite pour son épouse, est une autre des chansons du disque qui, au moment de notre entrevue, est pressentie pour avoir une belle carrière radiophonique. Des paroles comme celles-ci parleront sans aucun doute aux auditeurs :

I’ve been known to steal a couple of curly fries from her side of the table on a date (Il m’est arrivé de lui voler quelques frites lors d’un rencart)
I’ve been known to flip the finger to the guy driving slow over in the fast lane (J’ai déjà fait un doigt d’honneur au gars qui roulait lentement dans la voie de dépassement)
And when I steal the covers on the bed, or lose a twenty on a stupid bet (Et lorsque je tire toutes les couvertures de mon côté du lit ou perds un vingt dans un pari stupide)
She shakes her head, smiles at me and says, who’s gonna love you if I don’t? (Elle secoue la tête, sourit et me dit, qui va t’aimer si ce n’est pas moi)

« Je parle de toutes les conneries que je fais jour après jour et qui la rendent dingue », confie Tebey. « Je suis convaincu qu’en entendant ces paroles, les gens sourient et se disent “c’est exactement moi ! ». »

Lorsque vient le temps d’écrire des paroles qui collent dans l’esprit des auditeurs, il croit qu’une mélodie mémorable demeure la clé d’une grande chanson. « Ça ne changera jamais », croit Tebey. « La production, ce qui est “hot” en ce moment change constamment, mais une mélodie classique, non… Elles sont éternelles. Pensez à une chanson comme “I Want It That Way” des Backstreet Boys, ou des classiques de Journey. Ce sont des mélodies qui ne se démoderont jamais. Il n’y a rien de mal à utiliser les sons à la mode et les méthodes de production dernier cri pour demeurer à jour, mais la mélodie est reine. »

Tebey admet volontiers être un auteur-compositeur mélodique. Ces dernières lui viennent naturellement, mais également de manière très méticuleuse. « Il faut parfois que j’y travaille longuement afin d’en trouver une », explique-t-il. « Faut dire que je ne me contente pas de demi-mesures. Je me dois d’explorer chaque option d’une mélodie avant de pouvoir me dire “elle ne peut pas être mieux que ça”. C’est un truc que les jeunes auteurs-compositeurs ne font pas. Ils se contentent de demi-mesures sans même s’en rendre compte. Il y a une grosse différence entre une bonne mélodie et une mélodie inoubliable. »

Lorsqu’on lui demande s’il y a des mélodies inoubliables sur son nouvel EP, Tebey éclate de rire et dit « on ne peut pas frapper un coup de circuit à chaque présence au bâton ! »

Les trois conseils de Tebey pour la co-création

  • « Collaborez avec des gens qui n’écrivent pas dans le même style ou le même genre que vous ; la diversité est bénéfique. »
  • « Collaborez avec des gens avec qui vous aimez travailler et écrivez avec des gens qui vous mettent au défi. C’est très important. J’aime travailler avec des gens qui sont de meilleurs auteurs-compositeurs et plus populaires que moi. On peut toujours apprendre. J’apprends sans arrêt. »
  • « Chaque session est différente. Plus on écrit avec quelqu’un, plus on comprend leur processus. Mais il n’a toujours aucune formule magique. Il faut continuer à peaufiner son art et à être 10 % meilleur que les autres en tout temps… C’est mon objectif. »

Lorsqu’il est question de son art, Ashley Gorley, de Nashville, est le héros de Tebey au chapitre de la création musicale, mais c’est Max Martin qui demeure le jalon ultime, celui qui frappe plus de coups de circuit que tout le monde. « C’est le plus grand auteur-compositeur pop de tous les temps. » [Martin est un auteur-compositeur suédois qui a gagné le Prix ASCAP de l’Auteur-compositeur de l’année à 10 reprises, un record, et qui arrive en troisième position derrière Paul McCartney et John Lennon pour le plus grand nombre de Nos 1 dans les palmarès Billboard. Il a écrit ou coécrit des succès pour Taylor Swift, Katy Perry et Pink, pour ne nommer que celles-là.]

Mais peu importe les simples au palmarès et les ventes, pour Tebey, le succès d’une chanson tient de la manière dont elle touche l’auditoire. « C’est lorsque les gens dépensent leur argent durement gagné pour télécharger votre chanson que vous savez que vous les avez touchés », croit-il. « Certains Nos 1 ne touchent pas nécessairement les “fans”, même si ce sont d’immenses succès radio. Je veux écrire des chansons qui touchent les gens. C’est un coup de dés, par contre. On ne sait jamais ce qui va devenir un “hit”. Il n’y a pas de formule magique. Écrivez la meilleure chanson possible et fiez-vous à vos tripes. »

L’autre clé est l’honnêteté. « C’est ce qui est important. En tant qu’auteur, et pour tous les auteurs-compositeurs en devenir qui liront ceci, mon meilleur conseil est de demeurer vous-mêmes. On ne peut pas être quelqu’un d’autre : les meilleurs groupes, artistes, auteurs-compositeurs, etc., font ce qu’ils font le mieux, pas ce que quelqu’un d’autre fait le mieux. »

Outre la création musicale, ce que Tebey fait le mieux, c’est d’aider les autres à affronter leurs démons. Né à Peterborough et désormais établi à Nashville, la vedette country rentrera bientôt chez lui à la fin du mois pour un tournoi de golf caritatif qu’il a mis sur pied l’an dernier et qui devrait amasser environ 25 000 $ pour des projets en santé mentale par le biais de la Fondation Your Family Health Team des Greater Peterborough Health Services. « C’est une cause qui me tient vraiment à cœur », dit-il.


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