Que ce soit dans les chansons contagieuses qu’elle écrit ou dans les vêtements magnifiques qu’elle porte et qui lui ont permis d’orner les pages du magazine ELLE, RALPH ne néglige aucun détail.

À preuve : Flashbacks and Fantasies, le titre accrocheur de son nouveau EP qui paraîtra le 13 novembre. « Toutes les chansons abordent la question de désirer quelque chose qui n’est plus là ou qui n’a jamais été là et je voulais un titre qui unifie ces thèmes », explique RALPH, alias Raffaela Weyman. « Sur “Last Time”, par exemple, j’aborde la question d’une rencontre avec un ex qui se termine par une relation intime, tandis que sur une autre chanson je parle du fait de savoir qu’il y a quelqu’un pour vous quelque part dans le monde, mais vous ne l’avez pas encore trouvé. Je crois qu’il y a un aspect “flashback” et fantasme dans chacune d’elles. »

Il n’y a aucun doute que ses chansons ont un côté confessionnel lorsqu’elle écrit au sujet de l’univers amusant, mais désordonné des relations amoureuses. RALPH affirme que tout ce qu’elle écrit est autobiographique et qu’elle ne se sent pas vulnérable lorsqu’elle partage ses expériences avec des millions d’inconnus.

« Je ne m’en fais pas si les gens savent les tenants et aboutissants de mes relations, mais je fais attention de l’effet qu’une chanson peut avoir sur la personne qui en est le sujet », dit-elle. « J’étais un peu inquiète lorsqu’on a lancé la pièce “Gravity”, je craignais que cet ex serait fâché et m’accuserait de laver mon linge sale en public. » Mais elle s’empresse d’ajouter « lorsque quelqu’un est en relation avec moi, il est important de savoir que les joies et les peines de ma vie finiront par se retrouver dans mes chansons. »

Et les histoires personnelles de RALPH sont très bien accueillies pas ses fans. À ce jour, la chanteuse de 27 ans a cumulé plus de 26 millions d’écoutes sur Spotify, quatre millions sur Apple Music, et ses clips cumulent plus de 1,5 million de visionnements. Elle a joué au Mariposa Folk Festival l’été dernier, a fait une apparition à l’émission eTalk diffusée à l’échelle nationale sur CTV et elle a assuré la première partie de Carly Rae Jepsen durant le volet canadien de sa tournée. Il est évident que ces chiffres impressionnants et son attrait grand public sont en grande partie dus à sa voix aux couleurs soul — elle a une formation classique en chant — et à sa pop bien léchée. Elle préfère d’ailleurs l’étiquette pop que électro pop, bien que les synthés jouent un rôle central dans ses chansons éminemment accrocheuses.

“Les joies et les peines de ma vie finiront par se retrouver dans mes chansons.”

Sur Flashbacks and Fantasies, RALPH veut s’éloigner du stéréotype qui lui collait à la peau, la « chanteuse qui sort des “mid-tempo bangers” en expérimentant avec des trucs que je n’avais essayés auparavant », comme elle l’explique dans ses propres mots. « Là, je propose un morceau R&B très langoureux, un hymne à la Robyn et une pièce dance aux saveurs house. Je déteste l’idée qu’on me trouve prévisible, alors ce nouveau disque sera différent tout en étant de toute évidence un projet de RALPH. »

Même si la musique de RALPH a de toute évidence les planchers de danse dans le collimateur, elle ne se gêne pas pour pimenter sa pop de commentaires sociaux. « Il y a une chanson sur le nouveau EP qui s’intitule “Headphone Season” qui parle des étrangers qui me demandent de leur offrir un sourire ou de sourire plus », raconte-t-elle. « Je déteste ça, c’est comme s’ils pensaient qu’ils peuvent me dire qui faire avec mon visage ou mon corps. D’ailleurs à la fin de la chanson, je dis “j’ai une suggestion : ne dites jamais aux femmes quoi faire avec leurs corps.” »

En août dernier, RALPH a participé à l’organisation d’un concert bénéfice — en plus d’y donner une prestation — pro-choix qui a amassé 17 000 $ pour le Bay Centre for Birth Control du Women’s College Hospital de Toronto et le National Network of Abortion Funds aux États-Unis.

« Je suis constamment inspirée par le nombre grandissant de femmes qui partagent leurs histoires comme celles qui ont été agressées sexuellement au travail », dit-elle. « J’écris des chansons avec des commentaires sociaux parce que je souhaite que la société devienne plus sensibilisée, sensible et respectueuse. »



Par un bel après-midi, Craig Northey (du groupe The Odds) a reçu un message de son vieil ami et collaborateur Bruce McCulloch (The Kids in the Hall et Saturday Night Live). Les deux artistes collaborent depuis 25 ans — à commencer par la trame sonore de Brain Candy des Kids in the Hall — sur de nombreux projets musicaux pour le cinéma et la télévision et McCulloch en avait un nouveau à l’horizon.

Il souhaitait que Northey compose la trame sonore d’une revue comique intitulée TallBoyz que la CBC venait tout juste de signer. Elle met en vedette une distribution de jeunes acteurs multiethniques de la dynamique scène torontoise. À son tour, Northey a immédiatement su qu’il ferait appel à un de ses amis et collaborateurs, le musicien et producteur Chin Injeti. Ils avaient auparavant collaboré avec Colin James à la création de « Get Carried Away » sur son album Fuse (2000).

« Bruce a discuté avec les Boyz au sujet de la musique qu’ils voulaient », raconte Northey depuis sa demeure à Vancouver. « Ils souhaitaient que la musique soit le reflet de Toronto à l’heure actuelle, de sa beauté cosmopolite et de son côté ludique. Quand il m’a expliqué ça, j’ai tout de suite pensé à Chin. J’avais besoin de Chin pour m’aider à réaliser ça. Il est originaire de Toronto et il en connaît le pouls. Il est également un des trésors de la scène hip-hop canadienne et mondiale. Nos méthodes sont différentes et je savais qu’on repousserait nos limites mutuelles. C’est de ça que TallBoyz avait besoin. »

Lorsque Injeti a reçu l’invitation de Northey, il a sauté sur l’opportunité de collaborer de nouveau avec ce dernier. « Craig et moi adorons tous les genres de musique, et je parle d’un amour profond », dit-il. « On est capables des références les plus obscures comme les plus populaires — des Beastie Boys à Masters at Work en passant par The Meters. Nos styles de production différents viennent bonifier le tout. »

Northey abonde dans le même sens. « Je suis un fan de vieux R&B depuis mon enfance, et c’est là que Chin on se rejoint », confie-t-il. « Stax, Bill Withers, Sly & the Family Stone, les JB’s, les Meters. Chin connaît également très bien le rock alternatif du début des années 80. Il m’entraînait dans une direction et je l’entraînais dans une autre. »

Ils ont adopté l’approche exhaustive de Northey lorsqu’il est question de trames sonores et se sont ensuite mis au travail.

« Il faut toujours s’efforcer d’être au service de l’atmosphère. » — Craig Northey au sujet de la création d’une trame sonore

« Généralement, pour la création d’une trame sonore, on a accès aux scènes et ce sont nos muses », explique Northey. « Mais avec Bruce notre méthode de travail commence bien avant le tournage. Je lis les scénarios et j’en discute trop avec lui, et après je bâtis une esthétique et je lui présente des idées de thèmes et de motifs. C’est ce que j’ai fait avec Chin. On composait des trucs pour des scènes imaginaires deux mois avant de voir une seule image. » Quant à Injeti, il s’est servi de sa connaissance intime de la culture riche et diversifiée de la ville pour informer cette trame sonore dès le départ. « Tallboyz était pour moi un terrain connu et les choses me venaient naturellement », explique-t-il.

Deux autres pôles torontois leur ont également servi d’inspiration. « Shad et DJ TLO avaient déjà composé quelques morceaux avec le gars de TallBoyz que l’on va entendre tout au long de la série », explique Northey. « Ce sont d’excellents morceaux qui nous ont servi de point de départ. »

Bien qu’il ait composé la trame sonore du documentaire Highway of Tears (Matt Smiley, 2015), Injeti est heureux que son travail sur TallBoyz lui ait permis de peaufiner encore plus ce volet de son art. « Je suis vraiment choyé d’avoir pu travailler sur un tel projet avec quelqu’un d’aussi incroyable que Craig Northey », confie-t-il. « Il m’a appris à faire confiance à mon instinct d’auteur-compositeur quand j’écris une trame sonore. Le plus gros défi était de créer quelques secondes de sons qui ont le même impact émotif qu’une chanson de deux ou trois minutes. Bruce avait une vision très claire et la direction de Craig était si simple à comprendre que tout a été très facile. »

Bien que la liste des réalisations de Northey soit longue — Corner Gas (série télé, film et série animée), Hiccups, la série Death Comes to Town des Kids in the Hall, les séries Young Drunk Punk et This Blows de la CBC —, il affirme avoir lui aussi trouvé un équilibre plus raffiné entre écriture de chanson et composition à l’image.

« L’écriture de chanson exige de mettre toute son inspiration au travail », affirme Northey. « Il faut trouver une excellente idée et ensuite la transposer en musique. Lorsqu’on compose à l’image, c’est l’image qui est la source d’inspiration. Pour TallBoyz et pratiquement tous les projets dont j’ai composé la trame sonore, il faut tout de même mettre son talent d’auteur-compositeur au travail, car il y a presque toujours des chansons à écrire. C’est très amusant d’écrire des pièces sur mesure dans un genre donné. Ça nous permet d’explorer de nouvelles avenues. On n’est pas un artiste qui lance ses chansons dans l’univers en espérant qu’elles ne seront pas ignorées par le public ou détruites par la critique. On bonifie une scène avec une musique qui bonifie son atmosphère. La récompense, c’est d’apprendre quelque chose de nouveau, musicalement parlant. »

Les commentaires de McCulloch aidant, ils ont rendu leur musique moins complexe et dense et ont ainsi trouvé exactement le bon ton. « Je crois qu’on a trouvé la “vibe” qu’il fallait à peu près à la moitié de l’épisode 1 ! » affirme Northey. « Il faut toujours s’efforcer d’être au service de l’atmosphère. Éventuellement tout se distille pour arriver aux éléments essentiels nécessaires. »

Lorsqu’on leur demande si une autre collaboration Injeti/Northey est prévue, Injeti répond qu’il l’espère vraiment. « On se rencontre pour “jammer” cette semaine, et je vais lui en glisser un mot. » Quant à Northey, il affirme que c’est presque garanti. « Chin est un véritable trésor de talent d’une valeur inestimable — l’étendue de son talent de musicien, de chanteur, de compositeur et d’être humain est immense. C’est le genre de personne que vous voulez garder dans votre entourage. Ce sont des pôles d’attraction. »



Quatre ans après ce Sun Leads Me On qui leur a ouvert les portes de l’Europe, le quatuor montréalais Half Moon Run lance un troisième album qui, envers et malgré lui, fera office de test : est-ce par A Blemish in the Great Light que la prophétie se réalisera, celle de percer le marché états-unien et d’effectuer là-bas une tournée d’aréna en tête d’affiche ? Tout ce que ça prend, après tout, c’est un gros hit qui passe dans les radios ? « C’est exactement ce que nous disent les gens de notre label », répond prudemment Devon Portielje…

« J’espère que ça ne sonnera pas trop aride, dit comme ça, mais ce qu’on recherche, c’est du songwriting efficace », explique Devon Portielje, principal compositeur, chanteur et guitariste-multi-instrumentiste d’Half Moon Run, précisant ainsi sa pensée : « Est-ce que notre manière de composer suscite les bonnes émotions ? Est-ce que l’auditeur est vite lassé par ce qu’il entend ? L’équilibre est fragile, entre une chanson juste assez répétitive pour que les gens s’en souviennent et une chanson dont personne ne se souviendra ».

Et c’est pour ça, poursuit-il, « qu’on répète à mort, qu’on joue devant public et qu’on réenregistre constamment nos nouvelles chansons avant de les mettre sur disque, pour pouvoir éliminer tous les détails superflus, et mettre l’accent sur les passages plus émotifs. » C’est Devon qui compose les chansons « à 95%; souvent, je vais demander à Conner [Molander, multi-instrumentiste] de choisir entre telle ou telle strophe dans un couplet, et c’est lui qui tranchera. Je compose à la guitare et au piano, surtout à la guitare, parce que je suis moins doué au piano. Souvent je vais transposer telle mélodie de guitare au clavier, juste pour voir comment elle change, comment ça peut provoquer de nouvelles idées d’accords. » Le scénario idéal survient lorsque Devon a déjà un ou deux couplets, un refrain, une mélodie, et que le reste du groupe s’empare de l’embryon de chanson pour lui donner corps, arrangements, pulsion rythmique.

Le groupe est présentement en tournée européenne, or en vérité, il n’a jamais vraiment arrêté de tourner, passant l’été à tester son nouveau matériel devant public – la moitié des nouvelles chansons de A Blemish in the Great Light, dont l’enregistrement fut bouclé au printemps dernier, a déjà été entendu sur scène. « Pour nous, c’est un aspect critique dans le processus de création d’un album, quelque chose qui était plus facile avant que l’on se fasse connaître, abonde Portielje. Nous avions beaucoup joué toutes les chansons de notre premier album avant de les enregistrer. Les gens n’avaient aucune attente puisqu’ils ne nous connaissaient pas. De cette manière, on peut vraiment tester le matériel – ah!, ce passage dans la chanson n’a pas l’air de fonctionner auprès du public. »

« J’ai réalisé qu’à la radio, nos enregistrements manquaient de relief, qu’elles étaient trop douces », Devon Portielje, Half Moon Run

« Je découvre que je deviens beaucoup plus objectif par rapport à nos compositions lorsqu’on les joue devant public, c’est très différent que de les jouer dans un local de pratique, enchaîne le musicien. On peut sentir l’énergie monter ou descendre pendant qu’on joue. Après chaque concert, on a besoin d’une quinzaine de minutes ensemble pour analyser ce qui s’est passé et comment le public a accueilli nos chansons. » On pourrait presque dire que les fans ont une influence sur le travail de composition d’Half Moon Run – « mais on ne pourrait jamais le dire officiellement, question de droits d’auteur », rigole Devon Portielje.

Pour A Blemish in the Great Light, Half Moon Run s’est tournée vers un style d’écriture plus éclatant, estime-t-il. « Je me souviens une fois j’étais dans un magasin, la radio jouait doucement, puis j’ai cru qu’on l’avait fermée; en fait, c’était une de nos chansons qui jouait. J’ai réalisé qu’à la radio, nos enregistrements manquaient de relief, qu’elles étaient trop douces ». Donner du punch à la production, voilà le mandat que le groupe a confié au réalisateur chevronné Joe Chiccarelli, dont la feuille de route se garnit de collaborations avec Broken Social Scene, Eleni Mandell, The Strokes, Mika, The White Stripes et nombre d’autres.

Les références au songwriting pop-rock classique abondent sur ce troisième disque, qui pullule de clins d’oeil aux Beatles et à James Taylor, pour ne nommer qu’eux. « Issac [Symonds, multi-instrumentiste] et moi avons écouté beaucoup de soft rock des années ‘70, on aime beaucoup ce genre, abonde le musicien. C’est du songwriting studieux; sur notre album, y’a des milliers d’influences, des micro-références, si bien qu’il est difficile de dire qu’une d’entre elles compte plus que les autres. »

« Par exemple, pour [le single] Favorite Boy, je voulais vraiment que ça sonne comme la chanson Dreams de Fleetwood Mac. Ce son de batterie !  J’ai réussi à trouver sur le web la reproduction d’un vieil article de magazine dans lequel est interviewé l’ingénieur de son de Dreams; le gars avait fait un diagramme de la manière dont il avait placé et branché la batterie, et comment il avait érigé des murs de contre-plaqué autour pour donner impression d’un son live. On a tout essayé… mais ça n’a pas fonctionné! »