Lorsqu’il organise des camps de création, l’auteur-compositeur-producteur nommé aux Grammys Don Mills préfère le confort. Pas de complications, pas de restrictions, pas de délégation ; juste une ambiance relaxe et naturelle qui favorise la connexion avec les autres partenaires créatifs.

« J’aime pas vraiment assigner les gens à une pièce en particulier », explique Mills, fondateur de Rezort Miami, une installation luxueuse à quatre studios qu’il a fondée avec le producteur Illmind en Floride il y a quatre ans et qu’il possède aujourd’hui à part entière. « Normalement, dans mes camps, on arrive, on jase, et les gens finissent par choisir naturellement leur petite tribu avant d’aller dans un des studios si c’est comme ça qu’ils se sentent. Je pense que c’est ce qui marche le mieux et les résultats sont vraiment, vraiment solides. Toutes les chansons qui sortent de nos camps sont de très haut niveau. »

Don Mills est le pseudonyme professionnel de Miloš Angelov, qui est né à Belgrade et a grandi à Toronto et Mississauga. Il va sans dire qu’il sait de quoi il parle, puisqu’il a organisé un camp de création pour Sony Music Publishing à Toronto et a participé au camp de création Kenekt Latino de la SOCAN à Miami en 2022.

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Cliquez sur l’image pour démarrer le vidéoclip de Folded par Kehlani, coécrite par Don Mills

Il perpétue cette tradition au Rezort Miami, mais de façon intermittente. « C’est assez épuisant vu que ça dure généralement quatre ou cinq jours. Mon rôle, en tant qu’hôte, est de voler d’une salle à l’autre pour socialiser avec tout le monde », explique-t-il. « On me fait écouter plein de morceaux et je finis souvent par collaborer sur plusieurs d’entre eux. Les gens me disent : “Yo, Don, apporte une guitare! Une basse! Il nous faut des drums!” C’est pour ça que j’organise un camp aux deux mois. »

Il nous raconte que c’est justement dans ce genre de contexte – un camp de cinq jours au Rezort Miami – qu’est née la chanson Folded, le succès au Top 10 de Kehlani qui est en lice aux Grammys 2026 (qui auront lieu à L.A. le 1er février) dans les catégories Meilleure chanson R&B et Meilleure performance R&B. Le morceau cumule près de 310 millions d’écoutes sur Spotify au moment d’écrire ces lignes et le clip a été visionné près de 60 millions de fois sur YouTube.

« Quand Kehlani est arrivée, j’ai tout de suite ressenti une énergie, un sentiment d’urgence chez elle, » se souvient Mills. « On avait vraiment l’impression qu’elle est arrivée en se disant : “Je ne repars pas d’ici les mains vides.” Elle avait une vibe dans le genre : “C’est le temps d’écrire des hits! Mon équipe de création est là, mes producteurs aussi, je suis chez Don Mills, on va s’amuser et créer du bon R&B.”

C’était clair dès qu’elle a franchi la porte, et on s’y est mis à fond, dix heures par jour. Elle avait accès à toute la maison, et ç’a créé une ambiance très chaleureuse, sans parler de l’accès à la piscine et aux quatre studios. Je pense que c’est ça le vrai succès de ce que je fais ici : offrir quelque chose de différent des maisons de disques et de leurs studios “corpo”. »

« Quand Kehlani est arrivée, j’ai tout de suite ressenti une énergie, un sentiment d’urgence chez elle »

Il commence déjà à récolter les fruits de cette collaboration, notamment aux Grammys. « C’est rendu que les gens m’écrivent par texto ou en DM pour collaborer avec moi », explique Mills. « Il y a un aspect de validation personnelle, bien sûr, mais dire qu’on est finaliste ou gagnant aux Grammys, c’est autre chose et j’ai toujours rêvé de ça. »

Mills a fréquenté l’école secondaire Applewood en même temps que Donna Grantis, future guitariste de Prince, et le rappeur multiplatine PartyNextDoor. Bassiste de formation, il s’est rapidement imposé comme musicien de studio très demandé dans les milieux R&B et hip-hop, collaborant notamment avec le rappeur de Scarborough Saukrates et le collectif Baby Blue Soundcrew. Il a aussi tourné avec les chanteurs R&B Ray Robinson et Divine Brown, en plus de passer huit ans sur scène et en studio comme musicien pour l’auteur-compositeur-interprète Matthew Good.

Don Mills, JuiceWRLD, Maze, video

Cliquez sur l’image pour démarrer le vidéoclip de la chanson Maze de Juice WRLD, coécrite par Don Mills

Son plus grand allié a toutefois été Boi-1da qui a pris Mills sous son aile en tant que producteur. C’est grâce à cette association que Mills a participé à la création de la chanson Maze sur le très populaire album Death Race for Love (2019) du regretté Juice WRLD.  Maze a été streamée presque 305 millions de fois sur Spotify et visionnée plus de 35 millions de fois sur YouTube. Elle m’a aussi ouvert la porte à des collaborations sur des projets de J. Cole, Maroon 5, Giveon, Offset et Alessia Cara. »

« 1-da est un vieil ami de l’époque où lui et Drake débutaient », se souvient Mills. « On s’était croisés dans quelques partys, mais on s’est perdus de vue parce que j’étais dans un groupe rock pendant que sa carrière décollait sérieusement. On s’est retrouvés dans une soirée de l’industrie en 2016 et je lui ai dit que je m’étais mis à la production, et il m’a demandé de lui envoyer mes prods. Je lui ai texté ça, et depuis, on se parle tous les jours. J’ai signé un contrat d’édition avec sa coentreprise [Sam Fam Publishing] en partenariat avec Sony Music Publishing. »

Mills préfère être là en personne lorsqu’il travaille comme producteur pour un artiste. Il a participé à quelques projets à distance, mais il évite autant que possible d’envoyer des beats à l’aveugle. « La seule fois où ça a vraiment fonctionné, c’est quand j’ai envoyé un beat à Leon Thomas [en 2023] », raconte-t-il. « C’était pour “Breaking Point”, mais ç’a seulement fonctionné parce que Leon est tout à fait capable de prendre des stems et de finir la chanson lui-même. »

Il aurait sûrement semblé évident que Mills s’installe à Atlanta ou à Los Angeles, mais c’est finalement à Miami qu’il a choisi d’établir son QG. « Je suis allé dans la direction opposée, » explique-t-il. « Je fais de la musique qui ne se fait pas à Miami, si tu vois ce que je veux dire. À L.A., y a plein de gens qui évoluent dans les mêmes genres que moi. Personne n’aurait l’impression qu’ils n’ont pas le choix de venir me voir s’ils peuvent aller chez un autre producteur qui fait du rock live ou peu importe. Je voulais aller dans un endroit où il n’y avait pas d’effet domino. C’était clairement Miami ; j’ai suivi mon instinct, et j’ai bien fait. »

« C’est différent ici. Il y a beaucoup plus de musique latine et de gospel. J’ai toujours adoré le gospel, et la musique noire en général. Je voulais simplement être quelqu’un avec un ensemble de compétences différent, dans une ville où il n’y a pas beaucoup de gens comme moi. Ici, c’est souvent reggaetón ou hip-hop pur et dur. Moi, je suis un peu entre les deux, et je fais aussi beaucoup de rock, de rock psychédélique, de R&B alternatif et de pop alternative. C’est plus ça, mon univers. »