Un an et des poussières après leur éclosion sur la scène musicale, le rappeur Kinji00 et le producteur Lb66 continuent d’évoluer avec audace, sans tenter de répéter la même recette de rap souverainiste.

C’est une histoire de famille comme on les aime. Une histoire entre deux frères qui commence dans une chambre d’enfant et qui, en un rien de temps, se déploie sur de grandes scènes devant des dizaines de milliers de personnes.

À l’origine, Lb66, l’aîné, s’était lui-même initié à FL Studio, un logiciel incontournable pour tout·e jeune producteur·trice hip-hop—surtout «dans sa version crackée», pour reprendre les mots de Kinji00.

«Mais depuis, on l’a payé!» assure lb66, en riant.

Après avoir connu un certain succès sur le web, au début de la décennie actuelle, au sein de Novagang, un collectif international très influent dans l’avènement du digicore (un style musical mélangeant trap et hyperpop), Lb66 transmet ses connaissances de producteur à son frère, quatre ans plus jeune que lui. «Il m’a montré la base, mais rapidement, j’ai voulu essayer de faire du rap. On s’est lancé en faisant un track, sans trop se poser de questions. La chimie fonctionnait déjà très bien», se rappelle Kinji00.

«Mais je dois dire qu’il en faisait peut-être un peu trop au début», ajoute le rappeur.

«Ouais, j’étais un peu sévère avec lui», confirme Lb66. «Je lui ai fait refaire ses verses plusieurs fois, mais maintenant, je suis plus smooth. On se fait davantage confiance.»

Quelques mois à peine après la formation de leur projet en duo, Miguel et Léonardo Monteiro-Beauchamp, les deux frangins gatinois nés au Portugal, connaissaient la viralité sur internet avec l’une de leurs premières chansons, Fleur de lys (2024), devenue l’hymne des jeunes indépendantistes. Alors que les rappeur·euse·s d’ici semblent n’en avoir que pour les tergiversations pop ou les incarnations plus crues du trap ou de l’esthétique drumless (un style de production musicale axée sur l’échantillonnage brut), les deux frères débarquent avec une proposition rap souverainiste aux influences plugg, un sous-genre très populaire en ligne, généralement caractérisé par des ambiances et des mélodies aériennes, et une instrumentation luxuriante, voire maximaliste.

Cette proposition singulière des frères Monteiro-Beauchamp est vite sortie de l’underground pour s’imposer comme le phénomène culturel du printemps et de l’été 2025. Une partie de l’industrie musicale québécoise a même été prise par surprise.

Le meilleur exemple? Les Francos de Montréal, qui n’avaient pas intégré les deux frangins à leur programmation 2025. «Mais on y est allés pareil! On a rejoint P’tit Belliveau sur scène pour faire Fleur de lys devant 30 000 personnes. C’était fou», se souvient Kinji00.

Depuis, les événements d’envergure se succèdent: un premier album (À la prochaine fois) paru le 24 juin dernier, des participations à plusieurs festivals durant l’été, un passage à Tout le monde en parle en octobre, une collaboration avec Hubert Lenoir (une de leurs idoles) en novembre et un premier spectacle en France en décembre—comme une sorte de prélude à leur première tournée européenne qui bat d’ailleurs son plein au moment d’écrire ces quelques lignes.

Quand même pas mal pour deux gars âgés d’à peine 18 et 22 ans. «C’est vraiment fou ce qui se passe, mais le plus gros pour moi, c’est la tournée en France. J’avais dit que j’allais me tatouer une grosse fleur de lys sur le chest si, un jour, on était capables de booker ça», lance Kinji00. Reste à voir s’il tiendra sa promesse.

Kinji00 lors d’un concert en France, en mai 2026. Pas de tatouage de fleur de lys sur son torse… pour le moment. (Photo Yan Bienvenue)

 

De l’importance d’élargir ses horizons

En février dernier, les gars ont surpris leurs fans avec SHADOW WIZARD QUÉBEC GANG, un minialbum aux teintes électro et hyperpop créé en collaboration avec le collectif montréalais Shadow Wizard Money Gang. C’est à ce moment précis qu’on a compris qu’on ne pourrait pas ranger dans une seule case les deux artistes. «On fait ce qu’on veut, c’est tout. Je dirais pas qu’on s’en fout de l’industrie québécoise…. mais disons qu’on ne va jamais se forcer pour entrer dans leurs standards», persiste le rappeur, qui a fêté son 18e anniversaire sur scène le 20 novembre dernier lors du lancement de la chaîne ICI Musique hip-hop au Ausgang Plaza, à Montréal.

Par «standards», les deux artistes font entre autres référence au clash qu’ils sentent entre leur franglais et les quotas linguistiques applicables pour accéder aux subventions. «On n’avait pas le bon compte pour À la prochaine fois. C’est vraiment paradoxal parce que, pourtant, on est vraiment québécois», relève Lb66.

«Pour moi, c’est ridicule d’avoir peur de l’anglais quand t’es au Québec», ajoute Kinji00. «Y’a rien de plus Québécois que le franglais, que la langue française qui utilise des expressions en anglais. On est les seuls à avoir ça. Faut pas en avoir peur, faut même célébrer ça.»

Les deux Portugais d’origine ont, vous l’aurez deviné, une vision inclusive et ouverte sur le monde du Québec. Le rappeur poursuit: «Notre objectif au début, c’était de rendre l’indépendance moins taboue pour tout le monde. Je voulais que tout le monde au Québec puisse dire “je suis souverainiste’’ sans que ce soit un big deal ou que ça ait l’air raciste.»

Même si la souveraineté du Québec reste son sujet de prédilection, Kinji00 veut explorer d’autres thématiques pour ses prochaines chansons, un virage qu’il a d’ailleurs entamé sur SHADOW WIZARD QUÉBEC GANG. «Je pense que les gens ont compris que j’étais souverainiste», dit-il, sourire en coin. «Là, j’ai envie de mettre de la positivité dans le monde. Je veux que les gens se sentent bien quand ils écoutent ma musique. Je veux stimuler leur confiance en soi.»

 

Kinji00 et Lb66 en tournée des festivals:
13 juin à Montréal (Les Francos)
20 juin à Carleton-sur-Mer (Festival BleuBleu)
3 juillet à Saguenay (La Noce)
4 juillet à Trois-Rivières (Festivoix)
18 juillet à Val-d’Or (Frimat)
25 juillet à Baie-Saint-Paul (Le Festif!)
4août à Rouyn-Noranda (Osisko en Lumière)