Quelques jours avant notre entretien, l’autrice-compositrice-interprète Laura Roy était de passage à l’émission CBC East Coast Music Hour avec Ali Enriques (violon et piano) et Sam Wilson (guitare), deux musiciennes qui jouent un rôle essentiel sur son premier album, Late Bloomer Season. Le trio n’avait pas joué ensemble depuis un moment et, alors que Roy terminait le premier couplet de « Warpaint », elle a vu des larmes couler sur le visage d’Enriques.  

Ce moment l’a surprise et réconfortée en lui rappelant que la vulnérabilité au cœur de l’album se transposait parfaitement en direct.  

« Je pense que c’est important de montrer aux gens que je suis la même fille qui peut monter sur scène devant 80 000 personnes en bottes à talons hauts et qui, chaque fois qu’elle chante ces chansons, a l’impression que son cœur bat à l’extérieur de sa poitrine devant les yeux de tout le monde. Je ne pense pas que ça va changer, mais maintenant je suis prête à l’affronter. » 

Mais un instant : « cette fille qui chante devant des dizaines de milliers de personnes »? En effet, Roy a assuré les chœurs pour la mégavedette Sabrina Carpenter au stade Wembley dans le cadre du Summertime Ball en 2024 et elle a l’habitude des collaborations avec des vedettes pop après avoir chanté pour Dua Lipa, Anne-Marie, Camila Cabello et Jordan Rakei. En 2022, elle a également obtenu une nomination aux Grammys pour sa participation à la création de « Alone », tirée de l’album Planet Her de Doja Cat, qui était également en nomination.  

N’empêche, elle s’est rendu compte, alors même qu’elle écrivait ses textes dans un autobus de tournée et qu’elle finissait ses chansons dans des hôtels aux quatre coins de la planète, qu’elle avait envie de garder pour elle une petite partie de cette voix qu’elle mettait au service des autres.  

« Tout ça est super excitant, je veux dire, ce sont d’immenses superstars internationales, mais au final, ça m’a aussi rappelé ce qui compte vraiment pour moi, ce qui me fait sentir connectée avec mon univers à moi grâce à ma musique », dit l’artiste.

« Cet univers est totalement différent de celui des artistes avec qui j’ai travaillé, et maintenant que je connais cet univers-là, je sais que ce n’est pas du tout ce que je veux pour moi et je suis bien avec ça. » 

Roy compte déjà trois EP à son actif, dont Forte, qui lui a valu le prix de l’enregistrement R&B/soul de l’année aux East Coast Music Awards en 2020, et c’est une fois rentré au bercail qu’elle a vraiment compris qu’un album complet devait être la prochaine étape de son parcours créatif. 

« J’avais un tas de chansons et je savais que j’avais envie d’enregistrer un album, mais je savais aussi que j’étais dans une période de transition créative où j’avais besoin de travailler avec quelqu’un de nouveau, une personne en particulier qui me permettrait de réaliser exactement ce que je voulais », explique-t-elle.

Laura Roy.

Laura Roy. Photo par Mila Austin.

C’est en discutant avec son ami et musicien T. Thomason qu’elle a réussi à définir précisément ce qu’elle voulait vraiment accomplir pour cet album : en piloter elle-même la vision d’ensemble et trouver la personne qui saurait l’accompagner dans cette démarche. « Je voulais un producteur qui me permettrait de m’épanouir dans ce rôle de direction créative. » 

Thomason lui a suggéré Joel Waddell, et c’est avec lui qu’elle a réalisé Late Bloomer Season dans son studio maison en Nouvelle-Écosse. 

« Les gens m’ont dit que Joel était le genre à pleurer avec moi pendant une séance d’enregistrement si la musique le touche, et pour moi c’était le meilleur des feux verts, parce que je me place en position de très grande vulnérabilité quand j’écris et j’enregistre, alors c’est super important pour moi de me sentir en sécurité pour pouvoir exprimer et sortir tout ce j’ai besoin de sortir. » 

Laura voulait que l’album ait « une personnalité empreinte d’humanité et de vulnérabilité », et que les gens aient l’impression « d’être assis dans mon salon avec moi pendant que je chante ».  

« Joel a vraiment compris que j’avais envie de m’éloigner du côté trop léché de la production de mes projets précédents. Pour cet album, j’avais besoin d’être fidèle aux chansons et à ma voix avant tout. » 

Il n’y a pas de meilleure saison que le printemps pour la parution de Late Bloomer Season qui, comme les bourgeons, s’ouvrira lentement devant nos yeux, pour notre plus grand bonheur. Et comme les bourgeons, les chansons de l’album révèlent Laura Roy comme elle souhaite être vue : sans vernis, dans toute sa vulnérabilité. 

La pochette de l’album traduit cet état transitoire entre ce qui était et ce qui est encore en devenir. « Je suis un peu comme une fleur en train d’éclore en me tournant vers la lumière. » 

« La dernière chanson est la chanson titre, “Late Bloomer Season”, et on a vraiment l’impression d’un bourgeon qui s’ouvre. J’ai encore tellement de choses à dire, tellement de choses que je veux créer avec la musique que j’écris, même depuis que j’ai terminé cet album », dit-elle. « Le verso de la pochette a une photo semblable, mais on me voit davantage de profil. Il y a quelque chose d’assez subtil dans cette pose. C’est peut-être une façon de suggérer que la suite, pour moi, ce sera de me montrer vraiment, pleinement. »