Plus de 25 ans après la parution de son premier effort, Carpal Tunnel Syndrome, considéré comme l’un des jalons majeurs du turntablism, Kid Koala poursuit son petit bonhomme de chemin en ajoutant le chapeau de réalisateur de films d’animation à sa démarche multimédia.
Bien qu’il ait maintenant dépassé la cinquantaine, le pseudonyme de Kid Koala sied toujours à merveille à Eric San. L’esprit d’émerveillement propre à l’enfance est au cœur de sa démarche, et son plus récent projet, Space Cadet, ne fait que renforcer son approche.
Adaptation de son propre roman graphique, pour lequel il avait déjà imaginé une bande sonore (comme il l’a aussi fait pour Nufonia Must Fall en 2003), Space Cadet est une fable touchante qui aborde les thèmes de l’abandon, du deuil et de la solitude, à travers les personnages d’une jeune exploratrice spatiale et de son robot de compagnie.
« J’ai créé cette histoire pour m’aider à passer au travers d’une période difficile, après le décès de ma grand-mère et la naissance de ma fille », explique le Kid. « Comme la plupart de mes créations, ce projet m’a servi à donner du sens aux émotions que je vivais. J’ai présenté le film dans plusieurs festivals internationaux et, à ma grande surprise, j’ai eu beaucoup de réactions très émotives. Que ce soit en Allemagne, au Mexique ou en Corée, des gens en larmes venaient me voir après la projection pour me dire à quel point ils avaient été touchés. »
S’il s’est fait connaître pour ses talents derrière les platines, Kid Koala a toujours été un artiste multimédia, qui s’amuse à brouiller les pistes entre les formes d’expression artistique. Et malgré des affinités évidentes pour l’expression visuelle, il a approché cette aventure cinématographique en toute humilité.
« Disons que la courbe d’apprentissage a été considérable », remarque l’artiste avec sa modestie coutumière. « C’est vrai, comme tu le soulignais, que j’ai une capacité énorme pour l’émerveillement qui fait que je ne cesse jamais d’apprendre. En créant Space Cadet, j’ai constaté à quel point chaque membre de l’équipe avait un rôle essentiel dans la création d’un film et que je n’aurais jamais pu réussir cette adaptation seul. »
Car s’il a un penchant pour le travail en solitaire, derrière ses platines ou son crayon, Kid Koala est un collaborateur né, comme on a pu le voir avec plusieurs de ses projets, de Bullfrog à Deltron 3030, en passant par ses spectacles aux côtés de marionnettistes ou de quatuors à cordes. La bande-son qui accompagne Space Cadet est un autre brillant exemple collaboratif : Kid Koala y retrouve l’Islandaise Emiliana Torrini et l’Américaine Trixie Whitley, qui avaient prêté leurs voix aux deux volets méditatifs de Music to Draw To, et convie quelques chanteuses exceptionnelles comme Karen O, Martha Wainwright ou Meaghan Smith, qui ajoutent leur touche aux musiques déjà imaginées à l’époque de la BD.
« J’ai toujours en tête des images en lien avec les sons que je créée, explique Eric, mais cette fois-ci, c’est ma scénariste Mylène Chollet qui avait concocté une playlist avec des standards de jazz et du grand répertoire américain qui collent à l’esprit du récit, comme Fly me to the Moon ou Moon River. Ce type de nostalgie correspondait parfaitement aux sentiments qui traversent le film. Et puis c’était un rêve de réunir toutes ces voix formidables dont je suis un fan fini, sans parler de pouvoir créer quelques chansons originales, notamment avec Karen O et Ladybug, des Digable Planets. »
Est-ce à dire que ses prochains projets seront encore plus ambitieux et collectifs ? Pas nécessairement, répond Kid Koala : « Si tu me forçais à choisir, je prendrais le travail collaboratif plutôt que la création en solo. Mais à bien y penser, je crois que j’ai besoin des deux. Je crois que c’est pour ça que je suis si bien à Montréal. Comme ma ville, je vis avec les saisons ; je m’enferme en hiver pour du travail solitaire, comme le dessin ou le bidouillage sur mes platines. Et en été, j’ai envie de connecter avec les autres dans un esprit de joie et de célébration. »
Une chose est sûre, peu importe l’approche, le prodige des platines continuera de nous surprendre, avec la curiosité et l’imagination d’un enfant qui refuse de céder au cynisme du monde adulte.
Dévoilé en première mondiale en février 2025 dans la section Generation Kplus du Festival international du film de Berlin, Space Cadet a depuis poursuivi son parcours dans plusieurs rendez-vous majeurs du circuit, notamment au Festival international du film d’animation d’Annecy ainsi qu’au Festival international du film de Toronto (TIFF). Au Québec, il a été présenté pour la première fois au public lors de la plus récente édition du Festival du nouveau cinéma (FNC). Space Cadet prend l’affiche en salle le 20 février 2026.

