Kevin Churko porte plusieurs chapeaux musicaux, et tous lui ont valu beaucoup de succès. Le multi-instrumentiste, réalisateur, ingénieur et auteur-compositeur s’est d’abord fait connaître dans le monde du hard rock, grâce à son travail pour Ozzy Osbourne et Disturbed, notamment, récoltant au passage 4 Prix JUNO et deux nominations aux Grammys jusqu’à maintenant. Churko est surtout connu comme étant le réalisateur et ingénieur du son de talents aussi diversifiés que Five Finger Death Punch et Shania Twain.

Mais son premier amour était l’écriture en compagnie de son frère Cory. Né en Saskatchewan, Kevin a quitté l’école après le secondaire 3 afin de partir en tournée avec Churko, le groupe familial, qui jouait principalement du country. C’est à ce moment qu’il a commencé à s’intéresser au processus d’enregistrement et qu’il est devenu de facto le responsable de l’équipement du groupe, ce qui a pavé la route vers sa carrière de réalisateur des plus en demande.

« À ce point-ci de ma carrière, la création de chansons vient boucler la boucle », explique Churko. « Je travaille sur plusieurs projets country, incluant un artiste canadien [et membre de la SOCAN], Cory Marquardt, qui vient tout juste de signer un contrat d’enregistrement mondial avec notre société mère, Advanced Alternative Media. »

« Pour moi, les auteurs-compositeurs se divisent en deux camps : les créateurs passionnés et les créateurs commerciaux. Quand on écrit par passion, on peut écrire ce qu’on veut. J’écris rarement sur des sujets qui me touchent de trop près. J’écris pour les gens pour qui je travaille. J’écris avec la voix des autres. Homme, femme, agressif ou passif, mon travail est d’écrire quelque chose qu’ils puissent interpréter avec passion. Je ne suis là que pour les servir, et c’est ce qui informe l’écriture. »

« Les chansons de Cory sont très personnelles. Sur la plupart des chansons, Cory jette les bases et [mon fils] Kane et moi partons de ça pour la bonifier, nous tentons de faire de chaque section la meilleure section qui soit. Pratiquement toutes les chansons de l’album sont des collaborations entre nous trois. »

« Je suis un réalisateur et un auteur-compositeur très axé sur les résultats. Nous travaillons actuellement avec un rappeur et nos responsabilités sont très bien délimitées. Il s’occupe des couplets, et nous des refrains?; nous nous assurons qu’ils sont très accrocheurs. »

Churko s’est taillé une place de choix en tant que réalisateur et ingénieur et il admet volontiers que son implication en tant que créateur auprès de groupes importants s’est fait lentement et de manière quasi organique.

« Je ne suis pas du genre à m’imposer », explique-t-il. « Si on m’offre de travailler sur un projet et que les chansons sont solides telles quelles, que je n’ai rien à leur apporter, je ne vais pas me mettre en travers de leur chemin. Je respecte ces chansons, mais je suis là pour les aider au meilleur de mes capacités. Mais en fin de compte, les projets sur lesquels j’ai contribué à l’écriture ont été mes plus réussis. »

« J’écris mes chansons sur mesure pour mes clients. Que ce soit du métal, du rock, du country, peu importe : une bonne chanson c’est une bonne chanson. »

Kevin Churko

« J’écris mes chansons sur mesure pour mes clients. Que ce soit du métal, du rock, du country, peu importe : une bonne chanson c’est une bonne chanson. Je vais me contenter de dire “cette chanson pourrait bénéficier d’un meilleur refrain. Voyons ce que nous pouvons faire.” Je fais donc ce que j’ai à faire et on voit s’ils aiment ça. Des fois j’en fais plus, des fois j’en fais moins. Mais c’est toujours dans le but d’arriver à la meilleure chanson possible. »

Et, pourrait-il ajouter, la plus populaire possible. Kevin Churko a coécrit et réalisé toutes les chansons, sauf une, de l’album Immortalized de Disturbed qui s’est inscrit au sommet du Top 200 des albums de Billboard en 2015, ainsi qu’au sommet de quatre autres palmarès Billboard : Top des albums Hard Rock (É.-U.), Top des albums Rock (É.-U.), Top des albums alternatifs (É.-U.), et Top des albums au Canada. La même année, il a réalisé et coécrit l’album Got Your Six de Five Finger Death Punch, qui a fait son entrée en 2e position du Top 200 de Billboard et s’est écoulé à 114?000 copies dans la semaine suivant sa parution.

Dans les deux années qui se sont écoulées entre décembre 2013 et janvier 2016, Churko a coécrit (et coédité, via Gumpofwump, son entreprise d’édition) six chansons qui se sont rendues en première position des palmarès Active Rock de Mediabase aux États-Unis : « Battle Born », « Wrong Side of Heaven », et « Wash It All Away » de Five Finger Death Punch, « The Vengeful One » et « The Light » de Disturbed, et « Face Everything and Rise » de Papa Roach. Il a récemment relocalisé The Hideout, son studio situé à Las Vegas, et l’a décoré de ses nombreux Prix #1 SOCAN.

La réputation grandissante de Churko, créateur de « hits » sur mesure, est désormais telle que les artistes viennent le voir lorsqu’ils désirent un type de chanson bien particulier, ce qu’il leur livre avec plaisir.

“Les artistes viennent me voir et me disent “J’ai besoin d’une chanson comme celle que t’as écrite pour untel. Tu peux m’aider à écrire ça??” », raconte-t-il. « Mon fils Kane et moi collaborons très souvent, et lorsque nous recevons une telle commande, on commence à travailler dessus immédiatement. Nous avons généralement un squelette complet au moment où l’artiste arrive ici pour mettre de la viande autour de l’os. »

« Kane est un auteur-compositeur accompli. Il a participé à plusieurs de nos “hits” et il a son propre groupe, Modern Science?; il a déjà beaucoup d’expérience comme auteur-compositeur. Je lui apprends les trucs du métier et il me tient au courant de tout ce qui se fait de nouveau. Il a écrit quelques-uns des “hits” du dernier album de Papa Roach tout seul. Je ne travaille pas avec Kane parce qu’il est de la famille, mais parce que c’est un des meilleurs que je connaisse. C’est mon contact avec la nouvelle génération et c’est souvent lui qui me guide. »

En 2013, Kevin et Kane ont été mis en nomination dans la catégorie Réalisateur de l’année pour leur travail sur « Blood » et « Adrenalize » de In This Moment, en plus de remporter le prix d’Ingénieur du son de l’année pour « Blood » de In This Moment et « Coming Down » de Five Finger Death Punch.

« Au début de ma carrière, on m’engageait pour écrire des pièces dance », se remémore Churko père. « Ç’a été une bonne école et c’était intéressant de me retrouver hors de ma zone de confort et loin de ce que je connais. J’ai fait mes recherches et j’ai commencé à écrire des chansons qui sont bonnes dans leur plus simple expression. C’est à ce moment que je me suis prouvé à moi-même que j’avais ce qu’il faut pour être auteur-compositeur. »

 



Se rendre à Tchernobyl et constater la dévastation. Visiter Auschwitz pour se souvenir. Explorer les lieux d’un crash d’avion. Installer sa chaise pliante le long de la Bande de Gaza pour observer les bombardements en direct…

Le tourisme noir connaît une croissance partout sur le globe, une manière d’assouvir notre voyeurisme et de faire face à la mort pour se réconforter: nous sommes toujours vivants. Le phénomène a piqué la curiosité d’Antoine Corriveau au point de devenir l’étincelle derrière l’écriture de son troisième album, Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter, un titre de circonstance.

« C’est en lisant un texte du cinéaste Denis Côté dans la revue Nouveau Projet que j’ai découvert l’existence de ce genre de tourisme », explique l’auteur-compositeur-interprète. « Ça m’a complètement fasciné. Pas que je voulais me rendre sur les lieux de différentes catastrophes, mais le simple fait de réfléchir sur cette attirance morbide de l’homme m’a allumé. »

Antoine a fait des recherches sur le sujet. Il a visité le passé, imaginé le futur. « J’ai commencé par écrire en m’imaginant ce que la visite de ces lieux pouvait bien éveiller chez l’être humain. Puis j’ai écrit du point de vue des victimes. Comment peut se sentir un pilote d’avion 30 secondes avant l’impact fatal ? Puis j’ai imaginé le futur. Avec tout ce qu’on voit dans les médias, les catastrophes et les génocides actuels, on peut déjà prédire quels endroits du monde feront l’objet de ce genre de tourisme dans 30 ans. C’est quand même inquiétant. »

« Il y a la mort, la vraie, mais il y a aussi la mort d’une relation ou d’une période de ta vie. »

Parmi les premières pièces écrites pour le disque, Croix blanche témoigne de ce pèlerinage sur les traces de la grande faucheuse. Or, à l’instar des autres titres de l’album, on y sent une touche personnelle, une sorte d’intimité qui se crée entre Antoine Corriveau et l’auditeur. On y trouve l’influence du tourisme noir, certes, mais il y a plus. On y mélange la description d’un quotidien, souvent nocturne, à travers lequel le narrateur célèbre sa propre vie. « Croix blanche fait d’abord référence à ces monuments qu’on érige souvent sur le lieu d’un accident mortel pour laisser une trace. Mais à force d’écrire, je me rendais bien compte que je devais transcender le thème et me l’approprier. Je ne voulais pas juste copier ce que je lisais sur internet. Il fallait que ça vienne de moi. Comme si je voulais transposer ces tragédies à un niveau plus personnel. Il y a la mort, la vraie, mais il y a aussi la mort d’une relation ou d’une période de ta vie. »

Le lauréat du Prix de la Chanson SOCAN 2015 pour la pièce Le nouveau vocabulaire ne s’en cache pas, les deux ans de gestation qui ont mené à la parution de Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter ont été marqués par une rupture amoureuse, un crash qu’il a revisité dans sa tête à mainte reprise. « Lorsque tu te retrouves seul, tu ne dois plus rien à personne. J’ai eu envie de côtoyer l’inconnu comme on visite Tchernobyl. J’ai repoussé les limites. J’ai joué avec cette mince ligne au-delà de laquelle on perd toute stabilité. J’étais seul, face à moi-même. J’essayais plein d’affaires. J’ai rencontré du nouveau monde. J’ai découvert jusqu’où je voulais aller, et jusqu’où je ne voulais pas me rendre. L’effet euphorisant de la découverte est venu faire contrepoids avec la noirceur et l’imagerie de la mort. »

Il va sans dire, ce nouveau disque n’a rien d’un album Prozac. Armé de sa voix rauque et de son chant solennel, Antoine Corriveau poursuit ici son travail de précision. Avec son noyau de musiciens (Marianne Houle au clavier, Stéphane Bergeron à la batterie et Nicolas Grou aux guitares ainsi qu’à la réalisation), il accouche de compositions atmosphériques raffinées et rehaussées d’arrangements de cordes et de cuivres. « C’est vrai que ça sonne gros avec les orchestrations, mais les chansons sont plus simples que sur le précédent disque (Les Ombres longues, paru en 2014). Je voulais être capable de reproduire le disque même si le nombre de musiciens sur scène était plus limité. En tournée, Marianne joue du synthétiseur, et vraiment, même sans les cuivres et les cordes, on arrive à ne pas dénaturer les chansons. Le disque a davantage été pensé en fonction de la scène », un lieu qu’Antoine visitera abondamment au cours des prochains mois. Un lieu où, une fois de plus, il ira chercher les auditeurs un à un, leur plantant une flèche en plein cœur.

 



Le Verre BouteilleÉtablissement « Autorisé à vous divertir » par la SOCAN depuis son ouverture en 1996, le bar-spectacle Le Verre Bouteille, avec ses quatre-vingts places, est devenu au fil des ans un lieu privilégié de diffusion pour les créateurs musicaux d’ici. Depuis deux décennies, on se rend au 2112, rue Mont-Royal Est, à Montréal, avec l’assurance d’y trouver un esprit convivial où les auteurs de chansons s’y sentent chez eux.

Ouvert en 1942 sous le nom de Buffet de Lorimier par le grand-père de Nathalie et Sylvie Rouleau, les deux sœurs ont donné une nouvelle vie à l’établissement du Plateau Mont-Royal il y a vingt ans en le rebaptisant. Des musiciens établis, comme Daniel Boucher, Éric Goulet, Luc de Larochelière, Michel Rivard, Mountain Daisies, Damien Robitaille, Marc Déry et Vincent Vallières ont vu dans la vocation chanson du Verre Bouteille un laboratoire où l’on peut explorer, essayer des nouvelles chansons devant public et provoquer des rencontres stimulantes, uniques.

« C’est la compréhension de la réalité de l’artiste », explique Nathalie Rouleau lors du lancement de la programmation du 20e anniversaire le 12 octobre 2016, en faisant référence à la principale raison qui a incité le Verre Bouteille à se procurer une licence annuelle de la SOCAN dès ses tout débuts. « On voulait contribuer. Mais on ne pensait pas que l’aventure allait durer aussi longtemps ! »

Les meilleurs souvenirs de la propriétaire ? « Les lundis avec Luc de Larochelière en 2001, dit-elle sans hésitation, où il a invité plusieurs artistes du Québec, je pense entre autres à Roch Voisine, Laurence Jalbert et même (feu) Claude Léveillée. Un gros succès. Et je pense aussi aux soirées Abbey Road qui ont lieu une fois ou deux par année où Les Ringos (Éric Goulet) et leurs amis jouent l’intégrale du classique des Beatles ».

« On voulait, en étant « Autorisé à vous divertir » par la SOCAN, que tout soit en ordre et conforme. On souhaite que la machine chanson fonctionne sous tous ses aspects », René Flageole, programmateur au Verre Bouteille

René Flageole, musicien de son état, était serveur au début de l’aventure, mais est vite devenu le programmateur du Verre Bouteille. « On est complètement du bord des artistes, dit-il pour justifier cette allégeance à la SOCAN. Oui, on doit gérer une salle, mais je suis très sensible à la réalité des artistes, étant moi-même un musicien, je suis un peu entre l’arbre et l’écorce. Donc on voulait, en étant « Autorisé à vous divertir » par la SOCAN, que tout soit en ordre et conforme. On souhaite que la machine chanson fonctionne sous tous ses aspects ».

Cette licence payée à la SOCAN assure un partage équitable du droit d’auteur, d’autant plus qu’au Verre Bouteille, les interprétations sont monnaie courante. Arianne Ouellet, du duo country Mountain Daisies et présente au lancement avec son comparse Carl Prévost en témoigne : « Dans notre contexte à nous, on fait beaucoup de reprises, les artistes ont souvent envie de chanter autre chose que leurs propres chansons. Puisqu’ils se gâtent en les faisant, c’est d’autant plus normal que les ayants droit soient rétribués en conséquence. »

Un souvenir marquant au Verre Bouteille ? « Nous avons présenté une soirée dédiée à Michel Rivard [voir photo principale en haut de page] qui est un habitué de nos soirées Open Country, raconte Ariane. Il s’est gâté avec ce qu’il appelle ses profs, les Dylan, Neil Young et cie, pour ensuite jouer ses propres chansons à la sauce country et pour clore la soirée nous avons interprété Un trou dans les nuages, revampée bien sûr à notre manière. Et cette version est demeurée, puisqu’on la fait dans le spectacle Sept Jours en mai. »

« La scène est juste assez petite et juste assez grande, confie pour sa part Carl Prévost. Pour moi, Le Verre Bouteille n’est pas un bar, c’est une petite salle de spectacle. On est sur scène et dans le public aussi. Les gens achètent moins de disques, donc c’est important pour nous de jouer dans des établissements licenciés par la SOCAN comme le Verre Bouteille. »

Le Verre BouteilleLorsqu’on demande à Daniel Boucher ce que le Verre Bouteille signifie pour lui, il répond du tac au tac. « Je ne peux pas tout te dire (rires). Je viens ici depuis vingt ans. J’ai fait des spectacles ici avant que Dix mille matins sorte en 1999, on a participé à des jams, c’est devenu le spot de la chanson en français à Montréal. Y a moyen d’essayer des tounes. Avec la SOCAN, enchaîne Boucher, le Verre Bouteille donne l’exemple. Des établissements « Autorisé à vous divertir » par la SOCAN, il y en a de plus en plus, mais il n’y en a pas encore assez, surtout avec ce que la business de la musique est en train de devenir. Si ça ne vaut plus la peine d’acheter un disque, faut trouver d’autres solutions. Le monde évolue, la technologie rend tout accessible, mais c’est aussi dramatique, justement pour cette raison. En attendant qu’on puisse s’asseoir avec les Vidéotron [fournisseurs d’accès Internet] de ce monde, faut manger. »

Et boire, puisque le Verre Bouteille a une sélection enviable de bières du Québec, complément idéal à cette nouvelle programmation anniversaire faite de primeurs, d’exclusivités et de spectacles-surprises. Pascale Picard donne le coup d’envoi les 24 et 25 octobre, Yann Perreau, Damien Robitaille, Daniel Boucher, Antoine Gratton, Jordan Officer et Marie-Pierre Arthur figurent aussi parmi les incontournables. Consultez la programmation au verrebouteille.com.