Un des groupes préférés d’Elton John qui a déjà fait la première partie des Rolling Stones, les rockeuses The Beaches, ont donné un spectacle au Danforth Music Hall de Toronto le 27 février. Ne manquez pas nos images de l’événement !

Consultez le https://www.thebeachesband.com pour les prochaines dates de spectacle !

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Son deuxième album a failli s’intituler « Ainsi parlait Larry Kidd ». Le rappeur d’Ahuntsic, à Montréal, nous avait déjà habitués à des références littéraires, en « name droppant » Cioran avec désinvolture. Mais il a fini par trouver que la référence à Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche était peut-être lourde; c’est pourquoi il s’est rabattu sur un autre concept emprunté au philosophe allemand, celui du surhomme.

Lary KiddDepuis la parution de l’album en novembre dernier, il s’est défendu de jouer les intellectuels, arguant à juste titre que l’idée du surhomme correspondait aussi à la vantardise extrême propre au rap. « C’est une manière de se placer au-dessus de la mêlée; la vantardise, j’aime ça! », aime-t-il répéter. « Ça fait partie des codes du hip-hop depuis toujours et pour moi, ce n’est pas de la facilité. Bien connaître les codes du genre, c’est ça qui me permet d’explorer, d’aller plus loin, de bâtir mon son avec intelligence. »

Ses rimes, parfois assassines, dépassent en effet la simple fanfaronnade. Si tout le monde s’entend pour dire que la production de Surhomme est plus aérée et les rythmes plus enjoués que ceux que l’on retrouvait sur l’anxiogène Contrôle, les rimes sont souvent excessivement denses, à commencer par celles de la pièce-titre dont les références à la drogue tiennent plus de la mise en garde que de la glorification.

« À mon âge (32 ans, NDLR), je suis rendu pas mal plus sage, explique Lary. Lorsque je parle de débauche dans mes chansons, je m’inspire surtout du début de ma vingtaine; le rap, après tout, c’est une musique de jeunes! J’espère être encore pertinent à 40 ans, mais c’est important de ne pas devenir un vieux qui prêche à son public. »

Bricolé avec Ruffsound et son vieux complice Ajust, les architectes sonores qui ont contribué au succès de Loud, Surhomme est à la fois plus punché et plus léger que son prédécesseur et on y respire beaucoup mieux. « Je me suis assis pendant six mois pour écrire les textes; mais la musique, ça s’est fait à la vitesse de l’éclair. Les deux gars (Ruffsound et Ajust) sont arrivés au chalet, ils ont installé leurs claviers et travaillaient tous les jours jusqu’à 23 heures. Ce sont de véritables machines, capables de sortir une dizaine de beats en une journée de travail. »

Chaque fois qu’il le peut, Lary rappelle l’importance des beatmakers dans son travail de création. « Ils travaillent comme des forcenés, surtout dans les semaines qui suivent l’enregistrement, explique-t-il. Ça prend du talent pour transformer un album de rap qui pourrait facilement devenir répétitif et lassant en quelque de riche et varié et je pense qu’ils y arrivent de façon spectaculaire. »

« Le rap chantonné, un peu doux qui domine en ce moment, j’ai compris que c’est pas mon truc. »

S’il n’a pas encore fait de percée dans le milieu pop, comme l’a fait son vieil ami Loud (qui collabore à la pièce Sac de sport), Lary ne se plaint pas de son sort, au contraire. « Je gagne ma vie correctement et avec ma ligne de vêtements (Officiel), je ne manque jamais de travail, au contraire! Et ce qui est cool, c’est que mon sideline m’offre une autre avenue créative; c’est pas comme si j’avais à retourner mopper des planchers! »

C’est cette sécurité qui permet à Lary de suivre sa propre voie, sans se soucier de plaire à tout prix. « C’est sûr que je pourrais avoir quelques tounes de club qui parlent de filles, lance-t-il en ricanant. Mais le rap chantonné, un peu doux qui domine en ce moment, j’ai compris que c’est pas mon truc. Moi, je m’en tiens à un rap plus classique, et j’espère que lorsque ce genre de son va revenir en vogue, je serai reconnu comme quelqu’un qui a toujours suivi cette voie. Je n’essaie pas d’avoir l’air d’un vieux puriste, mais j’ai parfois l’impression d’être complètement déconnecté par rapport au son d’aujourd’hui. Lorsque j’ai regardé mes playlists Spotify, je me suis rendu compte que la toune que j’ai le plus écoutée en 2019, c’est Mighty Healthy de Ghostface Killah, qui date de 1993! »

N’allez pas croire que Lary est figé dans le temps, au contraire : tout au long de l’entretien, il revient sur l’importance d’évoluer sans se dénaturer. « Cet album-là m’a amené à un autre niveau, explique-t-il. J’ai l’impression que le processus a fait de moi un meilleur rappeur, tant dans le flow que dans l’écriture. Tout ce que j’écris est quatre fois plus solide, je cherche la bonne tournure de phrase, la bonne rime et j’écarte la facilité. Faire du franglais à tout prix, par exemple, juste parce que c’est facile, ça ne m’intéresse plus. »



Quand Basia Bulat a entrepris le travail de création de son cinquième album, elle a décidé de s’affranchir de tout échéancier préétabli. « Ça n’avait aucun sens pour moi de précipiter le processus pour respecter une date butoir », dit-elle. « Les meilleurs résultats doivent prendre le temps qu’ils doivent prendre. »

Bulat, qui a été trois fois finaliste sur la courte liste du Prix de musique Polaris et trois fois aux JUNOs, a par ailleurs dû mettre le processus de côté temporairement pour se concentrer sur des questions plus personnelles comme la mort de son père et une nouvelle relation amoureuse. Lorsqu’elle est revenue au processus de création de son album, presque un an plus tard, elle l’a fait avec une nouvelle vulnérabilité et une nouvelle sensibilité.

« Peu importe ce qu’on fait en tant qu’auteur-compositeur, notre vie transparaît dans notre travail », croit-elle. « Je trouverais ça bizarre si ce n’était pas le cas. »

Le résultat final, Are You In Love?, paraîtra le 27 mars — le premier extrait, « Your Girl », a été lancé le 5 février —, et il nous permet d’observer Bulat aborder ce qu’elle qualifie de « grosses émotions » comme le deuil et la peur ou encore la compassion et le pardon.

« Tout est une question de confronter nos peurs », affirme l’artiste. « Faire preuve de compassion envers soi-même et envers les autres exige de poser un regard neutre sur les choses qui nous empêchent de nous voir, et de voir les autres, tels que nous sommes vraiment. »

C’est pour cette raison qu’elle fait référence à cet album comme « les conseils que j’avais besoin d’entendre », une référence à son album Good Advice (2016), qui a été finaliste aux JUNOs et au Polaris, et dont elle explique que « c’était un album qui parlait du fait que je n’écoute pas les conseils qu’on me donne ». L’album en question a été encensé par la critique internationale — Paste, The Guardian et Rolling Stone (Italie et Allemagne) — et il a depuis été écouté plus de 10 millions de fois.

Bulat, qui a grandi en étudiant le piano et la guitare, a créé les ébauches de plusieurs chansons de son nouvel album chez elle, à Montréal, mais c’est une série de voyages à Joshua Tree, en Californie, qui lui a permis de trouver son fil conducteur.

« C’est un lieu qui est propice à une écoute très active de ce qui nous entoure et de ce qui nous habite, ce qu’il y a au fond de notre âme, et ça permet d’identifier les vibrations qu’on souhaite extérioriser », raconte-t-elle au sujet de ce célèbre désert. « La patience est importante. Il faut s’harmoniser à ce qui nous entoure. »

Bulat est devenue fascinée par l’arbre qui donne son nom au parc national — le Joshua tree ou arbre de Josué (https://fr.wikipedia.org/wiki/Yucca_brevifolia), qui met des décennies à atteindre sa maturité — et elle y a trouvé une métaphore pour son propre long processus de création. C’est donc durant ces séjours dans le désert en compagnie du producteur Jim James (My Morning Jacket), qui a également produit Good Advice, que Basia Bulat a commencé à donner sa forme finale à l’album.

« Je vois les chansons comme des plans. »

À l’aide de stratégies comme l’écriture automatique et l’improvisation, Bulat a tiré profit de l’espace qu’elle s’est accordé pour expérimenter avec les mots et les sons — faire jouer des pistes à l’envers ou se mettre au défi d’exprimer une seule idée de plusieurs façons différentes.

Polyinstrumentiste reconnue pour sa virtuosité à l’autoharpe, Bulat a également transposé son expérimentation en composant ses mélodies sur d’autres instruments. C’est toutefois une guitare accordée à la Nashville* qui appartenait au studio Hi-Dez, où elle a enregistré l’album, qui a le plus retenu son attention. « Elle était parfaitement chez elle dans cet environnement », explique-t-elle pour décrire le son léger et diaphane de l’instrument qui avait le don de donner un nouveau sens à ses chansons.

Basia Bulat, Are You In Love, album, cover

« Je vois toujours les chansons comme les plans [d’un édifice] », dit-elle au sujet de son processus musical. « C’est par la suite qu’on décide si la maison sera construite en bois, en briques ou en pierres et si elle aura de grandes ou de petites fenêtres. »

Ainsi, pour elle, une fois que chaque chanson est devenue un plan, elle prend forme au gré de l’inspiration, et le plus souvent les paroles sont inspirées par la mélodie. C’est une des raisons pourquoi elle aime reprendre les chansons des autres. « J’adore voir comment les autres dessinent leurs plans et j’ai envie de les habiter précisément pour cette raison. »

Are You In Love? a d’ores et déjà été désigné comme un des albums les plus attendus de 2020 par CBC Music et Exclaim! et on pourra y entendre de textes de son amie Meg Remy (U.S. Girls) ainsi que des sons ambiants captés dans le désert par Andrew Woods, son mari depuis l’an dernier.

Mais Bulat — qui a partagé la scène avec de grands noms comme Sufjan Stevens, Nick Cave & The Bad Seeds, The National et Arcade Fire, pour ne nommer que ceux-là — ne se laisse pas impressionner par cette vague d’enthousiasme.

Au moment même où son équipe s’apprête à lancer la machine promotionnelle avant le lancement de Are You In Love?, elle se prépare pour une tournée internationale ambitieuse dont le coup d’envoi aura lieu dans le cadre du festival South by Southwest, et elle se concentre entièrement sur le fait de ne faire qu’un avec sa musique, peu importe les opportunités professionnelles que sa carrière pourra lui proposer.

« Chaque jour qui passe où je peux être présente, jouer avec ma guitare et chanter est un réel cadeau », affirme-t-elle. « Je suis incroyablement reconnaissante de pouvoir faire ce que je fais. »

 

* Une guitare accordée à la Nashville consiste à prendre les six cordes « hautes » d’un ensemble pour guitare à 12 cordes afin de les utiliser sur une guitare acoustique à six cordes.