L’auteur-compositeur-interprète soul Emanuel a donné une prestation à guichets fermés au club Axis de Toronto le mardi 7 décembre 2021. Ne manquez pas les images de son spectacle captivant!



Philippe BraultLe comité pancanadien de membres de notre industrie cinématographique avait choisi Les Oiseaux ivres, long-métrage du réalisateur Ivan Grbovic, comme représentant dans la course à l’Oscar du Meilleur film étranger. Le jour même de notre entrevue avec Philippe Brault, qui en a composé la trame sonore, on apprenait malheureusement que l’œuvre n’était plus dans la course aux nominations. Néanmoins, cette sélection a ravi le compositeur : « Ma musique a voyagé avec le film, réagissait-il. C’est très dur de savoir ce que ça représente et quel impact ça peut avoir [sur ma carrière], mais de se dire qu’y’a plein de gens intéressants qui vont voir ce film, c’est quand même beaucoup. »

Reconnu comme l’un des meilleurs réalisateurs de disques au Québec (Émile Bilodeau, Koriass, Patrice Michaud, Laurence Nebonne), Brault, complice de longue date de Pierre Lapointe, a eu du flair dès sa première musique originale de film, celle de La Disparition des lucioles (2018) de Sébastien Pilote, qui a valu à son compositeur l’Iris de la Meilleure musique originale en 2019.

Auparavant, « j’avais fait un peu de musique à l’image, pour la télé notamment, mais je fais surtout des albums – et de la musique pour le théâtre, raconte Philippe Brault. Dans ma carrière, j’ai toujours suivi le cours des choses, sans me demander ce que j’allais faire plus tard. Mais, j’ai fait la musique pour La Disparition des lucioles et ça s’était très bien passé, c’était vraiment le fun à faire. Je me souviens avoir dit à ma blonde : de la musique de film, j’aimerais en faire plus. »

Il en a composé quatre ces deux dernières années, celle des Oiseaux ivres, bien sûr, et, dans un tout autre registre, celle du succès Maria Chapdelaine, réalisé aussi par Sébastien Pilote. Les deux musiques ne sauraient être plus différentes : là où celle de Maria Chapdelaine se distingue par ses orchestrations de cordes franches, ses thèmes clairement définis, ses références à la musique d’antan – la podorythmie, le son rêche de l’instrument du violoneux -, celle de Les Oiseaux ivres est nettement plus diffuse et mystérieuse, collant à l’atmosphère de ce film parfois qualifié d’onirique et d’impressionniste par les critiques.

« Oui, il y a cet aspect au film, avec ses longues séquences poétiques qui donnent l’impression de se décrocher de la réalité, commente Brault. Il y a aussi dans ce film des personnages qui n’ont pas de racines bien établies, même ceux qui croient en avoir, alors je voulais d’une musique qui n’est jamais complètement ancrée. Ce sentiment flotte dans la musique – contrairement à Maria Chapdelaine, attachée au territoire, avec ses lignes claires. Dans Les Oiseaux, on cherche nos repères, la musique devait refléter ça. »

Les orchestrations de violons sont aussi la couleur principale de la musique de Les Oiseaux ivres, mais leur effet est tout autre, reconnaît Philippe Brault, « et il y a une grosse place accordée aux instruments à vent. Les cordes font beaucoup pour rehausser les ambiances, alors que les vents ajoutent de la texture. Un autre truc que j’ai apprécié de travailler sur Les Oiseaux ivres que je ne pouvais pas accomplir dans un film plus classique comme Maria Chapdelaine, c’est de pouvoir utiliser les synthétiseurs. Ils sont cachés derrière les cordes mais contribuent aussi aux atmosphères, par exemple à travers les pulsations. Même que les violons aussi ont été traités en studio, ce qui m’a permis de mettre de l’avant des idées plus modernes ».

Le compositeur dit s’être inspiré du travail de la directrice artistique André-Line Beauparlant et de la photographie de Sara Mishara pour imaginer ces ambiances musicales : « Tout le film est tourné sur pellicule, et seulement durant les heures classiques du cinéma – au lever du soleil et à la fin du jour, dans le but d’avoir la meilleure lumière », explique Brault qui, durant la pandémie, a travaillé en étroite collaboration avec le réalisateur Ivan Grbovic, qui habitait à quatre coins de rue de chez lui, ce qui facilitait les échanges. « Les images sont donc très épiques, avec des plans larges, magnifiques, avec cette lumière inondant de grands paysages, la direction photo est très particulière. Et il y a des cadrages de caméras qui donnent de la place à la musique; ça semble un peu abstrait, dit comme ça, mais je regardais ces images comme les tableaux des maîtres impressionnistes. C’est très inspirant d’accompagner ça ! »

Au moins deux autres nouvelles musiques de films signées Brault sont déjà prêtes, attendant que les œuvres prennent l’affiche ; le musicien confirme travailler sur de nouveaux projets cinématographiques, soulignant au passage qu’une des qualités requises pour se lancer dans la musique à l’image est la patience.

« Ce que j’ai compris avec le temps, c’est que dans le monde du cinéma, les résultats de ton travail, tu les mesures deux ou trois ans plus tard, explique-t-il. Le processus qui se met en place pour faire un film est compliqué : un réalisateur accroche sur ton travail, conçoit si ce qu’un compositeur fait fonctionnerait avec le type de film qu’il développe, et à partir de là, ça peut prendre encore deux ou trois ans avant qu’il ne t’approche. C’est de longue haleine, le cinéma, je trouve – contrairement à réaliser un album. Si l’album marche bien, en général, l’année suivante, je reçois plein de demandes de collaboration. Le processus est beaucoup plus court, alors que les cinéastes peuvent penser à toi, mais ils doivent prendre le temps qu’il faut pour développer le projet. C’est un monde complètement différent. »



Il y a deux ans, ElyOtto, alias Elliott Platt, 17 ans, n’aurait jamais pu prévoir qu’il vivrait une pandémie sans précédent en tant qu’adolescent ordinaire, qu’il publierait des chansons sur SoundCloud et qu’au sortir de ladite pandémie, il serait devenu une des stars de TikTok. C’est pourtant bien ce qui s’est produit dans la foulée de la publication de son immense « hit » viral.

À l’heure actuelle, « SugarCrash! » est en quatrième place des chansons les plus aimées de tous les temps sur TikTok. Elle cumule plus de 100 millions d’écoutes sur Spotify, a été remixée par Kim Petras et Curtis Waters et elle a atteint la 11e position du palmarès Hot Rock & Alternative de Billboard. Le printemps dernier, le magazine SPIN a sacré ElyOtto le « visage de l’Hyperpop ». Il a depuis lancé les simples « Let Go », « Teeth » et la plus osée « Profane ».

EllyOttoElyOtto, dont la musique est éditée par Otto Dynamite Ltd, a commencé à écrire de la musique en 2016 et à publier ses chansons sur SoundCloud l’année suivante. Côté sonorité, il s’est inspiré d’artistes pop expérimentaux et du rap qu’il entendait sur SoundCloud. « J’avais l’habitude de passer plein de temps à surfer au hasard sur SoundCloud pour essayer de trouver les trucs les plus obscurs », explique l’adolescent de Calgary. « Je suis tombé sur quelqu’un qui s’appelle Kid Trash Pop et j’étais comme “wow, c’est quoi cette musique?!” C’était crotté, robotique, artificiel, luisant et coloré. Je n’avais jamais vraiment entendu ça en musique avant et j’étais super intrigué. Plus tard, j’ai découvert 100 Gecs et je me suis dit qu’il fallait que j’aille dans cette direction, c’est une musique hallucinante qui me semblait super amusante à créer. »

Créer le magnifique chaos que peut être l’hyperpop a été un processus d’essais et d’erreurs avec des beats contradictoires et des influences punk jusqu’à ce qu’ElyOtto finisse par trouver quelque chose qui fonctionne. « J’ai fait plein de tounes terriblement mauvaises que j’ai détruites, mais dans le lot, il y avait “SugarCrash!” qui sonnait vraiment bien », raconte ElyOtto.

Mais comme il l’explique, « SugarCrash! » est née de l’amalgame de plusieurs pièces différentes. « Les paroles viennent d’une autre chanson », dit-il. « L’instrumentale date de mes débuts, genre le lendemain du début de la pandémie, et elle était très orchestrale. C’était pas du tout de l’hyperpop. J’ai totalement oublié cet instrumental pendant très longtemps. J’y suis revenu avec des paroles que j’avais écrites en une journée, c’était presque de l’improvisation, mais pas à 100 %, et je me suis enregistré avant de la transformer en morceau hyperpop. Ç’a cliqué. »

La pièce n’est pas devenue virale comme elle l’est maintenant du jour au lendemain, mais sa popularité a été immédiate. « J’ai publié ça vers minuit le 26 août 2020 et le lendemain j’ai fait une petite vidéo promotionnelle sur TikTok en me disant qu’il y aurait peut-être quelques amis qui iraient l’écouter », poursuit ElyOtto. « Je ne m’attendais pas à ce qu’elle explose comme elle l’a fait, mais chaque fois que je rafraichissais la page, le nombre de “likes” augmentait et je recevais des commentaires du genre “ça va être gros” ou “c’est vraiment génial”. J’avais de plus en plus d’abonnés et je faisais les 100 pas sur le quai de la gare de train en me disant “mon Dieu, je ne peux pas croire ce qui est en train de m’arriver!” C’était vraiment très excitant. »

Pendant toute l’année qui a suivi, « SugarCrash! » a poursuivi sa conquête du monde et elle a même été utilisée dans une vidéo de Nick Luciano qu’il a envoyée à ses millions d’abonnés le 23 février 2021. « Je n’ai pas compris tout de suite que ma chanson était devenue un phénomène planétaire jusqu’à ce que, un an plus tard, plein de monde l’utilisait dans leurs TikToks », se souvient ElyOtto.

Désormais sous contrat avec RCA Records, il prépare la parution de son premier EP et continue de créer de nouvelles chansons. Préférant écrire en solo, il affirme que toutes les expériences qu’il vit peuvent lui inspirer une chanson, ce qui signifie qu’il écrit des chansons aussi souvent que possible et peu importe où il se trouve. « En général, j’attends que l’inspiration me vienne », explique-t-il. « C’est souvent quand je suis dans le bus, car le trajet pour me rendre à l’école est très long, alors j’ai le temps de laisser les textes et les mélodies me venir en tête. J’essaie de vivre plein d’expériences dans des partys et d’autres trucs que les jeunes de mon âge vivent afin qu’ils puissent s’identifier à ce que je crée. »

Quand il ne travaille pas dans GarageBand, ElyOtto utilise également la guitare, le banjo et, à l’occasion, le piano pour composer ses musiques. Si vous croyez que le banjo est aux antipodes de l’hyperpop, le jeune artiste s’empressera de souligner qu’il n’est pas un artiste unidimensionnel.

« Je crée dans plein de genres différents », affirme-t-il. « Je ne suis certainement pas prisonnier de l’hyperpop, mais c’est quand même ce que je crée le plus ces derniers temps parce que c’est vraiment amusant à faire. Tout se passe dans l’ordinateur, alors je peux travailler n’importe où, dans le bus ou ailleurs. Mais à la maison, quand je joue avec un groupe ou durant une séance de création, tant qu’il n’y a pas d’ordinateurs impliqués, je préfère écrire dans des genres comme le folk, le punk et le bluegrass. »

Ces autres facettes de sa création sont sur la glace pour l’instant pendant que le jeune créateur se concentre sur son exploration de l’univers hyperpop dont ses fans sont affamés. « Je travaille sur des vidéoclips avec des amis de l’école », confie-t-il. « On fait des trucs un peu plus lo-fi, mais j’espère avoir accès à un studio de cinéma pour créer des trucs un peu plus léchés et professionnels pour mon EP. Je vais créer plein de visuels pour cette musique et j’espère que mes fans ont hâte de voir tout ça, parce que je sais que moi j’ai hâte. »