Il s’en fait peu des réalisatrices dans le monde de la musique. On pense rapidement à des auteures-compositrices qui ont pris les commandes de leurs projets créatifs, comme Émilie-Claire Barlow qui, avec son collaborateur Steve Webster, étaient nommés lors du récent gala des Junos dans la catégorie Réalisateur de l’année, ou Grimes qui signait Art Angels, l’un des albums les plus salués de la critique en 2015.

Une nouvelle venue se pointe parmi ce groupe restreint de filles auteures-compositrices-interprètes, beatmaker et réalisatrices, et, curieusement, elle porte un prénom masculin. RYAN Playground, Geneviève Ryan-Martel sur son certificat de naissance, faisait paraître un premier EP en février dernier, Elle, paru sous l’étiquette Secret Songs d’un autre beatmaker canadien, Ryan Hemsworth. Une première offrande qui met en lumière une écriture impressionniste, basée davantage sur les rythmes et ambiances en dentelle de Miss Playground que sur la structure a-b-a-b-c-a d’une chanson pop.

« Je ne me limite jamais à une structure prédéfinie. »

« Je ne me limite jamais à une structure prédéfinie, affirme la Montréalaise. Quand j’ai terminé avec une partie, je construis la prochaine de la façon que je veux en fonction du moment présent. Cela ne me dérange pas si, au final, cela sonne comme s’il y avait plusieurs chansons dans la même pièce. Les structures bizarres m’inspirent et j’espère qu’elles inspirent ceux qui souhaitent entendre quelque chose de nouveau. »

Si Elle est largement autoproduit, fruit d’un travail d’orfèvre, RYAN a quand même laissé le soin à Hemsworth de réaliser Folders, le premier simple d’Elle, chanson qui s’avère on ne peut plus unique à ses yeux : « Les paroles de cette chanson signifient beaucoup pour moi et je souhaitais vraiment travailler avec lui, donc c’était une occasion géniale de le faire. J’ai toujours été fan de Secret Songs, et de lancer Elle via cette étiquette était la chose logique à faire. »

À la lumière de son agenda chargé, les prochains mois risqueront de faire du nom RYAN Playground l’une des nouvelles figures de proue de la musique électronique au pays : « Je travaille sur un nouveau projet qui devrait voir le jour à la fin de l’été, début automne et qui devrait inclure plus de collaborations. Elle conclut : « Oh, et les gens un peu partout au pays devrait être en mesure de me voir en spectacle en mai! »


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Lorsque John MacPhee n’avait que 10 ans, son grand frère lui a appris à jouer « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana à la guitare électrique. Ni l’un ni l’autre ne se doutait à ce moment que vingt ans plus tard, le plus jeune des deux frères serait le leader du groupe pop rock Paper Lions, formé de son frère Rob à la basse, de leur voisin d’enfance Colin Buchanan, à la guitare, et de leur copain du secondaire, David Cyrus MacDonald à la batterie.

« On jamme ensemble depuis belle lurette », explique McPhee, aujourd’hui âgé de 33 ans. « Nous sommes vraiment comme une famille, nous avons tellement partagé d’expériences, des bonnes comme des mauvaises. Il existe entre nous un lien qui est encore plus fort que l’amitié. »

MacPhee croit que c’est ce lien qui leur a permis de soutenir leur évolution depuis qu’ils ont commencé à jouer ensemble il y a douze ans à l’Île du Prince Édouard, où ils habitent toujours.

« Je crois que nous sommes passés au niveau supérieur dans tout ce que nous faisons. » — John MacPhee de Paper Lions

Cet esprit de corps a également permis au groupe, qui a déjà assuré les premières parties de groupes tels que CAKE, Tokyo Police Club et Hollerado, entre autres, de repousser leurs limites musicalement et leur plus récent album, un troisième, intitulé Full Colour en fait foi, tout comme le premier extrait à en avoir été tiré, « Believer », et ses synthés très accrocheurs.

« Je crois que nous sommes passés au niveau supérieur dans tout ce que nous faisons », de dire MacPhee au sujet de cet album qui doit paraître à l’été 2016. « Nos compositions, notre écriture, la réalisation… tout ça. Nous en sommes incroyablement fiers. »

Pour la création de cet album, le groupe a passé de nombreuses heures dans un studio de Charlottetown qu’ils louaient à raison de quelques jours par semaine. « La création et l’enregistrement de ce disque se sont fait un peu comme un emploi de 9 à 5 », confie-t-il. « C’était un processus très différent de nos albums précédents, mais vraiment gratifiants. »

Il poursuit en expliquant que le fait de pouvoir travailler ensemble, sans interruption, sur de nouvelles sonorités, sans compter le fait de pouvoir compter sur le talent d’ingénieur du son et de réalisateur de leur collègue Colin Buchanan, leur a permis d’expérimenter à leur propre rythme. « Nous avions environ 25 démos quand nous avons commencé le processus d’enregistrement », se souvient-il en riant. « C’est pour ça que cet album est beaucoup plus varié dans ses sonorités et ses atmosphères. »

Déjà reconnu pour ses vidéo-clips amusants, le quatuor s’est concocté une scénographie en concert qui comporte une passerelle et des projections qui viennent soutenir l’énergie des chansons du nouvel album. « C’est vraiment le fun », dit MacPhee. « Je suis convaincu qu’avec le recul, nous pourrons dire que cet album et ce nouveau spectacle auront été un moment décisif de notre carrière. »

Et si leur récent passage au Mod Club de Toronto en fait foi, MacPhee a sûrement raison de croire cela. Il se souvient avoir arpenté ladite passerelle devant une salle à guichets fermés et avoir entendu la foule chanter avec lui. Et lors d’un passage, il a carrément laissé l’auditoire chanter à sa place. « C’était la première fois qu’une telle chose se produisait », raconte-t-il en riant. « Je n’avais plus aucun contrôle. C’était fantastique pour moi en tant qu’artiste de scène et auteur-compositeur de voir une de mes chansons appréciées de cette façon. »

Peu importe ce que le futur leur réserve, MacPhee affirme que le groupe n’a pas l’intention de quitter sa province. « Ça signifie de longues heures sur la route, mais on n’a pas de problème avec ça. Les avantages, pour nous, d’être établis ici plutôt qu’ailleurs surpassent les inconvénients », explique l’artiste, citant en exemple leur acquisition d’un presbytère néogothique de 240 m2 pour la ridicule somme de 80?000 $. « Ce serait impensable dans n’importe quelle autre ville. »

Mais quoi qu’il en soit, MacPhee affirme que c’est avant tout pour pouvoir demeurer près de leurs amis, de leurs fans et de leurs familles que les membres du groupe s’entendent tous sur ce point. « Cela nous offre une certaine sécurité », ajoute-t-il. « Et c’est sans doute cette sécurité qui nous a permis de continuer à faire ce que nous faisons depuis si longtemps. »

Faits saillants

  • La vidéo de la chanson « Travelling » de Paper Lions a été visionnée 7,65 millions de fois à ce jour sur YouTube.
  • Das sa précédente incarnation nommée Chucky Danger, le groupe avait remporté le prix de l’enregistrement pop de l’année aux East Coast Music Awards en 2006 pour leur EP 6— pack.
  • Fin 2015, ils ont fait la connaissance du musicien de rue âgé de 12 ans, Braydon Gautreau à Charlottetown et la même semaine l’ont invité sur scène pour chanter « Travelling ».

Discographie :
Two Brothers, a Major, and a Minor (2003), 6-pack (EP, 2004), Colour (2006), Chucky Danger (2007), Trophies (2010), At Long Creek (2012), My Friends (2013), Full Colour (2016)

 


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Laurence Nerbonne

Photo: Kelly Jacob

Il y a un an, Hôtel Morphée annonçait la séparation du groupe dans lequel Laurence Nerbonne officiait comme chanteuse, une fin précipitée qui a pris tout le monde de court. « J’ai été aussi surprise que toi par cette annonce, dit Laurence. On a fait différents choix de vie et de carrière, on n’avait plus les mêmes objectifs. Reste qu’Hôtel Morphée a été la meilleure école pour moi. »

Bien que rapide, la transition s’est opérée en douceur : « Dans un groupe, chacun occupe une position. Là c’est comme s’il n’y avait plus de distance entre mes chansons et moi, entre le public et ma personne. L’approche est encore plus authentique; je me présente pour ce que je suis, je n’en avais pas vraiment eu l’occasion avant. »

Comme Marie-Ève Roy, Fanny Bloom et même Beyoncé (!), Laurence Nerbonne embrasse le beau vertige de l’aventure en solo. Elle a lancé le 18 mars un premier album sous son nom. Sur Montréal XO, premier extrait, elle annonce son retour en jubilant :

 

Je reviens, je reviens chez moi
Je reviens, cette fois fais-moi entrer (…)
Je reviens, cette fois je vais rester (…)
Je reviens, le courant va passer

Un retour qui ressemble à une arrivée, Laurence parle même de « naissance ». « Il y a un vertige et de la fébrilité, mais en même temps, je n’ai jamais été aussi prête. J’assume tout. »

Qui a peur de la pop?

XO propose 10 chansons ficelées avec l’aide de Philippe Brault à la réalisation. Il y a les moments doux-amers et une recherche sonore élaborée qui évoquent la pop scandinave, et les chansons qui font l’effet d’une petite bouffée d’air frais et printanier. Formée en violon classique, émue par la musique à un tout jeune âge, Laurence se dit très attirée par la pop actuelle, des producteurs Diplo et Skrillex à The Weeknd, en passant par Christine & The Queens, elle s’est imprégnée de tout Laurence Nerbonnece qui se fait aujourd’hui. « Je constate qu’en ce moment, on cherche beaucoup de choses dans la musique et qu’elle occupe une place plus importante que jamais dans nos vies. On travaille seul devant l’ordi… Bien des gens ponctuent leurs occupations d’une trame sonore qui leur fait du bien et les émeut. Les gens ont besoin de musique. »

La musique est-elle aussi présente parce qu’elle n’a jamais été aussi accessible? Il y a des irritants pour les créateurs dans la rétribution des droits d’auteurs, tout n’est pas rose, ni tout à fait au point. « J’en parlais justement avec mon ami Stefie (Shock) qui a connu l’âge d’or de la vente d’albums. Moi ça m’affecte moins, car je n’ai jamais été de la génération qui vend des disques… Je pense qu’on est dans une période d’ajustement par rapport au streaming et aux nouvelles façons de diffuser la musique. On ne peut pas se contenter de déplorer ce phénomène, car maintenant, ça passe par là. »

Fan de Lykke Li et de Lorde, Laurence a beaucoup de respect pour le travail de cette dernière. « C’est une fille qui s’est affirmée et qui a pris sa place en studio, qui a refusé des idées d’arrangements pour mettre de l’avant les siennes, elle utilise souvent sa voix, ce que je fais aussi. Quand j’avais le choix entre des synthés ou ma voix, c’est souvent ma voix « pitch shiftée » (dont on a accentué les aigus ou les graves) que j’ai utilisée. »

 

Une femme libérée

Dans ses textes, Laurence aborde les préoccupations de la génération qui monte. Tinder Love questionne les amours précipitées qui naissent dans le cyberespace et la désillusion que ce type de rapport humain peut engendrer. Le titre de l’album, XO – une bise et un câlin – est-il lui aussi en lien avec les façons que nous avons de démontrer de l’amour sur les écrans? « Oui dans sa signification première, mais il signifie également « humain complètement libre » en langage web. Ce n’est pas un code connu de tous, mais des jeunes l’utilisent dans le sens de s’apprécier au-delà des orientations sexuelles, distinctions de genres et de nationalités. Le nouveau jeune est plus ouvert, moins dans les stéréotypes. Peut-être parce qu’il a moins subi les contrecoups de la religion catholique? Moi je le trouve inspirant. On est plus dans l’acceptation que dans la glorification des barrières et des frontières. »

Il y a quelque chose de frais dans la proposition pop scintillante de Laurence Nerbonne, un vent de changement traverse l’album. « J’ai envie de faire les choses avec de l’empowerment. Avec Montréal XO, j’ai voulu recréer ce sentiment qu’on a quand on est dans un bar, qu’on entend une chanson qu’on aime, que tout le monde se met à danser et qu’on vit quelque chose ensemble. » Laurence tenait à ce que cette euphorie-là traverse ses chansons. Elle a enfin la possibilité de tout faire sans compromis.

« Je me lance dans le vide et ça m’excite au plus haut point. »


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