Nous avons assisté à la Plage Musicale du mercredi 16 septembre passé, une série de spectacle organisée par la maison de disque Audiogram au Village au Pied-du-courant à Montréal.

Deux finalistes du Prix de la chanson SOCAN 2020 étaient en prestation, Laurence-Anne et Bon Enfant ainsi que Valence, gagnant de la chanson thème des Francouvertes 2021.

Ne manquez pas nos images de l’événement !

Vous trouverez l’horaire et la programmation des prochaines soirées Plage Musicale ici.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 



La directrice générale des Francouvertes est fébrile à l’aube de la reprise des préliminaires de sa 24e édition. Rencontre avec une femme déterminée.

Sylvie Courtemanche a pris un risque en 2005 en relançant elle-même le concours de la relève initié par l’organisme Faites de la Musique, qui avait lieu au Zest dans l’est de Montréal depuis 1995, et qui a plié bagage à sa huitième présentation en 2003.

« Avant, je travaillais avec des gens comme Steve Faulkner, la vieille garde, j’étais zéro relève. Pourtant, j’ai financé la première édition avec mes salaires de relationniste de presse avoue-t-elle ».

Les Francouvertes, rappelons-le, reçoivent entre 150 et 250 candidatures chaque année pour n’en retenir que vingt-et-une après un rigoureux triage. Avec le foisonnement de talent, on a l’impression que Les Francouvertes vivent une période dorée. « Il y avait autant d’inscrits il y a vingt ans, mais on en entendait juste moins parler parce que l’Internet n’avait pas autant d’importance ».

Onze soirées donc, où chaque artiste a trente minutes pour jouer ses compositions et impressionner un jury de sept membres de l’industrie et le public présent. La COVID-19 a chambardé le déroulement des préliminaires. Déjà douze participants sont passés et la reprise a lieu du 28 au 30 septembre. Tout de suite après les Francos et Pop Montréal. Une année de même.

« Au début de la crise, raconte Courtemanche, j’avais un peu mis mes lunettes roses, j’étais optimiste; on avait envisagé environ 70 scénarios de reprise possibles. Finalement, on a vite écrit aux artistes parce qu’on ne voulait pas annuler. On cherchait des solutions ».

Avec ses dates de fortune, tout se chevauche. « C’est une épopée ce qu’on est en train de faire. Si on sort de la 25e édition vivant l’an prochain, ça va être un exploit. Habituellement, à ce temps-ci de l’année, c’est la période de recrutement pour l’année suivante, la planification et la reconduite des commandites. On a beaucoup de commanditaires qui nous donnent un petit mille piasses par-ci par-là, mais notre principal, c’est le présentateur officiel, Sirius XM. Si ce dernier se retirait, on meurt ».

Sylvie CourtemancheLes Francouvertes bénéficient également de nombreux partenaires, dont la SOCAN qui, en plus d’offrir le Prix Paroles & Musique SOCAN, présente la série ‘’J’aime mes ex’’ qui met en vedette d’anciens participant.es en lever de rideau. Cette année, on a préféré préenregistrer celles-ci afin de limiter les changements de scène. On pourra également voir les soirées de préliminaires en streaming payant (une opération à perte selon elle). Les 160 premières personnes à débourser dix dollars pourront joindre leurs voix aux 80 personnes admises au Lion d’Or et qui pourront voter.

L’écosystème musical a changé en 20 ans. « Les labels sont plus nombreux à se déplacer. Avant on les voyait à partir de la demi-finale, maintenant ils sont présents dès les préliminaires ». Il y a plus de visibilité. « C’est rare que des artistes inscrits aux Francouvertes ne soient pas déjà un peu dans le circuit avec une certaine expérience de scène, et qui tournent dans des bars comme l’Escogriffe et le Pantoum à Québec. C’est parfois un coup de dé. On ne fait pas d’audition. Ils se tournent vers chez nous, mais il y a plein d’autres concours, Granby, Ma première Place des arts… Mais il y a des bibittes qui arrivent de nulle part. Damien Robitaille, gagnant de l’édition 2005, en est un exemple. On fait du maraudage dans les festivals pour voir quel artiste n’est pas encore signé, alors on peut les inviter à s’inscrire ».

Quelques mots sur d’illustres participants?

Loco Locass (2000) : « Tout le monde voyait les Cowboys fringants comme la formation gagnante cette année-là, mais les gars en ont jeté plein la vue entre autres en ajoutant Charles Imbault à la trompette. Leur dynamisme et les surprises sur scène ont eu raison des Cowboys, je crois. De plus le rap était tellement moins présent à l’époque que leur proposition les démarquait. C’était fou cette finale ».

Les sœurs Boulay (2012) : « Au Lion d’Or, on entendait une mouche voler et au Club Soda pour la finale aussi. Même la gang de l’industrie à l’arrière de la salle était tout ouïe ! Le projet des deux ensembles est né aux Francouvertes. Léger imbroglio puisque Mélanie avait aussi déposé sa candidature pour son projet solo ».

Les Hay Babies (2013) : « Elles sont arrivées aux préliminaires en ne sachant même pas qu’elles faisaient partie d’un concours. Elles ne savaient pas ce qu’étaient les Francouvertes. C’est leur gérant qui les avait inscrites sans leur dire ! ».

« Je suis un peu môman. Moi, calme? Je suis le contraire ! Je me suis calmée avec les années. Je suis toujours un peu nerveuse du déroulement de la soirée. J’aime encore ça, même si je me demande chaque fois si c’est ma dernière année. Mais il y a toujours quelque chose qui m’accroche : des nouvelles idées pour les réseaux sociaux, un nouveau règlement, c’est là que je sens que je suis à mon meilleur dans mon rôle. Ensuite, c’est de s’entourer de collaborateurs plus jeunes et qui vont voir plus de shows que toi, raconte la quinquagénaire heureuse ».

Alors, qui succédera à Original Gros Bonnet, grands gagnants de l’an dernier ? « La plus belle chose qu’un.e participant.e peut me dire c’est : on s’en fout à la limite de ne pas gagner, on a rencontré du monde, fait des contacts, on est content de notre expérience. Ça va au-delà de l’aspect concours. Il y a plein de bands des Francouvertes qui ont tissé des liens sur scène avec d’autres artistes de la soirée ».



Jonathan Personne décolle de la réalité sur Disparitions, une collection de dix plages orchestrales et ténébreuses. Du rock aux effluves garage ou yé-yé (diront les plus vieux) qui propose, en quelque sorte, une version améliorée de la fin des années 1960 et du début de la décennie qui s’en suit. La nostalgie d’une époque qu’il n’a pas connue.

On écoute Terre des Hommes, second extrait de la nouvelle offrande de Jonathan Personne, traversé par une certaine idée du Parc Jean-Drapeau et des ruines d’Expo 67. « Seul face à l’histoire », entonne-t-il en posant sa voix gorgée d’écho sur ce morceau qu’on croirait à la fois modelé par l’utopie naïve d’une autre ère et marqué par le désenchantement de la nôtre. Comme s’il avait su déterrer les dernières traces et artéfacts d’un Montréal perdu pour en faire quelque chose de franchement actuel, de vaguement sci-fi et écologiquement engagé.

« C’est sûr que je voulais revenir à des thèmes que j’avais abordés dans le premier album, c’est-à-dire la fin du monde. Je voulais des trucs quand même assez imagés, des gens qui prenaient des vaisseaux pour fuir la planète avant que ça pète. C’est tragique, oui, mais je me plaisais quand même à m’imaginer ça. »

Réalisateur de vidéoclips et illustrateur à ses heures, Jonathan Personne (né Robert) carbures aux arrangements élaborés parsemés de flûte, de claviers Rhodes et de petits bruits d’animaux comme les oiseaux et le chien qu’on entend sur Disparitions. Une instrumentation surprenante et riche en textures qui confère à sa musique une propension cinématographique.  Un jour, l’artiste multidisciplinaire aspire à créer la trame sonore de son propre film. Il planche d’ailleurs sur un court-métrage à l’heure actuelle. Un film dont il cache jalousement l’histoire pour le moment.

Et si l’audition et la vue s’entremêlent si naturellement dans sa pratique, c’est sans doute à cause de ses facultés de synesthète, une condition un peu magique qui l’habite au même titre que Philémon Cimon, Thom Yorke et Billie Eilish, par exemple. C’est moins rare qu’on le croit chez les musiciens professionnels.

« La pochette n’est pas mauve, mais c’est à cette couleur-là que j’associe l’album. Il y a du vert aussi quand j’entends les tounes. Pour Junior de Corridor, les trois couleurs principales c’est bleu, un espèce de rouge vin et un genre de jaune un peu ocre. […] Je pense que la synesthésie, un mot que j’ai appris il y a deux semaines, me nourrit comme illustrateur. La musique et les arts visuels se sont toujours influencés mutuellement, il n’y a pas tant de hiérarchie pour moi. Un visuel fort pour un artiste, c’est très, très important surtout quand t’as pas une grande personnalité. »

Jonathan PersonneDisparitions a justement été façonné dans la foulée de la sortie de ce disque de Corridor, groupe dont il fait partie, une œuvre parue sous l’égide de la prestigieuse étiquette américaine Sub Pop Records. Ce bouquet de chansons solo témoigne de l’épuisement professionnel ressenti par Personne au moment où tous ces rêves semblaient en fait se réaliser. Si ce tourbillon lui a finalement été profitable sur le plan créatif, il se promet désormais de se ménager un peu plus.

« L’histoire de cet album est quand même assez particulière et c’est ce qui en a inspiré l’écriture. C’était comme un gros moment de surdose de travail, un épisode contradictoire où j’ai combattu le feu avec le feu en me pitchant sur un autre projet quand j’étais à bout de tout. […] C’était une prise de conscience aussi. À l’avenir, je saurai dire non. »

Immortalisé sur rubans et auprès de Guillaume Chiasson (Ponctuation, Bon Enfant) qui a fait de l’enregistrement analogique sa marque de commerce comme technicien, Disparitions témoigne d’une certaine prise de risques. Emmanuel Ethier, le réalisateur, a ensuite dû composer avec quelques légers « feedbacks », de petites gaffes qui confèrent aux pièces un aspect encore plus organique.

« ‘’Une erreur qui sonnait bien‘’, c’est notre devise au sein de Corridor depuis l’enregistrement de notre premier album. On se laisse un peu le droit à l’erreur. C’est humain et, comme ça, on ne sonne pas comme des robots. »

« Quand c’est trop beau, dira-t-il aussi, ça devient laid. »

 En spectacle le 23 septembre, dans le cadre de Pop Montréal