C’est à moins d’une semaine de la sortie de son quatrième album Des feux pour voir que Marie-Pierre Arthur annonçait un spectacle-surprise pour en souligner le lancement au bar L’Escogriffe (Autorisé à vous divertir), le 23 janvier 2020.

Quelques jours après cette première rencontre avec son public, elle était encore sur un nuage: « C’était tellement beau de vous voir, je suis aux oiseaux de la réception du disque… MERCI. »

Nous y étions pour capturer ce moment important de la membre SOCAN alors qu’elle présentait l’essentiel des chansons tirées de cet album qui se mérite déjà des éloges :

« Voilà un album inspiré et inspirant qui touche indéniablement la cible. », Geneviève Bouchard, Le Soleil

« Des feux pour voir devient, par ce fait, la première sortie importante de la décennie au Québec. », Mathieu Valiquette, ICI Musique

« Ceux qui aiment le confort pop seront déroutés. Ceux qui aiment la Marie-Pierre Arthur tripeuse et exaltée seront emballés. », Alexandre Vigneault, La Presse

« Un grand disque qui annonce le printemps avant l’heure ! », Claude Côté, Le canal auditif

Pour télécharger ou écouter Des feux pour voir, c’est par ici.

Pour l’horaire des prochains spectacles de Marie-Pierre Arthur, c’est par ici.

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Brown FamilySi un bon père est un père admiratif, Robin Kerr a sans doute été pour ses fils un très bon père. « Je me souviens que j’avais enregistré une cassette sur une enregistreuse Fisher-Price. Pour enregistrer, c’était vraiment la grosse affaire dans le temps », raconte en riant le cadet de ces fils, Greg Beaudin, attablé chez le café et disquaire montréalais 180g afin de discuter de brown baby gone, second album de la Brown Family, trio que complète son paternel ainsi que son frangin aîné, Jam (K6A, Jam&Pdox).

« Faque c’est ça: j’avais enregistré une cassette avec toutes les tounes que j’avais écrites et j’en avais donné des copies pour Noël à mon père et à ma mère. Et mon père l’écoutait TOUS LES JOURS. Ça devait être horrible, mais pour mon père, c’était le meilleur rap au monde, juste parce que c’était moi. J’avais 9 ans et j’étais un génie. J’étais le Mozart du rap. »

Une vingtaine d’années plus tard, cette admiration du père pour ses fils, et des fils pour leur père, contribue sans doute beaucoup à la force d’évocation, à la profondeur, de leur musique, quelque part entre rap, soul et reggae. C’est que, bien que sans nécessairement célébrer la famille, leurs morceaux portent tous en leur creux l’idéal d’un réel dialogue père-fils, une précieuse et rare opportunité qui élude malheureusement à tant de pères et de fils.

« Ce projet, ça fait de nous une famille plus riche, observe Greg. Pendant une période de notre enfance, on a peu vu notre père et ça nous a beaucoup rapprochés. Ça nous a permis d’avoir de bonnes discussions en profondeur, sur plein de sujets dont on n’aurait jamais parlé avant. »

La création de ce deuxième disque aura ainsi été l’occasion de véritables débats sur la signification d’un texte, par exemple. Issu du monde du reggae, le patriarche Robin préconise généralement une écriture enracinée dans une noble simplicité, comme dans Tomorrow Night: « The sky is grey, it can be blue right now / Life is sweet, it can be sweeter somehow / The sun is shining, yes, it shines so bright / Yes I say the moon is shining, shine so bright ».

« Mon frère et moi, on aime beaucoup écrire dans l’abstraction », rappelle quant à lui Greg, mieux connu sous le pseudo Snail Kid au sein de Dead Obies. « Notre père, lui, il nomme les choses. S’il fait une chanson d’amour, il va dire huit fois à la fille qu’il l’aime. C’est très terre à terre. On s’est un peu obstiné avec lui là-dessus au départ, mais il nous a expliqué que c’était important pour lui que ce qu’on dit soit compris par les gens chez lui en Jamaïque. »

Que pense cet homme de foi des propos parfois profanes (mettons) que tiennent ses fils? Greg rigole à nouveau. « Je pense qu’il l’a dit deux ou trois fois que ça l’agaçait. Quand il y a quelque chose qui ne passe vraiment pas, on est ben ouverts à corriger le tir. C’est ce qu’il y a de bien avec ce projet: il faut qu’on se trouve tous un terrain, que tout soit cohérent. Sans travestir ce que je voudrais dire, je me rends compte parfois qu’il y a des affaires qui n’ont pas leur place avec ce projet-là. La culture plus party, plus ego trip, ça a sa place avec Dead Obies, et moins quand je suis à côté de mon père. » On ne se comporte pas de la même manière avec la famille, qu’avec ses chums.

Trucs d’écriture

Pour Greg et Jam de la Brown Family, l’important, c’est de lancer le plus d’idées possible, le plus rapidement possible. « On commence avec quelque chose de très simple, un sample mis en loop et on crache tout de suite les premières idées qui nous viennent en tête. Ce n’est pas toujours des mots, c’est souvent juste des onomatopées, juste un flow avec deux, trois idées dedans. Quand tu n’as pas de texte préalablement écrit, tu te surprends à faire des choses auxquelles t’aurais jamais pensé. Si j’écris ligne par ligne mon texte, je finis par toujours voir où mon punch line va arriver. Il faut que je joue des tours à mon cerveau. »

La Brown Family se sera par ailleurs rendue pour la première fois en Jamaïque en fin de processus de création. Un retour en terres natales pour Robin Kerr, et une première visite chez leurs aïeuls pour Greg et Jam (le réalisateur Jean-François Sauvé a d’ailleurs tiré de ce court périple un mini-documentaire et quelques clips).

« C’est difficile de nommer ce qu’il y a de Jamaïcain en moi », confie Greg, qui est né au Québec et dont la mère est une Québécoise francophone. « On avait beaucoup parlé du time frame jamaïcain avant de partir et j’ai constaté à quel point il y a là-bas un rythme beaucoup plus lent. Les gens ne se pressent pas, ils prennent le temps pour apprécier les moments. Personne ne fait de faux sourire, de small talk poche. Tout ce qui détonne chez notre père au Québec prend son sens là-bas. »



Retour en arrière : enregistré en 2018 dans le repaire de son groupe Your Favorite Enemies, l’ancienne Église Saint-Simon de Drummondville, le compositeur Alex Henry Foster s’offre une première et bénéfique incursion en solitaire avec Windows in The Sky.

 Alex Henry FosterSuite au décès de son père, Foster s’est exilé pendant deux ans à Tanger, au Maroc. Tristesse, deuil, dépression, quête intérieure, le musicien et entrepreneur avait besoin d’une pause.

« Quand j’ai appris la nouvelle, je revenais de tournée et quatre jours plus tard on était en tête d’affiche d’un gros festival à Taiwan devant 90,000 personnes. C’est fou. Quand t’es dans un groupe et que tu fais le tour du monde, le rapport à la réalité est toujours un peu décalé, c’est normal que les gens soient fins avec toi. Au niveau humain et affectif, tu te dis : dans quelle mesure ma vie est un peu un artifice ? C’est facile de perdre la notion de la réalité. Je me suis simplement caché derrière l’épais rideau des cris lointains ».

Même si la virée asiatique aura permis à Your Favorite Enemies de composer trois chansons pour le jeu vidéo Final Fantasy: Dissidia, (les premiers non-Japonais à faire la musique du jeu), Foster en avait assez. « Après Tanger, je me suis permis d’être, tout simplement, et de mettre tous les compteurs à zéro ».

Depuis la formation du groupe de Varennes en 2006, l’ascension du sextet Your Favorite Enemies (pensez Radiohead, Swans, Nick Cave) fait tourner les têtes. Apôtres du Do It Yourself ou DIY, le collectif a pondu bon nombre d’albums et de EP’s dans le studio Upper Room aménagé dans le lieu de culte acquis par le band à la fin des années 2000 ; donné des concerts dans dix pays, vendu plus de 150,000 albums avec des clips dépassant les 500,000 vues tout en étant relativement méconnu ici.

Tous les pressages des vinyles, la conception des pochettes, l’impression des t-shirts et autres objets-souvenirs sont aussi fabriqués dans l’ancienne Église. Et Your Favorite Enemies continue d’alimenter la toile : The Early Days qui sort le 31 janvier prochain relate la genèse du groupe, de 2006 à 2009 (titres remixés et rematriçage des bandes des deux premiers EP, démos inédites, versions alternatives des chansons coup de cœur, l’intégralité de leur premier concert à Tokyo en 2008, etc.). Tout est fait maison, y compris la gérance et la tournée.

« La création de Windows in the Sky ne s’est pas faite dans la perspective de faire un album ni de retour sur scène. Ce n’est pas de la musique que tu mets quand tu reçois la famille au jour de l’an, il y a beaucoup de texte et de narration. C’est complètement différent de YFE. Il y a de la trompette, du violoncelle…»

Windows in the Sky est un album subtil, surprenant de vigueur, fait d’un assemblage de morceaux nerveux, toujours avec cette poésie parlée et introspective si caractéristique à Foster qui irradie une folie orchestrée tout en cultivant toute l’ambiguïté de sa personnalité en eaux troubles. Il sait largement remuer les méninges, mélangeant sons clairs et saturés.

« Ça m’a pris de court, l’album n’a pas été écrit dans une perspective de commercialisation, mais je pense que les fans de YFE avaient envie de me recevoir dans cet univers ».

Après trois soirs concluants à New York au début décembre dernier, Foster et The Long Shadows, son groupe qui est en bonne partie constitué des membres de YFE, retournent en Europe avec 26 concerts prévus en février et mars. Mais il garde un excellent souvenir de la Grosse Pomme : « une mini-salle de rien avec très peu de support technique. Il y a des gens qui pleuraient dans la salle. C’est pour ça que je fais de la musique : vivre ces émotions-là. En communion ».

Comme une messe ? « Tu te dois d’être dans le moment. Si tu résistes à ça, la vague va te rejeter, c’est comme être un funambule sans filet, si tu te plantes, c’est une grosse débarque. Les gens ont simplement l’envie de vivre quelque chose de plus grand que la musique. C’est tellement musical et immersif donc je n’ai pas le sentiment que ça repose uniquement sur moi. Et quand je finis un concert, je suis tout aussi vidé qu’un show de YFE ».