Nous avons assisté à un spectacle excellent par iskwē à Mod Club, Toronto, le 7 janvier 2020. Ne manquez pas nos images de l’événement !

Vous trouverez l’horaire des prochains spectacles du iskwē ici : https://iskwe.com/tour/

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Retour en arrière : enregistré en 2018 dans le repaire de son groupe Your Favorite Enemies, l’ancienne Église Saint-Simon de Drummondville, le compositeur Alex Henry Foster s’offre une première et bénéfique incursion en solitaire avec Windows in The Sky.

Suite au décès de son père, Foster s’est exilé pendant deux ans à Tanger, au Maroc. Tristesse, deuil, dépression, quête intérieure, le musicien et entrepreneur avait besoin d’une pause.

« Quand j’ai appris la nouvelle, je revenais de tournée et quatre jours plus tard on était en tête d’affiche d’un gros festival à Taiwan devant 90,000 personnes. C’est fou. Quand t’es dans un groupe et que tu fais le tour du monde, le rapport à la réalité est toujours un peu décalé, c’est normal que les gens soient fins avec toi. Au niveau humain et affectif, tu te dis : dans quelle mesure ma vie est un peu un artifice ? C’est facile de perdre la notion de la réalité. Je me suis simplement caché derrière l’épais rideau des cris lointains ».

Même si la virée asiatique aura permis à Your Favorite Enemies de composer trois chansons pour le jeu vidéo Final Fantasy: Dissidia, (les premiers non-Japonais à faire la musique du jeu), Foster en avait assez. « Après Tanger, je me suis permis d’être, tout simplement, et de mettre tous les compteurs à zéro ».

Depuis la formation du groupe de Varennes en 2006, l’ascension du sextet Your Favorite Enemies (pensez Radiohead, Swans, Nick Cave) fait tourner les têtes. Apôtres du Do It Yourself ou DIY, le collectif a pondu bon nombre d’albums et de EP’s dans le studio Upper Room aménagé dans le lieu de culte acquis par le band à la fin des années 2000 ; donné des concerts dans dix pays, vendu plus de 150,000 albums avec des clips dépassant les 500,000 vues tout en étant relativement méconnu ici.

Tous les pressages des vinyles, la conception des pochettes, l’impression des t-shirts et autres objets-souvenirs sont aussi fabriqués dans l’ancienne Église. Et Your Favorite Enemies continue d’alimenter la toile : The Early Days qui sort le 31 janvier prochain relate la genèse du groupe, de 2006 à 2009 (titres remixés et rematriçage des bandes des deux premiers EP, démos inédites, versions alternatives des chansons coup de cœur, l’intégralité de leur premier concert à Tokyo en 2008, etc.). Tout est fait maison, y compris la gérance et la tournée.

« La création de Windows in the Sky ne s’est pas faite dans la perspective de faire un album ni de retour sur scène. Ce n’est pas de la musique que tu mets quand tu reçois la famille au jour de l’an, il y a beaucoup de texte et de narration. C’est complètement différent de YFE. Il y a de la trompette, du violoncelle…»

Windows in the Sky est un album subtil, surprenant de vigueur, fait d’un assemblage de morceaux nerveux, toujours avec cette poésie parlée et introspective si caractéristique à Foster qui irradie une folie orchestrée tout en cultivant toute l’ambiguïté de sa personnalité en eaux troubles. Il sait largement remuer les méninges, mélangeant sons clairs et saturés.

« Ça m’a pris de court, l’album n’a pas été écrit dans une perspective de commercialisation, mais je pense que les fans de YFE avaient envie de me recevoir dans cet univers ».

Après trois soirs concluants à New York au début décembre dernier, Foster et The Long Shadows, son groupe qui est en bonne partie constitué des membres de YFE, retournent en Europe avec 26 concerts prévus en février et mars. Mais il garde un excellent souvenir de la Grosse Pomme : « une mini-salle de rien avec très peu de support technique. Il y a des gens qui pleuraient dans la salle. C’est pour ça que je fais de la musique : vivre ces émotions-là. En communion ».

Comme une messe ? « Tu te dois d’être dans le moment. Si tu résistes à ça, la vague va te rejeter, c’est comme être un funambule sans filet, si tu te plantes, c’est une grosse débarque. Les gens ont simplement l’envie de vivre quelque chose de plus grand que la musique. C’est tellement musical et immersif donc je n’ai pas le sentiment que ça repose uniquement sur moi. Et quand je finis un concert, je suis tout aussi vidé qu’un show de YFE ».



Apparu sans crier gare le 1er novembre dernier, le premier album du quintette Bon Enfant a fait grand bruit dans une saison déjà faste pour le disque québécois. Réunissant le duo d’auteurs-compositeurs-interprètes Daphné Brissette, issue de Canailles, et Guillaume Chiasson, notamment de Ponctuation, l’album Bon Enfant s’est frayé un chemin jusqu’à nos tympans grâce à une rutilante soft-rock aux refrains accrocheurs. Genèse d’un succès d’estime inattendu avec Daphné.

« Guillaume et moi sommes amis depuis longtemps », raconte la musicienne, rappelant leur première rencontre en tournée, à l’époque où elle chantait au sein du groupe Canailles. « Guillaume, c’était comme « notre ami de Québec », mettons. Or, on partage les mêmes goûts musicaux et on s’entend super bien. On avait ce plan de partir un projet ensemble, on se disait que ça aurait du potentiel, sauf que c’est un peu compliqué de faire marcher un band lorsque des membres habitent à Montréal et à Québec – je ne sais pas si y’en a qui ont déjà réussi à faire marcher ça? »

Certainement, les gars d’Alaclair Ensemble, par exemple, y sont parvenus, mais tout ça est sans importance puisque le problème de l’éloignement fut réglé lorsque Guillaume Chiasson a choisi de s’installer dans la grande métropole et de pleinement intégrer le groupe Jesuslesfilles. « On s’est dit : faisons-le, pour voir si ça marche! En fait, on s’est mis en tête de demander une bourse au Conseil des arts et des lettres du Québec pour nous botter le cul. »

Bon Enfant a débuté à deux têtes, quatre mains, la voix de Daphné et les guitares de Guillaume. Trois premières chansons – L’Hiver à l’année, Ménage du printemps et Magie « mais avec une musique différente » – enregistrées dans le studio de Chiasson, au Pantoum de la Capitale. « En réécoutant les maquettes, il nous apparaissait clairement qu’on avait déjà une signature musicale. On s’est dit : on y va « all in »! »

La paire avait des chansons, l’envie de voir jusqu’où elles pouvaient les mener, mais pas encore de son défini. En tous cas, « on ne pensait pas à faire de la pop, confie Daphné. On avait plutôt envie de faire quelque chose à la Lee Hazlewood et Nancy Sinatra, ce côté « spaghetti western », ça fitte avec ma voix et les timbres de guitares de Guillaume. Mais plus le projet avançait, plus les autres musiciens entraient dans notre trip », plus l’identité sonore de Bon Enfant prenait forme, « avec une tout autre palette de couleurs sonores, avec des synthés, des chansons plus pop… On est content d’avoir pris ces décisions. »

« C’est le fun d’écrire un texte qui sonne vraiment québécois, mais sur une musique qui s’apparente à de la pop des États-Unis. », Daphné Brissette, Bon Enfant

Aussi de l’aventure Canailles, le batteur Étienne Côté et la claviériste/choriste Mélissa Fortin ont rejoint la paire. Alexandre Beauregard (alias Alex Burger) complète le quintette à la basse. Réalisateur de bon droit, Guillaume Chiasson a plutôt laissé Tonio Morin-Vargas au poste de commande en studio, avec pour résultat un resplendissant album aux relents pop-rock seventies. « Les références à Fleetwood Mac sont totalement accidentelles, assure Daphné. Il n’était même pas une inspiration! C’est un ami qui nous l’a fait réaliser lorsqu’il a écouté nos chansons. Ensuite, on nous a vite donné l’étiquette… et on est ben content! »

Une influence revendiquée celle-là : le Robert Charlebois du début des années 1980. « On écoutait sa chanson : « Elle avait mis ses talons hauts… » [Les Talons hauts, de l’album de 1983]. On se disait, Ah!, dans le fond, Charlebois, c’est ça, il écrit des chansons avec un fond de musique américaine, et c’est un peu ça qu’on fait aussi. C’est le fun d’écrire un texte qui sonne vraiment québécois, mais sur une musique qui s’apparente à de la pop des États-Unis. »

Le binôme Daphné-Guillaume crée les chansons, ensuite orchestrées avec les trois autres membres. « On part d’une base guitare-voix. Après, nous, on veut que cette base soit solide, que la mélodie soit présente, qu’on sente que ça marche, je ne sais pas… On se concentre sur la mélodie. On part d’une idée de texte, ensuite comme c’est moi qui la chante, je dois essayer de me l’approprier. On a jeté plein de bouts de textes, pas parce que c’était mauvais, mais parce que je ne savais pas le rendre. En composant, il faut qu’on soit sur la même longueur d’onde, Guillaume et moi. »

Guillaume contribue davantage à la musique qu’aux textes, quoique les idées mélodiques sont partagées. « Je dirais qu’on travaille vraiment à deux, pas chacun de son bord et ensuite on met en commun. Tout se fait progressivement, à deux », et pour Daphné, dans sa tête et sur son téléphone. « J’ai plein de petites mélodies enregistrées dans mon téléphone. Des fois, je suis dans le métro et je n’ai pas le choix de m’enregistrer en chantant sinon je ne me souviendrai plus de l’idée. Je vais voir Guillaume ensuite pour lui faire écouter ça, puis on trouve la bonne tonalité; c’est un processus très humiliant parfois, mais ça marche! », rigole la musicienne.

Bon Enfant est déjà en train de composer les chansons du prochain projet, en contemplant l’horaire de tournée qui se bonifie pour l’année qui vient. « On sera de tous les festivals! », promet Daphné Brissette.