Pour souligner la sortie de leur album Jazz Futon, la formation québécoise Valaire a rempli trois fois plutôt qu’une le club jazz Dièse Onze sur la rue Saint-Denis, à Montréal, les 21, 22 et 23 février 2023.
 

Nous y étions pour capturer ce moment de pur délire musical alors que le groupe s’était entouré de plusieurs amis venus faire la fête sur scène (et dans la foule !) avec eux, dont Alan Prater, Mel Pacifio et Fredy V.
 

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L’horaire des prochains spectacles de Valaire

 

 



Pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs en 2023, la SOCAN a demandé à plusieurs de ses membres Noirs d’écrire un texte sur le sujet de leur choix. Voici ce que l’auteure-compositrice-interprète R&B, hip-hop et reggae Haviah Mighty, lauréate du Prix Polaris et d’un JUNO, a à dire.

Je ne suis pas très friande d’autoproclamation, alors je vous préviens, je ne pense pas que je suis l’avenir du monde. Je dirais même que même si de grands pans de tout ça sont influencés par mon expérience en tant qu’artiste, pratiquement rien n’est inspiré de mes propres accomplissements historiques.

Mes réalisations parlent d’elles-mêmes – et j’en suis reconnaissante – mais ce qu’elles ont fait, dans ce contexte, c’est m’inclure dans des conversations et des lieux aux côtés de créatifs Noirs très performants, dont beaucoup viennent de Toronto… et il y en a beaucoup! Mes expériences m’ont permis de découvrir des entrepreneurs Noirs dans les domaines du cinéma, du maquillage, du conditionnement physique, de la cuisine, de la littérature, des peluches, de la création de mode et de la musique, évidemment!

Puis, à mesure de mes voyages, entrevues et occasions de réseauter au-delà de nos frontières se faisaient plus fréquents, j’ai commencé à remarquer que ces visages et ces initiatives voyageaient aussi : des artistes américains portant des vêtements ou vantant les mérites de produits de maquillage créés ici ou qui apprécient les aliments locaux – et pas seulement ceux des grandes entreprises – lorsqu’ils sont de passage à Toronto. J’ai vu, à grande ou petite échelle, l’augmentation de la présence de ces individus s’immiscer dans mes réseaux sociaux, à la télévision, lors d’événements ; ces espaces n’ont pas seulement un impact sur les Canadiens et sur l’expression artistique chez nous, ils sont ressentis internationalement, plus que jamais auparavant.

Alors, quel est l’impact sur le monde? Comment les créatifs de Toronto et de ses environs parviennent-ils à changer les choses dans des endroits où ils ne vivent pas? Ça dépend en partie de ce que le mot « impact » signifie pour vous. Nous vivons dans une société innovante et tournée vers l’avenir, mais qui opère également, dans de nombreux domaines, sur la base d’idées dépassées. Les artistes et créatifs d’ici ainsi que leurs pairs et leur fans, sont le mouvement culturel. Ils dictent e qui est branché, ce qui devient populaire, ce qui est aimé, adoré ou mis de côté. Ces choses se répandent, sont partagées et deviennent notre réalité. C’est ça l’impact. C’est la fondation de qui nous sommes.

Quand quelqu’un crée un mouvement d’empathie à l’échelle globale parce que la chanson, le film ou la photo qu’il ou elle a créé a obligé des millions de gens à réfléchir différemment ou à se soucier davantage d’un concept… C’est ça, avoir un impact.

Quand votre travail et votre créativité inspirent quelqu’un d’autre à suivre vos traces, peu importe où dans le monde… C’est ça, avoir un impact.

Quand ce que vous produisez génère de l’argent que vous pouvez ensuite utiliser pour aider ou financer d’autres personnes qui en ont besoin… C’est ça, avoir un impact.

Et quand vous partagez vos connaissances et vos compétences avec les autres, personne ne sait qui vous allez aider, éduquer et pousser positivement en cours de route.

Voici ma propre expérience : Je jongle parfois avec l’idée – contradictoire – que l’art ne sauve pas de vies, car des compétences plus tangibles être chirurgien et opérer des cœurs ou des cerveaux, c’est ce qui sauve réellement des vies. N’est-ce pas?

Peut-être, en supposant que seules les choses tangibles ont une valeur ou un impact sur nous. Mais ce n’est pas le cas si l’on tient compte de la manière dont l’entrepreneuriat Noir est intégré dans le divertissement à l’échelle mondiale – il est présent dans vos films et émissions de télévision, sur toutes les plateformes de diffusion en continu ; il est présent dans votre littérature et dans les publicités ; il est présent dans les sports, dans vos rues et à votre magasin du coin, et graffité dans la ruelle près de chez vous. Et même s’il n’influence pas directement tout ce à quoi vous êtes exposés, l’art que vous consommez ou les livres que vous lisez, ceux-ci ont fort probablement été influence par lui. C’est ainsi qu’on réalise que la question de savoir si la communauté créative Noire de Toronto a un impact global ne se pose même pas.

C’est une évidence.



Pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs en 2023, la SOCAN a demandé à plusieurs de ses membres noirs d’écrire un texte sur le sujet de leur choix. Parmi ceux que nous vous proposons est l’auteur-compositeur-interprète R&B et hip-hop TOBi.

« Histoire noire, avenir noir »

Quand j’ai prononcé ces mots pour la première fois l’an dernier, c’était dans un freestyle et ç’a marqué un changement de paradigme dans ma façon d’envisager le Mois de l’histoire des Noirs. Repenser d’anciens paradigmes dans un nouveau contexte fait partie de mon travail. Ce qui est intéressant dans le fait d’être un artiste noir, c’est que la couleur de notre peau fait partie d’un dialogue continu dans votre art. On peut choisir d’en parler ou pas, mais le sujet va toujours pointer le bout de son nez. Les gens vont remettre en question votre style de musique, votre accent, votre ton, vos cheveux, votre look, la validité de votre point de vue sur un certain sujet, ou votre manque de perspective. Être trop noir ou pas assez noir. Ces questions et critiques vont probablement croiser votre chemin et vous ne devez pas les laisser vous ébranler, car vous êtes une expression valide de ce que vous voulez être, tel que vous êtes.

La conversation sur la race va soit provoquer un malaise, soit guérir nos blessures, soit passer au-dessus de la tête de ceux qui n’ont rien à faire de sa valeur. Toutes ces issues se concrétisent devant nos yeux au quotidien dans des conversations en personne et en ligne. Certaines personnes pensent que nous évoluons en tant que société et que nous vivons dans un monde « post-racial », mais elles deviennent silencieuses lorsqu’on leur demande de décrire à quoi ressemble un tel monde.

Est-ce que cela inclut la reconstruction du quartier noir prospère de Greenwood à Tulsa, Oklahoma, qui a été incendié en 1921 par une foule blanche déchaînée? La réparation consisterait-elle à fournir aux descendants de ses résidents l’équivalent en ressources et en infrastructures, ajusté en dollars d’aujourd’hui?

Plus près de chez nous, au Canada, que se passerait-il avec les résidents d’Africville? C’était un village à prédominance noire qui a été négligé, méprisé et finalement détruit par la ville d’Halifax. Est-ce qu’un monde post-racial se traduit par une compensation ajustée à l’inflation pour les descendants de ses résidents? J’aimerais que plus de Canadiens connaissent cette histoire, car nous avons trop tendance à oublier les incidents qui se sont produits dans notre propre cour. Est-ce que l’inclusion de ces faits historiques dans les manuels d’histoire de nos enfants serait accueillie positivement ou avec rage et dissidence?

La plupart des gens pensent qu’un monde post-racial veut dire oublier le passé. Si le présent est la somme des actions du passé, comment peut-on prétendre imaginer un avenir meilleur sans solutions intentionnelles et concrètes?

En tant que musicien noir, je pense souvent au corps que je représente dans un paysage post-colonialiste. Avec un nom et une identité yoruba, je représente une tribu qui est représentée dans presque tous les coins du monde, soit en raison de l’esclavagisme ou, plus récemment, par la migration. Lorsque j’ai visité Cuba, il y a quelques années, j’ai été stupéfait de voir que le système spirituel et les divinités yoruba (les orishas), qui ont été mis à l’écart dans mon pays natal, le Nigéria, y sont célébrées avec respect et révérence. C’est un artefact du colonialisme qui importe peu pour 99 % du monde, mais il compte pour moi. C’est pour cette raison que l’art est important pour tous les enfants ou les enfants en chacun de nous qui se sont sentis sous-représentés à un moment ou un autre de sa vie. Notre existence même est un acte de résistance. Je vais même en rajouter une couche : mon nom – TOBi – signifie « Grand » en langue yoruba et n’est pas un raccourci pour Tobias, ni n’est en aucune façon associé au nom Toby imposé au personnage Kunta Kinte dans le film Roots.

Être un musicien noir veut dire être conscient de l’impact de votre art sur votre auditoire, votre propre perception de soi et sur votre communauté. Ça signifie qu’un jeune va vous prendre comme modèle simplement parce que vous êtes représentatif visuellement. Cela signifie rester ferme dans sa peau, car la négritude n’est pas un monolithe et les expériences qui la composent sont aussi vastes et illimitées que l’univers lui-même. Même à l’intérieur d’une personne se trouvent des multitudes. Être un musicien noir signifie transmettre l’héritage de la musique noire dans votre art. Et parce que la musique a toujours été un espace d’expression de la culture et de l’identité, il est presque impossible pour un artiste noir de ne pas s’impliquer – consciemment ou inconsciemment – dans l’aspect sociopolitique de la musique. C’est vrai que ce soit dans un espace comme le hip-hop, le R&B ou le reggae où la représentation des noirs est historiquement plus grande, ou dans le monde de la pop, où elle ne l’est pas. Il est plus facile pour un artiste noir de se fondre dans un genre qui, historiquement, compte des artistes qui lui ressemblent, afin de ne pas se sentir marginalisé, mais cela signifie également de se tailler une place unique afin de ne pas être confondu avec d’autres par le grand public. À l’inverse, être un artiste noir dans l’univers de la pop, du folk ou du country peut provoquer un syndrome de l’imposteur ou des conversations de pure forme, comme j’en ai entendu venant de mes pairs.

Où s’en vont les avenirs noirs? C’est effrayant de constater que nous vivons à une époque où les théories les plus marginales trouvent un terreau fertile dans les coins les plus sombres d’Internet. Une époque où le nombre de négationnistes de l’Holocauste et d’antisémites est en hausse. Une époque où la théorie critique de la race dans les programmes scolaires est contestée comme étant fausse. Je crois qu’il est plus important que jamais que notre société rouvre le dialogue afin d’estomper la fragmentation de la pensée et bâtir des ponts avec des artistes noirs issus de cultures dont nous avons peut-être une compréhension limitée. Le présent ne serait pas aussi beau qu’il l’est sans les contributions des artistes noirs et l’avenir dépend du soutien apporté à ces artistes au moment présent. L’avenir que nous voulons pour nos enfants est un avenir que nous façonnons ensemble et maintenant.