Feist présente actuellement une résidence de 18 spectacles en 9 jours pour son projet Multitudes au Meridian Hall de Toronto. Voyez les photos de Tristan Nugent captées lors de sa prestation du 21 octobre.



Membres de la SOCAN ! Vous êtes-vous déjà demandé qui prend les décisions qui peuvent influencer le cours de votre carrière ? Dans cette série d’articles intitulée Décideurs/Décideuses, le magazine en ligne de la SOCAN vous présente des entrevues avec certains de ces décideurs/décideuses afin de découvrir ce qui les fait courir.

Elle allie candeur et urgence, lucidité et sang-froid. Julie Gariépy a une personnalité incontestablement attachante. Avec une énergie tonique et une fougue d’adolescente, elle a occupé plusieurs postes en 26 ans de services au sein de l’ADISQ. À quelques jours du gala, elle s’est livrée à Paroles & Musique.

Julie Gariepy

Photo : Isa Otis

« Quand je suis arrivée comme productrice, confie-t-elle, je connaissais de fond en comble les mandats de l’ADISQ. Il a fallu ensuite que j’apprenne le monde de la télévision et la façon de gérer cette équipe. Oui, c’est stressant, mais j’ai eu la chance de tout connaître de ses rouages avant. »

« Cette année c’est presque normal comme contexte, nous avons encore des restrictions de production importantes, mais on est revenu dans notre univers dans une salle de spectacle (Wilfrid-Pelletier) où l’on peut déployer le gala comme on l’a toujours fait. C’est un frein et une intensité en même temps. On a une émission de télé à livrer avec du public. On jongle avec ces deux composantes. On a créé un plateau de télé et à ça s’ajoute une salle remplie. »

Depuis 2012, Gariépy chapeaute, dirige et produit les trois galas, incluant en amont, ceux de l’industrie (le 1er novembre dernier) et le Premier gala (le 3 novembre). « Quand on a demandé à des musiciens de l’animer, ça a changé les perceptions. Pierre Lapointe (qui est à nouveau l’hôte de ce Premier gala exceptionnellement préenregistré) est un allié de la relève et cette année on le consacre entièrement aux nouveaux artistes. C’est important qu’il ait une couleur différente de celui du dimanche ».

Et bien sûr la grande bringue du dimanche soir qui défie l’audimètre à Radio-Canada. C’est sa neuvième année comme productrice exécutive, elle qui de 2010 à 2012 était Directrice des communications et Directrice des Galas. « J’ai hérité de ce qu’on appelle à l’ADISQ, la promotion collective : le Palmarès ADISQ qui est en place depuis huit ans sur notre plate-forme web, toutes les campagnes que nous avons faites au plus fort de la COVID. L’objectif étant de faire rayonner la musique des producteurs que l’on représente et souvent, grâce au financement de la SODEC, Musicaction et du fonds Radiostar, on élargit à l’ensemble de la musique québécoise, pas juste celle de nos membres producteurs de disques et de spectacles ».

Afin de présenter un bon show de télé en direct, Julie Gariépy devient obligatoirement équilibriste : quels artistes ou groupes vont obtenir le privilège de jouer devant des millions de téléspectateurs ET plaire aux membres producteurs et aux diffuseurs. Pas une mince affaire. « Ce n’est vraiment pas facile, admet-elle d’emblée. Mais je suis une fille de règles. C’est ce qui m’aide à naviguer à travers la grogne, mais il faut aussi faire plaisir au public ! ».

Ouverture sur toutes les langues, la diversité et la parité. « Notre défi depuis quelques années c’est d’être encore plus créatif, de présenter plusieurs performances multigenres. C’est devenu notre spécialité. Ça prend une équipe très forte (Jocelyn Barnabé à la réalisation depuis 23 ans, Yves Lefebvre à la mise en scène, Chantal Lépine, productrice déléguée et elle). Sans oublier Louis-José Houde, seize ans à briller à l’animation. On est tous en mode décisionnel. Pendant les pauses publicitaires, nous on ne l’est pas, en pause ! »

« Une fois le choix des artistes établi, le directeur musical David Lafleche (son 16e aussi) entre en jeu une fois le plateau installé ». Des rencontres improbables, il y en a, surtout dans le numéro d’ouverture : « on les imagine, on les invente. Je passe l’année à voir des spectacles et j’arrive avec des idées dans mes boules de cristal, mais j’ai besoin du talent de David pour les exploiter. On aura des surprises ? Je pense que oui (avec ce petit sourire espiègle). Il y aura des mariages surprenants. Il faut oser ».

Julie Gariépy, David Lafleche, Chantal Lepine

Photo : Jonathan Lafleche. G à D:  Julie Gariépy, David Lafleche, Chantal Lépine.

« Oui, des fois on nous dit qu’on ne comprend pas la sélection de tel ou tel artiste, mais il faut aussi considérer le nombre de nominations, de succès grand public à la radio, de chiffres de vente, du nombre d’écoutes en streaming; on établit ces choix en comité, on est une équipe, on brasse tout ça et on sort le meilleur des propositions artistiques ».

« Au moment de concevoir le gala, explique Gariépy, j’ai une vue d’ensemble, entre autres sur le recensement de la production discographique des douze derniers mois. On a plus de 230 albums qui sont parus, l’offre est immense ! »

La productrice ne se vautre pas dans le strass et les paillettes à longueur d’année, loin de là. Toute la supervision des catégories et des jurys relève d’elle et son équipe. C’est un travail de moine, fastidieux, loin du glam. Sous sa gouverne, la place du rap, de l’électro, du country et des musiques autochtones entre autres est désormais acquise.

Et les critiques, les lendemains de galas ? « C’est sûr qu’on aurait envie de s’expliquer. Quand c’est critiqué aussi rapidement que ç’a été écouté, c’est plus difficile à accepter. La meilleure façon de prendre les critiques c’est d’être certain qu’en équipe on assume nos choix. Ça enlève de la pression. Le pire lendemain c’est lors du 40e anniversaire alors que Mario Pelchat a fait une sortie dans les médias, insatisfait que sa protégée Guylaine Tanguay n’ait pas remporté le Félix interprète féminine de l’année et il est allé dire n’importe quoi sous le coup de la colère. C’est la perte de la conciliation et du compromis, on ne peut pas se faire ça entre nous et enlever tout l’espace médiatique aux autres gagnants », déplore Gariépy.

« On est dans l’air du temps où tout est possible. On sait pertinemment qu’il peut arriver des choses durant le gala qui vont faire jaser. Outre l’injustice et la mauvaise foi, il n’y a pas grand-chose qui me dérange. On est assez blindé. Mais je lis les comptes rendus du gala je ne te le cacherai pas ».

Quand Jean Leloup prend le micro ? « On est sur les dents parce que nous avons une durée de temps à respecter, j’ai un diffuseur à satisfaire, on connaît nos barèmes et nos limites, mais entre toi et moi on sait tous que ces moments-là font de la bonne télé. On veut juste s’assurer que tout ce ballet se passe comme il faut pendant 2h15 ».

Premier Gala de l’ADISQ – Mercredi 3 novembre à 20 h sur Télé-Québec
Gala de l’ADISQ – Dimanche 7 novembre à 20 h sur ICI TÉLÉ



Bye-bye Windsor, bonjour Music City! Jake Diab a connu beaucoup de succès en tant que guitariste, chanteur et co-créateur des chansons du groupe rock Autumn Kings de Windsor, Ontario, mais il a récemment pris une décision majeure : se relocaliser à Nashville.

« La raison principale de déménager là-bas c’est de se rapprocher de l’industrie », explique Diab. « Les maisons de disques, les agences de gestion, les tourneurs, tout le monde est basé à L.A., Nashville ou New York. Nashville est une plaque tournante et mon objectif là-bas est de sortir quatre ou cinq soirs par semaine pour réseauter et créer des relations qui seront payantes à long terme. »

Âgé de 24 ans, Diab a fondé Autumn Kings en 2015 et il n’est pas peu fier de dire que les résultats impressionnants du groupe à ce jour ont tous été accomplis grâce à une approche indépendante. « On a plus de 10 millions de streams maintenant [au total, réparties entre un album, un EP et plusieurs simples], plus de 130 000 auditeurs mensuels sur Spotify, et tout ça sans gérant, sans agent, sans éditeur et sans maison de disque. La SOCAN a été un allié de taille dans tout ça. »

Non seulement Nashville a-t-elle permis à Diab de tisser des liens avec l’industrie, mais elle a déjà un impact majeur sur son art. « Ça fait à peine quelques mois que je suis installé ici, mais je me suis beaucoup amélioré en tant qu’auteur-compositeur du simple fait de côtoyer autant de talent », affirme-t-il. « J’ai déjà plein de rendez-vous de coécriture et plusieurs excellentes chansons en sont ressorties et il y a de bonnes chances qu’on les enregistre avec Autumn Kings pour notre prochain album qu’on prévoit sortir au cours du deuxième trimestre de 2022. »

Cela dit, Nashville n’a pas eu d’impact notable sur son style musical, du moins pour l’instant. « Je m’en tiens au pop-rock, je n’ai pas encore acheté mes bottes de cowboy », dit-il en riant. « Je profite au maximum de la belle diversité musicale qu’on retrouve ici. »

Dans le cadre d’Autumn Kings, Diab partage la création et le chant avec le membre SOCAN Joseph Coccimiglio. Bien que le groupe demeure sa priorité, Diab a ces dernières années ajouté de nouvelles compétences à sa panoplie d’outils créatifs, notamment l’écriture et la production avec et pour d’autres artistes.

« Je n’ai pas encore acheté mes bottes de cowboy »

En 2019, avec le producteur et auteur-compositeur de Windsor et membre de la SOCAN, Martin Bak (qui est aussi un producteur de longue date d’Autumn Kings), il a coécrit et coproduit The Divide EP pour le groupe rock américain No Resolve. « Ils ont eu quelques #1 sur Billboard et comptent des millions de streams. Je suis reconnaissant d’avoir eu la chance de jouer un petit rôle dans leur succès », dit-il.

Diab a également coécrit et joué de la guitare sur « Blow », le simple du groupe rock du Michigan Eva Under Fire qui figurera dans le film d’horreur The Retaliators.

Il commence d’ailleurs à avoir du succès dans la composition pour les films et la télévision. « Les semaines de confinement en mars 2020 ont été difficiles pour moi », avoue Diab. « Coincé dans mon sous-sol, j’ai pris une décision très éclairée que je continuerais à gagner ma vie avec la musique. L’industrie du film et de la télé n’a pas souffert autant que l’industrie de la musique et ça me semblait logique d’aller dans cette direction. Au final, c’est une excellente façon de garder la main tout en gagnant de l’argent pendant la pandémie. »

Parmi ses crédits notoires, récemment, on compte une entente de licence avec CBS Sports pour College Football Today. Diab avait déjà un lien précieux avec la musique dans le domaine du sport grâce au fait qu’une chanson d’Autumn Kings, « Devil In Disguise », a été choisie comme « chanson de but » pour l’ensemble de la saison 2018-19 des Red Wings de Détroit.

« Ça, c’était une forme de validation assez incroyable », dit-il. « Je rêvais de jouer pour cette équipe quand j’étais jeune et maintenant ils font jouer ma chanson à tue-tête pour 20 000 spectateurs! Pour nous, c’était comme gagner la coupe Stanley! »

Diab ne pourrait être plus confiant en ce qui concerne l’avenir d’Autumn Kings. « J’ai fondé ce groupe après ma première année d’université et dès le jour 1, je me suis dit que c’était tout ou rien. Je voulais qu’on joue dans des arénas à guichets fermés et je suis convaincu qu’on est sur la bonne voie. »