“She ain’t pretty, she just looks that way.” (librement : Elle n’est pas jolie, c’est son air naturel. » C’est un « hook » qui ne nous quitte pas. Et c’est la chanson qui a propulsé les alt-rockeurs Saskatchewanais Northern Pikes dans le Top 10. Cette pièce entraînante tirée du troisième album du groupe, Snow in June, a consolidé le rôle de Bryan Potvin comme principal auteur-compositeur du groupe. Elle a été mise en nomination pour le prix JUNO du simple de l’année, a remporté celui du vidéoclip de l’année et c’est encore à ce jour leur succès le plus connu. Potvin a pris quelques moments durant la préparation du spectacle de Kane & Potvin — son nouveau projet en collaboration avec Kevin Kane de Grapes of Wrath — afin de nous parler de la création de la chanson au sujet du « mannequin diabolique ».

Snow in June était le troisième album des Northern Pikes, mais le premier où tu avais écrit un si grand nombre des chansons qu’il contenait. Comment cela s’est-il produit??
J’avais écrit une chanson sur l’album précédent, Secrets of the Alibi, qui s’intitulait « Hope Goes Astray » qui est devenu le plus gros « hit » du groupe jusque là. C’était la première fois que j’écrivais une chanson que je jugeais suffisamment bonne pour présenter aux autres gars du groupe. J’ai dit « qu’en pensez-vous?? » et ça m’a donné beaucoup de confiance en moi. Lorsqu’est venu le temps de travailler sur Snow in June, tout le monde attendait ça de moi. Les Pikes avaient une dynamique qui encourageait cela. Je pense aussi que Jay [Semko, chanteur et bassiste] s’est senti soulagé d’avoir un peu moins de pression maintenant que d’autres collaboraient à la création.

C’est avec cette chanson que tu es devenu le troisième chanteur du groupe.
Exact. Nous avions deux chanteurs principaux, au début. Je chantais quelques harmonies, mais j’étais d’abord et avant tout le guitariste. Lorsque j’ai commencé à écrire des chansons, ils m’ont dit, « c’est bien beau tout ça, mais tu vas aussi devoir apprendre à les chanter. » Encore aujourd’hui, je me considère d’abord et avant tout comme un guitariste. J’aime tout de cet instrument. Les circonstances, auxquelles je ne m’attendais pas, ont voulu les choses autrement. J’ignorais que j’avais ça en moi.

Les auteurs-compositeurs doivent souvent rappeler aux gens que tout ce qu’ils écrivent n’est pas automatiquement autobiographique, mais, dans ce cas-ci, ça l’était, non??
En quelque sorte… J’étais réellement plongeur, c’est vrai. Le sujet de la chanson est un genre de Mme Frankenstein. Le « hook » de la chanson… c’est rigolo, il me revient en tête à l’instant même. Il m’est venu en regardant un épisode de Rhoda, un « sitcom » des années 70. Il y avait dans cet épisode une scène où une jolie femme typique de l’époque disait, « Je ne suis pas jolie, c’est mon air naturel ». J’ai noté ça dans mon calepin, comme le font tous les auteurs. Je trouvais ça très drôle. Je n’y ai pas repensé pendant un mois ou deux. Puis est venu le temps de gagner un peu d’argent. Nous avions un concert acoustique qui arrivait à grands pas et je devais arriver avec quelques nouvelles chansons. J’ai donc repensé à cette phrase et j’ai commencé à tricoter autour. Je savais que c’était un excellent « hook » et que je devais bâtir la chanson autour de celui-ci et ne pas lui créer d’obstruction. Ça s’est déroulé à toute vitesse?; je sais que c’est cliché, mais j’ai créé cette chanson en 20 minutes.

À quel moment as-tu compris qu’elle deviendrait un « hit »??
La première fois que nous l’avons jouée en concert?! On n’avait pas fini de la jouer que la foule hantait déjà le refrain avec nous. Lorsque Virgin Records a entendu « She Ain’t Pretty », ils savaient déjà quel serait le premier simple du nouvel album. J’ai trouvé la maison de disque audacieuse de soutenir cette chanson aussi vigoureusement. On avait deux albums, on était en train d’établir notre réputation, on tournait régulièrement sur MuchMusic, et paf?!, on présente un nouveau chanteur au public. Mais ça a bien fonctionné, en fin de compte.

En repensant aux prix, à vidéoclip, au succès radio, comment perçois-tu l’héritage de cette chanson??
Il s’est passé bien des choses pour cette chanson, mais je crois qu’elle a encore de l’avenir. J’aimerais qu’elle devienne un méga « hit » country, un jour. Elle a les paroles qu’il faut pour ça. Sa mélodie est agréable et sa progression d’accords est proche du country. Je crois vraiment qu’une version country de cette chanson serait ultra populaire.

 



En mettant de côté les compositions et les enregistrements qu’il peaufinait depuis cinq ans, Samito a pris la meilleure décision de sa carrière. Il n’y a maintenant plus de doutes, ni d’ambigüités : le Québécois d’adoption a en main un percutant premier album, au croisement entre le funk, l’électro, le rock et la musique traditionnelle mozambicaine.

Prévu pour l’automne dernier, le premier album de Samito (initialement titré Xico-Xico) n’était pas à la hauteur des espérances de son créateur. « C’est un album sur lequel je travaillais depuis trop longtemps. Quand je l’ai réécouté à la toute fin, je le trouvais cool, mais moi, j’étais complètement rendu ailleurs », explique le Mozambicain, qui confie avoir eu un « un petit froid » avec un proche collaborateur à cette époque. « J’ai décidé de mettre ça sur la glace pour tout recommencer. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça a été rapide. En à peu près 20 jours, j’avais composé, écrit et enregistré un album complet. »

Ce rythme effréné de création a été appuyé par le travail du réalisateur Benoit Bouchard, un musicien aguerri ayant notamment roulé sa bosse auprès de Chloé Lacasse et Fanny Bloom. « C’est un des premiers musiciens que j’ai rencontrés quand je suis arrivé ici il y a 10 ans. En fait, Benoit était un des instructeurs de ma formation en enregistrement audio », se rappelle Samito, maintenant âgé de 36 ans. « Au mois de mars dernier, je lui ai fait entendre des maquettes très minimalistes de mes nouvelles chansons. Quatre jours plus tard, on entrait en studio avec les musiciens. On a tout enregistré en une fin de semaine. »

Seul mais bien accompagné

SamitoEntouré du batteur Jonathan Bigras (Galaxie, PONI), du guitariste Funk Lion (La Bronze), du bassiste François-Simon Déziel (Valaire) et de quelques autres collaborateurs de pointe comme le maître guitariste Olivier Langevin (Galaxie), Samito a connu une expérience studio de rêve. « C’était beaucoup plus enrichissant que de travailler seul dans mon sous-sol », admet-il. « En fait, cet album-là est en tous points différent de l’autre. Même l’écriture n’est pas pareille… Au lieu d’écrire à la troisième personne et d’être un observateur ou un narrateur omniscient, j’ai décidé de m’affirmer à la première personne et de parler de moi. »

Entre la critique des médias sociaux LOL, la métaphore sur l’aide médicale à mourir Nara et le récit identitaire Tiku La Hina, Samito raconte ses peurs et ses déchirements intérieurs dans un mélange rythmé de portugais et de tswa, l’une des nombreuses langues de son pays.

Sur Here We Go My Old Friend, le chanteur se confie avec vulnérabilité sur ses épisodes de solitude profonde. « On dirait que c’est un sentiment qui va de pair avec la vie d’artiste », observe-t-il. « De mon côté, c’est encore pire puisque cet isolement est amplifié par mon immigration. J’ai fait le choix, à l’adolescence, de venir vivre le rêve américain ici, mais ce chemin-là, il vient avec ses échecs et sa solitude. Même si je me sens intégré au Québec, je reste complètement déraciné de ma terre natale. D’ailleurs, c’est un peu dans le but d’être entouré de gens que j’ai voulu faire un album live, de façon plus spontanée. »

 

Ramener le groove africain

En résulte une percutante rencontre « entre le Mozambique et le Lac-Saint-Jean », région d’où est originaire Benoit Bouchard. Musicien depuis l’enfance, Samito y mélange l’ensemble des influences qui l’ont marqué. « Il y du gospel, du rock et du funk là-dedans, précise-t-il. Il y aussi une volonté de ramener un certain groove africain originel, un groove relativement edgy qu’on ne retrouve plus vraiment dans la musique pop africaine des 20 dernières années. En ce moment, là-bas, je trouve la musique trop clean, comme si les Africains tentaient de reproduire le format standard américain. Il y a tout un aspect roots plus mordant et viscéral qui a été évacué. »

Créant ainsi « un melting pot culturel et historique », la Révélation Radio-Canada 2015-2016 retournera cet été à Maputo, sa ville d’origine, pour tourner un clip et présenter son album. « La reconnaissance que j’ai ici depuis quelques mois commence à avoir des échos là-bas. Il y a un intérêt qui semble se développer », relate l’artiste, qui a quitté son pays il y a une décennie pour venir étudier en musique à l’Université McGill. « Moi, j’ai surtout hâte de faire entendre l’album à ma famille. Mes proches savent que je me suis découragé souvent et que le chemin n’a pas été facile. Par-dessus tout, je ne voulais pas les décevoir. »

Heureux de l’accueil qu’il reçoit au Québec depuis son arrivée, Samito compte également parfaire son écriture en français : « Pour moi, les paroles, c’est ce qu’il y a de plus important dans une chanson. Même si je me rends compte que les gens se crissent des paroles tant que la toune est bonne, j’aimerais pouvoir écrire en français dans un futur proche. L’affaire, c’est que je ne veux pas le faire n’importe comment. En 10 ans, j’en ai vu plein, des artistes de la diaspora qui tentaient de chanter en français avec un résultat plus ou moins convaincant. Moi, je veux prendre le temps d’écrire quelque chose de bon. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je dois ça aux Québécois. »

Samito a remporté le Prix SOCAN lors de la Bourse RIDEAU qui se tenait à Québec en février 2016. Ce prix mérite à Samito un laissez-passer pour une prestation lors de la vitrine SOCAN des Rendez-vous Pros des Francofolies de Montréal, en compagnie de La Bronze, le 16 juin 2016 à 17h.

 



Guy BélangerL’harmoniciste Guy Bélanger procure cette drôle d’impression, celle d’avoir suivi le chemin qui se traçait devant lui les yeux fermés. Un peu par instinct. Que ce soit cette soirée de fête où adolescent, il a troqué la flûte à bec pour l’harmonica. « Ce n’est pas moi qui l’ai choisie, c’est elle. » Ou ce parcours en composition de musiques de films et de séries télé après avoir joué partout au Québec comme harmoniciste avec Bob Walsh et les Colocs. Guy Bélanger, compositeur et musicien autodidacte, a un parcours singulier, parsemé de bons coups. Et profondément habité par cette envie d’être là où on ne l’attend pas.  « J’aime dire que j’amène mon harmonica prendre de l’air. Je l’amène ailleurs pour voir si elle y est… Et elle y est tout le temps. »

C’est une histoire de famille qui amène Guy Bélanger, frère de Louis, réalisateur, à la musique de film. Si l’aventure commence avec Post Mortem, elle prend toutefois son envol avec Gaz Bar Blues et une trame sonore que Guy signe avec le guitariste Claude Fradette. « On était super inspiré, entre autres par le travail de Ry Cooder sur Paris, Texas. Il se passait de quoi… »  Chimie transmise puisque le duo gagne le Jutra de la meilleure musique de film en 2003. Et entre les deux frères Bélanger, issus d’une famille de huit enfants de Val d’or, la chimie aussi se crée, une entente tacite qui les lie encore aujourd’hui professionnellement. « Louis travaille ses scénarios en finesse. Tout est calculé, dosé, réfléchi. Ce serait irrespectueux de venir souligner ça au crayon gras, avec de la grosse musique à la John Williams. De toute façon, j’en serais incapable. »

 

Louis Bélanger sera fidèle à son frère qui le sert bien. Guy Bélanger signe la trame de The Timekeeper (2009) et Route 132 en compagnie de Ben Charest avec qui il remporte un deuxième Jutra pour la bande-son en 2011. Les mauvaises herbes, le tout dernier film de Louis Bélanger, marque pour Guy une étape significative puisqu’il signe seul l’ensemble des pistes. Une première pour le compositeur. «  J’étais rendu là. Ce n’est pas que je veux travailler seul dans mon studio. Au contraire. Mais je voulais me prouver à moi-même que je pouvais y arriver. » Pour Les mauvaises herbes, les deux frères s’entendent dès le départ sur un point. Aucune allusion au reggae et son fameux ganja n’était possible. C’est plutôt le visionnement d’une scène qui guide Guy Bélanger sur une voie. « Louis me partage son scénario et des moments de son tournage. Et moi, je lui envoie des trames qu’il écoute et commente. Souvent, Louis me demande d’enlever une couche. Et une autre. Encore une autre. Je dois déshabiller ma musique pour Louis. Je ne souligne pas, j’accompagne les émotions. »

Composer à l’harmonica offre son lot de défi. « Je ne veux pas être country, trop blues, faire penser à Neil Young ou Bob Dylan. Il y a quelque chose de convivial à cet instrument. Tous nos grands-pères en ont joué. » Sa ressemblance au chant, à la voix, distrait souvent des dialogues d’un film. Il arrive donc à Guy Bélanger de composer la mélodie à l’harmonica pour ensuite appeler un ami pour la transposer à un autre instrument, la guitare, comme ce fut le cas sur Les mauvaises herbes.

Guy cherche aussi à surprendre, à déjouer son propre instrument. Le travestir. C’est particulièrement le cas pour la série Séquelles, présentée à Série+ ce printemps, aussi réalisée par Louis Bélanger pour qui il signe la trame sonore avec son fidèle acolyte, Claude Fradette. « Puisqu’on se trouve dans un thriller, on a créé un climat d’angoisse atonale. Tout en texture. Ce fut un travail de fines couches où j’ai doublé, triplé les tracks d’harmonica. On perd complètement l’instrument, on lui faire dire autre chose. »

Guy Bélanger, qui a composé aussi pour la série télé Les Boys réalisée par Louis Saya, n’a toutefois jamais arrêté son travail de musicien. Pour lui, ce sont deux facettes du métier qui dialoguent ensemble et stimulent la création. Les preuves sont patentes. Il monte sur scène cet été au Festival de jazz pour une série de deux spectacles à l’Astral. En 2014, il signe Blues Turn, gagne le trophée « Harmonica Player of the  Year 2014 » au prestigieux Maple Blues Awards à Toronto et son disque est finaliste au International Blues Challenge à Memphis. Il joue sur le prochain disque de Céline Dion. Bélanger pratique également dans son garage pour un prochain disque qu’il prévoit sortir… en novembre prochain. La ligne entre ces deux univers est si fine que Guy Bélanger ne se gêne pas d’amener sur scène, les airs composés pour Gaz Bar Blues ou Les mauvaises herbes. « Je trippe, je décolle à faire ça. Alors que c’est souvent des moments qui durent 30 secondes dans un film, là, je me fais des envolées de 7 à 10 minutes avec la gang. C’est merveilleux. »