Comment se bâtit-on une carrière musicale couronnée de succès? Pour l’auteur-compositeur et producteur Chester Krupa, 25 ans, dont le travail a été écouté plus d’un milliard de fois sur les plateformes de diffusions en continu, la route vers le succès était pavée de flexibilité et d’ingéniosité. Dès qu’il a commencé à créer des « beats » pendant sa première année à l’université, il a aussi commencé à les envoyer à des collaborateurs potentiels. « Je contactais les gens à froid, je me démenais et j’essayais de tisser des liens », se souvient-il.

Ce penchant pour la recherche et la mise à profit de toutes les opportunités qui se présentaient l’a finalement amené à collaborer avec grandson, l’auteur-compositeur-interprète de rap/rock/dance engagé qui a connu un immense succès populaire et critique. Ce partenariat lui a ouvert des portes autrefois impensables : travailler avec une légende comme Travis Barker ; produire la chanson « Rain », qui figure dans Suicide Squad 2 ; placer son travail dans le film Fast and Furious, dans la série originale Netflix Riverdale et des placements publicitaires pour Marvel, Mercedes Benz, UFC, Taco Bell, Microsoft et Air Canada ; en plus de remporter le volet anglophone du Prix de la chanson SOCAN et sa bourse de 10 000 $ en 2019… La liste continue de s’allonger.

Encore incertain de la voie qu’il voulait suivre après avoir terminé le secondaire, Krupa s’est inscrit au programme General Media Arts de la Toronto Metropolitan University (anciennement Ryerson University). Il était souvent appelé à réaliser et mixer des enregistrements pour des travaux pratiques dans ses cours, ce qui a éveillé son intérêt pour l’ingénierie audio – et par extension, la production musicale. Il a commencé à produire régulièrement des « beats » en dehors des cours et à les envoyer à des artistes locaux et à des Youtubeurs. Au bout de quelques mois à peine, il créait de la musique pour l’un des Youtubeurs les plus populaires au monde, Casey Neistat.

« C’était malade », raconte Krupa. « J’étais fan de ce qu’il fait et à cette époque, il était sur le point de commencer à faire ses vlogues quotidiens. J’ai vu son adresse courriel sur son site Web et je lui ai proposé de créer des “beats” pour lui. Il a dit oui et m’a demandé de lui envoyer des trucs. J’ai commencé à lui envoyer 10 ou 15 morceaux par semaine et ils les utilisaient dans chacune de ses vidéos. »

Pendant ce temps, Krupa continuait de contacter des artistes de Toronto et collaborait avec eux. Son premier grand succès est arrivé lorsqu’un artiste avec qui il collaborait à ce moment-là, Blaise Moore, a été mis sous contrat par Interscope. « J’essayais d’en tirer parti quand je me présentais aux gens », dit Krupa, « et c’est comme ça que j’ai rencontré mon gérant. »

“Je touche vraiment à tout, je n’aime pas rester à la même place trop longtemps”

Sa nouvelle gérance, Prim8 Music, représente aussi grandson et elle a réuni les deux artistes. « Il m’a dit qu’il avait une chanson qu’il n’arrivait pas à produire à son goût et m’a demandé si je voulais m’essayer », explique Krupa. La chanson en question était « Blood//Water », la deuxième chanson de grandson la mieux classée sur les palmarès à ce jour. Pour son travail sur ce titre, Krupa a été co-lauréat du Prix de la chanson SOCAN 2019 aux côtés de grandson et de son producteur de longue date Kevin Hissink. Depuis, Krupa travaille régulièrement avec le chanteur rock/rap, incluant sur son plus récent album finaliste aux JUNOs 2022, Death of an Optimist.

La majorité du travail de Krupa se fait à distance en échangeant des « stems » et des idées avec Hissink par courriel et messagerie vocale. Il croit qu’il a beaucoup grandi en tant que producteur depuis qu’il travaille avec grandson. « Je n’avais jamais produit de rock avant de travailler avec lui », explique Krupa. « Je plongeais la tête première et j’essayais de tout comprendre en cours de route… Les gens arrivaient avec plein de genres différents pour son projet – rock, hip-hop, électronique – pour mélanger tout ça. Ç’a été une expérience très cool, on essayait absolument tout jusqu’à ce que quelque chose fonctionne. »

Pendant qu’il travaillait avec grandson, Krupa a également réalisé des productions pour d’autres vedettes comme Jessie Reyez, Ke $ ha et l’un de ses artistes préférés dans sa jeunesse, Travis Barker. « J’ai grandi en écoutant Blink 182 alors recevoir des “stems” de batterie de Travis Barker c’était complètement malade », dit-il. « J’ai eu la chance de travailler avec plein de monde cool, de nouvelles perspectives et j’ai appris plein de nouveaux trucs. »

Le reste de l’année 2022 a encore plein de projets en réserve : de nouvelles chansons avec grandson à paraître bientôt ainsi que des projets avec des artistes très en vue comme Quavo, Jason Derulo et Swae Lee. Sans compter qu’il travaille sans relâche sur un projet solo.

Récemment, Krupa a commencé à explorer la production pop et dance, en plus de créer des chansons spécialement pour des émissions de télé et des pubs. Quoi qu’il en soit, ce qui est le plus important pour lui, c’est de prendre des risques. « Je touche vraiment à tout », dit-il. « Je n’aime pas rester à la même place trop longtemps. Passer constamment d’un genre à l’autre aide à garder tes compétences à jour. »



Avant de devenir l’un des DJ canadiens les plus connus, Charlie B était enseignant à la maternelle. Aux petites heures, il « spinnait » ses tables tournantes dans un club ou en studio pour travailler avec les prochains grands noms à s’exporter de la grande région de Toronto comme Tory Lanez ou Preme (anciennement connu sous le nom de P Reign). Mais le jour, il apprenait à 30 petits écoliers comment écrire leur nom.

« C’est fou, parce qu’à cette époque, P Reign lançait une chanson avec Drake », dit Charlie B. « On a attendu tellement longtemps pour essayer d’obtenir cette chanson, tellement d’heures en studio à travailler super dur. P Reign a finalement eu la chanson avec Drake, c’est le week-end de la fête du Travail et je dois rentrer au travail le mardi matin. Me voilà en train d’apprendre aux enfants comment marcher en file bien droite pendant que cette chanson vient d’être lancée. » Bien que Charlie, né Ajay Saxena, ait continué à jongler avec l’enseignement et la musique pendant trois ans, c’est en 2016 qu’il a décidé de faire le grand saut et de se consacrer à la musique à plein temps.

Depuis, il a fait le tour du monde et a travaillé avec des stars du hip-hop comme Cardi B, Rick Ross et DJ Khaled, qu’il cite comme un mentor. Plus récemment, Charlie a sorti son premier album complet, Across the Board, qui met en vedette des talents torontois triés sur le volet. « Je travaille sur cet album depuis deux ans », dit-il. « C’est ma perspective sur le talent qu’on trouve dans notre ville. J’ai eu la chance de travailler en studio avec tous ces artistes. On a créé ces enregistrements ensemble, collectivement. Je suis super fier du résultat final. »

Pour Charlie, les séances d’enregistrement en personne ont été cruciales pour la création de son album. « J’étais vraiment catégorique que les artistes viennent au studio et que nous construisions la chanson ensemble », dit-il. Je leur expliquais le concept et la vibe que j’avais en tête. Je leur faisais écouter des « beats » créés par mes producteurs et j’étais essentiellement le producteur délégué des chansons. »

La patience a aussi joué un rôle clé dans son processus créatif. Si une chanson ne lui donnait pas tout à fait la saveur qu’il cherchait, il ne tentait pas de forcer les choses. C’est cette approche qui l’a aidé, en compagnie du rappeur du quartier de Driftwood Pressa, à écrire l’irrésistible simple « Glitch ».

« Pressa et moi on était à L.A. pour travailler sur notre musique, mais j’avais l’impression qu’on n’avait pas encore trouvé ce qu’on cherchait », dit M. B, « et je voulais prendre mon temps. C’est pas parce que t’es enfermé dans un studio avec un artiste que tu vas en ressortir avec l’enregistrement que tu veux le jour même. Ça ne marche pas comme ça. »

Les astuces du prof

Enseignant un jour, enseignant toujours, Charlie a trois astuces pour les aspirants rappeurs.

  • « N’arrête jamais de réseauter. Tu vaux autant que ton réseau (jeu de mots, en anglais il dit “Your network is obviously your net worth”). Continue à lui faire prendre de l’expansion. »
  • « Soit constant. N’abandonne jamais. Fonce! »
  • « C’est super important d’avoir de bons mentors et de bons coachs de vie dans ton coin pour te guider. Je pense vraiment qu’on a tous besoin de ça dans la vie. »

L’étincelle créative dont ils avaient besoin allait s’allumer des semaines plus tard, le week-end de l’anniversaire de Charlie. Pressa et lui étaient aux Quad Studios, le légendaire espace d’enregistrement de Times Square qui a été utilisé par tout le monde, de Mariah Carey à Jay-Z, un changement d’environnement qui a permis à toutes les pièces de se mettre en place. « On est à New York, au Quad, et c’est mon anniversaire », se souvient Charlie. « J’ai dit “allez, on essaie”. On a sorti une bonne chanson et on était tous très contents du produit fini. Et c’était dans un studio légendaire, ce qui est encore plus cool. »

Surnommé « M. Canada », Charlie avait pour objectif, avec Across the Board, non seulement de mettre Toronto en vedette, mais de mettre en lumière les possibilités qui s’offrent aux artistes locaux. « Je veux faire vivre des expériences à ces “kids” », dit-il. « Si on peut faire quelque chose pour que ces “kids” croient qu’ils peuvent sortir de la rue, c’est la chose la plus importante pour moi. J’adore voir les “kids” de Toronto vivre leur passion et réaliser leurs rêves. Il n’y a rien qui me rend plus heureux que les voir monter sur scène pour prouver ce qu’ils sont capables de faire. »