Lorsqu’il a quitté Ibagué, en Colombie, pour s’installer à Toronto en 2015, Andrés Galindo Arteaga était bien loin de s’imaginer qu’il composerait un jour pour le cinéma et la télévision. 

«Je ne suis pas arrivé avec un plan précis ou l’idée de faire carrière comme compositeur à l’image, explique Galindo Arteaga depuis son studio de Scarborough. Je me voyais encore avant tout comme guitariste classique et musicien.» 

Aujourd’hui, le prolifique compositeur, lauréat d’un Canadian Screen Music Award remis par la SCGC, a déjà à son actif sept projets qui doivent voir le jour d’ici la fin de 2026, dont notamment la musique du suspense de Lifetime What She Didn’t Tell Me; le documentaire The Wind’s Thirst, de Curare Films; le téléfilm des Fêtes de Hallmark Letters This Christmas, qui sera diffusé sur Hollywood Suite; le film d’Amazon Prime Butter Bandits; et le drame en langue arabe The Foolish Crow’s Heaven de Purattu Films. 

C’est après son arrivée au Canada qu’il a commencé à envisager sa carrière autrement. Il s’est inscrit au Story Arts Centre du Centennial College, consacré aux communications, aux médias, aux arts et au design. «Je rencontrais des étudiants en cinéma sur le campus, et c’est comme ça que j’ai eu ma première occasion de collaborer à un court métrage et d’en apprendre davantage sur le métier», explique-t-il.  

Cette rencontre entre musique et image a été une véritable révélation pour lui.

«À mesure que j’en apprenais davantage sur la production musicale, l’enregistrement et les aspects techniques de la création musicale professionnelle, la composition à l’image s’est imposée comme le moyen idéal de réunir tout ce qui m’intéressait: l’interprétation instrumentale, l’enregistrement en studio, la production électronique et l’art de raconter une histoire.» 

Il a ensuite élargi sa palette musicale en ajoutant les claviers et les percussions à son répertoire, développant au passage une signature sonore qui marie synthétiseurs et instruments acoustiques traditionnels. 

«J’ai toute une collection d’instruments provenant de différentes cultures, et c’est vraiment amusant, parce qu’un projet n’a pas nécessairement besoin d’un instrument en raison de son origine culturelle», explique-t-il. 

«L’an dernier, je composais pour un film du Moyen-Orient, mais j’ai finalement utilisé des instruments chinois dans la trame sonore pour créer un effet plus psychologique que culturel. J’ai joué moi-même de ces instruments, je les ai traités à l’aide de synthèse modulaire et j’ai aussi utilisé des enregistreurs de terrain pour ajouter davantage de texture à mon travail.» 

Andrés vient d’une famille de musiciens: son oncle Humberto Galindo est musicologue et a été directeur d’un conservatoire, tandis que son père, Raoul Galindo, enseignait la musique. Il a toujours su que sa vie professionnelle tournerait autour des mélodies et des rythmes. Il décrit d’ailleurs sa virtuosité à la guitare classique comme la «colonne vertébrale» de sa formation académique. 

Andrés Galindo Arteaga.

Andrés Galindo Arteaga. Photo par Valentina Caballero.

«La relation que j’avais développée avec cet instrument m’a permis de comprendre tout ce que je pouvais en tirer sur le plan de l’articulation et de l’expression des émotions», explique-t-il. «Ça m’a aussi donné une grande appréciation des instruments traditionnels et folkloriques, particulièrement ceux de la région des Andes, quand j’étais en Colombie.» 

Même s’il ne s’est intéressé à la composition à l’image qu’après son arrivée au Canada, son père avait veillé à lui transmettre une solide culture cinématographique.  

«Chaque fin de semaine, mon père m’apportait un DVD. Ça pouvait être un film du réalisateur espagnol Álex de la Iglesia (Mes chers voisins, Le Jour de la bête) ou encore un film allemand de Chris Kraus (4 minutes). C’est vraiment lui qui m’a donné la piqûre du cinéma.» 

En plus d’analyser des œuvres classiques, de perfectionner les aspects techniques de la production musicale et de se plonger dans la synthèse électronique, il a étudié le travail du regretté compositeur japonais Ryuichi Sakamoto ainsi que celui d’Alva Noto, figure allemande de la musique électronique contemporaine. Il s’est également joint à la Guilde des compositeurs canadiens de musique à l’image (SCGC) et a participé à la retraite de la SOCAN pour les compositeurs à l’image «pour mieux comprendre le métier, voir comment fonctionne la communauté et saisir la dimension commerciale du travail en collaboration». 

La composition à l’image se construit en réaction au matériel fourni et repose sur une collaboration avec la réalisation et/ou la production, autrement dit, des professionnel·le·s qui ne s’expriment pas nécessairement en termes musicaux. 

«Commencer par cerner l’émotion qui est au cœur de l’histoire, c’est l’une des choses les plus importantes quand on travaille avec un compositeur, et c’est à ça que le cinéaste doit réfléchir en premier», explique-t-il.

«Mon rôle, c’est de décortiquer ce qu’ils veulent vraiment dire quand ils réagissent au film.» 

Il faut aussi relever le défi complexe d’apporter une nuance émotionnelle sans nuire à l’expérience du public. 

«Composer pour une production à l’écran, c’est plonger dans l’histoire et dans tout ce qui se joue en sous-texte», souligne-t-il. «C’est beaucoup plus complexe quand il faut jongler avec tous ces éléments que lorsqu’on part simplement d’une idée claire de ce que la pièce ou le concept doit exprimer. Parfois, il faut en ajouter, parfois en enlever, et trouver jusqu’où ces dynamiques peuvent être présentes ou, au contraire, rester subtiles pour bien servir l’histoire.» 

Son conseil? «Il faut toujours garder en tête, quand on compose, qu’on travaille avec des émotions, sans pour autant prendre toute la place, parce que le public reçoit l’œuvre dans son ensemble. La musique doit toujours être au service de la vision du réalisateur.» 

Comme en témoigne sa production de 2026, comment gère-t-il cette charge de travail où il compose la musique ou les cues de plusieurs projets à la fois? 

«Je dois jongler avec pas mal de choses. En ce moment, je travaille sur la troisième saison de Two Brothers, qui sera diffusée sur OutTV à partir de septembre», explique-t-il. «Et je commence déjà à travailler sur un autre long métrage qui sortira plus tard cette année. Les projets se chevauchent donc presque tout le temps.» 

Cela dit, il n’hésite pas à déléguer quand les choses deviennent un peu trop intenses: il a notamment fait appel au compositeur émergent Braden Koksal pour Butter Bandits. «À ce moment-là, je composais aussi pour deux autres longs métrages, alors Braden m’a épaulé à la composition et a signé de la musique additionnelle, tout comme quelques autres collègues. Je fais aussi venir des musiciens supplémentaires à mon studio quand j’en ai besoin.» 

Pour ce qui est de l’avenir, Andrés Galindo Arteaga a encore un projet sur sa liste de rêves. «J’adorerais composer la musique d’une série complète pour une grande plateforme de diffusion en continu.»