Durant sa dernière année au secondaire, Nostalgix a été à son premier concert de musique électronique, et les choses ne seraient plus jamais les mêmes après. « Ma vie a complètement changé ce soir-là », confie la DJ et artiste EDM vancouvéroise. « Je me sentais comme si j’avais enfin trouvé un endroit auquel j’appartenais vraiment. Je suis tombée en amour avec la musique et avec la quantité de plaisir que tout le monde avait. »

Nostalgix s’est acheté une console de mixage et a entrepris d’apprendre l’art du DJing dans sa chambre des résidences de l’université de la Colombie-Britannique jusqu’au jour où elle a décroché un engagement au pub du campus. De fil en aiguille, elle a commencé à jouer dans de plus grandes salles et des festivals avant de commencer à écrire sa propre musique. « J’ai joué dans un spectacle de très grande envergure et je me souviens être sortie de scène en me disant que le temps était venu pour moi d’écrire mes chansons pour faire danser les gens », dit-elle.

C’est il y a environ trois ans qu’elle a lancé ses premières chansons, dont notamment l’irrésistible et éminemment entraînante « Alien Invasion » ainsi que la bombe « Basics ». À mesure que ses aptitudes techniques de production se solidifiaient, elle a trouvé le courage d’inclure des voix à ses compositions.

« Je peux créer une pièce et la lancer sans aucune crainte, mais si j’y rajoute ma voix, ça devient beaucoup plus personnel. J’étais vraiment très nerveuse », confie-t-elle. Aucune trace de nervosité, toutefois, sur son plus récent EP, Act Out, paru en novembre 2020 sur étiquette Night Bass et sur lequel, notamment sur la pièce titre, Nostalgix rappe avec aplomb.

Nostalgix a été amplement louangée, mise sous contrat par l’étiquette Dim Mak de Steve Aoki, incluse à la liste des « 12 artistes en émergence » de DJ Mag, et elle a fait l’objet d’un article dans Forbes magazine. En 2020, elle a passé le plus de temps possible en studio afin de peaufiner ses pistes de voix, composer de nouvelles pièces et même apprendre le piano, chose que, de son propre aveu, elle n’aurait jamais faite, n’eût été le confinement. « Ç’a été une année de hauts et de bas », dit-elle, « et j’ai réalisé que je devais y aller au jour le jour et créer de la musique en attendant de pouvoir retourner dans le monde. »



L’année 2020 a été éprouvante pour tous, mais peut-être un peu moins pour le jeune compositeur Maxime Fortin. Combien de prix avez-vous récoltés l’an dernier, Maxime? « Il me semble en avoir remporté deux, mais peut-être un troisième, je n’en suis pas certain, avec les festivals qui ont été reportés… ». Meilleure musique originale pour la websérie Amours d’occasion d’Eva Kabuya au Marseille Web Fest, Meilleure musique originale pour celle de La Maison des folles de Mara Joly au Melbourne WebFest, gardons la surprise pour la troisième récompense de Fortin, dont la carrière est, à l’évidence, en plein essor.

Il n’a que 28 ans et impressionne par sa maîtrise des contrastes des timbres et des textures sonores. « C’est ce que j’aime beaucoup mettre de l’avant dans mes pièces, répond Fortin. Dans ma conception de la musique pour le cinéma ou la série télé, on a peut-être un peu délaissé l’idée du thème ou du motif mélodique très clair; j’ai pris le pari de travailler des signatures [musicales] moins thématiques et plus texturées ».

Originaire d’Amos, Maxime Fortin possède une formation de piano classique au cégep de Sainte-Foy, puis à l’Université de Sherbrooke, où il est passé du programme d’Interprétation classique à celui, tout récent lorsqu’il y fut admis, de Composition et musique à l’image, conçu et dirigé par le professeur André Cayer. Un programme, mentionne Maxime, qui « commence à installer sa réputation de programme important » et où il donne parfois des ateliers.

Le compositeur s’est installé à Montréal en 2015 à la fin de ses études avec l’espoir de se faire un nom dans le domaine de la musique à l’image : « J’ai toujours été un fervent amateur de films, si bien que je me considère avant tout comme un spécialiste du cinéma à travers la musique qu’un musicien qui s’est tourné vers le cinéma. Ce qui m’a fait entrer dans la musique à l’écran, je crois, c’est parce que je suis un amateur de cinéma » et de ses compositeurs, dit-il en citant le travail de Hans Zimmer, Trent Reznor et, dans un registre différent, du célèbre compositeur estonien Arvo Pärt, dont l’œuvre semble résonner particulièrement auprès des cinéastes.

En sortant de l’Université, Maxime Fortin a bénéficié des conseils du compositeur Samuel Laflamme, qui œuvre pour la télévision, la publicité et le jeu vidéo : « Je l’avais contacté pour avoir des conseils, apprendre comment démarrer ma carrière; finalement, pendant que je me cherchais un appartement, il m’a proposé de partager un espace » dans les locaux de Tone Studio, propriété du compositeur et ingénieur du son James Duhamel.

« Ça m’a permis de me familiariser avec le métier, d’en apprendre aussi sur le monde du jeu vidéo, ce que je n’aurais peut-être pas pu faire tout seul en sortant de l’université, tout seul de mon côté, explique Maxime. Ces deux années ont été pour moi ultra-formatrices, et j’encourage beaucoup les jeunes compositeurs et compositrices de musique de film à chercher des mentors, des gens qui ont beaucoup d’expérience, une panoplie de projets et qui voudront les assister. »

« Avec le « grand écran » pour l’instant sur pause en raison de la pandémie, les gens découvrent de plus en plus de formats, dans le confort de leurs salons. »

Les premières années de Maxime Fortin ont été riches en expériences et en projets divers, mais les derniers mois ont été particulièrement chargés pour le compositeur, dont le téléphone n’a pas cessé de sonner depuis un an. « À mon sens, chaque film, chaque œuvre est une entreprise dans laquelle on cherche à réunir les meilleurs éléments », scénaristes, acteurs, réalisateurs, producteurs, etc. « Lorsque je choisis mes projets, personnellement, j’essaie de voir si tous les bons éléments sont réunis, et si je peux devenir un élément qui contribuera au succès de l’œuvre », estime le compositeur, qui explore aussi la chanson et la pop en tant que compositeur, réalisateur et arrangeur « avec les musiciens qui n’ont pas encore beaucoup de notoriété, mais l’occasion me permet de faire mes griffes et comprendre comment le milieu [de la pop] fonctionne. La chanson et la musique de film, ce sont des univers complètement différents. »

Son jugement l’a bien servi, alors que les œuvres auxquelles son nom est associé ont attiré l’attention, ici et ailleurs. Il a déjà signé la musique de sept webséries, dont Col Bleu (2017, sur tv5unis.ca), Nomades (deux saisons, sur ici.tou.tv) et les deux récentes lui ayant valu de belles récompenses.

« Le Web, c’est la nouvelle commodité », commente le compositeur, en ce moment associé à ce format médiatique. « Je gagne de l’expérience [grâce à ces opportunités pour la websérie]. Avec le « grand écran » pour l’instant sur pause en raison de la pandémie, les gens découvrent de plus en plus de formats, dans le confort de leurs salons. Ce sont des projets qui ressemblent énormément à un long métrage, en termes de durée totale, mais aussi à la série télé, en termes de diffusion et de segmentation. Ça fait un bel hybride qui fonctionne en temps de pandémie – tu peux « binge-watcher » la websérie une heure et demie ou deux heures seulement. »

« Être un nom associé dans ce type de format, ça ne peut faire de mal », croit Fortin, qui mène aujourd’hui plusieurs nouveaux projets de front : de nouvelles compositions pour une adaptation télévisuelle de La Maison des folles sont en chantier, et il espère de bonnes nouvelles d’un nouveau projet de long-métrage québécois destiné à la plate-forme Netflix. « J’ai quelques autres projets, pour le web et la télé, mais à cause de la pandémie, il faut être patient. Je suis en contact avec mes collaborateurs et les boites de productions, je fais du travail à l’avance; j’espère que ça ne débloquera pas tout en même temps… sinon, ce sera un beau problème! »



À l’instar de tous les artistes, les auteurs-compositeurs doivent être des entrepreneurs avisés s’ils souhaitent gagner leur vie avec leur art. Pourtant, les artistes ont rarement l’occasion d’apprendre des choses banales, mais cruciales comme les budgets, les stratégies de marketing et les impôts, comme si, par magie, ils étaient au-dessus de tout cela.

Rien de plus faux, affirme l’auteure-compositrice-interprète torontoise Domanique Grant : « On nous dit depuis toujours que nous sommes des artistes. Or, le problème le plus criant des artistes en émergence, c’est qu’on nous laisse croire que l’entrepreneuriat ne fait pas partie de notre carrière alors que c’est probablement la partie la plus importante de notre carrière. »

Heureusement, Grant a pu participer à un programme de la Fondation SOCAN qui change la donne. Créé en 2018, l’incubateur de créativité entrepreneuriale TD, un partenariat de la Foundation, soutient les créateurs de musique en émergence à l’aide de financement, de mentorat, d’opportunités pour des vitrines ainsi qu’une série de webinaires qui proposent des outils et des ressources visant à les aider à bâtir une carrière durable dans le domaine de la musique. Grant affirme que ce soutien l’a aidée dans la création et la production de son prochain album en plus de donner un bon coup de pouce à sa visibilité tout en lui offrant des connexions et des ressources d’une valeur inestimable.

« Ça te donne des conseils pratiques, incluant de l’argent, afin que tu puisses réellement faire avancer ta carrière », explique Grant qui est également l’hôtesse d’une série Web qui reçoit des professionnels de la musique. « J’ai pu bonifier mon catalogue de musique et collaborer avec d’autres créateurs. C’est le genre de chose qui peut être payant. En plus, ça te permet d’avoir accès à un mentor de l’industrie — dans mon cas ç’a été Ralph Singh de Universal Music Canada — qui te permet de continuer à évoluer. Obtenir de l’aide pour comprendre les droits administratifs et comprendre comment fonctionne l’édition musicale a été la clé, pour moi. »

« Le programme met l’accent sur le fait qu’être auteure-compositrice veut dire que tu es aussi entrepreneur », ajoute-t-elle. « C’est important de comprendre ça et de pouvoir compter sur soi-même pour comprendre les rouages de l’industrie et faire les choses soi-même plutôt que de remettre ça entre les mains d’une autre personne. Je crois que c’est ça qui rend l’incubateur si précieux. »

L’auteur-compositeur-interprète haligonien Dave Sampson avait déjà signé une entente d’édition lorsqu’il s’est inscrit au programme et il continue de travailler sur son nouvel album avec ses producteurs à Nashville par l’entremise de l’appli Zoom. Sampson s’est servi du soutien offert par l’incubateur pour créer son site Web et ses efforts de marketing sur les réseaux sociaux en plus de développer ses aptitudes en écriture de chansons et en réseautage en compagnie de son mentor, Joe Ferrari de Sony Music Canada.

« C’était vraiment génial de pouvoir lui poser toutes mes questions tout au long de l’année », raconte Sampson. « On se téléphonait et je lui faisais écouter mes chansons, c’était vraiment cool de pouvoir se connecter pour avoir ses commentaires. Toute notre industrie est fondée sur le réseautage et les connexions. »

Sampson a trouvé tout aussi utiles les webinaires sur les compétences en affaires. « Chaque semaine, je me connectais pendant une heure et on nous présentait des professionnels comme un gestionnaire de communautés ou quelqu’un de Canada’s Walk of Fame, un comptable qui nous explique comment produire notre rapport d’impôts ou toutes les autres tâches administratives qu’on a tendance à négliger », dit-il. « C’était comme une université en ligne où ce que tu en retires et comment tu t’en sers ne dépend que de toi. C’est comme une classe de maître sur pratiquement tous les sujets importants. »

Desirée Dawson est une auteure-compositrice-interprète de Vancouver qui a été très occupée par l’écriture et la publication de sa musique depuis qu’elle a remporté le concours CBC Searchlight en 2016. En fait, Dawson avait tellement de projets de front qu’elle s’est servi du mentorat offert par l’incubateur — l’éditrice de musique Vivian Barclay de Warner Chappell — pour se concentrer sur l’essentiel.

« On a eu d’excellentes conversations sur la direction que je veux donner à ma carrière », dit-elle. « Elle est pleine d’excellents conseils sur des sujets comme le placement de chansons et le fait d’écrire pour d’autres artistes. »

Dawson a utilisé le financement offert par l’incubateur pour payer ses enregistrements et autres frais de production et elle a de plus été sélectionnée pour aller enregistrer et présenter une vitrine à Toronto devant des professionnels de l’industrie. Elle ne tarit pas d’éloges pour la série de webinaires. « Avoir la chance d’entendre tous ces points de vue différents de gens des quatre coins de notre industrie est incroyablement utile », dit-elle. « Ça m’a motivée à foncer et j’ai compris que si j’ai besoin d’aide, je sais où en trouver. »

« J’ai compris que je ne suis pas seule même si je suis une artiste indépendante qui fait essentiellement tout toute seule. Ça fait du bien de garder à l’esprit qu’il y a d’autres artistes dans la même position et que nous avons accès à des ressources pour bâtir notre entreprise. »

Le programme a été lancé par Charlie Wall-Andrews, directrice générale de la Fondation SOCAN, en consultation avec des artistes et des leaders de l’industrie, afin de concevoir un programme qui donne aux créateurs de musique les moyens de devenir des artistes entrepreneurs et de faire en sorte que leur passion et leur talent se traduisent par des carrières réussies et durables. L’incubateur de créativité entrepreneuriale TD acceptera les mises en candidatures pour sa prochaine cohorte au début de 2021. Vous trouverez plus d’information à l’adresse www.musicincubator.ca.