Quatre ans après La vie en mauve, l’auteur-compositeur-interprète Simon Kearney fait table rase, ouvre ses horizons musicaux et embrasse le pop’n roll. Le quoi ? Il nous explique tout ça.

On l’a d’abord connu sous des airs plus rock, armé de cette guitare qu’il maniait avec adresse dans une série de solos vertigineux, de passages complexes. « C’est l’instrument que j’aime le moins maintenant. Toutes les chansons de Maison ouverte ont été écrites avec des lignes de basses en début. Je commençais avec un loop de drum et après ça je faisais mon riff de basse. J’essayais de prendre la guitare en dernier parce que j’avais pas le choix d’être dans un moule avec ça, parce que j’avais toujours composé de même. Veut, veut pas, j’avais mes petits patterns. C’était vraiment pour me casser. […] J’avais aussi envie de faire des choses plus simples. Si je te jouais le riff de Hey Man, tu trouverais que ça n’a pas de bon sens ! »

Sortir de sa zone de confort, donc, aura été le leitmotiv de Simon Kearney à l’amorce et jusqu’à la fin de ce nouveau cycle de création. Sur ce second opus qu’il considère par ailleurs comme son premier, Simon Kearney s’autorise des ponts rappés (Bad Girl Mama et Mes pants) en plus de s’aventurer en terrain funk. Les guitares, en guise d’exemple, sont plus près de ce que Prince a pu faire que du répertoire de Fred Fortin. Sa posture, comme créateur, n’est plus du tout la même.

« Je trouve qu’on est plus vers une tangente glam de la musique quand tu regardes le rap aux États-Unis. C’est genre des grillz, des purple drinks, tout le monde essaie de se shower off. Au Québec, il me semble qu’on l’applique pas beaucoup. On aime ça quand on est plus solennels et minimalistes dans notre approche avec la musique, avec le folk et tout. Tranquillement, par contre, je sens qu’on penche vers ce glam-là et c’est ce que je voulais exploiter avec Maison ouverte. Justement, ça a été plus difficile d’écrire des textes parce que j’écoutais juste de la musique en anglais. »

Presque paradoxalement, les paroles qu’il signe s’avèrent québécoises au possible, tant dans le lexique que les thèmes abordés. Pensons à Câline, d’où il étrenne une voix de tête prenante qu’on ne lui connaissait pas, mais surtout à l’entêtante Mes pants qui, mine de rien et sous des dehors cabotins, cache un vibrant message rédigé à l’intention de ses semblables.

« Quand j’écris une toune, je me rends compte que j’essaie d’aller chercher le premier degré et le deuxième. Après, les gens peuvent choisir comment ils veulent l’écouter, un peu comme lorsque t’écoutes du Richard Desjardins. Si t’écoutes ça vite, tu peux penser que c’est un texte de Kaïn, mais si t’écoutes ça profondément tu peux te rendre compte que c’est tellement big ce qu’il dit. […] Le refrain de Mes pants est niaiseux et simple, mais ça parle de prendre possession de ses moyens, de s’assumer, et ça fait vraiment référence au peuple québécois. T’sais, quand je dis “quand je parle dans ma langue c’est pas tout le temps beau”, c’est pour parler de notre espèce de complexe d’infériorité… »

Pour que pousse le blé

Précocement amorcée, la carrière de Simon Kearney se déploie aujourd’hui en deux actes distincts, mais terriblement complémentaires. D’une part, il y a ses concerts à lui, en son nom et à l’avant-scène. De l’autre ? Les contrats qu’il honore en ses qualités d’accompagnateur. Avec Jérôme 50 et Pascal Picard sur la route, notamment, et à titre de guitariste sur certaines pistes de Darlène d’Hubert Lenoir. Il carbure au travail d’équipe, au partage, insuffle ses idées aux autres et sans la moindre avarice. Bien au contraire. « [Cette dualité-là] me dérange pas parce que c’est des projets dans lesquels je m’implique beaucoup personnellement. Avec Jérôme, mettons, inconsciemment, c’était convenu que si je faisais de la guitare pour lui, j’allais pas être restreint à faire ce qu’il me demande et au pied de la lettre.  […] Au fond, c’est moi qui compose les riffs de guit avec lui. C’est mon style de guitare et, d’après moi, s’il prenait quelqu’un d’autre, son projet ne sonnerait pas pareil. »

Cette double vie lui permet, par conséquent, de pallier aux défis monétaires, de diversifier ses revenus. Justement, le parolier s’avère brutalement transparent à cet égard sur Pop’n roll et Mon chien est mort, abordant sans détour les défis intrinsèques à son métier. Il y parle des concours qu’il ne gagne pas, de ses rêves qui, au final, ne paient pas son loyer.

« C’est sûr que les droits d’auteurs ça aide beaucoup… Moi, j’ai pas voulu faire de compromis avec ma musique. Ça s’appelle du pop’n roll et j’assume clairement qu’il y a un côté pop […], ça me dérange pas. Veut veut pas, en amenant un côté pop, c’est sûr que ça séduit plus les radios. J’arrive à avoir un peu d’argent avec ça. »



Quand Benita Prado a reçu une guitare au début de l’adolescence, sa mère souhaitait qu’elle joue du rock classique, mais le rock a mené Prado à un tout autre endroit : le hip-hop. « La manière dont les légendes du genre on échantillonné ces disques rock et funk a beaucoup contribué à qui je suis et comment j’ai évolué », dit-elle.

De fil en aiguille, Prado, qui est originaire de la Colombie-Britannique, a commencé à créer de la musique à l’aide de GarageBand et à partager ses créations sur SoundCloud, attirant au passage l’attention de certains artistes bien établis, dont certains sous contrat avec l’étiquette Owsla.

Prado a écrit pour d’autres rappeurs pendant un certain temps en utilisant l’alias AlienKanye, mais elle a rapidement eu envie d’écrire sa propre musique. « C’était un peu étouffant d’entendre des hommes chanter mes mots », avoue-t-elle. C’est ce qui l’a poussée à abandonner son alias pour utiliser plutôt son nom de famille. « C’était comme les chenilles qui se transforment en papillons. »

La musique de Prado n’est ni hip-hop ni rock. C’est plutôt un amalgame d’influences qui fusionnent pour créer quelque chose d’absolument fascinant : des « beats » lancinants aux « hi-hats » proéminents servent de plateforme aux mélodies R&B envoûtantes.

Prado prépare la parution de son premier album en 2020, et elle a plusieurs autres objectifs majeurs pour l’année : « Euh, dominer le monde. » Mais au moment où elle a le monde entier dans son collimateur, elle espère que son périple servira d’inspiration à d’autres artistes de la scène locale.

« Ce n’est pas tant que je me sens responsable, c’est surtout que je me soucie de ces “kids” et de leurs communautés », dit-elle au sujet des jeunes de minorités visibles dans son quartier de East Vancouver où elle a installé un espace de coop à leur intention où se trouvent un studio de danse et un studio d’enregistrement. « Je sais ce qu’ils ont traversé et traversent chaque jour, alors je veux que mon succès leur profite en créant des opportunités pour eux. »



Voici le nouveau meilleur ami des paroliers : LyricMerch.

Fondée à la fin de 2017 en tant que filiale de LyricFind, l’entreprise torontoise de licences de paroles LyricMerch propose une solution aux gens souhaitant trouver les meilleurs mots pour s’exprimer par le biais d’un t-shirt, d’un sac fourre-tout, d’une tasse à café ou de tout autre produit.

LyricMerch, Drake, Mug

Une tasse, paroles courtoisie de Drake.

« On a créé un nouveau marché », explique Darryl Ballantyne, le cofondateur et chef de la direction de l’entreprise, ajoutant que les deux entreprises ont des ententes avec plus de 4000 éditeurs de musique afin de reproduire les paroles de leurs catalogues respectifs qui représentent plus d’un million de chansons.

À une époque où les revenus de l’édition musicale diminuent en raison de la domination des services de diffusion en continu qui ont décimé les ventes de musique en format physique et via le téléchargement, il s’agit d’une belle opportunité de revenus pour les éditeurs et les créateurs.

À titre d’exemple, les 30 $ générés par la vente d’un t-shirt arborant quelques paroles d’une chanson rapporteront à l’éditeur entre 4 $ et 5 $ dont la moitié ira à l’auteur-compositeur, en fonction de leur entente d’édition.

Le secret du succès de LyricMerch est la croissance et la rentabilité de l’impression sur demande. « On avait déjà eu l’idée, mais c’est ce qui a changé la donne », explique Ballantyne en soulignant que ladite idée a été remise à l’ordre du jour quand le chef des revenus Will Mills est arrivé chez LyricFind il y a trois ans.

« Dans le cas de licences de produits dérivés traditionnelles, l’éditeur octroyait à un manufacturier la licence pour créer 10 000, 50 000 ou 100 000 unités d’un même produit », explique Ballantyne. « Il y avait un ou deux designs approuvés par l’éditeur qui recevait un paiement unique, et le manufacturier pouvait alors produire un nombre donné de produits. »

“On avait la possibilité d’avoir 10 000 designs différents plutôt que 10 000 unités du même design.”—Darryl Ballantyne de LyricMerch

« Il n’y avait aucune possibilité de valeur ajoutée dans ce processus. Il fonctionnait bien. Les éditeurs étaient satisfaits d’émettre les licences eux-mêmes, et quand on regarde ça à l’échelle de quelques chansons, il n’est pas nécessaire d’avoir une solution de gestion de droits à grande échelle ou de systèmes comptables identiques, alors ça fonctionnait bien. »

Ballantyne explique que l’impression sur demande a donné plus d’options aux clients. « À mesure que l’impression sur demande devenait une option viable, notre base de données de paroles de chansons et notre système de gestion des licences nous ont permis d’avoir la possibilité d’avoir 10 000 designs différents plutôt que 10 000 unités du même design. »

« C’est comme ça que la portée des licences et du système de gestion des licences combinées à l’impression sur demande ont créé un vrai bénéfice. C’était pour nous l’opportunité d’aider les auteurs-compositeurs à générer des revenus. »

Et bien que pour l’instant LyricMerch ne couvre que le marché nord-américain — l’Europe et l’Australie s’ajouteront en 2020 —, Ballantyne affirme que la valeur marchande de LyricMerch n’a de limite que le marché mondial, en fin de compte. « On en est qu’au début du processus et on a encore beaucoup de chemin à faire avant de générer autant de revenus qu’on l’espère pour les auteurs-compositeurs », dit-il, estimant que le marché a un potentiel « dans les huit ou neuf chiffres ».

Le seul bémol, si vous le voyez ainsi, est que LyricMerch n’inclut pas l’image des vedettes qui ont popularisé ces chansons. « On n’a généralement pas les droits pour le nom et l’image des artistes », explique Ballantyne. « On s’en tient aux paroles, au titre de la chanson et au nom de l’auteur-compositeur, et on garde le design assez générique. »

Parmi les meilleurs vendeurs, on retrouve le méga succès de Drake « God’s Plan » et les paroles de succès des Beatles et des Rolling Stones.

Ballantyne explique qu’il est même possible d’imprimer des paroles sur des rideaux de douche. « C’est amusant et ça permet à tous ceux qui aiment chanter sous la douche de chanter exactement les bonnes paroles », dit-il en riant.