« L’affaire, c’est que c’est pas des textos ou des emails », souligne Viviane Roy des Hay Babies au sujet de la fertile matière première leur ayant permis de créer leur troisième album, Boîte aux lettres: la correspondance entre une mère et sa fille, une jeune femme ayant quittée le Nouveau-Brunswick pour Montréal, au milieu des années 1960. « Et puis le téléphone, c’était way trop cher dans ce temps-là. Ça fait en sorte que ces lettres-là sont riches, elles sont pleines de détails. Jackie essaie de faire vivre à sa mère ce qu’elle vit à Montréal. »

 Les Hay BabiesMais cette histoire, avant d’être une histoire de lettres, ou de musique, c’est d’abord une histoire de vêtements. Julie Aubé hérite, il y a quelques années, des fringues retrouvées par Claudette, une supportrice de longue date des Hay Babies, responsable de vider une maison de Moncton, désertée par sa propriétaire. C’est que Julie Aubé, en plus de son travail de créatrice, gère aussi une friperie en ligne, OK My Dear, et possède une des garde-robes les plus éblouissantes de toutes les Maritimes (bien que sa collègue et amie Katrine Noël lui offre en la matière une flamboyante compétition).

Parmi ces vêtements: une série de lettres, qu’elle laisse d’abord en plan, « tellement les habits étaient cool. Tsé, des beaux jeans à pattes d’éléphant, qui coûteraient 300$ aujourd’hui. » Une fois cette ivresse vestimentaire calmée, la musicienne reconnaît cependant le vrai joyau que recelait le lot légué par Claudette. « Dès qu’on a commencé à lire les lettres, on était literally on the edge of our seat. »

Le projet d’élaborer un album-concept à partir de ces échanges épistolaires s’impose rapidement comme une évidence, tant il se dégageait des récits de Jacqueline le portrait palpitant de la vie professionnelle, sociale et sentimentale d’une célibataire embrassant le tourbillon de la vie montréalaise entre 1965 et 1969.

« Quiconque lirait ces lettres-là ne resterait pas indifférent, pense Katrine Noël. C’est comme un roman-savon: oh my god, elle s’en va faire une audition pour devenir top-modèle, oh my god, elle date ce gars-là. En même temps, Jackie écrit avec son ego. Elle essaie de se faire paraître way plus high class que anybody else de Moncton. Peut-être que sa mère voulait pas qu’elle déménage à Montréal à 24 ans, peut-être qu’elle lui a dit: « Tu vas jamais atteindre tes rêves, tu devrais te marier. » Peut-être que Jackie en met un peu plus à cause de ça. C’était ben intéressant d’hypothéser sur ce qui est vrai ou pas. »

Conséquence heureuse de ce travail d’extrapolation à trois: alors que Mon Homesick Heart (2014) et La 4ième dimension (version longue) (2016) permettaient de deviner aisément laquelle des trois autrices-compositrices formant Les Hay Babies se cachait derrière chacune des chansons, chaque seconde de Boîte aux lettres sonne résolument comme l’œuvre d’un trio.

« Un album, c’est pas un single, faut que ça se tienne debout. », Viviane Roy, Les Hay Babies

Et si La 4ième dimension (version longue) faisait la fête au soft rock des années 1970, Boîte aux lettres bourgeonne de sonorités empruntées à la décennie 1960, du folk pastoral d’Entre deux montagnes, en passant par le rock garage d’Almost minuit et le psychédélisme de Limonade.

« On était aussi obsédées par la musique sur laquelle pépère pis mémère font des bébés », blague Viviane, la plus loquace des trois, en évoquant les références très easy listening d’une pièce lascive comme Jacqueline.

La lecture de ces lettres aura par ailleurs permis aux Hay Babies de mesurer comment les libertés dont jouissent aujourd’hui les femmes ont jadis été autant de frontières à conquérir. « Pour l’époque, Jackie était super féministe, observe Viviane. Elle avait l’indépendance de ne pas settle down, de ne pas se marier à 18 ans comme elle aurait pu le faire. Elle était très open minded. Ça nous a fait checker nos privilèges. Il y a beaucoup de stuff qui pour elle demandait du courage et qui pour nous sont complètement banals. Il y a tellement un contraste entre ce qu’elle vivait, entre comment elle pensait par exemple qu’elle devait se comporter pour plaire aux hommes, pis où on est astheure. Toutes les preuves de l’avancement des femmes ressortaient des lettres. »

À l’heure des listes de lecture et des plateformes d’écoute en continu séparant les chansons des albums auxquels elles appartiennent, Boîte aux lettres impose quant à lui une écoute de A à Z, pied de nez à une époque d’incessant zapping.

« J’ai tout le temps cru aux albums-concepts, lance Viviane. Tous les albums devraient être des sortes d’albums-concepts. Parce qu’un album, c’est pas un single, faut que ça se tienne debout. Quand tu rentres dans un album, c’est la même affaire que dans une galerie d’art. Si tu sais c’est quoi le thème, suddenly toutes les œuvres peuvent faire plus de sens. Honnêtement, je trouve qu’il y a beaucoup trop d’artistes qui écrivent des tounes et qui se disent: « J’en ai assez pour un album. » Ben guess what? J’écouterai jamais ces albums-là. Il y a tellement d’albums qui sortent sans que ceux qui les ont créés soient capables de les backer up avec des idées. »

Les lettres de Jacqueline, Néo-Brunswickoise exilée à Montréal, ont-elles donné envie à Julie et Katrine, qui habitent toujours leur province natale, de déménager?
Katrine grimace. « Ça m’a donné envie de voir Montréal dans les années 1960 big time, ça m’a donné envie d’aller à l’Expo 67. Mais déménager à Montréal pour aller dans les hipster restaurants qui se ressemblent tous? Ça m’excite beaucoup moins. »



Nous avons eu la chance d’assister à un spectacle enlevant de Blackie & The Rodeo Kings au Danforth Music Hall de Toronto le 21 février 2020. Ne manquez pas nos images de l’événement !

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Les plus grandes vedettes de la pop sont parfois les plus grandes actrices du fait qu’elles jouent différents rôles pour raconter différentes histoires. Madonna, les Spice Girls et Britney Spears en sont toutes de bons exemples, et elles sont inspirée la torontoise Métis Indigo à non seulement apprendre à jouer de la musique, lorsqu’elle était ado, mais également à prendre des leçons de théâtre et de danse.

« C’est probablement la chose la plus intelligente que j’ai pu faire pour moi-même », dit-il au sujet de sa décision de suivre de multiples formations. « Aujourd’hui, dans ma musique, je me sers de toutes ces disciplines. J’adore la danse et j’insiste pour qu’elle fasse partie de mes vidéoclips et de mes spectacles. Quant au jeu d’acteur, c’est la clé pour bien livrer le message d’une chanson. » Aux yeux d’Indigo, l’aspect performance de la musique n’est pas contraire à son authenticité – elle la bonifie.

Indigo comprend la structure pop et elle décrit un bon « hook » de manière très simple : « La simplicité est la clé d’une bonne chanson pop. « Less is more ». »

Cela peut paraître réducteur, mais la musique d’Indigo traite les refrains aux petits oignons et elle donne l’espace nécessaire aux mélodies afin qu’elles brillent de pleins feux tout en créant d’intéressantes couches de production autour de celles-ci. À titre d’exemple, « The Light », son plus récent simple, propose un « hook » bien « punchy » sur une rythmique affirmée et des synthés scintillants.

Ses chansons sont supportées par des sonorités hip-hop grâce au producteur audionumérique Lantz (Jazz Cartier) dont les « instincts sont inattaquables », de dire Indigo. « Il y a sans aucun doute des influences hip-hop dans ce que je fais », ajoute-t-elle, et particulièrement sur « The Light » et ses quelques prochaines pièces. Cela va presque sans dire étant donné la dominance du genre dans la musique populaire, ce qui a nécessairement une influence sur sa direction au cours des dernières années.

Selon l’artiste, l’avantage de travailler dans la sphère pop lui permet « d’ajouter des touches d’inspiration provenant de différents genres et cultures… la fluidité de la musique pop ouvre la porte sur une infinité de possibilités ».

À l’instar des idoles avec qui elle a grandi, la carrière bourgeonnante d’Indigo traversera sans doute quelques transformations, et nous sommes impatients de voir quel sera son prochain rôle.