La Journée internationale de la Francophonie est l’occasion d’honorer les cultures, les langues et les voix qui façonnent un espace francophone riche et dynamique — ici, au Canada, comme partout dans le monde.
À la SOCAN, cette journée tient une place toute particulière. Nos membres francophones représentent l’essence de la culture canadienne et façonnent notre identité organisationnelle. Leur créativité traverse les frontières, défie les catégories et nourrit un dialogue vibrant entre les communautés.
Parmi ces voix, certaines incarnent de manière éloquente la richesse de la langue française, à travers la pluralité de celle-ci partout au pays. Nous sommes allés à la rencontre de Julie Aubé, autrice-compositrice-interprète et membre du groupe néo-brunswickois Les Hay Babies, dont la démarche se distingue par une authenticité nostalgique et rassembleuse ; Mario Lepage, alias Ponteix, qui propose une exploration sensible des liens entre langue, identité et territoire ; Rayannah, autrice-compositrice-interprète du Manitoba reconnue pour son univers électro-poétique singulier ; et Trevor Murphy, artiste acadien et fondateur d’Acadian Embassy, basé en Nouvelle-Écosse, qui œuvre au rayonnement de la culture acadienne contemporaine.
À travers leurs expériences singulières, on découvre une francophonie moderne, riche, confiante, et résolument tournée vers l’avenir.
Une francophonie en mouvement : voyager, créer, tisser des liens
Pour Rayannah, la musique francophone est un passeport qui l’a menée au Chili ces dernières années, notamment à Concepción et Santiago, où elle a réalisé des tournées et résidences créatives. « Composer dans ma langue maternelle tout en collaborant avec des artistes qui parlent d’autres langues, ça crée un ancrage émotif important qui transcende les barrières linguistiques… Souvent, créer avec quelqu’un qui parle une différente langue apporte des résultats inespérés et inspirants », nous a-t-elle confié.
Julie apporte plutôt sa musique en Louisiane où ses amis cajuns prennent goût à découvrir la musique francophone canadienne.
Les liens qui unissent les communautés francophones et l’ouverture de ces dernières sur le monde illustrent parfaitement la capacité de la francophonie musicale à se renouveler en échangeant avec d’autres cultures sans jamais perdre sa singularité.
Cette richesse d’échanges est également au cœur du parcours de Ponteix :
« Je me sens vraiment privilégié de pouvoir être en contact avec différentes communautés à longueur d’année et de partager des moments de connexion avec un public curieux de découvrir de la musique en provenance des Prairies canadiennes. » Son projet lui permet d’inviter le public à nourrir sa curiosité pour la riche et vaste culture francophone.
Toucher les publics, même sans partager la langue
Rayannah l’a observé à maintes reprises : la musique francophone touche, même lorsqu’elle est interprétée devant un public non francophone.
« Le fait de pouvoir créer un lien sans toujours avoir la langue en commun, c’est un des éléments qui me fascine du métier du spectacle. […] Cette connexion profonde nous rapproche en tant que personnes. »
Dans une autre région du pays, Trevor Murphy fait des constats similaires. À Halifax, où la communauté francophone évolue en contexte minoritaire, il travaille activement à créer des ponts entre scènes anglophones et francophones, tant comme artiste avec Sluice que comme professionnel de l’industrie.
« Je fais souvent des efforts de monter des spectacles incluant des groupes anglophones pour maximiser le public mais aussi sensibiliser des gens à la musique francophone… Au fond, la bonne musique c’est de la bonne musique, peu importe la langue. »
Il observe un intérêt grandissant : « L’appétit pour la musique francophone de la part des gens qui ne parlent pas français s’accroît. Avec les habitudes d’écoute qui changent et les relations qui se développent au sein des communautés, c’est clair qu’on arrive à un bon moment en tant que francophones. »
Ce constat dépasse la simple théorie pour s’incarner concrètement sur scène. Julie Aubé, membre du trio Les Hay Babies, a vécu cette curiosité nouvelle lors de ses tournées :
« Les Hay Babies, on a converti plusieurs personnes à la musique francophone lors de nos spectacles! Parfois, les gens nous voient dans les festivals et ne savent pas à quoi s’attendre et découvrent un nouveau monde qui est la scène musicale de la francophonie canadienne. »
Ces expériences convergent vers une même idée : la francophonie rayonne lorsqu’elle se partage, lorsqu’elle s’ouvre, lorsqu’elle se vit collectivement.
Un écosystème pour propulser la musique francophone
Le parcours international de nombreux artistes francophones est rendu possible grâce à l’appui essentiel d’organismes de financement et de leurs communautés. Julie souligne le rôle déterminant de Musicaction et de Musique Nouveau Brunswick dans la réalisation de vitrines et de tournées à l’étranger, tandis que Ponteix met de l’avant l’accompagnement constant du Conseil culturel fransaskois dès ses débuts, ainsi que le soutien de bailleurs de fonds comme Creative Saskatchewan, le Saskatchewan Arts Board, le Conseil des arts du Canada et l’APCM. Mais au-delà des programmes, il rappelle que la force d’un projet repose aussi sur les personnes qui y croient profondément — notamment sa gérante, Nathalie Bourget. Ensemble, ces soutiens permettent aux artistes francophones de rayonner hors du pays et de faire découvrir la richesse de leurs scènes locales à de nouveaux publics.
Une francophonie fière et bien vivante
Grâce à des artistes comme Julie Aubé, Ponteix, Rayannah, Trevor Murphy et tant d’autres d’un océan à l’autre, la musique francophone canadienne rayonne, innove et se réinvente.
Elle rassemble des publics divers, inspire de nouvelles collaborations et montre que la langue française possède une force créatrice unique — capable de traverser les frontières et d’émouvoir, peu importe la langue que l’on parle.
En cette Journée internationale de la Francophonie, la SOCAN célèbre avec fierté tous celles et ceux qui contribuent à faire vivre la musique francophone au Canada et dans le monde.
Découvrez leurs recommandations
Pour célébrer cette journée, découvrez les coups de cœur musicaux des quatre artistes — un panorama inspirant de la scène francophone actuelle.
Julie Aubé :
- Maude Sonier (Nouveau-Brunswick) : Pour sa voix exceptionnelle et sa proposition musicale d’une grande maturité pour son âge.
- MESSE (Nouveau-Brunswick) : Un incontournable pour les amateurs de Black Sabbath. Ce groupe stoner métal acadien allie des riffs lourds et sombres à la langue française.
Ponteix:
- Sylvie Walker (Saskatchewan) : Une artiste prairie folk dont l’univers mélancolique capture l’essence même de la francophonie des plaines.
- Étienne Fletcher (Saskatchewan) : il propose une fusion folk rock sensible où chaque détail musical sert la profondeur du propos.
Rayannah:
- FABBEO (Winnipeg) : Apporte une touche de fraîcheur électro-pop indispensable, une figure montante de la scène urbaine et pop manitobaine.
Trevor Murphy:
- Serena Wu : Artiste multi-disciplinaire qui explore des sonorités indie pop teintées d’une vulnérabilité et qui se distingue par sa capacité à naviguer entre les cultures.
- Maude Sonier : Demi-finaliste des Francouvertes de 2025, elle est une véritable force tranquille qui promet de bousculer le paysage pop alternatif.
Bonne découverte et bonne Journée de la Francophonie!