La musique en direct est de retour ! Le festival Manifesto de musique, d’arts et de culture a célébré son 15e anniversaire par un concert au CityView Drive-In le 11 septembre 2021 mettant en vedette des prestations de Savannah Ré, Notifi, Charmaine, Baebe Ruth, et JAHKOY. Ne manquez pas nos images de l’événement captées par le vidéographe de la SOCAN, Brad Ardley.



Contrairement à la majorité des musiciens durant la pandémie, Shoshona Kish et Amanda Rheaume ne cherchaient pas comment utiliser la surabondance de temps qu’elles avaient.

Outre leurs prolifiques carrières d’auteures-compositrices-interprètes, Kish – qui est Anichinabée et membre du duo primé aux JUNOs Digging Roots – et Rheaume – qui est Métis et primée aux Canadian Folk Music Awards – mènent une vie d’activiste très remplie dans leurs communautés Autochtones.

C’est en 2003, sur la scène du Festival de musique folk d’Ottawa, qu’elles se sont rencontrées pour la première fois et en 2017, elles ont fondé l’International Indigenous Music Summit qui en est aujourd’hui à sa quatrième édition. C’est en travaillant côte à côte pour le Sommet que l’idée leur est venue de lancer leur propre maison de disques. Elles ont vite réalisé que leur partenariat est plus grand que la somme de leurs deux parties. Comme le dit Rheaume, « c’est une véritable sororité, une famille. Notre lien et notre chimie sont incroyablement solides. »

Lancer le bal : Aysanabee
Le premier artiste mis sous contrat par Ishk0de Records est l’auteur-compositeur-interprète torontois d’origine oji-crie Aysanabee. Le polyinstrumentiste crée une musique qui défie les genres – exactement ce que le label recherche – et sa première parution sur Ishkode prendra la forme d’un album qui sera lancé en 2022. « Je trouve ça vraiment emballant », affirme Kish, « car ce sont des voix qu’on n’a jamais entendues jusqu’à maintenant. Je suis convaincue qu’on va entendre plein de nouvelles sonorités et de nouvelles idées que nous ne connaissons pas encore. »

Le résultat : Ishkode Records (prononcer ish-KOH-dé) est devenu la première maison de disques distribuée par un « major » (Universal Canada) à être fondé et dirigé par des femmes Autochtones. Lors d’une conférence téléphonique à trois, Kish explique qu’« en examinant l’écologie de la musique Autochtone ici et à l’étranger, nous avons pris conscience de certaines des grandes lacunes » qui existaient et qu’il fallait combler.

La création de cette maison de disques – dont le nom vient d’une prophétie Anichinabée – n’a pas été motivée par une quelconque frustration par rapport à l’industrie de la musique ni par une volonté plus personnelle de s’affirmer. « C’est surtout une question d’inspiration », explique Kish. Il y a tellement de talents extraordinaires, des voix et des êtres humains incroyables avec qui on a envie de collaborer et qu’on a envie de faire connaître au monde entier. »

Tout comme leur propre musique est complètement distincte de celle de l’autre, la musique que lancera Ishkode promet d’être imprévisible. « Les peuples Autochtones et leurs nations sont d’une diversité inouïe », explique à son tour Rheaume. « C’est loin d’être du pareil au même. » La maison de disque, poursuit-elle, « se concentrera sur l’authenticité et la vérité. Il y a tellement d’artistes qui définissent courageusement leur propre espace au lieu d’essayer de cadrer dans un espace qui existe déjà. »

L’objectif premier du label n’est pas de créer une définition globale de la musique Autochtone, mais d’offrir un espace consacré à la souveraineté narrative. « La souveraineté narrative est une question d’autodétermination », explique Kish. « La façon dont nous racontons nos propres histoires – c’est une chose essentielle pour laquelle les Autochtones se battent. C’est un droit inhérent. »

Bien que la COVID-19 ait pu agir comme le catalyseur pour qu’elles s’embarquent dans ce nouveau périple, « ça serait arrivé de toute manière », dit Kish. « Compte tenu de tout ce qui s’est passé dans le monde, il nous a semblé que s’engager dans ce travail vraiment significatif et concret était très important pour nous à ce moment-là. » La première parution du label a été le simple « The Healer » lancé le 5 août 2021. Shoshona Kish affirme que « de nouvelles parutions et mises sous contrat seront annoncées dans les semaines et les mois à venir ».



« Jeune, je savais que je voulais devenir compositrice », assure Stéphanie Hamelin Tomala. « À l’âge de 10 ans, j’ai composé ma première pièce – avec l’aide de mon professeur, qui m’a aidé à écrire la partition. Puis, à l’âge de 13 ans, j’ai vu Le Seigneur des Anneaux. La musique de Howard Shore ! C’est là que j’ai voulu devenir compositrice de musiques de film ». Quelques années plus tard, elle a atteint son objectif : nommée dans la catégorie Prix de la relève au récent gala Gémeaux, la carrière de Stéphanie a pris son envol.

Stéphanie Hamelin TomalaUne passion commune, pour la musique et pour l’image. « J’ai un penchant très fort pour la science-fiction », dit Stéphanie Hamelin Tomala, qui s’est distinguée en signant la bande sonore du court-métrage Area 51 (Lee Gallagher, 2018), lui ayant mérité un premier prix de la Fondation SOCAN dans la catégorie Meilleure musique originale—Animation.

« J’ai vraiment apprécié ce projet, puisqu’il mélange la science-fiction et l’animation, un des médiums les plus difficiles à mettre en musique. En animation, il y a beaucoup de changements rapides de registres d’émotions, or il faut composer une musique qui suive ces changements. C’est exigeant, c’est un défi, et c’est ce que j’aime. »

Stéphanie Hamelin Tomala dit avoir planifié sa formation académique en fonction de son objectif de devenir compositrice de musique à l’image. À la base violoniste, elle s’est mise au piano dès le secondaire « parce qu’un professeur m’avait dit que si je voulais devenir compositrice, je devais apprendre le piano. Lorsqu’un prof me donnait un conseil, je le prenais ! », dit la musicienne, ajoutant que le piano est comme « un petit orchestre, grâce auquel je peux imaginer déjà comment arranger une pièce pour un orchestre. »

Titulaire d’une maîtrise en composition de l’Université de Montréal, elle a ensuite décroché un diplôme d’études supérieures spécialisé en musiques de film à l’UQAM, puis poursuivi sa formation à Lyon, en France. « Des programmes pour apprendre à composer de la musique à l’image, à Montréal, y’en n’a pas tant que ça – en tous cas, au moment où j’ai fait mes études. Ainsi, j’ai dû aller chercher toute la formation possible un peu partout » avant de se lancer dans le métier. Depuis, elle a signé la musique d’une soixantaine de courts-métrages, en plus de longs métrages et de productions télévisuelles. « J’aime vraiment beaucoup le travail interdisciplinaire, en autant qu’il y ait une histoire derrière le projet qui puisse m’inspirer ».

Ainsi, la compositrice affirme être dans son élément lorsqu’elle compose avec les contraintes inhérentes à la vision d’un ou d’une réalisatrice. « Les réalisateurs et réalisatrices avec qui je travaille me guident dans mon travail, parfois avec des références musicales précises, parfois pas du tout, ce qui me laisse carte blanche. Or, je préfère lorsqu’on m’envoie des musiques de références – mais pas déjà plaquées sur les images d’une scène, parce qu’il arrive que certains réals espère une musique très similaire à la référence. Je préfère encore qu’ils m’envoient plutôt une ou deux pièces musicales dans le style qu’ils recherchent. À partir de ça, je questionne : pourquoi ce son ou ce style? Qu’est-ce qu’ils aiment là-dedans? De là je cherche l’inspiration pour créer ma propre vision… de leur vision à eux! »

Elle cite l’influence de John Williams, « un des premiers modèles vers lequel tu te tournes dans le milieu », du compositeur italien Dario Marianelli, collaborateur fidèle du réalisateur Joe Wright (sa musique du film Atonement lui a valu un Oscar) et du regretté compositeur islandais Jóhann Jóhannsson, qui a signé les musiques de trois films de Denis Villeneuve, Sicario, Arrival et Blade Runner 2049. « C’est dans sa manière de mélanger les musiques texturales et les mélodies, il a amené une manière différente d’écrire la musique », commente la compositrice.

Les femmes sont encore sous-représentées dans le domaine, mais Stéphanie tient à souligner la contribution de la grande Rachel Portman (« Elle utilise beaucoup les cordes dans sa musique, ce que j’aime beaucoup – je suis aussi violoniste, il y a un lien! ») et, plus récente celle-là, de l’Islandaise Hildur Guðnadóttir, « qui fut l’assistante de Jóhann Jóhannsson. »

« Il faut plus de femmes dans ce milieu, notamment au Québec, reconnaît Stéphanie. Personnellement, j’en connais pourtant une quarantaine qui le font déjà ou qui expriment le désir de poursuivre dans cette direction. Seulement, c’est difficile pour elles de ressortir du lot. C’est quelque chose que j’ai à cœur, donner une place aux compositrices. »