Attention, c’est contagieux. Dès les premières notes de la chanson-titre One Step on est dans le coup. Comme si Michael Jackson revenait nous saluer avec ses refrains pop et sa gouaille dansante. The Foundation, le collectif de sept musiciens derrière ce brûlot en puissance, jette les bases d’une soul urbaine efficace. On redécouvre les voix inexorablement viscérales et climatiques de Frédéric Varre et de la chanteuse Mel Pacifico.

 Fredy V and The Foundation« Ce EP (de six chansons) marque pour moi une transition en tant que réalisateur, explique Fredy. Le confinement m’a amené à me perfectionner dans ce secteur. Avec The Foundation, on veut prendre cette torche (la musique funk/soul des années 70) et l’amener vers le futur ».

On s’emballe tout autant pour Your Own Way qui ressemble en tous points à une chanson du groupe anglais Brand New Heavies, gorgée d’harmonies vocales et forgée à grands coups de beats énergiques. It Could Be, sans déployer des trésors d’invention, pompe un beat irrésistible, Funghi est une instrumentale techno- house qui s’harmonise à merveille avec les autres titres.

« Parfois, il y a des décisions qu’on prend Mel et moi de ne pas mettre de vocalises sur une pièce. Funghi nous fait voyager dans une autre sphère, cela permet de respirer un peu ».

45 est l’autre hit annoncé de One Step: You make me spinning like a 45, ce refrain a tous les stigmates d’un vers d’oreille. Gimme The Check est un funk lourd à deux vitesses, deux tempos, c’est savamment construit et c’est sale à souhait. Varre et son partenaire réalisateur Caulder Nash ont réussi à atteindre le point d’équilibre entre des chansons assemblées dans le moindre détail.

« Pour moi, ce EP c’était une transition entre être un artiste solo et à l’intérieur d’un groupe. Je voulais tenter l’expérience de mettre sept personnes ensemble qui composent dans la même pièce ». L’expérience aura duré un an. On enregistre les improvisations du collectif et on peaufine jusqu’à la perfection.

« On s’est dit qu’on voulait des chansons dansantes, pas lentes. Quelque chose de festif ET d’inclusif, qui fait vibrer ET danser. Avec un potentiel à l’international, un esprit de nostalgie et avec une essence moderne. De savoir que ces musiciens vont recevoir des droits d’auteurs et ont un maintenant un compte SOCAN, c’est ça qui me fait vibrer. On essaie de créer de la musique originale, de créer des emplois, la musique est un véhicule qui ne dure pas éternellement ! »

Fredy V. donne donc une suite à It Takes a Village son premier EP paru en 2017 et à Varsity Vol. 1 paru en 2014. On l’a bien sûr apprécié avec son groupe Kalmunity, avec la chanteuse Shay Lia et avec Kallitechnis, tous des projets montréalais à teneur R&B, sans oublier l’Hommage à Prince au Métropolis en 2016 avec le groupe montréalais The Brooks où Varre exulta comme invité sur I Wanna Be Your Lover grâce à sa voix de fausset.

« The Brooks, c’est comme des grands frères. Alan Pater, le chanteur, est mon plus grand mentor, je le considère comme mon maître Jedi ! The Foundation et The Brooks, c’est un peu  le yin et le yang du R&B au Québec; nous, on est plus dans la vibe de Prince alors qu’eux sont plus classiques de facture ».

Fredy V. and The Foundation ont su adapter leur vraie passion aux techniques et aux sons des studios d’aujourd’hui. C’est là que réside leur grande force. Un concept qui ne pouvait qu’avoir été mûri dans une ville aussi cosmopolite que Montréal. On sait sur quel pied danser.

Mais pour ce qui du besoin de faire vivre ses nouvelles chansons sur une scène, Varre fait preuve d’un réalisme épique, lui qui a impressionné en configuration à quatre musiciens lors de la dernière édition virtuelle du Festival international de jazz de Montréal.

« Je suis comme un boxeur qui veut juste se battre. Mon rêve en ce moment, c’est de retourner à la scène avec ce projet. Le monde devient de plus en plus petit et il faut devenir mondial, je veux faire avancer le funk et la soul. Avec The Foundation, on a créé quelque chose qui est plus gros que les individus. On représente une marque, un mouvement. Un village. »



Michael McCarty quitte la SOCAN le 30 novembre 2020 après sept années en tant que chef des services aux membres et du développement des affaires de notre organisation. Durant ces sept années, il a accompli des réussites comme le rapatriement de Drake et Joni Mitchell, la réinvention de l’équipe de recrutement des membres pour en faire une équipe « A&R » et la prise de décisions qui ont permis de remettre plus de redevances aux créateurs, et ce, avec plus de rapidité et de précision. Il demeurera consultant auprès de l’organisation jusqu’en avril 2021 afin d’aider la transition avec ce qui suit.

« Je suis revenu sur les tâches que j’avais à accomplir quand je suis arrivé ; rebâtir l’effectif des membres et rapatrier tous ces gens que nous avions perdus et nous assurer que nous ne perdions pas la prochaine génération des meilleurs créateurs et éditeurs. Quand je regarde ça de cet angle-là, je peux dire mission accomplie », croit l’homme qui a été intronisé au Canadian Music & Broadcast Industry Hall of Fame en 2019 après plus de 40 ans dans le domaine.

McCarty est issu d’un parcours créatif. Après des débuts comme batteur, il a entrepris une carrière d’ingénieur du son et de producteur dans les années 70 aux côtés du regretté Jack Richardson (The Guess Who) et de Bob Ezrin (Pink Floyd, Alice Cooper, Lou Reed, Peter Gabriel) à Toronto. Son premier emploi dans l’industrie a été celui de directeur de la création chez ATV Music Group Canada, puis chez CBS/SBK et SBK Records and Publishing à Los Angeles. Il a fait sa plus grande marque en tant que président de EMI Music Publishing Canada pendant 17 ans, signant et développant des groupes tels que Billy Talent, Sum 41, Three Days Grace, Alexisonfire, LEN, esthero, The Matthew Good Band et Moist. Lorsque EMI a été vendue en 2009, il est devenu président de l’entreprise d’édition musicale ole pendant trois ans.

Quand la SOCAN l’a accueilli dans son giron, son mandat était double : chef des services aux membres, responsable du recrutement, de la rétention et du rapatriement des membres (les trois R), et chef du développement des affaires afin d’aider la SOCAN à faire son entrée dans le 21e siècle, s’assurer que les créateurs soient payés plus rapidement et plus efficacement, et s’assurer qu’aucune redevance potentielle ne passe entre les mailles du filet.

En tant que chef des services aux membres, une de ses premières actions a été de reconstruire le département et de créer une équipe A&R. « Il faut avoir des aptitudes pour évaluer le talent », dit McCarty. « Il faut avoir le pif pour déterminer qui jouera un rôle important. Il faut posséder des aptitudes en développement du talent. Comment une personne se rend-elle du point A au point B dans notre industrie et comment pouvons-nous l’aider dans ce cheminement ? Ou encore, comment pouvons-nous utiliser ces connaissances afin de savoir où se trouvent les prochaines vedettes ? Finalement, il faut aussi avoir des aptitudes en réseautage interpersonnel. C’est ça, le A&R, peu importe comment tu appelles ça. »

Sa division a frappé un véritable coup de circuit, pour reprendre ses propres mots. « On a réussi à rapatrier pratiquement tous les artistes qu’on avait perdus », dit-il en faisant référence à Drake, Boi-1da, Noah « 40 » Shebib, The Weeknd, Shawn Mendes, Alessia Cara ainsi que la légendaire Joni Mitchell.

En tant que chef du développement des affaires, il ajoute « l’une de mes plus belles réussites est la mise sur pied d’une stratégie d’API — ou interface de programmation d’applications —, ce qui est une façon élaborée de dire qu’on permet à deux plateformes informatiques de communiquer. »

« J’ai une confiance inébranlable que l’avenir de l’industrie de la musique — de la création à la distribution à la consommation — passe par un seul réseau parfaitement intégré. Et pour participer à ce réseau, vous aurez besoin d’une API. »

« Nous avons désormais des API pour pratiquement toutes les capacités de notre plateforme, dont notamment pour la déclaration de nouvelles œuvres ou de concerts », dit-il en faisant référence à la création de SOCAN Labs qui a entre autres créé un nouveau portail des membres qui suggère des programmes musicaux aux artistes en se basant sur leurs déclarations précédentes. La SOCAN a également mis en place un partenariat avec l’entreprise calgarienne Muzooka qui offre une appli de partage de métadonnées pour l’écosystème des spectacles de musique.

« Ils ont créé une connexion avec nos API de manière à ce que les membres de la SOCAN qui utilisent l’appli Muzooka puissent avoir accès à leur catalogue pour créer les programmes musicaux qui servent à leurs déclarations de spectacles. Une fois cela fait, un simple clic et nous recevons toutes les informations dont nous avons besoin », explique-t-il. « Ç’a été un succès retentissant. Nous traitons des centaines de concerts de cette façon, et ça simplifie la vie des membres en plus de rendre tout ça plus efficient pour nous. »

Michael refuse de dire exactement ce qu’il y a dans ses plans, mais il dit que cela sera en lien avec le rapatriement de propriétés intellectuelles canadiennes.

« La musique canadienne est reine partout dans le monde », dit-il. « Le problème est que pratiquement toutes les propriétés intellectuelles canadiennes ont quitté le pays et sont détenues par des entreprises non canadiennes, ce qui signifie que les revenus de propriété intellectuelle, les revenus de droit d’auteur, ne reviennent pratiquement pas au Canada. Ma passion s’articulera autour du rapatriement de ces PI et des revenus qui y sont rattachés afin de m’assurer que les prochaines générations de créateurs canadiens puissent évoluer dans un écosystème durable afin que le train de la réussite puisse continuer de foncer droit devant. »



Avec des mentions comme producteur pour des artistes hip-hop aussi populaires que Young Thug, 2 Chainz et le regretté Pop Smoke, pour ne nommer que ceux-là, PittThaKid est une des plus grandes étoiles montantes du milieu des producteurs, beatmakers et auteurs-compositeurs torontois. Si on considère le haut profil de ces placements de chanson, on peut être tenté de croire que la création de beats irrésistibles pour certains des artistes les plus célèbres du milieu du hip-hop est un idéal qui anime Pitt The Kid depuis l’enfance, mais ce n’est pas ainsi que l’aventure a commencé.

« Avant, je faisais du rap, et j’avais besoin de beats pour mes paroles durant ma dernière année de secondaire », explique PittThaKid. « Donc, t’sais, je pouvais pas me permettre d’acheter des beats, et je suis comme, ‘O.K., laisse-moi juste essayer de voir comment je pourrais apprendre à en faire moi-même.’ Et ma carrière de rappeur a probablement duré pas plus qu’un mois, parce que quand j’ai commencé à faire des beats, je suis tombé en amour avec ça. »

D’abord à l’aide du logiciel FL Studio, PittThaKid a continué à se perfectionner en s’inscrivant à des concours de beatmaking avec des organisations comme The Beat Academy durant ses études commerciales à l’Université Wilfrid-Laurier.

Il a éventuellement obtenu sa première grande percée en 2016 en décrochant un placement avec Lloyd Banks, un artiste qui s’était fait connaître dans le band hip-hop G-Unit.

« Je connaissais un ingénieur de New York qui envoyait des trucs pour Banks », se souvient PittThaKid. « Il m’a demandé si j’avais des disques. Et un jour il m’a juste envoyé un texto pour me dire : ‘Hé, on en a un!’ Après ça, t’sais, la chanson est sortie dès le lendemain, c’était le jour de l’Halloween. Je me rappelle que j’étais assis dans ma chambre et que je faisais jouer la piste en boucle, comme, au moins 50 fois de suite, man, parce que je pouvais pas croire qu’il était sur mon beat. »

Depuis, le style musical de PittThaKid a évolué à partir du son boom bap non dilué qu’il affectionnait à l’époque. « Je crois que ce que j’essaie surtout de faire est juste, t’sais, de fusionner la vieille école avec la nouvelle école, t’sais, ça devient une sorte de mélange, mais à travers les genres », explique-t-il. « J’aime habituellement prendre les influences vintage et les mélanger avec les trucs modernes. Je crois que c’est pas mal pour ça que je suis connu. »

PittThaKid a un penchant pour les sons à accents de guitare, chose qui découle souvent d’une approche collaborative. « Bien souvent, si je peux, je suis en studio avec d’autres producteurs », explique-t-il. « Donc, c’est comme, je commence une idée, puis quelqu’un pourra la poursuivre en ajoutant certaines clés ou certains autres instruments différents, ou en établissant la batterie. Et bien souvent aussi, je crée des échantillons, donc je crée l’idée musicale. Et ensuite je l’envoie par courriel au producteur. »

Il arrive parfois que ces idées musicales partent en flèche. C’est ainsi que PittThaKid a un jour envoyé au producteur titulaire de multiples disques de platine B-Rackz une idée musicale comportant un échantillon de sons hachés de chœur d’enfants que ce dernier à porté à l’attention de Mike Will Made-It, le prestigieux producteur d’Atlanta.

« [B-Rackz] a éventuellement utilisé quelque chose que je lui avais envoyé avec Mike Will, et ensuite ils ont fait la totalité du beat, puis 2 Chainz, Schoolboy Q et Eearz ont éventuellement embarqué sur [« Kill ‘Em With Success »], et c’est simplement devenu un succès éclatant », raconte PittThaKid. « Et plus tard j’ai appris que [ça] serait incorporé à [la bande-son] du film Creed 2 avec Michael B. Jordan. Donc, t’sais, je suis allé voir le film au cinéma, et j’ai vu mon nom dans le générique, ce qui est pas mal insensé. Donc définitivement une bénédiction. »

Mais la chanson qui a eu le plus gros effet sur la carrière de Pitt The Kid est « Boy Back », qui fait partie de l’album So Much Fun du MC d’Atlanta Young Thug, mettant en vedette Nav, un autre représentant de Toronto. Pour PittThaKid, la chanson est plus qu’un beat : elle est le reflet de sa carrière jusqu’ici.

« Je vois ça comme une boucle qui se referme », explique-t-il. « Parce que, au début de ma carrière, j’ai essayé de faire des tas de trucs à Toronto, et ça ne m’a pas réellement amené où je devais être. Alors je me suis rendu compte qu’il fallait que j’élargisse un peu mes horizons. Donc, à la fin de 2018, j’ai commencé, genre, à me concentrer sur les États-Unis, à travailler avec le plus grand nombre d’artistes américains possible. Puis là, je me suis dit que ‘quand j’aurai fait assez de percées aux États-Unis, alors je reviendrai à Toronto’ et je montrerai de l’amour. Donc, c’est plus ou moins comme ça que ça s’est passé dans mon cas… C’est mon plus gros placement aux États-Unis, Nav en fait partie, ils filment le vidéoclip à Toronto. »

Fidèle à sa promesse de montrer de l’amour à Toronto maintenant qu’il a remporté un certain succès, PittThaKid ne demande pas mieux que de travailler avec des producteurs émergents qui lui envoient directement des courriels au collabwithpitt@gmail.com. « Bien souvent, quand j’essayais de percer, on ne me donnait pas la chance de faire entendre ma musique », regrette PittThaKid. « Si quelqu’un veut travailler avec moi ou m’envoyer du matériel, je n’arrête pas d’écouter des nouveaux trucs. T’sais, je veux juste donner des chances. »