Bye-bye Windsor, bonjour Music City! Jake Diab a connu beaucoup de succès en tant que guitariste, chanteur et co-créateur des chansons du groupe rock Autumn Kings de Windsor, Ontario, mais il a récemment pris une décision majeure : se relocaliser à Nashville.

« La raison principale de déménager là-bas c’est de se rapprocher de l’industrie », explique Diab. « Les maisons de disques, les agences de gestion, les tourneurs, tout le monde est basé à L.A., Nashville ou New York. Nashville est une plaque tournante et mon objectif là-bas est de sortir quatre ou cinq soirs par semaine pour réseauter et créer des relations qui seront payantes à long terme. »

Âgé de 24 ans, Diab a fondé Autumn Kings en 2015 et il n’est pas peu fier de dire que les résultats impressionnants du groupe à ce jour ont tous été accomplis grâce à une approche indépendante. « On a plus de 10 millions de streams maintenant [au total, réparties entre un album, un EP et plusieurs simples], plus de 130 000 auditeurs mensuels sur Spotify, et tout ça sans gérant, sans agent, sans éditeur et sans maison de disque. La SOCAN a été un allié de taille dans tout ça. »

Non seulement Nashville a-t-elle permis à Diab de tisser des liens avec l’industrie, mais elle a déjà un impact majeur sur son art. « Ça fait à peine quelques mois que je suis installé ici, mais je me suis beaucoup amélioré en tant qu’auteur-compositeur du simple fait de côtoyer autant de talent », affirme-t-il. « J’ai déjà plein de rendez-vous de coécriture et plusieurs excellentes chansons en sont ressorties et il y a de bonnes chances qu’on les enregistre avec Autumn Kings pour notre prochain album qu’on prévoit sortir au cours du deuxième trimestre de 2022. »

Cela dit, Nashville n’a pas eu d’impact notable sur son style musical, du moins pour l’instant. « Je m’en tiens au pop-rock, je n’ai pas encore acheté mes bottes de cowboy », dit-il en riant. « Je profite au maximum de la belle diversité musicale qu’on retrouve ici. »

Dans le cadre d’Autumn Kings, Diab partage la création et le chant avec le membre SOCAN Joseph Coccimiglio. Bien que le groupe demeure sa priorité, Diab a ces dernières années ajouté de nouvelles compétences à sa panoplie d’outils créatifs, notamment l’écriture et la production avec et pour d’autres artistes.

« Je n’ai pas encore acheté mes bottes de cowboy »

En 2019, avec le producteur et auteur-compositeur de Windsor et membre de la SOCAN, Martin Bak (qui est aussi un producteur de longue date d’Autumn Kings), il a coécrit et coproduit The Divide EP pour le groupe rock américain No Resolve. « Ils ont eu quelques #1 sur Billboard et comptent des millions de streams. Je suis reconnaissant d’avoir eu la chance de jouer un petit rôle dans leur succès », dit-il.

Diab a également coécrit et joué de la guitare sur « Blow », le simple du groupe rock du Michigan Eva Under Fire qui figurera dans le film d’horreur The Retaliators.

Il commence d’ailleurs à avoir du succès dans la composition pour les films et la télévision. « Les semaines de confinement en mars 2020 ont été difficiles pour moi », avoue Diab. « Coincé dans mon sous-sol, j’ai pris une décision très éclairée que je continuerais à gagner ma vie avec la musique. L’industrie du film et de la télé n’a pas souffert autant que l’industrie de la musique et ça me semblait logique d’aller dans cette direction. Au final, c’est une excellente façon de garder la main tout en gagnant de l’argent pendant la pandémie. »

Parmi ses crédits notoires, récemment, on compte une entente de licence avec CBS Sports pour College Football Today. Diab avait déjà un lien précieux avec la musique dans le domaine du sport grâce au fait qu’une chanson d’Autumn Kings, « Devil In Disguise », a été choisie comme « chanson de but » pour l’ensemble de la saison 2018-19 des Red Wings de Détroit.

« Ça, c’était une forme de validation assez incroyable », dit-il. « Je rêvais de jouer pour cette équipe quand j’étais jeune et maintenant ils font jouer ma chanson à tue-tête pour 20 000 spectateurs! Pour nous, c’était comme gagner la coupe Stanley! »

Diab ne pourrait être plus confiant en ce qui concerne l’avenir d’Autumn Kings. « J’ai fondé ce groupe après ma première année d’université et dès le jour 1, je me suis dit que c’était tout ou rien. Je voulais qu’on joue dans des arénas à guichets fermés et je suis convaincu qu’on est sur la bonne voie. »



Feist présente actuellement une résidence de 18 spectacles en 9 jours pour son projet Multitudes au Meridian Hall de Toronto. Voyez les photos de Tristan Nugent captées lors de sa prestation du 21 octobre.



En juillet de cette année, lorsque l’étiquette de disques Joy Ride, pilier de la scène rap québécoise, a annoncé la création de sa branche Joy Ride Latino, elle a accompli deux choses. La première, professionnaliser une scène underground qui regorge de talents et lui permettre de rêver à la conquête d’un gigantesque marché. La seconde, mettre les projecteurs sur une scène quasiment inconnue du grand public québécois et qui ne demande qu’à être écoutée. Survol du mouvement urbano local, qui se distingue par sa solidarité.

Les courants musicaux d’Amérique latine sont bien présents au Québec, la longévité du club La Salsathèque et des émissions radiophoniques de musique latino (nommons seulement La Rumba du Samedi, à CISM 89,3 FM) témoignant de l’affection que portent les mélomanes pour ces chaleureuses rythmiques. Mais alors que le hip-hop s’impose comme genre musical populaire à la grandeur de la province, les artistes d’ici faisant du rap et du reggaeton en espagnol demeurent dans l’angle mort de l’industrie musicale.

Et ce, depuis longtemps. Pour un Boogàt, artiste consacré chez nous, combien de Agua Negra – groupe fondé par le compositeur El Cotola -, de Sonido Pesao (et leur collectif Heavy Soundz), de Cuervo Loomi et autres vétérans du son urbano montréalais n’ont jamais véritablement été reconnus? Il est temps que cela change, affirme Cruzito, artiste urbano et directeur artistique de Joy Ride Latino, tout en reconnaissant que la scène elle-même a dû évoluer de son côté pour rejoindre un plus vaste public.

Lorsque le reggaeton est né au début des années 1990 à Porto Rico, « c’était reconnu comme de la musique de la rue, une musique underground, explique Cruzito, dont les parents sont nés au Honduras. En dépit de Gasolina [succès planétaire de Daddy Yankee en 2005], le reste de cette scène n’a jamais vraiment été reconnu. Or, ces dernières années, la musique latino a commencé à apparaître dans le champ de vision du public et des médias, qui l’ont traité comme un phénomène musical » qui se justifiait par ses chiffres : déjà en 2014, le Colombien J Balvin, alors inconnu hors de l’Amérique latine, récoltait plus de 200 millions de visionnements sur YouTube de son succès 6 AM (il en est aujourd’hui à plus de 1,1 milliard!). Peu à peu, ça a fini par nous atteindre » au Québec, estime Cruzito.

Aussi, souligne Cruzito, sans rien enlever au talent et aux productions des pionniers de la musique urbano – regroupant le rap, le trap, le r&b et le reggaeton latins – locale, il a fallu que la scène s’ouvre à d’autres sonorités musicales et se libère de la rythmique caractéristique du reggaeton, ces contretemps saccadés empruntés à la musique jamaïcaine qui forment le riddim Dem Bow, du nom du succès de 1990 du chanteur dancehall Shabba Ranks, rythmique composée par Steely & Clevie et produite par Bobby Digital.

Même Carlos Munoz, fondateur et patron de Joy Ride Records aux racines chiliennes, a dû se laisser convaincre. « Je n’ai pas du tout été un fan de la première heure du reggaeton, confie-t-il. Pour moi, c’était du rap de piètre qualité; moi, je viens des Preemo [DJ Premier], Timbaland et Dr. Dre de ce monde, donc la production reggaeton à l’époque me paraissait moins peaufinée, moins évoluée, même considérant qu’ils disposaient de moins de moyens pour produire leur musique. Or, quand j’ai vu que la scène trap latino a commencé à envahir l’univers reggaeton, ça a pris du coffre. La production a atteint un autre niveau, puis la musique pop est entrée dans le mix », propulsant les J Balvin, Malumo, Farruko et Bad Bunny, entre autres, dans la stratosphère de la pop mondiale.

La scène urbano québécoise a aussi suivi cette courbe de progression, croient Munoz et son allié Cruzito, qui ont récemment lancé le premier EP du collectif YNG LGNDZ tout à fait représentatif du reggaeton de 2021, avec ses inflexions trap, r&b et pop. Les partenaires croient dur comme fer que les artistes d’ici ont le talent pour percer l’immense marché international, comme l’ont fait le duo de compositeurs/beatmakers montréalais Demy & Clipz (Étienne Gagnon et Steve Martinez-Funes, amis d’enfance), avec qui Bad Bunny a partagé son récent Grammy du Meilleur album latin pop ou urbain pour YHLQMDLG, sur lequel ils ont coécrit et produit la chanson Soliá.

« La scène a vraiment évolué, les jeunes artistes arrivent avec un son tendance », assure Steve Martinez-Funes, prenant exemple sur l’auteur-compositeur-interprète O.Z., qui fait partie de l’écurie Joy Ride Latino. « Il a sa sauce, comme on dit, sa vibe à lui. Nous, lorsqu’on a commencé à faire de la musique [il y a plus de dix ans], c’était plus difficile de percer, de s’exprimer et de produire. Le reggaeton d’aujourd’hui ne ressemble pas à celui d’avant, mais ici, sur la scène montréalaise, on s’inspire beaucoup de ce qui se fait ailleurs – comme le rap d’ici s’est inspiré du trap d’ailleurs. »

Avec un pied sur la scène locale et un autre dans le cercle des initiés et décideurs de la scène reggaeton mondiale, Demy & Clipz espèrent faire avancer leur carrière en servant de courroie de transmission pour les talents locaux. « Les artistes d’ici ont définitivement le talent pour percer à l’international », croit Étienne « Demy » Gagnon, qui réfléchit avec son collègue à un mixtape/compilation de leurs productions mettant en vedette les chanteurs et MCs d’ici.

Car l’atout de la scène urbano montréalaise, estime Cruzito, tient dans sa solidarité entre artistes aux racines distinctes – un musicien aux racines honduriennes travaillera volontiers avec un autre d’origine colombienne, mexicaine, chilienne, etc.- , son ouverture aux autres styles musicaux, ainsi que sa spécificité culturelle : « Je pense qu’un musicien [issu des communautés latinos] a un avantage sur ceux des autres provinces, voire des autres pays, parce qu’on vit dans la francophonie. Et ça, c’est tellement un plus, dans tout ce que tu fais artistiquement, parce que c’est un autre monde culturel. Il y a un ADN musical et montréalais qui s’installe en toi. Je considère que la musique qui se fait à Montréal, peu importe le style, est distincte. Tu le sais que ça vient de Montréal. »