Pour une neuvième année, on vous présente une sélection d’artistes rap québécois de la relève qui ont le potentiel de se révéler à un plus grand public dans les prochains mois.

 

Kinji00

Kinji00, Dis-moi ou dis-moi quand, video

Cliquez sur l’image pour démarrer la vidéo de la chanson Kinzi00 (avec Hubert Lenoir) Dis-moi où, dis-moi quand

Kinji00 écoute du rap depuis l’âge de neuf ans, soit depuis qu’il a découvert la chanson Chill Bill de Rob $tone en jouant à la PS4. « Tout de suite, je suis tombé en amour avec le rap. J’ai commencé à écouter du Kodak Black, du 2 Chainz, du Tupac… Après ça, j’ai évolué vers des trucs underground comme Trippie Redd, Bladee. Je pense que j’étais le seul à écouter du rap underground au primaire. »

Pour ça, le rappeur gatinois né au Portugal doit remercier son frère aîné, LB66 (l’un des cinq beatmakers à surveiller de notre cuvée 2026). C’est lui qui l’a initié au hip-hop et, en particulier, à la production musicale. « Il m’a montré comment faire des beats, en 2018, avec FL Studio. J’étais pas bon, mais c’était un début… C’est vraiment en 2024 que j’ai commencé à rapper. J’avais vu des gars de mon âge faire du rap qui sonne bien, et je me suis dit que moi aussi, je pourrais essayer. »

La suite est une véritable ascension fulgurante. À 18 ans seulement, donc un an et demi après ses débuts comme rappeur, Kinji00 a réalisé presque tous ses rêves. « Pour vrai, j’ai eu une année extraordinaire. J’ai meet up avec des artistes que j’écoute depuis que je suis jeune… J’ai juste été chanceux. Et je m’en suis rendu compte quand je suis débarqué au Club Soda pour le concert de Rowjay (en février 2025) et que j’ai entendu tout le monde chanter mes chansons. J’avais un certain hype internet, mais jamais j’aurais pu imaginer tout ça. »

C’est maintenant lui-même qui sera tête d’affiche pour un concert au Club Soda, le 20 novembre 2026, dans le cadre de M pour Montréal. Réputé pour ses textes qui célèbrent le Québec et son projet d’indépendance, comme en témoigne son premier album judicieusement intitulé À la prochaine fois, Kinji00 est l’un des porte-flambeaux du mouvement pro-souverainiste actuel, aux côtés d’artistes de différents horizons comme Lou-Adriane Cassidy et Rémi Gauvin de comment debord. Cet éveil politique, il l’a eu durant son cours d’histoire de secondaire 4, il y a deux ans. « C’est là que j’ai constaté tous les scandales qu’on a subis comme peuple. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. »

En 2026, Kinji00 veut montrer différentes facettes de sa proposition artistique, sans toutefois laisser tomber les textes à saveur indépendantiste. Le rappeur prévoit sortir, aux côtés de son frère, un minialbum hétéroclite à la facture à la fois électro, rap expérimental et jerk (sous-genre hip-hop originaire de New York alliant rythmes nerveux et voix déformées).

 

Mzrabelle

Mzrabelle, GIRLLOVE, video

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L’histoire d’amour entre Mzrabelle et le rap remonte à l’école primaire. Dans le coin où l’artiste a grandi (l’arrondissement LaSalle dans l’ouest de Montréal), la culture hip-hop avait une importance capitale. « Il y avait toujours des rap battles à l’école. Mais malheureusement, les filles n’y allaient pas, c’était juste des gars », déplore l’artiste de 19 ans. « Personne ne nous disait qu’on n’avait pas le droit d’y aller, mais on ne se sentait pas invités… à part pour regarder. » C’est en fin de journée, lorsqu’elle regarde des vidéoclips au service de garde, qu’elle voit à l’œuvre ses premiers modèles féminins, qui deviendront également ses premières inspirations. « Je voyais des femmes confiantes comme Britney Spears, Nicki Minaj, Cardi B. Ça m’a énormément marquée. »

Seule dans sa chambre, intimidée à l’idée de s’exposer à son entourage, elle se met à écrire en cachette et à rapper avec un style qu’elle gardera jusqu’à aujourd’hui, c’est-à-dire un flow la fois décalé et chuchoté, qui peut rappeler ce que propose parfois la Française Lala &ce.

C’est au tout début 2025 que l’artiste se dévoile avec une première chanson, ALL BLACK, qui jette les bases de son univers musical, mais aussi de son esthétique visuelle, grandement inspirée par Betty Boop, mythique personnage de dessin animé qu’on reconnaît à sa robe rouge, ses talons hauts et ses cils très voyants. « Betty Boop, je l’aime parce que c’est une femme forte dans un paysage dominé par les hommes. Pour moi, c’est un personnage féministe. »

Après avoir exploré ce personnage très coloré dans son premier minialbum Naked Truth, paru en juillet dernier, Mzrabelle se prépare à montrer une autre facette d’elle-même sur son deuxième projet, #SADPRINCESS, prévu pour le 6 février 2026. « Oui, j’ai ce côté très confiant à la Betty Boop dans mes chansons, mais j’ai aussi un côté plus sombre, plus ‘’sad girl’’ », confie l’artiste affiliée au jeune label et collectif montréalais Nordicc. « Ce sont deux niveaux de personnalité qui me représentent bien. Je joue avec les deux de la manière la plus authentique possible. »

 

Young Rose

Young Rose, EYE SURRENDER, video

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Le déclic de Young Rose pour le rap date lui aussi de la fin de son école primaire. « Je voyais des jeunes un peu plus vieux que moi dans l’autobus avec des écouteurs. Et j’entendais, au loin, les gros snares, les gros hi-hats. Je comprenais pas ce que j’entendais, mais je voulais écouter ça ! J’ai fait mes devoirs juste après… et je me suis mis à explorer YouTube pour découvrir toutes les sortes possibles de rap. »

Originaire de Pointe-Claire, dans l’ouest de Montréal, Young Rose avait, avant cette saisissante découverte, écouté principalement la musique de ses parents : de la musique sénégalaise, héritée des origines de son père, et de la musique québécoise, héritée de celles de sa mère. Youssou N’Dour rencontrait Karim Ouellet ou Vincent Vallières dans sa maison familiale. Ce bagage culturel accompagne encore à ce jour le rappeur de 25 ans né en Chine, là où ses parents se sont rencontrés durant leurs études. Pour lui, les genres musicaux n’ont pas de limites prédéfinies les uns avec les autres.

« Je veux pas me limiter à un genre. En fait, je veux être l’un des artistes les plus populaires de toute la planète. Je ne me mets aucune barrière. » Après des débuts marqués par une exploration essentiellement trap à la fin des années 2010, Young Rose fait un virage à 180 degrés il y a quelques années, en ouvrant ses horizons au rap plus minimaliste et aux différentes variantes de la tendance drumless. « Je me suis beaucoup laissé inspirer par des gars comme Mike Shabb, Nicholas Craven ou SeinsSucrer (l’une de nos recrues rap queb de 2022). J’ai toujours écrit sur des prods comme ça, très old school, mais j’avais jamais rien sorti. J’avais peur que les gens trouvent ça trop vieux jeu. Mais quand j’ai vu ces gars-là faire ça, avec une approche très moderne et organique, je suis devenu obsédé. »

En 2025, le rappeur fait paraitre l’un des meilleurs projets de l’année au Québec : Beautiful Damage, en duo avec le producteur GENERICTM (qu’on a connu pour ses collaborations avec Eman et, justement, SeinsSucrer). Les prochains mois risquent toutefois de nous surprendre, car Young Rose a récemment séjourné en France pour redéfinir son univers musical, dorénavant empreint de R&B, de néo-soul et de jazz.

 

Kamilou

Kamilou, Incendie, video

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Quand elle avait 13 ou 14 ans, Kamilou s’est fait donner une guitare par un voisin. « J’ai commencé à jouer et à écrire des tounes très mauvaises », se souvient en riant celle qui écoutait Les Colocs, Jean Leloup, Lisa LeBlanc et Harmonium à l’époque. « J’ai gardé toutes ces chansons-là pour moi, j’avais pas les moyens de m’acheter de l’équipement pour m’enregistrer. »

Peu attirée par le rap français que ses amis écoutent à l’école secondaire, l’artiste montréalaise originaire du quartier Rosemont tombe en amour avec la culture hip-hop un peu plus tard, en découvrant des figures incontournables de nos voisins du Sud comme Mobb Deep, Tupac, Biggie, Kendrick Lamar et, surtout, Lauryn Hill. « Lauryn, c’est elle, la génie. Elle a tout compris. Elle m’a fait réaliser que je pouvais à la fois chanter et rapper. Je n’étais pas obligée de choisir entre les deux, contrairement à ce que tout le monde semblait me dire. »

Au cégep, elle rejoint un collectif de rappeurs et beatmakers, la Kayrap. « C’est avec eux que j’ai découvert que je voulais pas juste être la fille qui chante les refrains ou qui fait les backs. À partir de là, j’ai commencé à travailler sur mon écriture… pour prouver aux gars autour de moi que je pouvais être meilleure qu’eux. » Après deux chansons R&B en anglais, maintenant effacées des plateformes, Kamilou s’initie officiellement au rap aux côtés du rappeur Woody sur la chanson Caché dans l’œil (2023). Deux ans plus tard, elle présente son tout premier minialbum, le chaleureux et enveloppant Pour toujours et à jamais, produit par Alexis Prévost alias l’aube. « Ce projet-là, c’est une découverte. Une découverte de tout ce que je suis capable de faire : chanter et rapper, autant sur des productions jazz que rap expérimental. »

Pour l’artiste de 23 ans, 2026 marquera la sortie de quelques titres sur les plateformes ainsi que la production d’un deuxième minialbum aux horizons multiples – à  la fois pop, électro et même grunge. « Je sais, je mélange trop d’affaires. C’est plus fort que moi. »

 

Colin Léo

Colin Leo, Rideaux Blancs, video

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Colin Léo était en troisième année du primaire quand un ami français lui a fait découvrir la richesse de la scène de l’Hexagone. « Il m’a montré L’entourage, Orelsan, Booba… C’est un monde qui s’ouvrait à moi », se rappelle l’artiste de 22 ans. Durant son adolescence, il tombe en amour avec le rap québécois et le rap belge, deux scènes en pleine ébullition pendant la décennie 2010. « C’est entre autres grâce à Caballero & JeanJass que j’ai eu la piqûre. Leur egotrip décontracté venait me chercher. Ça m’a en quelque sorte montré que moi aussi, j’avais le droit de faire du rap, même si je n’avais pas vécu de quoi d’intense dans ma vie. »

Grâce à son père batteur, le Montréalais originaire de l’arrondissement Ville-Marie, en plein cœur de Montréal, se lance dans la production musicale. « Je prenais des YouTube type beats (NDLR : productions rap génériques publiées sur YouTube) et je faisais des contre-mélodies par-dessus. Bref, je recréais de la musique par-dessus de la musique déjà existante. Trois semaines plus tard, je m’enregistrais et j’avais mes premières chansons. »

C’est sous le pseudonyme Exky qu’il obtient son premier succès, Attends, un duo à saveur pop et bossa nova avec l’autrice-compositrice-interprète Avril Jensen. La pièce parue en 2021 a maintenant dépassé le cap du million d’écoutes uniquement sur Spotify. « Ce succès-là m’a pris par surprise. Ça a été une sorte de reality check. Je me suis demandé ce que je voulais comme artiste. »

Après une période de réflexion, l’artiste entreprend un virage plus sérieux – moins «bubbly» comme il le dit lui-même – avec la création d’un premier minialbum solo. Intitulé Becs et bobos, l’opus paru en 2024 marque les esprits par ses textes sombres, presque dépressifs, et sa facture planante aux accents jazz et trip-hop. « C’était une période tough. J’ai toujours été un kid drôle, un petit clown, et là, je ne me sentais plus comme ça… »

Prévu pour cette année, son deuxième minialbum, sur lequel il travaille avec le producteur de Québec Pavel Navarro et le multi-instrumentiste Félix Paul (de Rau_ze), misera sur un groove plus lumineux.