Les membres de Caveboy aiment presque tout faire ensemble. Cette entrevue est un bon exemple : c’est l’éclectique groupe pop montréalais qui a demandé que tous les membres y participent. N’ayant pas de porte-parole désigné, Caveboy préfère donner à chacun de ses membres l’espace nécessaire pour raconter son histoire. Nous joignons Isabelle Banos au téléphone, elle nous demande de patienter un instant et, quelques minutes plus tard, Michelle Bensimon et Lana Cooney font partie de la conversation. Timides, initialement, parce que les entrevues, c’est épuisant et parfois intimidant, elles se dégênent rapidement et le dialogue est soudain très animé. Difficile de faire mieux au chapitre d’avoir l’impression d’être une observatrice privilégiée de leur amitié, une dynamique où leur partenariat personnel, créatif et commercial est tissé incroyablement serré.

Mais Caveboy n’a pas toujours été Caveboy. Le groupe, fondé en 2012, s’est d’abord appelé Diamond Bones. Rapidement, le nom a donné signe qu’il ne collerait, ou ne pouvait pas coller. « C’était une période de transition, on a vraiment travaillé notre son et on se sentait solides quant à notre identité », explique Bensimon. « On pense toujours aux choses qui nous unissent, ces choses authentiques qui nous sont uniques. Quand on a pensé à Caveboy, ce fut notre “Eurêka !”. »

Depuis, Caveboy a réussi à se propulser toujours plus loin grâce à ses spectacles électrisants et à un EP paru en 2015. Elles ont ensuite remporté le Allan Slaight JUNO Master Class en 2017. Vinrent ensuite plusieurs simples biens fignolés qui ont connu beaucoup de succès en 2019 : « Landslide » et « I Wonder » ont été de toutes les listes des plateformes de diffusion en continu, « Silk for Gold » a été présenté en avant-première exclusive sur Billboard et « Hide Your Love » a atteint la première position du Top 20 de CBC Music. Et le trio continue son chemin en continuant de définir encore plus précisément son identité et comme la canaliser dans sa musique. Leur premier album, un projet entièrement indépendant, paraîtra ce mois-ci.

Night in the Park, Kiss in the Dark, disponible le 31 janvier 2020, est un album synth-pop effervescent. Le son est imposant, grâce au membre honoraire et réalisateur Derek Hoffman, connu pour son travail pour The Arkells, The Trews et Ralph, tous des artistes aux tendances sonores plus grandes que nature. De l’aveu du groupe, Hoffman a apporté la touche magique qui manquait.

“Ce lien de sororité qui nous unit est incroyablement important.”—Isabelle Banos de Caveboy

« Jusqu’à maintenant, nous faisions tout nous-mêmes », explique Cooney. « Au moins 90 pour cent de ce que nous faisions était autoproduit. Quand on a commencé à écrire les chansons pour ce projet, on savait que le temps était venu de faire appel à quelqu’un d’autre. » Avec 30 chansons prêtes pour cet album, Hoffman, sur une période de six mois, a aidé les membres du groupe à sélectionner celles que l’on peut entendre sur le produit final. Intuitivement, il trouvait le fil d’Ariane des chansons et donnait une cohérence à ces chansons parfois écrites il y a trois ou quatre ans.

Night in the Park, Kiss in the Dark est un de ces albums pop qui ont une aura de jeunesse éternelle. Selon le groupe, cela s’explique par leur nostalgie personnelle de souvenirs ou d’espoirs d’une jeune histoire d’amour, d’une peine d’amour et de frivoles pitreries. Et malgré tout, l’album est bien ancré dans le moment présent. La partie synthé de ces chansons pop est pétillante et évoque l’arrivée d’une nuit où tout semble possible et infini. C’est même vrai dans le cas de chansons qui ont également un côté angoissé (« Guess I’ve Changed »), lascif (« Obsession ») ou pensif (« Up in Flames »).

Caveboy nous explique qu’elles ont vraiment grandi ensemble tout au long de ce projet alors même que leurs contemporains abandonnaient ou disparaissaient de la carte dans la difficile industrie de la musique. Travailler en création pour finalement tenir une représentation physique de tout ce travail a toujours été la finalité de la production d’un album, malgré ce que certains membres de l’industrie conseillaient à Caveboy de faire.

« Tout le monde nous disait de faire un album et non pas un “disque“, parce que la tendance est aux simples », explique Cooney en faisant référence à leurs simples à succès parus en 2019. « Je suis super contente de notre album, et je considère que c’est un rite de passage quand on fait de la musique. Je n’aurais pas voulu qu’il en soit autrement. »

Avec tendresse, Banos ne tient pas pour acquise la chance de pouvoir grandir aux côtés de Bensimon et Cooney au sein de leur groupe. « Nous sommes toutes super chanceuses de pouvoir compter les unes sur les autres et de nous permettre, mutuellement, d’être vulnérables musicalement, ce qui est terrifiant », dit-elle. « Tu sais, écrire des chansons, créer des sons étranges et faire des erreurs, avoir l’air d’une folle. »

Elle poursuit : « ce lien de sororité qui nous unit est incroyablement important depuis des années : ça nous permet de vivre des moments d’apprentissage dans un espace sécuritaire, amusant et motivant, un espace productif. »



Sur l’album The Fifth, qui paraîtra bientôt dans la foulée de son premier album l’étiquette 604 Records, Mathew V affirme qu’il arrivait généralement en studio « avec quelques accords et des mélodies » qu’il prévoyait élaborer avec ses collaborateurs plutôt qu’avec des versions finales de ses chansons.

De simple en simple

Le prolifique M. V lance beaucoup de simples — 14 au cours des 4 dernières années :

2019
« This Christmas Day »
« Stay By You »
« Flashback »
« Catching Feelings »

2018
« Home »
« The Coast »
« Let Me Go »
« Broken »

2017
« Always Be My Baby »
« Tell me Smooth »

2016
« In the Bleak Midwinter »
« The Day I Die »
« If I’m Enough »
« No Bad News »

« D’ordinaire, je suis très très impliqué dans l’écriture de ma musique », explique l’artiste pop/soul de Vancouver. « Plus jeune, je me sentais intouchable, je croyais tout savoir. J’avais ma vision artistique et je ne faisais confiance à personne d’autre que moi pour l’exécuter. »

Récemment, toutefois, il a commencé à s’imbiber de l’énergie et des nombreuses possibilités que les collaborations apportent à son travail en tant que chanteur et auteur-compositeur. « Les idées qui ne proviennent pas de mon propre instinct sont très puissantes, car mon instinct a ses limites », dit-il. « C’est arrivé souvent en studio ces derniers temps que quelqu’un fredonne une mélodie avec un phrasé que je n’aurais jamais imaginé et qui convient très bien à ma voix. L’année 2020 sera définitivement une année de collaborations avec d’autres artistes, producteurs et auteurs. »

Ce qui ne signifie pas qu’il ne se débrouille pas à merveille en solo. Le premier simple tiré de The Fifth, « Tell Me Smooth », a passé 18 semaines sur le Top 40 Hot AC/AC. Il a assuré les premières parties d’artistes comme Ria Mae, Hanson, MAGIC ! en plus d’être encensé par la critique de publications comme Nylon et Billboard. Son catalogue cumulera bientôt 10 millions d’écoutes en ligne. Grâce à de solides racines dans la communauté LGBTQ+, V a été la tête d’affiche de la liste d’écoute Global Pride de Spotify durant Pride 2018.

Maintenant, par le biais de collaborations et de ce qu’il appelle « l’écoute cognitive », V souhaite élargir sa palette musicale. « Je me force à écouter des listes d’écoute qui proposent de la musique que je ne connais pas et, quand j’aime ce que j’entends, à comprendre quels sont les aspects de cette musique qui me touchent. Quand je n’aime pas ce que j’entends, je m’efforce de comprendre pourquoi. Ce processus, quand je l’applique à mon écriture, me permet de puiser dans ma banque de goûts musicaux et de faire appel à certains “patterns” que j’ai découvert. »

“Je me force à écouter des listes d’écoute qui proposent de la musique que je ne connais pas.”

Au fil du temps, V s’est permis de plus en plus de liberté créative ; ç’a commencé lorsqu’il chantait au son d’artistes « émotionnelles et puissantes » comme Céline Dion, Shania Twain et Mariah Carey, ce qui marquait un virage important après 10 années de formation classique et opératique rigoureuse. Ça s’est poursuivi lorsqu’il s’est installé à Londres à l’âge de 17 ans afin d’étudier à l’Institute of Contemporary Music Performance (auparavant l’European Institute of Contemporary Music). « J’ai beaucoup appris durant ce temps, tant sur le côté humain qu’artistique », se souvient-il. « Et pour la première fois de ma vie, j’avais la liberté de chanter ce que je voulais, de commencer à écrire et à découvrir mon propre son. »

Mathew V est déterminé à se donner encore plus de latitude lors de ses séances d’écriture et d’enregistrement. « Je m’efforce de voir la pop comme une catégorie plus large où ma façon de chanter, mon style d’écriture et la présentation du produit final forment un tout cohérent », dit-il. « Je veux repousser mes propres limites, être plus diversifié et essayer des choses que je n’ai jamais essayées auparavant dans mes chansons. »

Dans une certaine mesure, sa reprise de la pièce « Lucky » de Britney Spears (qu’il vient tout juste de lancer le 10 janvier 2020) permettra à son auditoire de faire l’expérience de cette « écoute cognitive ». Réalisée par un de ses fréquents collaborateurs, Luca Fogale, il s’agit d’une réinterprétation aussi dramatique que magnifique et fortement inspirée par le style pop-soul de l’artiste, en plus d’avoir été pour lui un défi stimulant : « J’ai pris une chanson que j’adore et qui est incroyablement bien écrite, à mon humble avis, et je l’ai présentée sous un jour complètement nouveau. Ça m’a permis d’embarquer dans un périple de production et d’arrangements, de faire travailler ma créativité et d’en faire une chanson de Mathew V. »

Mais la définition même de ce qu’est une chanson de Mathew V évolue à toute vitesse. Il préfère toutefois ne pas surfer sur son succès passé en lançant ce qu’il appelle « Tell Me Smooth 2.0 ».

« Ce qui fait que j’aime la musique c’est la possibilité de changer, de m’adapter, de me réinventer, et je repousse les limites de ce que la pop représente pour moi », affirme-t-il. « Avant, j’avais une idée très arrêtée du son qu’un album devait avoir, mais je m’accorde beaucoup plus de liberté à ce chapitre, maintenant. Je préfère l’essayer et pouvoir dire que j’ai essayé que de rester assis en me demandant ce que ça donnerait si je l’essayais. »



« Ce qui m’a ouvert les portes, c’est vraiment ma guitare », affirme Pierre-Luc Rioux. Parolier, compositeur, interprète et réalisateur depuis une quinzaine d’années, on a pu entendre le son de son instrument sur les succès de Céline Dion, Lady Gaga, David Guetta, Nick Jonas et Loud, pour ne nommer qu’eux. Dans l’ombre des stars, le Montréalais qui partage sa vie professionnelle entre la Californie et le Québec consacre aujourd’hui son énergie au projet qui l’a ramené à la scène : Chiiild.

« Un de mes rêves a toujours été de faire un pont entre Los Angeles et Montréal », explique Rioux, attrapé une semaine avant de prendre l’avion pour retrouver son appartement sur la Côte Ouest. « Je trouve que l’industrie de la musique au Québec et celle aux États-Unis sont tellement différentes, surtout dans la manière dont elles se structurent. Par exemple, ici, au Québec, y’a des musiciens qui font de la télé, collaborent avec d’autres musiciens et font en même temps de la scène ; à L.A., c’est beaucoup plus compartimenté ».

Et pendant longtemps, Rioux est demeuré dans une case : celle du guitariste de session. Avec cette nuance : « Je suis principalement un réalisateur, mais spécialisé en guitare. Souvent, lorsque j’arrive quelque part et qu’on me présente, c’est en tant que guitariste, c’est ainsi que j’ai réussi à faire beaucoup de sessions de studio avec des artistes pop aux États-Unis », échappant au passage les noms de Usher, Mary J.Blige et Rihanna. « Aujourd’hui par contre, je cherche davantage à m’établir comme réalisateur » une fonction qui, dans sa conception du métier, ratisse plus large que ce qu’on imagine : « Être réalisateur en 2020, c’est aussi être compositeur, estime-t-il. C’est très rare qu’un artiste arrive en studio avec une chanson complète, même que très souvent, on part de zéro… »

Comment ce Québécois a-t-il pu devenir un des guitaristes les mieux en vue dans les cercles de la pop étatsunienne ? Par hasard, assure-t-il. « J’étais alors directeur musical pour une chanteuse [québécoise il y a une douzaine d’années] et j’étais convaincu qu’elle avait besoin d’enregistrer un album. J’ai ensuite persuadé son label de me laisser le réaliser ». Ce fut son premier mandat derrière une console. Il s’est découvert un intérêt et un talent pour le métier, lui qui avait plutôt fait son chemin en tant qu’accompagnateur. « J’étais toujours sur scène et c’est, encore à ce jour, ma plus grande passion. »

Les contrats de réalisation et composition se sont vite enfilés, notamment en musique à l’image au studio de production musicale Dazmo. « Un jour, j’ai rencontré à Montréal le partenaire de production de David Guetta. Je lui ai dit : Si jamais t’as besoin de guitare, tu peux me faire signe ! Il m’a rappelé et, de fil en aiguille, une des sessions de guitare que j’ai faite a servi pour un hit. » Peu après, Rioux prenait part à un camp d’écriture avec Guetta à Los Angeles : « C’est ce qui m’a fait rencontrer plein de compositeurs et réalisateurs de l’industrie ».

« Personnellement, ça m’est arrivé souvent de faire la file devant un resto pour faire une rencontre qui m’a mené à un projet ».

Ainsi, Rioux fréquente étroitement l’industrie musicale en Californie depuis cette année 2015 « durant laquelle j’ai travaillé tous les jours, à faire deux sessions de travail par jour. Ça a été une année difficile, mais le bon côté des choses, c’est que j’ai rencontré quasiment toute l’industrie en une seule année ! C’est une autre différence entre Los Angeles et l’industrie à Montréal : y’a tellement un gros bassin d’artistes et de gens de l’industrie, il faut arriver à comprendre qui fait quoi là-dedans. Au Québec, le milieu est petit, on a vite faire le tour des gens à connaître, puis on choisit ensuite avec qui travailler. À L.A., y’a trop de gens qui gravitent dans le milieu et y’en arrive de nouveaux à chaque année, d’Australie, de la Grande-Bretagne, etc. Ce n’est pas simplement une affaire de rencontrer les bonnes personnes au bon moment, il faut surtout sélectionner les bons partenaires de travail. »

Le plus important, enchaîne Rioux, est de se trouver sur place, dans le bouillon créatif californien. « Je rencontre beaucoup de Canadiens qui vont à Los Angeles pendant deux semaines, un mois, pour tâter le terrain… Mais en vérité, y’a beaucoup d’opportunités de travail et de contacts qui se font de la manière la plus anodine possible – par exemple, en file au restaurant ! C’est tellement un endroit étrange, Los Angeles, parce que la majorité des gens y sont juste pour faire avancer leur carrière, si bien que y’a ce feeling que tu finiras vite par rencontrer quelqu’un et créer un contact. Personnellement, ça m’est arrivé souvent de faire la file devant un resto pour faire une rencontre qui m’a mené à un projet, et ce n’est pas le genre de chose que tu peux planifier. »

Pierre-Luc Rioux entend passer moins de temps au resto ou au studio en 2020 et beaucoup plus sur la scène avec Chiiild, un projet « soul psychédélique synthétique » (dixit le label) qui l’emballe : « Ce qui me passionne là-dedans, c’est d’avoir réussi à fusionner la réalisation et la scène ». Un premier mini-album paraîtra sous peu, six mois après avoir fait des vagues grâce au single Count Me Out « qui s’est fait connaître sur des listes de lectures, puis à la télé grâce à des synchronisations sur des émissions diffusées par Fox et HBO. On est content parce qu’on a une bonne équipe derrière nous, une équipe de management, un tourneur, un bon label » Avant Garden Music, une division d’Island Records. À suivre.