Boi-1da a beaucoup offert aux mélomanes et son empreinte artistique se retrouve sur des titres profondément ancrés dans le tissu culturel des deux dernières décennies. Il semble donc tout naturel qu’il contribue à créer l’univers sonore de l’un des plus grands événements sportifs au monde, la Coupe du monde de la FIFA.
Alors que le producteur lauréat d’un Grammy continue de travailler avec les plus grands artistes de la planète (récemment sur Iceman de Drake), il a orchestré une vision extraordinaire de la musique canadienne pour son projet inspiré de la Coupe du monde, What If It All Goes Right? Paru le 5 juin, une semaine avant le coup d’envoi des matchs au Canada, aux États-Unis et au Mexique, le projet réunit des vedettes comme Nelly Furtado, Alessia Cara, Jessie Reyez, The Tragically Hip, AP Dhillon et City and Colour, ainsi que des artistes émergents comme Joe Gez et Frvfriday, entre autres. Ce projet met en valeur le vaste éventail de la musique canadienne et sa remarquable diversité en mariant la nostalgie à des sonorités nouvelles et contemporaines.
Boi-1da s’est entretenu avec Lord Quest, responsable des relations créatives à la SOCAN, au sujet du projet qu’il a produit pour la Coupe du monde en collaboration avec Canada Soccer, de l’importance de l’émission Electric Circus à MuchMusic, et de la façon dont What If It All Goes Right? marque le début d’une nouvelle étape dans sa carrière.
Cette entrevue a été abrégée et révisée par souci de clarté.
SOCAN : Comment t’es-tu retrouvé à participer au volet musical de la Coupe du monde? Est-ce que c’est quelque chose que tu recherchais ou est-ce qu’on te l’a proposé?
Boi-1da: C’est arrivé par l’entremise de mon bon ami Jerry Deifer et de la merveilleuse équipe de Canada Soccer. On voulait faire quelque chose de cool et de culturel à l’occasion de la Coupe du monde, sortir de la musique qui créerait une ambiance. Ils m’ont choisi et c’était incroyable.
Quand l’idée est arrivée, je me suis dit : « Yo, j’aimerais vraiment en faire partie, participer à la culture, surtout si ça touche à la musique. » Ils ont fait de moi l’ambassadeur musical du Canada. Franchement, j’étais fou de joie quand ils m’ont dit ça.
Parlons de « Electric Circus » avec Nelly Furtado ; la chanson a un vrai côté nostalgique, mais avec une touche de production moderne. Connaissant ta polyvalence, à quoi ressemble ton processus lorsque tu travailles sur des titres solidement ancrés dans le hip-hop ou sur des morceaux aussi électrisants que ça?
Le processus est toujours le même : ça part d’une « vibe ». J’étais en studio avec Nelly. Elle est passée à mon studio maison et on a jasé de la direction musicale qu’on voulait donner au morceau. On a parlé de Electric Circus [l’émission diffusée à MuchMusic] à l’époque, de l’énergie qu’on ressentait à regarder les gens faire la fête et danser. C’était une tellement belle énergie.
En même temps, presque comme si c’était le destin qui l’avait voulu, j’ai lancé ce « beat » qui avait une sonorité très nostalgique, pendant que des extraits d’Electric Circus jouaient en arrière-plan, et tout est devenu limpide. Ça s’est fait de façon très naturelle. Travailler en studio avec Nelly, c’est vraiment fluide.
Quand j’ai vu le titre, j’ai tout de suite pensé à ça. Je me souviens quand j’étais au secondaire et que j’écoutais Electric Circus. C’était vraiment l’apogée de MuchMusic. C’est tellement cool que vous ayez puisé dans cette inspiration et cette énergie pour les ramener dans le présent.
Même pour les visuels, on a essayé d’aller chercher tout ce côté nostalgique avec la caméra VHS. Je me souviens d’avoir vu mon oncle à Electric Circus. J’étais comme « What the hell! » Il était là, à danser comme un fou.
Il faudrait qu’il ramènent ça en ondes dans une nouvelle mouture.
Ce serait un moment parfait pour moderniser Electric Circus et ramener tout ça.
Par le passé, tu as eu l’occasion de créer ta propre chaussure de basketball. Est-ce que tu envisagerais un soulier à crampons Boi-1da pour le soccer? Y a-t-il d’autres choses que tu imagines créer sous la marque Boi-1da?
Plein de choses! Je créerais certainement un soulier à crampons pour le soccer. Je magasine des crampons avec ma fille, parce qu’elle joue. Mais en général, je pense que ma marque, et la direction que je prends en ce moment, c’est de faire des choses par moi-même comme producteur et artiste : travailler sur des projets, sur de la musique, sur différentes initiatives au-delà du fait de travailler constamment avec d’immenses artistes. Évidemment, j’adore ça. Mais j’ai l’impression d’être rendu à un point où je veux mettre ma propre vision dans ce que je fais.
Ce [projet] est mon projet personnel. C’est une sorte de tremplin très cool. Travailler là-dessus m’a clairement ouvert une porte et m’a donné un avant-goût de ce que l’avenir pourrait me réserver. J’ai vraiment hâte de travailler sur mes propres trucs. Je pense que le milieu en a besoin, tu vois ce que je veux dire? Je pense que la musique est dans un creux en ce moment. Il est temps que les producteurs prennent vraiment les commandes de certaines choses créatives et brassent un peu la cage.
Je suis tellement d’accord. J’ai l’impression que beaucoup de nouveaux artistes et d’artistes émergents sont un peu des versions recyclées de choses qu’on a déjà entendues. Au début des années 1990 et dans les années 2000, il y avait tellement de sons différents qui coexistaient. Comme tu l’as dit, tout ça reposait sur les producteurs, non? Ce sont les producteurs qui menaient la charge. C’est vraiment le moment d’une renaissance où les producteurs reprennent le volant et définissent véritablement le son de l’avenir.
Je veux que la musique redevienne audacieuse et intéressante, avec des gens qui font les choses différemment. Il y a trop de formules toutes faites en ce moment. Là, ce qui m’intéresse, c’est d’essayer de trouver quelque chose de nouveau, de frais, et d’aller à contre-courant. J’encourage tout le monde à faire la même chose pour qu’on puisse continuer à faire avancer les choses au lieu de répéter sans cesse les mêmes formules. Il y a beaucoup trop de gens incroyablement créatifs pour ça.
Parlant de ça, qu’est-ce que tu écoutes ces temps-ci? Y a-t-il quelque chose que les gens seraient surpris d’apprendre?
Mes playlists sont tellement éclectiques. Tu vas entendre une chanson de Queen, puis Missy Elliott, puis Nas ou G-Unit — ça part dans tous les sens. Tu vas même entendre Randy Newman. Je te le dis, j’ai la playlist la plus « random » qui soit, mais ça cadre avec la façon dont mon esprit fonctionne. J’ai constamment besoin d’entendre quelque chose de différent, besoin de me nourrir de styles et de genres musicaux différents. Mon esprit finit par s’ennuyer d’entendre toujours la même chose.
Te souviens-tu du moment où tu as réalisé que ta musique avait une portée mondiale et qu’elle était appréciée par des gens partout dans le monde?
Une des premières fois, c’était quand je suis allé à Atlanta pour la première fois, en 2008, peut-être 2009. So Far Gone (le mixtape de Drake) venait tout juste de sortir et « Best I Ever Had » venait de commencer à tourner à la radio. Je n’étais pas vraiment allé aux États-Unis ni vraiment sorti de chez moi. Dans le taxi entre l’aéroport et l’hôtel, j’ai entendu « Best I Ever Had » trois fois, et le remix de « Uptown » aussi. D’autres personnes étaient beaucoup plus sur Internet que moi, alors je ne réalisais pas que les chansons s’étaient rendues aussi loin.
Même la première fois que j’ai vu Drake jouer à Atlanta… Je pense que j’ai déjà raconté cette histoire, mais je suis allé avec lui aux répétitions, vers midi, et j’ai remarqué qu’il y avait une file. Je me suis demandé pourquoi les gens faisaient la file? Ils faisaient la file pour Drake! Et moi, j’étais comme : « quoi? Le spectacle est seulement vers 21 h ce soir et ils font déjà la file? » J’étais un peu inconscient de ce qui se passait. C’est là que j’ai compris pour la première fois que c’était mondial.
As-tu des projets dont tu peux parler, ou des choses qu’on devrait surveiller?
Plein de choses! Évidemment, il y a Drake. Je travaille avec beaucoup d’artistes vraiment cool. Je travaille aussi sur mon propre projet, et c’est surtout ça qui m’enthousiasme. C’est un collage de gens avec qui j’ai travaillé, mais dans des contextes différents et surprenants. J’essaie de garder les choses intéressantes pour ce projet-là. J’ai vraiment hâte de le sortir et de le faire entendre à tout le monde quand il sera terminé. Je suis aussi à la recherche d’artistes vraiment forts et frais, qui me font vibrer. Je sais que je vais trouver quelqu’un, et ça m’emballe vraiment. Et la musique en général ; je pense qu’on va revenir à ce qu’elle était avant.