Une soif de voyages alliée à une curiosité insatiable, des déplacements de Tokyo à Toronto, avec une multitude de visites éclair entre les deux. Depuis quarante ans, l’auteur et producteur Vince Degiorgio continue de suivre de près la chanson. Aujourd’hui, ce vétéran de l’industrie de la musique est au Japon. La semaine suivante, il est prêt à coécrire des chansons en Asie avec des artistes qu’il n’a jamais rencontrés auparavant. Il vient juste de passer une quinzaine de jours en Europe pour rencontrer plusieurs auteurs étrangers de l’équipe de sa maison d’édition Chapter 2 Productions.

« En tant qu’auteur de musique pop, j’ai toujours été un défricheur, » dit Vince Degiorgio. « Au début de ma carrière, je n’avais pas la patience d’essayer  de me démarquer du flot des groupes et des auteurs-compositeurs indépendants au Canada. Alors j’ai pris la route. »

Aujourd’hui, après 14 voyages autour du monde, il est un leader musical. Des courants de musique alternative jusqu’aux musiques les plus en vogue, il a tout vu. Son périple a commencé dans les clubs, en tant que DJ à 40 $ de l’heure pour subvenir à sa manie d’acheter des disques. Par la suite, il est devenu directeur artistique chargé des nouveaux artistes pour RCA, offrant à ‘N Sync l’occasion de signer son premier contrat avec une grande étiquette de disques en Amérique du Nord. Les journées de Vince Degiorgio sont aussi variées que les artistes avec lesquels il coécrit des chansons. Il a écrit ses premières paroles alors qu’il était adolescent.

« Je savais que j’avais du talent, se rappelle t-il. Tout dépendait simplement de la façon dont je pouvais le mettre à profit. Une fois ma propre maison de disques mise sur pied, j’ai décidé de devenir auteur coûte que coûte, et de gagner ma vie ainsi. »

« J’ai décidé de devenir auteur coûte que coûte, et de gagner ma vie ainsi. »

Gagner sa vie dans le monde de la musique est bien peu dire dans son cas. Vince Degiorgio a eu des succès en tête de palmarès dans six pays différents. Ses œuvres ont été enregistrées dans onze langues. Les ventes de ses chansons ont dépassé les 30 millions d’exemplaires. Malgré ces succès internationaux, il reste très humble, sachant que les cadeaux les plus mirobolants que nous offre la vie ne sont qu’éphémères.

« J’écris comme si j’étais fauché, » nous confie Vince Degiorgio. « Chaque jour est un nouveau défi. Si je n’avais pas pris de risques, je n’aurais pas eu de carrière. C’est mon cœur qui dirige et je le laisse simplement s’exprimer. »

Lorsque Vince Degiorgio sort sa plume, le succès n’est généralement pas très loin. Le plus difficile dans l’écriture d’une chanson, dit-il, est de trouver de nouvelles façons d’exprimer de vieilles idées. « Je ris bien avec mes auteurs quand je leur raconte que, dans la vie, il existe une multitude de façons de tomber amoureux, mais qu’il y en a très peu pour que les gens tombent amoureux de vos chansons, et c’est en leur racontant chaque fois une histoire avec le style qui vous est propre, » dit Vince Degiorgio.

« Ma citation préférée sur l’écriture me vient de mon père, qui n’était pas auteur, mais qui un jour m’a dit : « N’écris pas une chanson, écris un standard. » À mon avis, je ne l’ai jamais fait. Pour moi, le Saint Graal en tant qu’auteur, en dépit de tous mes succès, n’est pas encore trouvé. » – DAVID MCPHERSON

Parcours

  • « A Night Like This », une chanson que Vince Degiorgio a coécrite avec l’artiste néerlandaise Carol Emerald, est celle à avoir occupé le plus longtemps la première position aux Pays-Bas.
  • Vince Degiorgio a coécrit toutes les chansons du premier album de Carol Emerald, qui a récemment atteint le niveau platine en Europe avec des ventes de plus d’un million d’exemplaires.
  • La maison de production Chapter 2 Productions a fourni des musiques à plus de 150 émissions de télévision, y compris America’s Next Top Model, Degrassi et Keeping Up With The Kardashians.

Faits saillants
Éditeur :
Chapter 2 Productions
Sélection discographique : My Forbidden Lover de Tapps (1983), Deleted Scenes from the Cutting Room Floor (2010) et The Shocking Miss Emerald (2013) de Carol Emerald.
Membre de la SOCAN depuis 1984
Visitez le site www.chapter2prod.com


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


« Elle est partie en Leucémie
Elle m’a laissé tous ses livres, elle est partie vivre
À Chimiothérapie, à Chimiothérapie
C’est un nouveau pays »

On est soufflé dès la première écoute. Les images de la chanson « La fièvre des fleurs » sont extrêmement frappantes, presque violentes. Le ton est donné. Elle est comme ça, Klô Pelgag : elle raconte sans faire aucun compromis. Elle noircit le papier en utilisant des associations saugrenues. Son écriture automatique réussit à faire rire, à déstabiliser et même à émouvoir.

Klô Pelgag – Chloé Pelletier-Gagnon pour l’état civil – a 23 ans et possède déjà une personnalité forte, une signature. Elle appartient à une classe à part, elle capte l’oreille avec sa voix éthérée et ses textes déboussolants.

Son premier album L’Alchimie des monstres, sorti en septembre, est unique, difficile à comparer à autre chose. On pense tout de même à Pierre Lapointe qui, dès le départ, s’est imposé avec son style personnel. Mais le parallèle s’arrête ici. Comment pourrait-elle se décrire? Klô Pelgag semble déstabilisée par la question, mais se prête au jeu : « Je suis quelqu’un qui essaie d’être libre, qui fait de la chanson poético-éclatée, “avec pas d’casque”. Je suis quelqu’un qui aime prendre des risques. »

Fille de deux travailleurs sociaux installés à Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, Klô Pelgag retournera plus tard avec toute sa famille à Rivière-Ouelle, près de La Pocatière. « Quand je vais en campagne, je ne sais pas pourquoi, tout à coup, je respire mieux, et j’écris plus facilement, » affirme-t-elle. Et on sent le Bas-Saint-Laurent partout sur son disque. Les références à la mer et à la nature sont omniprésentes sur L’Alchimie des monstres. En plus, la jeune femme a enregistré l’album dans son coin de pays, dans la chapelle du Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.

« Je suis quelqu’un qui essaie d’être libre, qui fait de la chanson automatique avec pas d’casque. »

Klô Pelgag aurait voulu être brigadière, mais la lecture de L’Écume des jours de Boris Vian changera à tout jamais son existence. Enfin, la littérature pouvait être « amusante », elle se plonge alors avec délectation dans l’absurde. Elle succombe à Eugène Ionesco et aux textes de Claude Gauvreau pendant ses études en théâtre. Elle adore la peinture de Salvador Dali, de Fernando Botero, de René Magritte. Elle écoute Gentle Giant, L’Infonie et Raôul Duguay, Aut’ Chose… Même adolescente, Klô Pelgag avait des goûts qui détonnaient.

Toute menue, timide au premier abord, Klô ne manque cependant pas de bagout. Elle s’emporte même lorsqu’on lui demande d’expliquer la signification de ses textes. « Ce n’est pas réfléchi, je n’aime pas m’analyser. Et là, je fais des entrevues et je dois analyser mes trucs. Normalement, je ne le ferais pas. Ça reste des chansons de “moments”. J’écris différemment tout dépendant de l’état dans lequel je suis. »

Klô Pelgag est fascinée par le corps, ce thème est récurrent sur le disque. Il est démembré, malade… Elle parle de taxidermie, et pour elle, le « soleil est incontinent » et le « silence est épouvantail ». « Comme des rames » est une jolie chanson d’amour, mais où elle casse un aviron sur la tête de son amoureux. Klô Pelgag est particulièrement fière d’avoir fait chanter à un chœur de personnes âgées, sur « Rayon X » : « tu vas trouver Dieu dans ton diagnostic, c’est lui qui te fait mal quand il te crache son eau bénite ». « Les mots prennent un autre sens lorsqu’ils chantent, » souligne-t-elle, visiblement contente de son idée.

L’Alchimie des monstres est un album aux arrangements soignés. Klô Pelgag a travaillé d’arrache-pied pendant deux ans avec son frère Mathieu Pelletier-Gagnon pour peaufiner ses compositions. Chacune des 13 pièces est un univers en soi. Klô Pelgag doit une fière chandelle à son frère pour ce résultat. « Je collabore avec Mathieu depuis l’âge de 17 ans. Je n’avais pas de notion de musique, d’arrangements. Je ne pouvais pas écrire des arrangements. J’ai l’oreille, j’ai un sens mélodique…. mais je n’avais pas les moyens pour les réaliser. Mon frère, lui, pouvait faire ça. »

L’Alchimie des monstres n’est qu’une première étape pour elle. Bien sûr, elle promènera ses chansons au Québec et aussi en France dans un spectacle mis en scène par le danseur Dave St-Pierre. La jeune femme promet plusieurs surprises, parce qu’elle aime s’amuser. Elle n’hésite pas à faire de la magie sur scène, à préparer un gâteau ou à faire voler un avion téléguidé… Son public doit vraiment se préparer à tout.

Alors qu’elle vient de lancer son premier disque, elle pense déjà au deuxième. Elle entend poursuivre son chemin, sans trop se préoccuper de la célébrité et de l’industrie : « Je fais de la musique parce que c’est naturel pour moi. Ça me rend heureuse. Je ne fais pas ça pour être la fille la plus connue au monde, pour que les gens s’évanouissent en me voyant. » Et si elle continue à faire à sa tête, nous serons de plus en plus nombreux à embarquer dans son univers déjanté. On gage?


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Après avoir remporté les honneurs du Festival en chanson de Petite-Vallée en 2001, Guillaume Arsenault faisait irruption l’année suivante avec un premier album aux racines essentiellement rock (Guillaume et l’arbre). L’auteur-compositeur-interprète revenait à la charge en 2006 avec Le rang des îles, un compact plus folk et délicat. Paru en 2009, l’ingénieux Géophonik proposait des arrangements sophistiqués et un habile métissage sonore empruntant à la musique électronique et au folk. Réalisé par Arsenault lui-même, Oasis station-service débarquait en septembre dernier. Longue disette pour l’artiste gaspésien, résidant de Baie-des-Chaleurs.

« En création, on ne peut pas forcer les choses. On peut juste se préparer à recevoir l’inspiration. Je m’étais donné le mandat d’aller dans une autre direction. C’est ma manière de faire à chaque fois : explorer de nouvelles avenues. Je m’étais donné des défis d’écriture et de composition. Des façons de faire qui n’étaient pas habituelles pour moi. Voilà une des raisons pour lesquelles ça m’a pris autant de temps. Le fait d’être avec des musiciens qui sont à Montréal et d’autres en Gaspésie en est une autre, » soutient l’homme de 37 ans.

Artiste aventurier

Nées à la suite de multiples sessions de création, les 12 pièces de l’album mettent en lumière une plume souple, toujours aussi imagée, un timbre de voix chaleureux avec juste ce qu’il faut de nonchalance, des ambiances poussiéreuses élaborées à partir de belles envolées de guitare twang et d’effluves morriconesques. Étonnant détour pour l’artiste originaire de Bonaventure. « Je suis allé rejoindre des musiciens à Montréal, on a eu quelques sessions et on enregistrait toute la journée. À mon retour, en train, je réécoutais le tout et je découpais les parties d’improvisation intéressantes pour ensuite créer des chansons à partir de ça. C’est le son qui a émergé. Je suis tombé en amour avec une guitare baryton électrique. Ça venait équilibrer les lentes mélodies mal rasées et le côté plus nerveux de l’électronique. Je voulais faire du cinéma pour les oreilles en quelque sorte. Je pensais aux films de Sergio Leone et aussi au Fred Fortin des débuts. C’était un défi pour moi et le résultat est beaucoup plus mélodique. Mon objectif premier est de m’imprégner dans la création pour qu’ensuite, je n’aie pas à me demander si ce que je faisais est bon ou mauvais. »

« On se fait sculpter l’âme par l’horizon, par ce que l’on voit autour de soi, et j’essaie de capter au vol des images. »

Ayant composé de la musique pour le théâtre ainsi que pour de nombreux documentaires et capsules web, Guillaume se dit musicien à plein temps depuis 2009. Artiste libre et curieux ayant passé beaucoup de temps dans l’Ouest canadien au cours des dernières années, l’homme offre également de nombreux ateliers d’écriture dans les écoles primaires et secondaires ainsi que dans un camp à Petite-Vallée. Carburant aux voyages et à la musique, Arsenault se souvient d’un périple particulièrement mémorable. « J’ai parcouru les États-Unis et le Mexique sur le pouce. Puis, je suis revenu sans aucune photo et sans trace concrète. C’est un souvenir qui nourrit mon écriture encore à ce jour. Je remarque que le mot “horizon” revient souvent dans mes chansons. On se fait sculpter l’âme par l’horizon, par ce que l’on voit autour de soi, et j’essaie de capter au vol des images qui proviennent de mon entourage et de la nature. Si je vivais à Montréal, je parlerais d’asphalte, mais je regarde autour de ma maison et il y a des champs, des arbres, des ballots de foin. Elle est là mon inspiration, » raconte l’ébéniste de formation, animé.

Travailler différemment

Vers 2002, alors qu’il commence à donner des ateliers d’écriture de chansons, Guillaume se voit forcer d’analyser sa façon d’écrire. Un exercice nécessaire. « Lorsque j’ai compris comment je procédais, je n’avais pas envie de refaire la même chose à chaque fois. Ça m’a amené à travailler différemment au fil des ans. Pour moi, ce sont les ambiances musicales qui sont là d’abord. Ensuite, le mariage entre la mélodie et le texte entre en ligne de compte : les phrases fortes, puis le reste du texte. Souvent, avant de faire le dernier album, j’étais très difficile avant d’accepter une phrase, une image. Je voulais dépeindre exactement ce que je ressentais ou ce que je voulais dire et je jetais beaucoup de choses intéressantes. Avec Oasis : station service, je me suis détaché de cette approche et ça fait du bien. »

Actif, l’homme multiplie les projets à un rythme impressionnant. En plus de poursuivre sa cueillette de sons pour son projet de recherche et de création sur l’univers sonore gaspésien (Tourisme Sonore), des spectacles, de la musique pour le théâtre, une pièce et une tournée des écoles secondaires se retrouvent à son agenda. Assurément, l’artiste n’a pas fini d’explorer les méandres de la chanson. « Il ne faut pas oublier que ça demeure un témoignage. On peut parler de soi en chanson, mais il y a une façon de faire. L’approche est celle du “montre-moi, dis-moi pas”. Et moi, je sens que j’ai encore beaucoup de choses à montrer aux gens. Ça regarde bien pour la suite des choses. »


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *