The True North Gallery-The Music Gallery a ouvert ses portes à Waterdown, en Ontario, en mars 2016. Propriété de Geoff Kulawick, le dirigeant de True North Records et Linus Entertainment, et de son épouse Brooke, on y retrouve des œuvres d’art créées par un véritable panthéon du monde de la musique. Parmi les grands noms de la musique qui y ont des œuvres exposées on retrouve notamment Miles Davis, Tony Bennett, Buffy Sainte-Marie, Patti Smith, Michael Jackson, Bob Dylan, Ron Wood, Paul McCartney, John Lennon, Ringo Starr, Jerry Garcia et Jimi Hendrix, ainsi que les membres SOCAN Joni Mitchell, Leonard Cohen, Murray McLauchlan, Marc Jordan et David Francey.

Cette exposition nous a donné envie de nous pencher sur les parallèles qui existent entre la création musicale et les arts visuels. Nous avons donc demandé à cinq membres SOCAN qui sont prolifiques dans les deux domaines de partager leurs réflexions et expériences sur la question.

TOM WILSON

Tom Wilson art

Cet homme orchestre Tom Wilson (Junkhouse, Blackie and The Rodeo Kings, Lee Harvey Osmond) lauréat d’un JUNO et établi à Hamilton est depuis un certain temps déjà un artiste visuel très recherché. Ses œuvres surdimensionnées et éclatantes sont le reflet de sa personnalité grandiose, et il parle de son art avec la même verve qu’il crée de la musique.

« J’ai commencé à peindre en 1996, au moment où j’ai cessé de boire pour une deuxième fois », se souvient Tom Wilson. « Je souhaitais faire quelque chose de constructif avec mon temps. J’ai commencé à peindre à la table de la cuisine avec les enfants qui couraient autour de moi. La plupart des artistes trouveraient ça dérangeant, mais je crois que l’art doit naître de la vie qui nous entoure, pas dans un espace locatif ou un quelconque loft. »

La première fois où il a participé à une exposition publique était de plutôt bon augure : « J’exposais aux côtés de Michael Stipe et Daniel Lanois à la Spin Gallery de Toronto. Le curateur de l’exposition m’a demandé combien je voulais vendre mes œuvres, et j’ai suggéré 500 $. Il m’a répondu “on ne peut pas faire d’argent à ce prix-là”, et il les a affichées à des prix variant de 3500 $ à 5000 $, et elles se sont toutes vendues, alors j’ai continué à peindre?! »

Tom Wilson a participé à d’autres expositions, mais il préfère vendre ses œuvres sur son site Web. L’an dernier, la Canadian Academy of Recording Arts and Sciences (CARAS) et le bureau de la musique de la Ville de Hamilton lui ont commandé une murale de 40’ x40’ (12,2 m x 12,2 m) intitulée The Mystic Highway qui rend hommage au riche héritage musical de cette ville. Elle se trouvait au centre-ville de Hamilton au moment où s’y sont déroulées les activités entourant le Gala des prix JUNO.

À ses débuts, Wilson grattait des mots dans ses peintures à l’huile, mais « ces temps-ci, je travaille sur bois, huile sur huile ». « J’aime rendre floues les frontières entre les matériaux que j’utilise. Je gravais mes paroles dans mes toiles, puis j’allais vers ces toiles lorsque je composais des chansons. Elles étaient comme d’immenses cahiers de notes pleins de couleurs accrochés aux murs de ma maison. »

Wilson apprécie également le fait que l’art peut être jugé selon ses mérites propres. « L’art ne dérange pas les gens de la même manière que la musique pop. Il n’est pas nécessaire d’avoir un front parfait ou les pantalons les plus cools. Les gens peuvent aborder l’art sans flafla. »

MARTIN TIELLI

Martin Tielli art

L’auteur-compositeur-interprète et guitariste Martin Tielli est un membre de longue date du groupe The Rheostatics, ce qui lui a valu un statut de vedette de la scène indie rock. Son talent d’artiste visuel a été mis en valeur sur plusieurs pochettes d’album du groupe, de ses projets solo et d’autres musiciens également.

Mais outre une récente réunion des Rheostatics pour un seul concert, Tielli a quitté le monde de la musique. « J’ai complètement arrêté la musique pour me consacrer entièrement à la peinture depuis environ sept ans », explique l’artiste. « Psychologiquement, la transition s’est faite tout en douceur. Peindre et jouer de la musique fonctionnent de la même manière d’un point de vue psychologique, même si les mouvements du corps sont différents. Du moins, je ne les ai jamais trouvées très différentes, comme formes d’expression artistique. »

« La peinture a toujours passé en premier et me vient plus facilement », poursuit-il. « Ça a toujours été ce qui comptait le plus pour moi. La musique est arrivée plus tard dans ma vie et elle a pris toute la place pendant quelques décennies. »

Lorsqu’il était adolescent, Marti Tielli étudiait pour devenir illustrateur scientifique : « Pendant deux ans, je dessinais des illustrations d’animaux disparus pour le département de paléontologie du Musée Royal de l’Ontario, jusqu’à ce que les Rheos commencent à partir en tournée. »

La conception artistique pour les albums du groupe est venue tout naturellement. « Ça semblait tomber sous le sens qu’une personne qui participe à la création de la musique du groupe ait une vision claire de ce que l’aspect visuel devrait être », explique-t-il.

Pour Tielli, « la musique et l’art font appel aux mêmes zones de notre cerveau, la partie qui est non-linguistique. Pour moi, la musique est visuelle, cinématique, tant au niveau des paroles que des sonorités. Je vois des images, des paysages autant que des monstres, quand j’entends de la musique. »

Le trac monumental qui accable Tielli explique aussi pourquoi la création méticuleuse et solitaire de toiles lui convient parfaitement. « Quand je crée, les gens ne me regardent pas, je n’ai jamais aimé ça, et à plus forte raison maintenant que je vieillis (rires). En plus, quand je crée de l’art, je passe 90 % de mon temps à exécuter cette création?; avec la musique c’était environ 3 %. »

SARAH SLEAN

Sarah Slean art

La populaire auteure-compositrice-interprète Sarah Slean a toujours été attirée et influencée par les arts visuels. « Je crois que c’est un désir profondément enraciné. Tous les enfants dessinent », explique l’artiste. « J’ai recommencé à dessiner et peindre dans la vingtaine, c’était un exutoire pour la frustration que la musique pouvait créer en moi. Fermer mes oreilles et laisser toute la place à mes yeux, permettre à mon cerveau de passer en mode espace plutôt que temps?; c’est très utile pour libérer cette énergie créative bloquée. »

« J’adore cet état de quiétude mentale absolue auquel j’arrive lorsque je peins ou dessine. Même si pendant ce temps j’écoute de la musique, que ce soit du rock à tue-tête ou des quartets à cordes de Beethoven, l’expérience mentale en est une de parfaite tranquillité, ce qui n’est pas le cas de la musique, parce que la chanson, les sons, sont dans ma tête, tournoyants, tentant d’en sortir, essayant de s’exprimer concrètement. »

Pour Sarah Slean, le processus de création musicale et celui de la création visuelle sont « totalement différents, et c’est pour ça que les arts visuels me sont si bénéfiques. Pour moi, les arts visuels sont souvent exploratoires et révélateurs. Quelque chose germe en moi de manière un peu magique et je n’interviens pas directement, je tâtonne, je laisse les choses arriver d’elles-mêmes, instinctivement. C’est un épanouissement. La création musicale est tortueuse pour moi. La création d’œuvres d’art est une sorte de miracle. Elle m’a permis de préserver mon innocence. »

À ce jour, Sarah Slean a exposé ses œuvres une poignée de fois lors de petites expositions publiques, mais elle vend ses œuvres principalement via son site Web. « Ça me gêne d’exposer mes œuvres, car je me perçois d’abord comme une musicienne et une auteure », explique-t-elle. « Je prévois exposer plus souvent. Je crois que les règles changent, que les frontières se déplacent et deviennent floues, ma créativité est de plus en plus ouverte et expérimentale. Les disciplines se bousculent et se chevauchent, c’est très excitant. »

JANE BUNNETT

Jane Bunnett art

La saxophoniste jazz de réputation mondiale, compositrice et chef d’orchestre Jane Bunnett, lauréate de cinq prix JUNO et membre de l’Ordre du Canada, est passionnée d’arts visuels depuis toujours. « J’ai grandi dans un environnement très créatif », raconte-t-elle. « Mes parents visitaient régulièrement des galeries d’art à Toronto, et petite, je dessinais constamment. »

Bunnett a étudié le design en parallèle à ses études en piano classique et à ses « jams » en compagnie d’amis dans le domaine de la musique. Ce n’est que lorsqu’elle a trouvé sa satisfaction créative dans le jazz que la musique a pris le dessus. « En fin de compte, j’ai réalisé que la solitude du peintre n’était pas pour moi », confie l’artiste. « J’avais besoin de la camaraderie que l’on retrouve dans un groupe de musique. »

Elle n’a pas pour autant cessé de dessiner et de peindre. L’exposition à la True North Gallery, sa première exposition devant public, présentait principalement ses portraits hauts en couleur de ses héros du monde du jazz tels que Thelonious Monk, Louis Armstrong et Oscar Peterson.

Jane Bunnett passe de la musique aux arts visuels sans discernement au gré de son horaire de concerts et d’enregistrements. Le redémarrage de Maqueque, son populaire projet avec de jeunes musiciennes cubaines, signifie que ses protégées logent actuellement dans la pièce qu’elle utilise habituellement pour peindre.

« Je peux toujours peindre à notre chalet ou encore dessiner dans mon carnet, créer des ébauches pour de futures toiles », explique Jane.

Son carnet d’esquisses la quitte rarement lorsqu’elle est en voyage. Il est rempli d’esquisses de paysages aussi disparates que les Caraïbes, la Saskatchewan ou la Serbie.

Pour Jane Bunnett, le processus créatif qu’elle utilise est le même dans les deux cas, « ils impliquent tous deux le même état d’esprit. Je dois trouver un état d’esprit qui est lent, presque méditatif, afin d’internaliser les choses, tandis que lorsque je joue, j’ai besoin d’une dose d’adrénaline. »

Lorsqu’on l’interroge au sujet de l’affinité qu’ont tant de musiciens pour l’art visuel, elle avance l’hypothèse que « les musiciens utilisent beaucoup la zone de leur cerveau dédiée à la vue. Si vous demandez à un musicien de décrire une pièce qu’ils viennent de quitter, ils la décriront probablement avec énormément de détails. »

KURT SWINGHAMMER

Kurt Swinghammer with his art

Auteur-compositeur, compositeur de musique à l’écran, guitariste, peintre et artiste multimédia, Kurt Swinghammer jouit d’une longue et prolifique carrière tant dans les domaines de la musique que des arts visuels. Artiste solo et compositeur de musiques pour le cinéma et la télé, il a également créé des visuels pour des pochettes de disque, des affiches et même des vêtements (les fameux costumes des Shuffle Demons), en plus d’exposer ses propres toiles. L’une de ses œuvres exposées au True North Gallery, « Red Canoe », a été acquise par le vétéran de l’industrie de la musique Frank Davies.

 

C’est d’abord vers les arts visuels que Swinghammer se destinait. « J’ai eu ma première exposition à l’âge de 16 ans », raconte l’artiste. « À ce moment, je comptais garder la musique comme quelque chose de plus personnel afin de préserver sa pureté. » Il a étudié au Ontario College of Art and Design (OCAD) de Toronto et, aujourd’hui, il est aussi actif dans les arts visuels que la musique.

Il nous fait part d’observations intéressantes sur les ressemblances et les différences entre ces deux domaines créatifs. « La peinture est un geste d’ultime indépendance, mais en contrepartie cela signifie qu’elle nous offre très peu d’occasions d’intégrer les idées et les énergies des autres, ce qui est une des merveilles de la musique. J’ai besoin de cet équilibre entre l’aspect social et l’aspect solitaire. »

« J’ai appris que, dans le monde des arts, trouver sa voix, son individualité est ce qu’il y a de plus important. Or, ce n’est pas un trait dominant en musique à cause des tendances. Dans le monde des arts visuels, si vous n’avez pas votre style propre, oubliez ça. C’est ce que je tentais de faire avec ma musique en solo, d’ailleurs. »

Il voit néanmoins plusieurs parallèles entre ces deux activités : « Le processus par lequel on tente de trouver des idées est similaire dans les deux cas, mais à cause du type de musique et d’art que je fais, il n’y a pas vraiment de similitudes au chapitre de l’exécution. Le genre d’art visuel que je crée en ce moment me fait voir la musique en termes de relations entre les couleurs, du tempo des pinceaux et de la dynamique des compositions. »

Swinghammer admet volontiers qu’il « ressent parfois de la pression pour que je me concentre uniquement sur une des deux formes de création, mais je crois qu’il est simplement naturel de faire les deux. Joni Mitchell est une de mes héroïnes et je sais depuis longtemps que c’est elle qui crée ses pochettes d’album. Pour moi, ça dit tout : c’est parfaitement normal de faire les deux. »


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Plants and AnimalsQuelques semaines seulement après la parution de Waltzed in from the Rumbling, on attrape Plants and Animals entre deux concerts, quelque part sur la Côte Est des États-Unis. Le nouvel album studio du trio, paru après un silence de quatre ans, pousse les musiciens montréalais vers de nouvelles trajectoires rock-pop faites de subtilités et de grooves cajoleurs. Un chemin musical serein et paisible, tout le contraire du road trip qu’ils connaissent ces jours-ci.

La vie de tournée, ce n’est pas toujours une sinécure, mesdames et messieurs. Justement, hier, c’était un peu l’enfer, raconte Nicolas Basque au bout du fil cellulaire, perdu sur la highway : « Une de nos camionnettes a eu beaucoup de problèmes, on a dû faire plusieurs arrêts. On est arrivé à l’hôtel à quatre heures du matin, de sorte que le concert a été annulé. Ce matin, il a fallu en louer une nouvelle pour se rendre à notre prochain concert. » Le trio, qui tourne présentement avec une choriste, un bassiste et un technicien de son, devrait songer à embaucher un garagiste. « En fait, répond Basque, c’est le batteur [Matthew Woodley] qui s’y connaît le mieux parce que c’est lui qui se rend dans les garages. On s’est dit à la blague qu’il faudrait qu’un de nous suive un cours de mécano. »

Certes, la route est longue et ardue, mais « la récompense est de faire des spectacles le soir », ajoute le guitariste et chanteur. Surtout après presque quatre ans passés loin de la scène, un choix concerté. Après la tournée du troisième album The End of That (2012, toujours sur étiquette Secret City Records), « on avait besoin d’un break, et ça s’est fait naturellement. De plus, nous avons tous eu des enfants durant cette pause. Aujourd’hui, on a retrouvé notre erre d’aller, en quelque sorte. Ça ne prendra pas quatre ans encore avant de lancer un nouveau disque. »

« Le truc, c’était d’arriver à travailler le côté plus exploratoire de nos compositions, tout en créant des chansons qui se jouent bien en concert. » — Nicolas Basque, Plants and Animals

Pendant que certains fans en sont venus à se demander si Plants and Animals n’avait pas jeté la serviette, selon Nicolas, ses collègues et lui faisaient un bilan de leur carrière, lancée en 2003 avec un premier EP éponyme. « On s’est vraiment demandé ce qu’on voulait faire de nos chansons. On s’est questionné : comment on veut travailler en studio, comment on peut se laisser le temps d’explorer. Le truc, c’était d’arriver à travailler le côté plus exploratoire de nos compositions, tout en créant des chansons qui se jouent bien en concert. »

Plants and Animals a atteint ce bel équilibre sur Waltzed in from the Rumbling, disque méticuleux qui ramène le goût de la chanson folk exposé depuis le solide premier album Parc Avenue (2008, finaliste au prix Polaris), tout en évacuant les envolées psychédéliques de celui-ci au profit d’un groove plus épuré. « On essaie simplement de créer quelque chose qui nous ressemble aujourd’hui», commente Basque. C’est certes un disque très travaillé, dans la mesure où on tente de dénicher une twist à chaque chanson, sans être show off, sans faire de l’esbroufe, signe d’une maturité musicale acquise au fil des ans, « par exemple en effectuant des transitions dans l’émotion, dans le feeling, plutôt qu’en jouant sur des ruptures de tempo ou de structure, ce genre de trucs qui impressionne à l’écoute. En résulte un disque certainement plus groovy » aux orchestrations de cordes rarement ostentatoires, toujours bien dosées, enrichi par la judicieuse présence de deux choristes (Katie Moore et Adèle Trottier-Rivard), qui ajoutent une touche féminine inédite au répertoire du trio.

Les chansons, composées sur le moment en studio – même les textes, signés par le chanteur et guitariste Warren Spicer -, possèdent ce petit quelque chose de classic rock qui nous rappelle le son confortable et rassembleur des 10cc et Blood, Sweat & Tears d’une époque ancienne. Et pas vraiment celui de Radiohead, que certains collègues ont évoqué.

« Nous non plus, on ne sait pas trop d’où vient la comparaison avec Radiohead, s’étonne Basque. Pour être honnête, c’est la première fois que ça nous arrive. Cependant, on s’est souvent faire dire qu’on sonnait comme nos influences… sans que quiconque parvienne à les nommer telles quelles. Cela dit, on prend ça avec un grain de sel. Et puis, Radiohead, c’est tellement un gros groupe qui a influencé toute une époque du rock, j’imagine que tout le monde finit par être comparé à lui. À la limite, je peux bien comprendre le rapprochement sur certaines de nos chansons, mais en général, pas vraiment. Or, quitte à être comparé à un groupe, autant que ce soit celui-là, non? »

 


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


En mettant de côté les compositions et les enregistrements qu’il peaufinait depuis cinq ans, Samito a pris la meilleure décision de sa carrière. Il n’y a maintenant plus de doutes, ni d’ambigüités : le Québécois d’adoption a en main un percutant premier album, au croisement entre le funk, l’électro, le rock et la musique traditionnelle mozambicaine.

Prévu pour l’automne dernier, le premier album de Samito (initialement titré Xico-Xico) n’était pas à la hauteur des espérances de son créateur. « C’est un album sur lequel je travaillais depuis trop longtemps. Quand je l’ai réécouté à la toute fin, je le trouvais cool, mais moi, j’étais complètement rendu ailleurs », explique le Mozambicain, qui confie avoir eu un « un petit froid » avec un proche collaborateur à cette époque. « J’ai décidé de mettre ça sur la glace pour tout recommencer. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça a été rapide. En à peu près 20 jours, j’avais composé, écrit et enregistré un album complet. »

Ce rythme effréné de création a été appuyé par le travail du réalisateur Benoit Bouchard, un musicien aguerri ayant notamment roulé sa bosse auprès de Chloé Lacasse et Fanny Bloom. « C’est un des premiers musiciens que j’ai rencontrés quand je suis arrivé ici il y a 10 ans. En fait, Benoit était un des instructeurs de ma formation en enregistrement audio », se rappelle Samito, maintenant âgé de 36 ans. « Au mois de mars dernier, je lui ai fait entendre des maquettes très minimalistes de mes nouvelles chansons. Quatre jours plus tard, on entrait en studio avec les musiciens. On a tout enregistré en une fin de semaine. »

Seul mais bien accompagné

SamitoEntouré du batteur Jonathan Bigras (Galaxie, PONI), du guitariste Funk Lion (La Bronze), du bassiste François-Simon Déziel (Valaire) et de quelques autres collaborateurs de pointe comme le maître guitariste Olivier Langevin (Galaxie), Samito a connu une expérience studio de rêve. « C’était beaucoup plus enrichissant que de travailler seul dans mon sous-sol », admet-il. « En fait, cet album-là est en tous points différent de l’autre. Même l’écriture n’est pas pareille… Au lieu d’écrire à la troisième personne et d’être un observateur ou un narrateur omniscient, j’ai décidé de m’affirmer à la première personne et de parler de moi. »

Entre la critique des médias sociaux LOL, la métaphore sur l’aide médicale à mourir Nara et le récit identitaire Tiku La Hina, Samito raconte ses peurs et ses déchirements intérieurs dans un mélange rythmé de portugais et de tswa, l’une des nombreuses langues de son pays.

Sur Here We Go My Old Friend, le chanteur se confie avec vulnérabilité sur ses épisodes de solitude profonde. « On dirait que c’est un sentiment qui va de pair avec la vie d’artiste », observe-t-il. « De mon côté, c’est encore pire puisque cet isolement est amplifié par mon immigration. J’ai fait le choix, à l’adolescence, de venir vivre le rêve américain ici, mais ce chemin-là, il vient avec ses échecs et sa solitude. Même si je me sens intégré au Québec, je reste complètement déraciné de ma terre natale. D’ailleurs, c’est un peu dans le but d’être entouré de gens que j’ai voulu faire un album live, de façon plus spontanée. »

 

Ramener le groove africain

En résulte une percutante rencontre « entre le Mozambique et le Lac-Saint-Jean », région d’où est originaire Benoit Bouchard. Musicien depuis l’enfance, Samito y mélange l’ensemble des influences qui l’ont marqué. « Il y du gospel, du rock et du funk là-dedans, précise-t-il. Il y aussi une volonté de ramener un certain groove africain originel, un groove relativement edgy qu’on ne retrouve plus vraiment dans la musique pop africaine des 20 dernières années. En ce moment, là-bas, je trouve la musique trop clean, comme si les Africains tentaient de reproduire le format standard américain. Il y a tout un aspect roots plus mordant et viscéral qui a été évacué. »

Créant ainsi « un melting pot culturel et historique », la Révélation Radio-Canada 2015-2016 retournera cet été à Maputo, sa ville d’origine, pour tourner un clip et présenter son album. « La reconnaissance que j’ai ici depuis quelques mois commence à avoir des échos là-bas. Il y a un intérêt qui semble se développer », relate l’artiste, qui a quitté son pays il y a une décennie pour venir étudier en musique à l’Université McGill. « Moi, j’ai surtout hâte de faire entendre l’album à ma famille. Mes proches savent que je me suis découragé souvent et que le chemin n’a pas été facile. Par-dessus tout, je ne voulais pas les décevoir. »

Heureux de l’accueil qu’il reçoit au Québec depuis son arrivée, Samito compte également parfaire son écriture en français : « Pour moi, les paroles, c’est ce qu’il y a de plus important dans une chanson. Même si je me rends compte que les gens se crissent des paroles tant que la toune est bonne, j’aimerais pouvoir écrire en français dans un futur proche. L’affaire, c’est que je ne veux pas le faire n’importe comment. En 10 ans, j’en ai vu plein, des artistes de la diaspora qui tentaient de chanter en français avec un résultat plus ou moins convaincant. Moi, je veux prendre le temps d’écrire quelque chose de bon. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je dois ça aux Québécois. »

Samito a remporté le Prix SOCAN lors de la Bourse RIDEAU qui se tenait à Québec en février 2016. Ce prix mérite à Samito un laissez-passer pour une prestation lors de la vitrine SOCAN des Rendez-vous Pros des Francofolies de Montréal, en compagnie de La Bronze, le 16 juin 2016 à 17h.

 


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *