Elijah Will se souvient de la première fois qu’il a écrit une chanson. Sa mère lui avait acheté « un de ces micros pliables au magasin à un dollar » et il a fait équipe avec son meilleur ami et son jeune frère pour former un groupe de hip-hop baptisé The Triple Threat. Dans cette chanson intitulée « Living in the Maritimes », il mentionnait son compatriote néo-écossais Classified. Il était loin de se douter que le rappeur jouerait un jour un rôle important dans son ascension vers la gloire.

En 2014, une séance d’écriture dans le cadre du Gordie Sampson Songcamp à laquelle Will participait a vu naître une chanson qui a été envoyée à Classified qui l’a promptement invité à le rejoindre dans son studio pour enregistrer les voix de son album éponyme. « On travaille ensemble depuis ce temps et j’en suis reconnaissant à chaque jour qui passe », affirme Will. Il est devenu le premier artiste mis sous contrat sur le label ressuscité de Classified, Halflife Records. Plus tôt cette année, Will lançait son premier EP, 3 h, une compilation de chansons pop aux saveurs R & B qui témoignent de son penchant pour les mélodies accrocheuses comme celle de la pièce titre ou de « Like a Fool » et son rythme funk entraînant.

Et ce n’est que le début. Will travaille actuellement sur d’autres nouvelles musiques et il affirme planifier une importante tournée à l’automne 2018. Mais avant tout, il espère continuer à faire ses classes auprès de Classified. « Il m’a appris à vraiment vouloir ce que je veux », en parlant de l’éthique professionnelle de Classified. « Il est toujours là pour me motiver et me montrer où je dois être, se jamais je m’égare. Travailler sur ce EP et le côtoyer m’a vraiment donné le goût d’être encore meilleur. »


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Des changements, Jennifer Beavis en a vu à la tonne au cours de ses 25 années de carrière. Les concepts de contraction et de fusion sont partout depuis qu’elle a reçu son diplôme du Fanshawe College en 1993. Elle n’a jamais cessé de travailler à plein temps comme employée, sous-traitante ou consultante, mais dans son cœur, elle a toujours été une éditrice de musique.

« Le secteur s’est transformé en économie de piges », explique Jennifer Beavis avec une résignation optimiste. « J’ai fondé Librascor parce que c’était très difficile de trouver une autre position exécutive permanente et à plein temps du même genre. Je ne regrette absolument rien. »

Aujourd’hui, la dirigeante de Librascor Copyright Consulting est maître de son propre destin et elle travaille pour un porte-folio de clients incluant BMG Rights Management, pour qui elle agit à titre de directrice de l’entité canadienne, Zoomer Media et Corkscrew Media. Arts & Crafts Productions, 604 Records, CCS Rights Management, Street Quality Entertainment, C2W Music Ltd et Entertainment Tonight ont tous déjà figuré à la liste des clients de Librascor.

« J’aime ce que je fais, et heureusement, j’en étais à un point de ma carrière où j’avais cumulé suffisamment d’expérience et de contacts dans l’industrie pour pouvoir offrir mes services comme consultante. Le secteur rétrécit et beaucoup de travail s’effectue aux États-Unis, mais ils ont tout de même besoin d’expertise canadienne. »

« Au début, je passais beaucoup de temps au téléphone », se souvient Beavis. « C’est ce qui s’est passé avec BMG, qui venait de mettre fin à sa relation avec leur administrateur précédent. J’ai passé un coup de fil au directeur pour l’Amérique du Nord, car on se connaît, et deux semaines plus tard, j’avais le contrat. J’ai peine à croire que ça fait déjà cinq ans. »

« J’ai passé un coup de fil au directeur pour l’Amérique du Nord, car on se connaît, et deux semaines plus tard, j’avais le contrat. »

Trois conseils de Jennifer Beavis à l’intention des auteurs-compositeurs à la recherche d’un éditeur

  1. « Soyez visibles. Nous vivons dans un monde de médias sociaux et de marketing ; les éditeurs doivent être en mesure de vous trouver. Les œuvres non sollicitées ne sont encore et toujours pas les bienvenues. Il revient aux créateurs et aux artistes de créer un buzz, et une fois ce dernier en place, il faut que les gens de l’industrie puissent vous trouver. »
  1. « Soyez présent. Participez aux événements de l’industrie, aux conférences, etc. Socialisez avec les gens de l’industrie après les panels de discussion ; la majorité d’entre eux seront heureux de discuter avec vous et de partager. Une fois votre relation avec ces derniers établie, votre travail n’est plus non sollicité et ils accepteront probablement vos soumissions. »
  1. « Faites vos recherches. Avant d’envoyer des chansons à un éditeur ou un directeur musical, soyez au fait de ce qu’ils recherchent ; ne leur faites pas perdre leur temps. Placer une pièce dans une production est une excellente manière de commencer à bâtir votre profil et votre histoire professionnelle. Ne leur envoyez jamais de support physique, uniquement des liens vers des fichiers en ligne. »

Ce contrat avec BMG vient en quelque sorte boucler la boucle. L’un des premiers emplois de Jennifer Beavis était assistante à l’édition pour BMG Music Publishing Canada. Elle remercie Dianna Rybak de lui avoir donné cette première chance. « Elle m’a donné mon premier emploi et montré les rouages de l’administration », se souvient-elle. « Nous avions une excellente relation professionnelle et elle me respectait, ce qui a contribué à bâtir ma confiance en moi et confirmé mon choix de carrière dans ce domaine. »

Même si un grand pan de cette industrie est fortement axé sur le côté A&R des choses, qui est plus « sexy », c’est dans le domaine de l’administration que Beavis a fait sa marque. « Ça n’est pas le côté “sexy” de ce business », admet-elle, « du moins tant que les gens ne veulent pas leur argent. Les règles changent d’un territoire à l’autre, et c’est le genre de truc que j’aime savoir. C’est dans ma génétique, j’imagine, avec deux avocats dans ma famille. Peut-être que c’est parce que j’aime les règles, j’aime savoir que pour un problème donné, il y a une réponse. C’est simplement logique, pour moi. »

Jennifer Beavis a toujours eu comme priorité de redonner. Elle a siégé au conseil du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, de l’Association canadienne des éditeurs de musique, du programme de gestion des affaires musicales du Durham College, ainsi qu’aux comités de l’Académie canadienne des arts et des sciences de l’enregistrement (CARAS) et des Canadian Country Music Association Awards. Elle a également enseigné au Durham College, à l’Institut Trebas, à l’International Academy of Design et à l’Audio Recording Academy (TARA).

« Les conseils d’administration auxquels j’ai siégé ont beaucoup contribué à mon réseau », admet-elle volontiers, « mais ils ont également nourri mon intérêt pour les spécificités de ce domaine. Je m’intéresse sincèrement aux questions entourant le droit d’auteur et je tiens à demeurer à jour de tous les changements dans le domaine. Je crois que j’ai beaucoup à offrir — le côté admin du business n’est peut-être pas sexy, mais il est essentiel à sa santé. »

Jennifer Beavis a une affection particulière pour la SOCAN. « Les auteurs, compositeurs et éditeurs de musique sont très bien représentés », affirme-t-elle. « Ce que nous accomplissons ici avec des ressources moindres est incroyable. La SOCAN parvient à faire sentir ses membres comme si c’était une organisation familiale tout en étant concurrentielle et respectée sur l’échiquier international. La SOCAN représente très bien ses créateurs à l’international — mieux que toute autre société, à mon avis. »


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Le quatrième album du groupe montréalais Suuns marque un tournant dans sa manière de concevoir l’enregistrement, du travail d’écriture, développé avec plus de spontanéité, que dans l’assemblage des éléments sonores, conçus en petit comité sans l’aide d’un réalisateur externe. Avec pour résultat ce disque vif et vivifiant abordé « à la manière d’un mixtape », nous explique le batteur Liam O’Neil qui, avant d’entamer le volet européen de sa tournée, nous parle de cloches, de l’esprit d’équipe et du regretté Jaki Liebezeit.

SuunsLe disque Felt ne commence pas par un bang!, mais plutôt par un ding-dong. Un concert de cloches d’églises pour introduire la viscérale Look No Further, ça ne pouvait pas faire plus montréalais. Et pourtant, « ces cloches ont été enregistrées à Graz, en Autriche, confirme O’Neil. Et c’est drôle, car c’est moi qui ai enregistré ça, avec mon iPhone. On venait de terminer notre test de son, et en sortant de la salle, y’a ces cloches qui donnaient un concert. Ça a duré presque une heure. »

L’allusion à notre « ville aux cent clochers », pour reprendre les mots qu’aurait prononcés  Mark Twain, jouant au touriste dans la métropole québécoise en 1888, est donc totalement fortuite, assure le batteur, « mais je suis ravi que tu fasses ce lien. Surtout que cet album a été conçu dans cet esprit de collages sonores, en raboutant différentes pistes enregistrées, des expérimentations en studio autant que des trucs trouvés sur YouTube, ou des petits enregistrements que nous avions conservés sur nos téléphones. Si t’écoutes attentivement le disque, y’en a tout plein. »

Ça, c’est l’esprit « mixtape » de Felt, estime Liam O’Neil. « Enfin, non, pas un mixtape comme on le conçoit dans la scène hip-hop. Je ne pense pas que quiconque ayant écouté Felt y reconnaisse un mixtape, mais ça sonne comme un disque de rock expérimental. C’est l’idée de l’incongruité, de l’assemblage à partir de matériaux trouvés, le côté fait à la main, que j’associe à un mixtape. Cela dit, on écoute pas mal de rap, en fait, et même les grosses productions du moment. Je remarque d’ailleurs qu’on y passe souvent par toutes sortes d’émotions, de sonorités et de grooves différents », à l’image du coloré Felt, qui semble marquer un nouveau départ pour ce groupe souvent jugé austère et froid, d’où l’étiquette « gothique » que certains ont osé lui apposer.

Lors de l’enregistrement des trois premiers albums, le quatuor répétait en studio les compositions jusqu’à ce qu’elles atteignent la précision désirée pour pouvoir ensuite les enregistrer sur bandes, « généralement une affaire de cinq ou six jours, détaille le batteur. Cette fois, nous avons enregistré en cinq ou six sessions de plusieurs jours, dans ce que j’appelle notre « home studio » – le studio Breakglass ». Ben Shemie, chanteur et guitariste, agit comme principal auteur-compositeur : c’est lui qui sème l’idée d’une chanson dans la tête de ses collègues, « un thème, une ligne mélodique. On développe à partir de ça, on étend le registre de cette idée. Généralement, le texte est complété après la musique ».

Sans intention de départ, les quatre musiciens se sont réunis simplement en se laissant guider par le moment, « juste pour enregistrer les démos du nouvel album et voir où ça allait nous mener. On avait même l’intention d’embaucher un réalisateur pour nous guider là-dedans. Mais ça allait si bien que, à la troisième ou quatrième session, l’album est apparu. Ça y était. Ça rejoint encore notre notion d’un mixtape qui se révèle dans l’éthos, nous seuls en studios à travailler avec les moyens du bord. » Le réalisateur du précédent album, l’estimé John Congleton (il a travaillé la console auprès d’Angel Olsen, St.Vincent, Erykah Badu, The War on Drugs, on en passe), fut appelé à la toute fin des sessions d’enregistrements, non pas comme réalisateur, mais en tant que mixeur. « Il est venu à Montréal, il a tout fait en quatre jours. »

Se dégage de ce Felt une impression de nervosité, avec ses collages sonores disparates, ses subits changements de rythmes, le fil conducteur très tendu qui nous culbute d’un groove calme et minimaliste à une explosion de rythmes. « On a passé pas mal de temps durant notre carrière en étant perçu comme un groupe « sérieux », estime le batteur. Pourtant, nous entendre en concert est une expérience plus amusante et, d’une certaine manière, cet album ressemble davantage à l’expérience live qu’on offre – plus variée, plus amusante. »

D’ailleurs, Suuns se fixe une règle qu’il tente de suivre à chaque disque : ne pas surcharger la composition, en s’assurant que chaque piste, chaque détail, puisse être joué à quatre musiciens pour pouvoir ainsi le reproduire en concert. « Quand j’ai commencé à travailler avec ce groupe [autour de 2009], c’est ce qui m’a attiré, c’était justement l’impression de pouvoir suivre plein de directions musicales, expérimenter, toujours. Notre spectre musical est très étendu. »

À l’image de la vision musicale d’un de ses héros, le regretté batteur Jaki Liebezeit disparu l’an dernier, membre fondateur du groupe allemand Can, une influence manifeste sur le son de Suuns. « J’ai découvert son travail à une époque où faire partie d’un groupe rock commençait à sonner ringard et pas cool. Le style John Bonham, ce n’était pas moi du tout… Jaki, je l’ai découvert en même temps que Mick Fleetwood [Fleetwood Mac] qui, à mon avis, a un son similaire. Quelque chose d’obsédant dans leurs jeux. Tout d’un coup, chez Jaki, je comprenais qu’il était possible de mixer la batterie rock avec des sons électroniques. Je pouvais m’imaginer travailler avec un groupe rock sans le faire sonner « gros rock », en jouant de façon moderne. »


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