Le rendez-vous annuel des férus de musique électronique et d’art numérique arrive à grands pas. Pour sa 26e édition, qui aura lieu du 19 au 24 août 2025, MUTEK met une fois de plus en lumière l’audacieux travail d’artistes issus des quatre coins de la planète. Parmi ceux-ci, plusieurs musiciens québécois s’apprêtent à repousser leurs propres limites artistiques sur scène. En voici trois à ne pas manquer.

 

Martyn Bootyspoon

Martyn Bootyspoon, video, Nite Ryde

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Jason Voltaire, alias Martyn Bootyspoon, peut remercier son frère, l’artiste Jesse Voltaire, pour avoir piqué sa curiosité musicale. « Il a six ans de plus que moi, donc il fréquentait les clubs quand j’étais petit. Je le voyais sortir à 10h du soir le vendredi et revenir le samedi en milieu d’après-midi », se souvient-il. « J’ai commencé à suivre ce qu’il faisait sur l’ordinateur chez nos parents. Il avait la version démo de FL Studio (logiciel de production musicale) et il m’a montré un peu comment ça marche, quand j’avais 10-11 ans. J’ai toujours été un peu bolé (pour tout ce qui touche l’informatique) donc ça ne m’a pas pris de temps à m’habituer. »

Après ses débuts comme DJ à la fin des années 2000, Martyn Bootyspoon ouvre ses horizons au nightlife montréalais. Originaire de l’ouest de Montréal (Dollard-des-Ormeaux), il choisit d’aller étudier au collège Dawson pour une seule raison : se rapprocher du centre-ville. « J’ai commencé à écouter du Justice et à sortir (dans les bars, les clubs) en empruntant les cartes d’identité de mon frère. J’ai commencé à rencontrer des gens qui me ressemblaient plus, pas juste les gens en avant de chez moi. On était une couple de personnes dans mon coin à être fâchés à propos de la vie de suburb. On commençait à s’affilier avec la musique underground, pas juste avec le HMV stuff, le top 40 et David Guetta. On ne voulait pas s’habiller avec du Parasuco ! », image-t-il.

Actif comme producteur depuis le milieu des années 2010, l’artiste propose un mélange à la fois percutant et incandescent de house, de techno, de footwork, d’électro et de grime. Son passage à MUTEK cette année sera à l’image de cet alliage brûlant. « Je veux faire danser les gens. J’ai des moments plus calmes, introspectifs, mais je ne veux pas que ce soit trop existentiel comme spectacle. Je veux que le spectacle évoque l’ADN du nightlife de Montréal… que ce soit un hommage à notre passé de grosse capitale du disco plutôt qu’un spectacle que tu regarderais les bras croisés dans un musée d’art contemporain », explique l’artiste qui fera paraître deux minialbums sous la réputée étiquette britannique LuckyMe dans les prochains mois.

En spectacle durant la soirée NOCTURNE 3. Le 22 août à la SAT (sur scène de 02h20 à 03h20).

 

Gayance

Gayance, video, Clout Chaser's Anthem

Cliquez sur l’image pour démarrer la vidéo de la chanson Clout Chaser’s Anthem de Gayance (avec Janette King & Hua Li) sur YouTube

Aïsha Vertus alias Gayance tient difficilement en place. La dernière fois qu’on a parlé à l’artiste montréalaise pour un article dans le magazine Paroles & Musique, il y a un peu plus de deux ans, elle habitait à Amsterdam. Cette fois, c’est l’indicatif international du Portugal (351) qu’il faut composer avant son numéro. « Amsterdam, c’était bien l’fun, mais c’était pas complètement ma vibe. Dès que j’ai dû renouveler mon visa et que j’ai dû commencer à payer des taxes là-bas, je me suis posé des questions. Je me suis dit que, tant qu’à dépenser toutes mes économies pour aller au Brésil chaque année, j’étais mieux de me fixer officiellement dans un endroit qui y ressemble. En plus, je parle la langue ! »

Gayance se nourrit de ses voyages et de ses rencontres. Sa riche proposition musicale traduit essentiellement ce qu’elle vit en se promenant ici et là à travers le monde. Son premier album Mascarade, un efficace mélange de jazz, de house, de R&B et de broken beat, a connu un beau succès en 2023, un succès qu’il l’a toutefois un peu pris de court. « J’ai toujours voulu la reconnaissance et, une fois que je l’ai eue, je ne la voulais plus… », dit l’artiste québéco-haïtienne, encore un peu déchirée à propos du rayonnement de cet album (qui s’est frayé une place jusqu’à la prestigieuse courte liste du Prix Polaris).

Environ cinq ans après ses débuts comme productrice, celle qui a passé sa décennie 2010 entre le Québec, le Brésil et la Belgique, notamment en œuvrant comme animatrice, rédactrice, documentariste et curatrice musicale, se prépare à faire paraître un deuxième album, au tout début de l’année prochaine. Son titre : Roaming, un clin d’œil à ses nombreuses errances. « La musique est très éclectique. Y’a entre autres une chanson inspirée par les carnavals des années 80 à Haïti. En fait, il y a beaucoup d’inspirations caribéennes. Et je chante en créole, en français et en anglais », explique-t-elle, précisant que son spectacle à grand déploiement à MUTEK, regroupant sept musiciens et trois VJs, donnera un bon aperçu de la signature musicale de l’opus.

 En spectacle durant la soirée NOCTURNE 3. Le 22 août à la SAT (sur scène de 00h15 à 01h05.

 

Sliberium

Sliberium, video, MayGodSaveUs.exe

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L’histoire de Sliberium dure depuis près de 20 ans, soit depuis le moment où Prince Amani Kouame (alias Kuma) et Tristan Sendji (alias Sendji) se sont rencontrés dans la classe de maternelle d’une école de LaSalle. « Mon premier souvenir concret de Tristan, c’est quand on allait faire de la luge ensemble en hiver. C’était incroyable… même si on se battait beaucoup ! », se rappelle Kuma en riant.

Les deux amis d’enfance se sont perdus de vue durant leur adolescence, en raison du déménagement de Kuma à Châteauguay. C’est pendant cette période à l’extérieur de Montréal que le jeune artiste québéco-ivoirien apprend les rudiments de la production musicale. Le grand fan de trap et de R&B s’initie avec les moyens du bord, en créant ses premières esquisses avec uniquement un téléphone et une paire d’écouteurs. « On peut dire que c’était pas le top au niveau du matériel… mais ça faisait l’affaire ! ».

MUTEK 2025

Ses retrouvailles avec son ami de longue date, durant ses études dans un cégep de LaSalle, lui permettront de passer à l’étape supérieure. « Dès qu’on s’est retrouvés, ça a cliqué automatiquement », raconte le Québécois d’origine camerounaise et française Sendji. « Je le voyais faire de la musique avec son téléphone, j’étais intrigué. Je lui ai dit : ‘’Viens, on part à l’aventure ensemble. On va faire de quoi avec ça ! ’’ »

L’aventure Sliberium commence en 2020. Le projet multidisciplinaire, qui mêle pop expérimentale et œuvres numériques distorsionnées, propose une approche sonore et visuelle plutôt incisive. « Il y a un côté très humain dans ce qu’on fait, même si c’est parfois très harsh et très edgy. En fait, ça représente très bien le concept d’être vivant ! », image Kuma. « Mais le monde de Sliberium est en constante évolution. Notre performance (à MUTEK) représentera bien notre passé et notre avenir. »

En spectacle durant la soirée EXPÉRIENCE 4. Le 22 août à l’Esplanade tranquille (sur scène de 17h à 17h35).

 

Quelques autres artistes québécois à voir durant MUTEK cette année:

  • Priori (gagnant du prix Musique Électronique au Gala SOCAN 2025)
  • RAMZi
  • Alexis Langevin-Tétrault
  • RICO X PARIA Ensemble
  • Florence Delphine-Roux
  • Guillaume Coutu Dumont & Line Katcho
  • Yu Su
  • TUSH
  • Cleo Leigh
  • Ouri
  • .618
  • DELAVELOUR
  • Aria
  • BelleyFERRIS
  • BunBun
  • Charline Dally
  • Claire

Liste complète des artistes d’ici à voir.

 

Le MUTEK Forum revient également du 20 au 22 août 2025 avec un programme élargi de trois jours consacré à l’innovation de pointe et aux discussions critiques sur la recherche, la création et la collaboration. Au programme : conférences, performances, expositions, ateliers, classes de maître, lectures et activités de réseautage qui relient la musique, l’IA, la XR, les arts médiatiques, le jeu vidéo, les futurs écologiques, l’art quantique et le design. Programmation complète par ici.