Vous allumez la radio et vous n’entendez pas ce que vous vouliez entendre. Que faites-vous? D’accord, d’accord – mais qu’arrive-t-il si en allant sur Internet et même dans les clubs vous ne trouvez toujours pas ce que vous voulez entendre?

Jeremy Widerman, Jon Harvey, Brandon Bliss et Steve Kiely – mieux connus collectivement sous le nom de Monster Truck – ont choisi de faire leur propre musique. « Il y avait un manque que nous avons décidé de combler, » dit Widerman. « Il ne s’agissait pas de nous trouver une niche. »

Qu’ils l’aient voulu ou non, ils ont bel et bien comblé une niche, tant par leur étiquette de disque indépendante (Dine Alone) que pour leur public d’un bout à l’autre du pays. De leurs premières répétitions enthousiastes jusqu’à aujourd’hui, les Truck ont suivi constamment une trajectoire ascendante. Le groupe a passé le plus gros de l’été en tournée autour du monde et à participer aux plus grands festivals au pays.

La méthode d’écriture de Monster Truck est simple, instinctive et exclut tout peaufinage. « Si on n’arrive pas créer une chanson du début à la fin en une journée, on l’abandonne habituellement, » dit Widerman, qui considère que la démarche du groupe est influencée par le punk, même si ce n’est pas vraiment audible musicalement. « Nous trouvons que les chansons qui prennent forme d’elles-mêmes, sans trop d’effort, sont les meilleures. Nous n’essayons pas de réinventer la roue. Il suffit qu’une chanson ait une bonne ?accroche? et on entre dans le rythme à grands coups de poing. »

« Si on n’arrive pas créer une chanson du début à la fin en une journée, on l’abandonne habituellement. » – Jeremy Widerman

Ces accroches ont permis à Truck de se hisser au-dessus des autres rockeurs. Il est essentiel que l’air et le rythme soient percutants, qu’ils nous frappent en pleine gueule, sinon l’effet va s’atténuer et les contusions au visage vont guérir. Les chansons de Monster Truck ont une force durable grâce à la contribution du reste du groupe, une fois les accords de guitare en place.

« Quand Harv [Jon Harvey] commence à chanter sur un air de musique, c’est littéralement comme si on venait d’allumer la lumière, dit Widerman. C’est à ce moment-là que je sais qu’une chanson va marcher. »

La combinaison de l’orgue de Bliss et de la voix de Harvey crée quelque chose qui ressemble à un jardin sonore de fritures du Sud, un son reconnaissable mais qui défie toute comparaison directe avec celui d’un autre artiste. C’est un son qu’on est habitué d’aimer mais, en même temps, il n’y a aucune nostalgie dans leur musique. Le rock ‘n’roll « bœuf-patates » a été rabâché, pour ne pas dire remâché depuis des décennies, et c’est précisément le problème : c’est du réchauffé, souvent trop cuit, fade et sans goût. Avec les Monster Truck, on nous sert quelque chose de beaucoup plus goûteux et le public en redemande avec raison.

« J’aurais jamais imaginé que les amateurs de musique d’un bout à l’autre du pays adoptent la nôtre, dit Widerman. Notre public est fou braque et on a tellement de plaisir à jouer pour lui. Notre travail devient un pur plaisir. » – JAMIE TENNANT

Parcours

  • Monster Truck est né en 2009 comme un projet parallèle à d’autres « groupes plus sérieux » (The Reason, Saint Alvia)
  • « Sweet Mountain River » a été utilisée dans la bande sonore des faits saillants des Blue Jays sur la chaîne TSN
  • Le groupe a remporté le prix CASBY du Nouvel artiste favori en 2012

Faits saillants
Éditeur :
s/o
Discographie : Monster Truck (EP , 2010), The Brown EP (2011), Furiosity (2013)
Membre de la SOCAN depuis 2010 (Harvey, Kiely), 2007 (Bliss, Widerman)
Visitez le site www.ilovemonstertruck.com


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Après avoir remporté les honneurs du Festival en chanson de Petite-Vallée en 2001, Guillaume Arsenault faisait irruption l’année suivante avec un premier album aux racines essentiellement rock (Guillaume et l’arbre). L’auteur-compositeur-interprète revenait à la charge en 2006 avec Le rang des îles, un compact plus folk et délicat. Paru en 2009, l’ingénieux Géophonik proposait des arrangements sophistiqués et un habile métissage sonore empruntant à la musique électronique et au folk. Réalisé par Arsenault lui-même, Oasis station-service débarquait en septembre dernier. Longue disette pour l’artiste gaspésien, résidant de Baie-des-Chaleurs.

« En création, on ne peut pas forcer les choses. On peut juste se préparer à recevoir l’inspiration. Je m’étais donné le mandat d’aller dans une autre direction. C’est ma manière de faire à chaque fois : explorer de nouvelles avenues. Je m’étais donné des défis d’écriture et de composition. Des façons de faire qui n’étaient pas habituelles pour moi. Voilà une des raisons pour lesquelles ça m’a pris autant de temps. Le fait d’être avec des musiciens qui sont à Montréal et d’autres en Gaspésie en est une autre, » soutient l’homme de 37 ans.

Artiste aventurier

Nées à la suite de multiples sessions de création, les 12 pièces de l’album mettent en lumière une plume souple, toujours aussi imagée, un timbre de voix chaleureux avec juste ce qu’il faut de nonchalance, des ambiances poussiéreuses élaborées à partir de belles envolées de guitare twang et d’effluves morriconesques. Étonnant détour pour l’artiste originaire de Bonaventure. « Je suis allé rejoindre des musiciens à Montréal, on a eu quelques sessions et on enregistrait toute la journée. À mon retour, en train, je réécoutais le tout et je découpais les parties d’improvisation intéressantes pour ensuite créer des chansons à partir de ça. C’est le son qui a émergé. Je suis tombé en amour avec une guitare baryton électrique. Ça venait équilibrer les lentes mélodies mal rasées et le côté plus nerveux de l’électronique. Je voulais faire du cinéma pour les oreilles en quelque sorte. Je pensais aux films de Sergio Leone et aussi au Fred Fortin des débuts. C’était un défi pour moi et le résultat est beaucoup plus mélodique. Mon objectif premier est de m’imprégner dans la création pour qu’ensuite, je n’aie pas à me demander si ce que je faisais est bon ou mauvais. »

« On se fait sculpter l’âme par l’horizon, par ce que l’on voit autour de soi, et j’essaie de capter au vol des images. »

Ayant composé de la musique pour le théâtre ainsi que pour de nombreux documentaires et capsules web, Guillaume se dit musicien à plein temps depuis 2009. Artiste libre et curieux ayant passé beaucoup de temps dans l’Ouest canadien au cours des dernières années, l’homme offre également de nombreux ateliers d’écriture dans les écoles primaires et secondaires ainsi que dans un camp à Petite-Vallée. Carburant aux voyages et à la musique, Arsenault se souvient d’un périple particulièrement mémorable. « J’ai parcouru les États-Unis et le Mexique sur le pouce. Puis, je suis revenu sans aucune photo et sans trace concrète. C’est un souvenir qui nourrit mon écriture encore à ce jour. Je remarque que le mot “horizon” revient souvent dans mes chansons. On se fait sculpter l’âme par l’horizon, par ce que l’on voit autour de soi, et j’essaie de capter au vol des images qui proviennent de mon entourage et de la nature. Si je vivais à Montréal, je parlerais d’asphalte, mais je regarde autour de ma maison et il y a des champs, des arbres, des ballots de foin. Elle est là mon inspiration, » raconte l’ébéniste de formation, animé.

Travailler différemment

Vers 2002, alors qu’il commence à donner des ateliers d’écriture de chansons, Guillaume se voit forcer d’analyser sa façon d’écrire. Un exercice nécessaire. « Lorsque j’ai compris comment je procédais, je n’avais pas envie de refaire la même chose à chaque fois. Ça m’a amené à travailler différemment au fil des ans. Pour moi, ce sont les ambiances musicales qui sont là d’abord. Ensuite, le mariage entre la mélodie et le texte entre en ligne de compte : les phrases fortes, puis le reste du texte. Souvent, avant de faire le dernier album, j’étais très difficile avant d’accepter une phrase, une image. Je voulais dépeindre exactement ce que je ressentais ou ce que je voulais dire et je jetais beaucoup de choses intéressantes. Avec Oasis : station service, je me suis détaché de cette approche et ça fait du bien. »

Actif, l’homme multiplie les projets à un rythme impressionnant. En plus de poursuivre sa cueillette de sons pour son projet de recherche et de création sur l’univers sonore gaspésien (Tourisme Sonore), des spectacles, de la musique pour le théâtre, une pièce et une tournée des écoles secondaires se retrouvent à son agenda. Assurément, l’artiste n’a pas fini d’explorer les méandres de la chanson. « Il ne faut pas oublier que ça demeure un témoignage. On peut parler de soi en chanson, mais il y a une façon de faire. L’approche est celle du “montre-moi, dis-moi pas”. Et moi, je sens que j’ai encore beaucoup de choses à montrer aux gens. Ça regarde bien pour la suite des choses. »


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Enseignant la musique à des élèves de cinquième et sixième année et composant pour diverses sphères, dont le théâtre (sa sœur est Martine Beaulne, la metteure en scène), Vincent Beaulne a longtemps cultivé l’idée de former un groupe de blues. « Le problème est que les bluesmen de mon âge étaient trop poqués et se faisaient rare, alors j’ai décidé de monter un groupe avec des amis. Je voulais créer des compositions de blues originales et ces hommes étaient prêts à m’appuyer dans ce projet. Tous des musiciens professionnels, pas des bluesmen à la base, mais des chums. C’est sans doute pour cette raison qu’on a réussi à rester ensemble pendant dix ans, » raconte le musicien quinquagénaire avec entrain.

Mené par Beaulne (voix, guitares), Blues Delight est aujourd’hui complété par Laurent Trudel (voix, guitares, harmonica, violon), Dave Turner (saxophone alto et baryton), Gilles Schetagne (batterie) et Marco Desgagné (basse). Après un réjouissant premier tour de piste en 2007 (Rock Island Line), le quintette récidive en 2009 avec Open All Night. Réalisé par un membre du groupe (Laurent Trudel), Working On It voyait le jour plus tôt cette année et se veut une autre collection de morceaux blues de qualité. Alliant morceaux enflammés (« Bad Girl » qui traite d’une guitare Fender Stratocaster), rythmes langoureux (« Let’s Go Downtown »), accents country (« Outlaw »), élans de slide guitar (« Bad Wind ») et pièces instrumentales sulfureuses (« Dirty Riff »), l’opus étonne par sa vitalité. Tout de même, pas évident de se renouveler lorsqu’on joue du blues.

« On ne réinvente pas la roue, c’est clair. Tout ce qu’on peut faire est s’améliorer sur le plan musical. Sur ce nouveau disque, j’estime que notre jeu musical est beaucoup plus limpide. On a confiance en nos moyens et on joue mieux ensemble. Une chanson représente bien l’objectif que j’avais en tête : “Ride The Sky”. Je voulais produire une espèce de jam contrôlé, une chanson intense sur un seul accord où tout le monde joue sans jamais se piler sur les pieds. C’est le millage qu’on a fait ensemble en tant que musiciens qui nous permet de faire ça aujourd’hui, » soutient Beaulne, également directeur artistique du Camp de Blues du Festival International de Jazz de Montréal.

Si Robert Langlois demeure le principal parolier du combo depuis ses tous premiers balbutiements, Beaulne parvient à vaincre sa timidité d’auteur. La preuve : il a signé une poignée de textes pour le groupe au cours des dernières années. Pour le chanteur et guitariste, collaborer avec Langlois demeure une véritable partie de plaisir. « On est des amis de longue date, des frères d’arme. C’est devenu facile et agréable d’écrire avec lui. On a trouvé des méthodes qui fonctionnent pour nous. Ma préférée est de mettre des textes complets en musique. Mais l’inverse peut aussi se produire. Parfois, un couplet ou un refrain musical arrivera avant la musique. Je l’envoie à Robert et il commencera à écrire des paroles. Il me montre un bout de texte et je termine la chanson. Évidemment, le reste du groupe ajoute son petit grain de sel. »

Comme j’ai déjà un job, je peux me permettre de faire du blues à mes conditions. – Vincent Beaulne

Face à une industrie de la musique frêle et une scène blues chancelante, Vincent demeure lucide. « Pour survivre, il faut voyager, être sur la route, mais on a tous des emplois à plein temps. Ce serait impossible de partir en tournée. De toute façon, on n’a plus l’âge, ni le goût de le faire. Comme j’ai déjà un job, je peux me permettre de faire du blues à mes conditions. Je produis les disques et tout l’aspect financier, c’est moi qui m’en occupe. Le blues a toujours été un milieu riche artistiquement, mais pauvre financièrement. Présentement, la scène blues ne va pas bien et son état ne peut que s’améliorer. J’ai beaucoup d’admiration pour des gens comme Bob Walsh et Guy Bélanger qui font de la musique à plein temps. Ce sont des vrais, des hors-la-loi, des rebelles. On ne peut que respecter ça. »

Vieux routiers (Beaulne et Trudel jouent ensemble depuis 42 ans), la complicité entre les cinq comparses de Blues Delight ne se dément pas. C’est sur scène que cette complicité exceptionnelle prend toute sa dimension. Beaulne explique : « Un spectacle, c’est un terrain de jeu. Un lieu de rencontre, un acte de partage, mais surtout un grand plaisir. Je vois la musique comme la vie, comme un grand cercle. Si les choses se passent bien, on a la chance de se rencontrer au milieu. Dans un spectacle, c’est comme ça. J’aime improviser, inviter les gens à chanter, m’adresser au public d’égal à égal. Il y a quelque chose de très familial dans le blues. On ne retrouve pas de fossé entre le public et les musiciens. C’est la personnalité de chaque individu qui prend le dessus. »

Alors que le clan célébrera son dixième anniversaire l’an prochain, les projets abondent : spectacles à compter de février, parution d’une compil en mai, festivals de blues en été. Peu actif cet hiver, Blues Delight souhaite visiter Edmunston et tenter de conquérir de nouveaux territoires (comme Ottawa) lorsque la neige sera fondue. S’il préfère développer le marché québécois, Beaulne caresse tout de même le rêve de promener son blues à Chicago ainsi qu’en Europe lorsque l’heure de la retraite aura sonnée. « Rien n’est impossible! Lorsque ça fait longtemps qu’on joue avec les mêmes personnes, on joue pour les bonnes raisons. On a beaucoup navigué. S’il y a des vagues, on est prêts. Vieillir en faisant de la musique, c’est très cool. C’est de plus en plus le fun et intense. Il n’y a plus d’histoires d’ego et d’angoisse. On est une joyeuse gang de fous. Et non, on ne s’assagit pas nécessairement avec le temps! »


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